> Arnaud Laster (Éditeur scientifique)
> Janine Prévert (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070381757
Éditeur : Gallimard (1989)


Note moyenne : 4.44/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
" Soleil de nuit ", pour manifester, au-delà de la mort et au milieu même de la nuit, la présence vivante et rayonnante de Jacques Prévert, de son humour éclatant, de sa tendresse chaleureuse, mais aussi de ses colères ardentes.
" Soleil de nuit ", parce que cett... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par Cielvariable, le 12 janvier 2012

    SOUDAIN LE BRUIT

    Soudain l'homme se réveille
    au milieu de la nuit
    il est saisi par le malaise
    et il écoute malgré lui
    le silencieux vacarme de l'angoisse
    le bruit qui ne fait pas de bruit
    le silence qui hurle à la mort
    dans le grand coquillage de la nuit
    ce bruit aphone... ce bruit de cendres...
    l'homme tente vainement de se défendre contre lui
    mais le bruit continue son terrible et calme petit
    bruit
    de bruit qui ne fait aucun bruit
    alors l'homme saute à bas du lit
    il ouvre la fenêtre
    il demande à la rue de faire quelque chose
    il la supplie de faire du bruit
    du vrai bruit vivant comme la vie
    mais la rue reste muette comme une lanterne sourde
    muette comme une chouette qui serait muette
    comme une palourde
    la fenêtre donne sur un cimetière
    un mur avec derrière sous terre des morts
    et pas un chat
    seulement le bruit qui ne fait pas de bruit
    et qui se promène
    dehors
    dans le paysage de la mort
    dans le paysage de la nuit
    et l'homme se cogne la tête contre le mur
    son sang jaillit
    comme une source
    une source qui ne fait pas de bruit
    et l'homme entend toujours l'atroce murmure
    la froide clameur de l'insomnie
    et vaincu comme un homme qui meurt
    il s'écroule sur le tapis
    soudain
    les oiseaux du Père Lachaise se réveillent et déchirent la nuit
    et le soleil aussi se lève
    pâle comme les gens qui n'ont pas dormi
    où donc a-t'il passé la nuit
    peut-être chez les filles du malaise
    là-bas... très loin... en malaisie
    l'homme se relève aussi
    saignant et grelottant du froid de la nuit
    il se cramponne à la barre d'appui
    il regarde le soleil briller
    rescapé du naufrage de la nuit
    il écoute tous les bruits de la vie
    il est bouche bée
    émerveillé
    son visage est ensanglanté
    il sourit.
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  • Par Cielvariable, le 12 janvier 2012

    LES FEUILLES MORTES

    Oh! je voudrais tant que tu te souviennes
    Des jours heureux où nous étions amis
    En ce temps-là la vie était plus belle
    Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
    Tu vois, je n'ai pas oublié
    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
    Les souvenirs et les regrets aussi
    Et le vent du nord les emporte
    Dans la nuit froide de l'oubli
    Tu vois, je n'ai pas oublié
    La chanson que tu me chantais

    C'est une chanson qui nous ressemble
    Toi, tu m'aimais et je t'aimais
    Nous vivions tous les deux ensemble
    Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais
    Mais la vie sépare ceux qui s'aiment
    Tout doucement, sans faire de bruit
    Et la mer efface sur le sable
    Les pas des amants désunis

    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
    Les souvenirs et les regrets aussi
    Mais mon amour silencieux et fidèle
    Sourit toujours et remercie la vie
    Je t'aimais tant, tu étais si jolie
    Comment veux-tu que je t'oublie
    En ce temps-là, la vie était plus belle
    Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
    Tu étais ma plus douce amie
    Mais je n'ai que faire des regrets
    Et la chanson que tu chantais
    Toujours, toujours je l'entendrai

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  • Par Cielvariable, le 05 janvier 2012

    Le malheur avait mis
    les habits du mensonge
    Ils étaient d’un beau rouge
    couleur du sang du cœur
    Mais son cœur à lui était gris

    Penché sur la margelle
    il me chantait l’amour
    Sa voix grinçait comme la poulie
    Et moi
    dans mon costume de vérité
    je me taisais et je riais
    et je dansais
    au fond du puits
    Et sur l’eau qui riait aussi
    la lune brillait contre le malheur
    la lune se moquait de lui.
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  • Par Cielvariable, le 12 janvier 2012

    SILENCE DE VIE

    Je ne veux rien apprendre
    Je ne veux rien comprendre
    ni retenir
    de morte voix

    Je ne veux plus entendre
    ce vacarme sourd et muet
    de phrases et de chiffres
    de nombres et d'idées

    Depuis longtemps déjà
    et même en se taisant
    la vie chante avec moi
    quelque chose de beau

    Je refuse un autre cerveau
    dit l'enfant

    L'enfant sauvage

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  • Par Cielvariable, le 12 janvier 2012

    RENCARD DES MOMIES

    Rencard des momies
    mots mis au rencard
    Le mot coeur moqueur
    le mot tête moqué
    le mot nu mental
    mot-mot révolté
    Le mot viscéral
    enfin libéré
    Plus bas que la ceinture
    plus haut que la sainteté
    Femme
    le mot nu vrai
    Fleur
    le mot mû gai.
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Vidéo de Jacques Prévert

Elisabeth, Brouettes & Cie, lit "Etranges étrangers" in "Paroles" de Jacques Prévert (Éditions Folio Gallimard, 1976) Dans le cadre de "A vous de lire !" © Des auteurs aux lecteurs, 2010








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