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> Jean-Luc Steinmetz (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253161209
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.21/5 (sur 806 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Lorsqu'il commence à publier ses petits poèmes en prose dans des revues et des journaux, Baudelaire a beau les qualifier modestement de "bagatelles", il a pleinement conscience de ce qu'ils ont de singulier. Et nous le savons mieux désormais, ce qui s'inaugure de manièr... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par zaphod, le 21 janvier 2015

    zaphod
    (Garder l'Encre - 7)

    Mais bien sûr que tout est lié! L'autre jour, je relisais les Petits Poèmes en Prose en mangeant un yaourt nature. Et un yaourt nature me fait immanquablement penser à la banquise. Rien d'anormal là-dedans, je suppose que c'est la même chose pour vous. Et on voit bien comment notre écosystème est fragile, puisqu'il suffit d'un simple coup de cuillère à dessert pour que pouf! presque un quart de la banquise disparaisse.

    C'est en voyant Zoé lire ce livre au Garder l'Encre que ça m'a donné envie de le relire aussi.
    A une époque de ma vie, c'était mon bouquin préféré. C'est celui que j'ai le plus lu.
    Je devais trouver que c'était les Fleurs du Mal en encore plus épuré, allégé même de la notion de rime, ou quelque chose comme ça.

    Aussi, j'ai toujours aimé boire, mais je n'ai jamais supporté l'alcool. Quand je rentrais dans ma petite chambre après avoir trop bu, trop malade même pour me coucher, je me mettais à lire ce livre par habitude, en attendant que la vitesse de rotation de l'univers autour de ma chambre finisse par diminuer. Dans cet état, j'appréciais de me retrouver en territoire littéraire familier. Oui, même devenir alcoolique, c'est un truc que j'ai raté.

    Bref, c'est donc Baudelaire qui m'a rappelé que je devais vous raconter l'histoire du scaphandre, qui n'est pas vraiment l'histoire du scaphandre. J'espère que vous suivez toujours, mais il y a une logique. Ah, la rigueur des lois de logique qui sous-tendent notre univers ne cessera jamais de m'impressionner!

    ***

    Zoé fréquente le Garder l'Encre depuis bien plus longtemps que moi, et elle connaît bon nombre de petits secrets. Les gens se confient facilement à elle.
    J'étais curieux de connaître l'histoire du scaphandre, mais quelque chose me retenait de poser la question à Roger.
    Donc, je me suis adressé à Zoé, et elle m'a appris que l'histoire du scaphandre, c'était en fait surtout l'histoire de la femme bleue.

    J'ai déjà parlé du portrait de Roger et d'Hemingway accroché dans la salle du Garder l'Encre, sur lequel Roger figure en costume de scaphandrier. En fait, Roger possède un autre tableau réalisé à partir d'une photo. C'est le portrait de la femme bleue. Roger n'en parle jamais et ne le montre jamais. Il est caché quelque part dans un recoin de la maison, et je pense que Zoé est la seule à l'avoir vu. Voici son histoire.

    Roger n'a pas toujours été patron de pub. Il a été militaire et a fait partie de la marine belge (si, il existe une marine belge, je l'ai déjà expliqué et je ne reviendrai pas là-dessus). Le père de Roger déjà était marin et scaphandrier. C'est son casque que Roger expose fièrement au dessus du bar. Je ne vais pas faire un roman psychologique, alors je vous passe tout le blabla sentimental du père absent idéalisé par le petit Roger et finalement mort en mission. Bref, il était écrit que Roger suivrait les traces de son père.

    Et on le retrouve donc, jeune barbe de marin bien noire, pull rayé, béret à pompon, brevet de scaphandrier en poche (imprimé sur papier plastifié water-proof 100m), premier maître sur le navire océanographique Belgica. Sa mission : explorer des mondes nouveaux et étranges, découvrir de nouvelles formes de vie et de nouvelles civilisations et s'aventurer dans les recoins les plus éloignés de l'océan, et compter les pingouins du pôle sud.

    A cette époque, on commençait à soupçonner que le climat se réchauffait (c'est à dire qu'il se réchauffait à peu près partout sauf en Belgique), et la marine belge, toujours à la pointe du surréalisme, avait envoyé le Belgica mesurer la fonte de la banquise. A cet effet, l'équipage s'était vu adjoindre une jeune et brillante scientifique spécialiste de la calotte glaciaire et du bonnet taille D. Elle s'appelait Astrid, et n'était pas restée insensible aux charmes du jeune Roger, l'intrépide plongeur au corps d'athlète.

    Evidemment, Roger s'était porté volontaire pour accompagner Astrid dans toutes ses sorties sur la banquise.
    Le petit hélicoptère du Belgica les déposait sur la banquise, et pendant qu'Astrid récoltait des carottes de glace (avant qu'on m'explique, je croyais que c'était la nourriture préférée des lapins polaires) et d'autres échantillons, Roger montait la garde au cas où un ours blanc (animal à la réputation aussi lubrique que vorace, et encore échaudé par la montée des températures) se serait approché de trop de l'appétissante Astrid.
    Parfois, Astrid tenait à descendre au fond d'une crevasse pour accéder à des couches de glace plus anciennes. Dans ces cas là, Roger l'assistait avec du matériel d'alpinisme. Quand Astrid était satisfaite des échantillons recueillis, Roger rappelait l'hélicoptère par radio, qui venait les rechercher.
    Journées glaciales sur les icebergs, nuits torrides dans la petite cabine d'Astrid, cette routine aurait pu durer de longues semaines, mais elle fut malheureusement interrompue par un drame.

    Ce jour-là, Astrid était de nouveau descendue dans une crevasse. Une crevasse est un endroit de faiblesse dans la structure de la banquise, et on pourrait donc estimer qu'il est dangereux de s'y aventurer. Mais il faut savoir que certaines crevasses restent stables pendant des centaines d'années avant de finalement céder (en tout cas, c'était ainsi avant le réchauffement climatique). Le risque qu'un effondrement se produise pendant les quelques minutes qu'Astrid passait dans la faille était donc infinitésimal.

    Et pourtant, soudain, la glace a produit un grondement sourd, et une des parois a brusquement basculé de quelques degrés. Roger a cru entendre un cri. A cause du changement de la pente, il était désormais impossible à Roger d'apercevoir le bout de la corde et le fond de la crevasse. Roger avait beau crier à Astrid de remonter, il n'entendait aucune réponse, et le grondement sourd continuait.

    Il a peut être pris la mauvaise décision, c'est impossible à dire, mais il se l'est toujours reproché. Il n'a pu se retenir de descendre à la recherche d'Astrid. Ayant dépassé le surplomb créé par le déplacement de la paroi, Roger s'est aperçu que la faille était probablement devenue deux fois plus profonde. Il discernait une tache de couleur au fond, mais la longueur de la corde l'empêchait de descendre plus bas.

    Roger est donc remonté et a appelé l'hélicoptère avec du matériel supplémentaire. Une fois les secours sur place, Roger a tenu à redescendre lui-même. Il s'était passé environ une heure depuis le début du phénomène.
    Arrivé en bas de la faille, Roger a découvert un spectacle terrible.

    Astrid était étendue au fond du gouffre, mais son corps était recouvert d'une épaisse couche de glace totalement translucide. On n'a jamais pu expliquer exactement ce qui s'était passé. Il y a eu des théories, par exemple, qu'une partie de la glace, sous l'effet de la pression et du frottement s'était transformée en eau douce (la glace ancienne a tendance à perdre ses sels minéraux), puis avait regelé au fond de la faille, recouvrant le corps d'Astrid.
    Elle était probablement morte dans sa chute. Ses traits étaient calmes, ses yeux bleus grand-ouverts. Elle avait perdu son bonnet et ses cheveux étaient étendus en couronne autour de sa tête. Elle semblait presque sourire. On aurait dit une princesse morte dans un cercueil de verre, comme dans cet ancien conte.
    Et ce qui était surtout frappant, peut-être était-ce du à un reflet de la glace, mais sa peau avait pris une incroyable couleur bleue.

    Roger était fasciné par ce spectacle,et complètement hypnotisé. Il lui était impossible de bouger ni même de quitter Astrid des yeux.
    Cependant, le grondement a repris de plus belle. Les deux hommes restés en haut hurlaient à Roger de remonter, et commençaient même à tirer sur la corde. C'est ce qui a ramené Roger à la vie. Mais avant de remonter, il a eu un dernier réflexe: il avait dans sa poche un petit appareil photo, et il a pris un portrait d'Astrid sous la glace.
    C'est cette photo qui a plus tard servi de modèle pour le tableau de la femme bleue.
    Il était temps que Roger réagisse, car dès qu'il est arrivé en haut, le grondement s'est amplifié, et la paroi a de nouveau bougé, refermant pratiquement la faille.

    Il est très possible qu'encore aujourd'hui, Astrid soit prisonnière au coeur d'un iceberg dérivant sur l'océan, préservée dans son écrin de glace.
    Longtemps, Roger est resté inconsolable. Et peut-être qu'il l'est encore aujourd'hui. Il a souvent le regard vague, comme s'il était ailleurs, peut-être au pays des icebergs, des ours blancs, et des lapins polaires.

    (A suivre)
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    • Livres 4.00/5
    Par MllePeregrine, le 10 mai 2014

    MllePeregrine
    "Poème" et "prose" sont deux termes qui au XIXème siècle n'étaient pas fréquemment associés. D'emblée, Baudelaire se lance dans une nouvelle forme de poésie, une nouvelle manière de voir et de dire les choses. Pourquoi ne pas utiliser les vers, comme il l'avait déjà parfaitement fait dans les fleurs du mal, quelques années plus tôt? Peut-être parce qu'avec la poésie romantique d'un Hugo, d'un Lamartine ou même d'un Musset, Charles Baudelaire a besoin d'autre chose.
    "Le Spleen de Paris" se veut "le pendant" des Fleurs Du Mal. Il ne faut pas y voir là une construction parallèle, même si plusieurs Poèmes se retrouvent dans les deux recueils. Mais quand les propos du 1er étaient blasphématoires, souvent érotiques, la qualité des vers leur conférait une indicible beauté.
    Dans le 2ème recueil, la poésie semble dissoute. Qu'y a-t-il de poétique dans la description tragique et minutieuse du corps d'un enfant qui s'est pendu?
    La plupart des Petits poèmes en prose sont des analyses de la société de l'époque, le poète est un flâneur qui au gré de ses pérégrinations dans la grande ville qu'est Paris, capte l'étrangeté du quotidien et ses paradoxes.
    Baudelaire, ne l'oublions pas, est contemporain de la révolution urbaine. Il assiste à la transformation de Paris par Haussmann, voit l'essor de la grande presse, le développement de la photographie, l'apparition du gaz...Tout cela le fascine, l'obsède et...le dégoûte. Il en fait ses thèmes de prédilection. Et c'est à l'image d'une société qui pour lui se dégrade qu'il dégrade à son tour la poésie en la transformant en prose.
    Ses textes, par ailleurs, ont été successivement publiés sous forme de feuilletons dans les journaux (avant d'être publiés en recueil à titre posthume en 1869). C'est donc une poésie qui côtoie les faits divers, les actualités politiques et économiques que lisent les gens.
    Le recueil du spleen de paris est un expérience poétique qui vise à dépasser toutes les limites assignées jusqu'alors à la poésie.
    Mais si l'on écoute le diable que le narrateur rencontre dans le poème "un joueur généreux": la plus belle des ruses de la poésie de Charles Baudelaire ne serait-elle pas de nous persuader qu'elle n'existe pas?
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    • Livres 4.00/5
    Par Dionysos89, le 20 mai 2012

    Dionysos89
    Souvenir d'étude de ma classe de seconde, souvenir très agréable.
    N'étant ni un spécialiste de la poésie, ni à même d'émettre un jugement sur un tel classique de la littérature française, ni capable de pouvoir résumer un tel recueil de Poèmes, ni sûr de pouvoir ajouter quoi que ce soit d'intéressant aux critiques précédentes, je ne vais qu'émettre mon humble impression de lecteur vis-à-vis de cette oeuvre atypique.
    Premièrement, posons le contexte : afin de ressentir au mieux les émotions décrites par Charles Baudelaire, mieux vaut lire ce petit livre dans son lit, face à une fenêtre, et par temps de pluie. En effet, l'auteur des Fleurs Du Mal traite de la misère, de la solitude, de la tristesse, de l'ennui, de la paresse même : en somme, de la mélancolie du temps présent.
    Contrairement à la "poésie d'élite", qui nous offre des rimes très, voire trop riches, sans parfois nous toucher vraiment, Charles Baudelaire, avec ses Petits poèmes en prose, nous touche au plus profond de nous-mêmes, par des gestes simples, des scènes de la vie quotidienne et des sentiments à portée universelle. Lire ces Poèmes en prose, c'est non seulement se libérer des carcans versifiés pour tenter d'aller plus loin, mais c'est aussi et surtout se rapprocher toujours plus de l'intelligence de l'auteur : les rimes, c'est bien souvent magique et musical, mais la prose permet ici de laisser vraiment libre cours à son imagination.
    À la limite des codes, pour transcender les genres littéraires : du grand Baudelaire.
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    • Livres 5.00/5
    Par Darkcook, le 21 septembre 2014

    Darkcook
    Le Darkcook qui disait, pour la poésie, "Après le vers, le chaos"? C'était avant. Un temps où, dégoûté par les surestimés Michaux et Bonnefoy, équivalents poétiques de l'art abstrait, sédaté trop jeune par une mauvaise prof, j'avais fait l'impasse sur Le Spleen de Paris, avec un atroce mais tenace préjugé sur le manque total d'émotions que susciterait chez moi une telle effronterie, un tel dénigrement des formes canoniques et sacrées, intrinsèques à la poésie et ses jeux musicaux. Oui, le déïficateur du XIXème romantique ignorait Baudelaire. Puis, un ami lui aussi empreint de ce siècle sacré (le même qui me conseilla Bruges-La-Morte) se scandalisa il y a quelques années à ce sujet. Je m'emparai donc des Fleurs du mal pour le lire un jour, et gardai sous le coude Le Spleen de Paris, quoique demeurant peu convaincu par ce dernier, dont le souvenir demeurait rattaché à des cours trèèèèès ennuyeux d'une époque lointaine où je ne voyais que par Harry Potter. Bêtise, bêtise, bêtise...
    Il aura fallu l'agrèg pour me réveiller. Comment décrire ce recueil? Une sorte de La Fontaine affranchi du vers, laissé dans Paris au XIXème, bercé par un univers onirique et gothique de son idole Poe, au service d'une célébration constante du poète et de l'artiste, et de la raillerie contre les aberrations de son temps. L'écriture est absolument sublime, mon prof actuel avait parlé du sens de la formule de Baudelaire, et c'est exactement ça. Un délice de tous les instants que ces poèmes, quasiment tous chefs d'oeuvre de perfection, maniant tour-à-tour mélancolie, ironie, humour, dans un romantisme absolu, et aux antipodes de l'obscurité et du non-sens dont aime à se parer la poésie moderne. Voyez-y plus un recueil de nouvelles poétiques d'une qualité exceptionnelle, atteignant des sommets littéraires, que quoique ce soit approchant Michaux ou Bonnefoy... Les dix derniers, ajoutés plus tard, sont un peu moins réussis, mais en regardant en arrière, difficile de choisir des poèmes favoris, tant Baudelaire a travaillé ces sculptures verbales qui nous impressionnent les unes après les autres et nous laissent pantois d'admiration et de communion avec lui.
    Ma sélection sera forcément subjective : "À une heure du matin", "La Solitude", "Les Projets", "Le Joueur généreux" (hommage au Faust de Goethe!), "Les Vocations", "Enivrez-vous!", "Déjà!", (extraordinaire) "Le Chien et le Flacon" (tellement vrai!!), mais surtout, au-dessus de la pyramide, je mettrai "L'Horloge", partageant avec Baudelaire la religion des chats, tant il m'aura touché dans sa lettre d'amour à Féline.
    Après une telle lecture, je vais beaucoup moins râler (mais toujours un peu) quant à l'Agrèg... Nul doute que Les Fleurs du mal suivront (puisque Le Spleen est son pendant prosaïque, lui faisant sans cesse écho) ainsi que Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand dont Baudelaire s'est inspiré... Merci, saint patron des Dandy!!
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    • Livres 4.00/5
    Par Davalian, le 19 février 2015

    Davalian
    Penser à Charles à Baudelaire revient à faire ressurgir deux œuvres majeures qui lui sont associées : Les Fleurs du Mal et le Spleen de Paris. Moins connu que son chef d'œuvre en vers, ce recueil de cinquante poésies en prose nous offre l'opportunité de lire un petit plaisir issu du XIXème siècle.
    L'œuvre est empreinte du mal du siècle vu par Baudelaire. Voici le poète qui accepte sa condition de marginal et nous livre sa manière de voir Paris. L'épilogue reste d'ailleurs le seul moment où il évoque directement la capitale. Les touristes de la ville lumière vont donc être surpris. Pourtant cette balade dans un Paris du XIXème siècle reste un moment de détente et d'ouverture de l'esprit aux craintes d'un autre temps et d'une élite aujourd'hui disparue.
    Les compositions ne présentent pas de lien entre elles et devraient plaire au plus grand nombre : chacun y trouvera son bonheur en fonction de ses appétences. Les miennes me portent davantage vers La belle Dorothée, Les yeux des pauvres, Une mort héroïque, La fausse monnaie, Les bons chiens. Une citation vient tout juste d'appuyer des réflexions personnelles et contemplatives du moment : "On n'est jamais excusable d'être méchant, mais il y a quelques mérite à savoir qu'on l'est ; et le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise.". A vous de trouver celle qui vous parlera directement.
    Les thèmes sont tout aussi nombreux que les écrits du poète. Son écriture et son talent nous embarquent dans une lecture classique sans difficulté réelle. Tous les passages ne retiennent pas forcément l'attention avec la même force, mais la forme allégée du texte permet de rendre supportable les passages qui intéresseront moins. Ouvrir son esprit est un préalable indispensable avant d'entamer cette lecture : d'aucuns risquent de ne pas apprécier l'expérience.
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Citations et extraits

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  • Par SophiePatchouli, le 10 mai 2015

    La corde

    Les illusions, _ me disait mon ami, _ sont aussi innombrables peut-être que les rapports des hommes entre eux, ou des hommes avec les choses. Et quand l'illusion disparaît, c'est à dire quand nous voyons l'être ou le fait, tel qu'il existe en dehors de nous, nous éprouvons un bizarre sentiment, compliqué moitié de regret pour le fantôme disparu, moitié de surprise agréable devant la nouveauté, devant le fait réel.
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  • Par Villoteau, le 13 février 2013

    Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.

    Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.

    Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

    Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.

    Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

    Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.

    Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.
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  • Par Malaura, le 23 septembre 2012

    Enivrez-vous

    Il faut être toujours ivre. Tout est là: c’est l’unique question.
    Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
    Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
    Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est, et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront: « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."
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  • Par MonsieurChat, le 14 février 2012

    LE CONFITEOR DE L’ARTISTE

    Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.

    Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.

    Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.

    Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle, me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.
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  • Par steka, le 26 octobre 2012

    ASSOMMONS LES PAUVRES !

    Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des livres à la mode dans ce temps-là ( il y a seize ou dix-sept ans ) ; je veux parler des livres où il est traité de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-quatre heures. J’avais donc digéré, - avalé, veux-je dire, - toutes les élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, - de ceux qui conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu’ils sont tous des rois détrônés. – On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.
    Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée, quelque chose d’infiniment vague.
    Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.
    Comme j’allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l’esprit remuait la matière, et si l’œil d’un magnétiseur faisait mûrir les raisins.
    En même temps, j’entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je reconnus bien ; c’était celle d’un bon Ange, ou d’un bon Démon, qui m’accompagne partout. Puisque Socrate avait son bon Démon, pourquoi n’aurais-je pas mon bon Ange, et pourquoi n’aurais-je pas l’honneur, comme Socrate, d’obtenir mon brevet de folie ?
    Il existe cette différence entre le Démon de Socrate et le mien, que celui de Socrate ne se manifestait à lui que pour défendre, avertir, empêcher, et que le mien daigne conseiller, suggérer, persuader. Ce pauvre Socrate n’avait qu’un Démon prohibiteur ; le mien est un grand affirmateur, le mien est un Démon d’action, ou Démon de combat.
    Or, sa voix me chuchotait ceci : « Celui-là seul est l’égal d’un autre, qui le prouve, et celui-là seul est digne de la liberté, qui sait la conquérir. »
    Immédiatement, je sautai sur mon mendiant. D’un seul coup de poing, je lui bouchai un oeil, qui devint, en une seconde, gros comme une balle. Je cassai un de mes ongles à lui briser deux dents, et comme je ne me sentais pas assez fort, étant né délicat et m’étant peu exercer à la boxe, pour assommer rapidement ce vieillard, je le saisis d’une main par le collet de son habit, de l’autre je l’empoignai à la gorge, et je me mis à lui secouer vigoureusement la tête contre un mur. Je dois avouer que j’avais préalablement inspecté les environs d’un coup d’œil, et que j’avais vérifié que dans cette banlieue déserte, je me trouvais, pour un assez long temps, hors de la portée de tout agent de police.
    Ayant ensuite, par un coup de pied lancé dans le dos, assez énergique pour briser les omoplates, terrassé ce sexagénaire affaibli, je me saisis d’une grosse branche d’arbre qui traînait à terre, et je le battis avec l’énergie obstinée des cuisiniers qui veulent attendrir un beefsteak.
    Tout à coup, - ô miracle ! ô jouissance du philosophe qui vérifie l’excellence de sa théorie ! – je vis cette antique carcasse se retourner, se redresser avec une énergie que je n’aurais jamais soupçonnée dans une machine si singulièrement détraquée, et, avec un regard de haine qui me parut de bon augure, le malandrin décrépit se jeta sur moi, me pocha les deux yeux, me cassa quatre dents, et, avec la même branche d’arbre, me battit dru comme plâtre. –Par mon énergique médiation, je lui avais rendu l’orgueil et la vie.
    Alors, je lui fis force signes pour lui faire comprendre que je considérais la discussion comme finie, et me relevant avec la satisfaction d’un sophiste du Portique, je lui dis : « Monsieur, vous êtes mon égal ! veuillez me faire l’honneur de partager avec moi ma bourse ; et souvenez-vous, si vous êtes réellement philanthrope, qu’il faut appliquer à tous vos confrères, quand ils vous demanderont l’aumône, la théorie que j’ai eu la douleur d’essayer sur votre dos. »
    Il m’a bien juré qu’il avait compris ma théorie, et qu’il obéirait à mes conseils.
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