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Pierre-Louis Rey (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070380513
Éditeur : Gallimard (1988)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 613 notes)
Résumé :
L'expression "roman fleuve" devrait, sans connotation péjorative, désigner une œuvre qui prend le temps de charrier mille petites particules d'impression pour les infuser dans l'esprit d'un lecteur captivé. En somme, elle devrait avoir été créée pour désigner "La Recherche" proustienne, qui s'ouvre "Du côté de chez Swann" et s'achève une fois "Le Temps retrouvé".

Dans le premier tome de ce superbe travail sur la mémoire et la métaphore, œuvre à part ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
08 décembre 2016
  • 2/ 5
Je n'ai pas l'habitude de masquer mon ressenti dans mes avis, par conséquent - et bien que je n'éprouve aucune gloire à cela, bien au contraire -, force m'est d'admettre que je me suis mortellement ennuyée à la lecture de ce second tome de la saga proustienne.
Pour commencer, il s'ouvre sur les personnages que j'ai le moins appréciés dans le tome précédent, à savoir le couple Swann. Est-ce essentiellement pour cette raison que j'ai eu tant de mal à m'accrocher à ses interminables phrases, signature bien connue de l'auteur ? Toujours est-il que les réflexions du narrateur qui m'avaient précédemment charmée ont viré dans mon esprit à des tergiversations sans fin qui m'ont sans cesse agacée.
Oui, je sais bien que lire Proust, c'est avant tout s'armer de patience et "laisser le temps au temps" et c'est dans cet état d'esprit que j'ai tenté de poursuivre ma lecture. Pourtant... rien ne saurait décrire le soulagement que j'ai éprouvé en tournant la dernière page, bien qu'ayant davantage goûté le récit de villégiature à Balbec, dans cette incroyable ambiance infatuée d'elle-même des stations balnéaires de l'époque, à la fois élégantes et pédantes.
L'oeuvre est définitivement trop longue pour se permettre de relire deux ou trois fois la même phrase afin d'en saisir le sens ou la portée, quand entre la majuscule qui l'introduit et le point qui la conclut, vous avez été éjecté loin de son fil, ce qui fut hélas bien souvent mon cas.
Ma vie de lectrice est déjà une incessante recherche de temps, je renonce donc à regret à cette quête du temps perdu.

Challenge ABC 2016 - 2017
Challenge ATOUT PRIX 2016 - 2017
Challenge PAVES 2016 - 2017
Challenge GONCOURT général
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Charybde2
04 septembre 2013
  • 5/ 5
Le deuxième tome de la Recherche, qui amena le succès à Proust, et révèle l'ampleur du projet.
Publié en 1919, et accepté cette fois par Gallimard (à la différence de "Du côté de chez Swann", renvoyé six ans plus tôt au compte d'auteur), couronné la même année du prix Goncourt, le deuxième tome de "À la recherche du temps perdu" est à la fois celui de la consécration pour l'auteur, et celui qui donne à voir au lecteur, le premier, l'ampleur que va prendre l'ensemble de l'édifice, ampleur qui n'était jusque là que suggérée.
Le deuxième tome me semble aussi confirmer, ne serait-ce que par son complexe jeu d'indices et de références, qu'il est largement préférable (si ce n'est essentiel) de lire "La recherche" comme un unique gros roman, plutôt que comme un feuilleton égrené au fil des années et des lectures (trop) échelonnées.
Dans une mécanique complexe de spirales et de faux-semblants narratifs extrêmement maîtrisée, une partie des "bombes à retardement" posées par l'auteur dans le premier tome sont maintenant dévoilées, tandis que de nouvelles, nombreuses, sont enfouies à leur tour, pour servir plus tard.
Tandis que le narrateur, dans les dernières pages du premier tome, connaissait les premiers émois amoureux d'une amitié enfantine qu'il souhaite transformer en tout autre chose, avec Gilberte Swann, c'est maintenant de la conquête de sa mère, Odette, qu'il s'agit, pour des raisons peu claires initialement, dans lesquelles entrent à la fois du dépit, du refus anticipé de la souffrance, une rare forme de sado-masochisme qui ne dirait pas encore son nom, tout en résonnant, déjà, fortement, avec certains symptômes d'obsession et de jalousie semés dans "Un amour de Swann", confirmant le caractère matriciel de cette échappée au sein du premier tome, qui ira s'affirmant au fil des volumes.
Saisissant ce qui pourrait n'être qu'un prétexte (mais on apprendra au fil des volumes, à nouveau, que ce n'est pratiquement jamais le cas dans la "Recherche"), l'analyse de l'évolution de Swann après son mariage, à la fois telle qu'il semble la vivre et telle qu'elle est perçue de l'extérieur, (en particulier par le père du narrateur et par les Verdurin) permet à l'auteur une incursion en profondeur, cette fois, dans la mécanique des barrières sociales évoquée tout au long du premier tome, mais cette fois abordée presque frontalement.
Grâce à la longue description de la genèse et de la vie du salon de Mme Swann, la deuxième tranche, patiente, du mûrissement littéraire du jeune Marcel, autour de l'analyse de ce qui « fit » l'écrivain Bergotte, en son temps, nous est dévoilée : de l'art du détournement de l'objet apparent d'une narration pour servir un but ultérieur bien différent…
Au bout de ces 160 premières pages, l'une des ellipses en forme de coup de théâtre, par lesquelles l'auteur aime clore ou débuter une nouvelle partie, et nous masquer ainsi la structure de son patient échafaudage, et auxquelles nous allons nous habituer au fil des volumes, survient, semblant tourner la "page" Gilberte / Odette, et nous renvoyer maintenant l'écho comparatif de la dernière partie du premier tome : si "Du côté de chez Swann" s'achevait par les images associées a priori au nom de Balbec, il s'agit maintenant d'y aller voir : « J'étais arrivé à une presque complète indifférence à l'égard de Gilberte, quand deux ans plus tard je partis avec ma grand-mère pour Balbec. ».
Avec au passage, l'une des plus jolies auto-justifications de la procrastination que j'aie pu lire : « Si j'avais été moins décidé à me mettre définitivement au travail j'aurais peut-être fait un effort pour commencer tout de suite. Mais puisque ma résolution était formelle, et qu'avant vingt-quatre heures, dans les cadres vides de la journée du lendemain où tout se plaçait si bien parce que je n'y étais pas encore, mes bonnes dispositions se réaliseraient aisément, il valait mieux ne pas choisir un soir où j ‘étais mal disposé pour un début auquel les jours suivants, hélas ! ne devaient pas se montrer plus propices. Mais j'étais raisonnable. de la part de qui avait attendu des années il eût été puéril de ne pas supporter un retard de trois jours. »
Séjour déterminant s'il en est, en soi et pour la suite des événements, ce premier contact avec Balbec (et ses 234 pages) permet d'introduire ou de réintroduire plusieurs personnages essentiels de la Recherche, parfois déjà évoqués, mais dont on commence à deviner l'importance (tout en gardant une certaine méfiance vis-à-vis du narrateur, qui à ce stade nous a déjà plusieurs fois démontré son manque de fiabilité, et de l'auteur, dont le machiavélisme devient toujours plus enchanteur au fil des pages) : la marquise de Villeparisis, Saint-Loup, mais aussi Charlus, avec une deuxième apparition marquante, moins fugitive et (peut-être) moins mal interprétée (par le petit Marcel "du texte") que celle de Combray dans le jardin des Swann.
Mais les deux entrées les plus fortes sont ici, me semble-t-il, celle d'Elstir, avec laquelle l'auteur exécute l'un de ses plus beaux tours de passe-passe ("changement de lieu, changement de personne" entre le salon des Verdurin du premier tome et la résidence à Balbec du deuxième tome) - avant de l'utiliser pour fomenter l'une des parties les plus analytiques de toute la Recherche, déjà, en étudiant avec lui dans quelle mesure l'art peut, sans cesse, transmuter le quotidien - et celle d'Albertine, bien entendu, au milieu du "groupe des fillettes", qui ne sont pas encore tout à fait ces fameuses "jeunes filles en fleur", offrant à l'auteur l'occasion de l'un des plus extrêmes "flash-forwards" au sein des 7 tomes : « Mon hésitation entre les diverses jeunes filles de la petite bande, lesquelles gardaient toutes un peu du charme collectif qui m'avait d'abord troublé, s'ajouta-t-elle aussi à ces causes pour me laisser plus tard, même au temps de mon plus grand – de mon second – amour pour Albertine, une sorte de liberté intermittente, et bien brève, de ne l'aimer pas ? Pour avoir erré entre toutes ses amies avant de se porter définitivement sur elle, mon amour garda parfois entre lui et l'image d'Albertine un certain « jeu » qui lui permettait comme un éclairage mal adapté de se poser sur d'autres avant de revenir s'appliquer à elle ; le rapport entre le mal que je ressentais au coeur et le souvenir d'Albertine ne me semblait pas nécessaire, j'aurais peut-être pu le coordonner avec l'image d'une autre personne. »
La puissance du réseau tissé par Proust entre ces dizaines de personnages sur lesquels varie la lumière, l'intensité scrutative ou même le "moment" auquel le narrateur, changeant lui-même d'âge et d'expérience, les décrit, commence à pleinement apparaître à partir de ce deuxième tome, qui encourage plus que jamais à, frénétiquement, poursuivre l'aventure, d'autant plus que les thèmes apparemment encore relativement disjoints du premier tome commencent, doucement, à se rassembler pour fusionner plus tard : mémoire, expérience sensorielle, sentiment amoureux, jouissance esthétique apparaissent de plus en plus comme les composantes réelles d'un art encore en gestation, mais qui se dévoile peu à peu...
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keisha
05 octobre 2016
Non, cette lecture n'entre pas dans le cadre d'un quelconque Challenge Madeleine ou Challenge Longues phrases, il s'agissait juste d'accompagner A Girl(lien vers son billet) dans sa découverte de Proust (elle a démarré avec du côté de chez Swann). Ce billet n'est pas destiné à servir de résumé ou d'étude (élèves, passez votre chemin), plus égoïstement d'aperçu de mes réactions, pour remémoration personnelle. Parce que - mise en abyme hyper tordue?- mes lectures de Proust sont toutes associées à des moments ou lieux particuliers remémorés ainsi ...
Ce blog possédant déjà une rubrique Proust colonne de droite, mon objectivité peut totalement être mise en doute. Disons que je suis en relecture (une fois par décennie, pas un rythme effréné non plus)
Ce roman a obtenu le prix Goncourt en 1919 et je ne résiste pas au plaisir de reproduire un texte trouvé ici (site de la Pléiade) , texte que les non Proustolâtres peuvent sauter.
1919
Qui sont les jurés Goncourt? Jean Ajalbert, le futur auteur des Mystères de l'académie Goncourt; Émile Bergerat, élu cette année-là, quoique presque aveugle; Élémir Bourges, que Jules Renard traitait de «pauvre vieillerie» et qui lui survécut quinze ans; Henry Céard, qui vient de publier ses Sonnets de guerre; Léon Daudet, qui a succédé à son père (rien d'étonnant pour un monarchiste); Lucien Descaves, qui boudera tant que l'on n'aura pas élu Courteline; Gustave Geffroy, critique d'art, président du jury; Léon Hennique, exécuteur testamentaire des Goncourt, auteur de L'Argent d'autrui; Rosny aîné, à qui l'on doit La Guerre du feu; et Rosny jeune, à qui l'on doit surtout d'avoir voté, ce 10 décembre, pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs.
Une trentaine de livres, parmi lesquels de nombreux récits de guerre, sont «candidats» au Goncourt 1919. Depuis 1915, tous les romans primés avaient la Grande Guerre pour sujet. Les Jeunes Filles, ouvrage peu martial, a paru à la NRF en juin. Proust est soutenu par Léon Daudet, polémiste d'Action française qui ne rechigne pas à faire campagne pour ce dreyfusard ami de son frère Lucien. Et cela se passe bien, trois tours de scrutin suffisent. Les Jeunes Filles l'emporte par six voix contre quatre aux Croix de bois de Roland Dorgelès. Il manque un s à fleurs dans le communiqué – ce n'est pas grave. Proust, fatigué, refuse de répondre aux journalistes – cela ne fait rien. Dans les quinze jours qui suivront, il recevra quelque neuf cents lettres de félicitations.
Mais les choses s'enveniment vite. La presse parle d'injustice : c'est le roman de Dorgelès – un ancien engagé volontaire – qu'il fallait couronner! Les dames du jury Vie heureuse offrent d'ailleurs leur prix à ce héros, qui le refuse par «décence», un livre de guerre ne devant pas être primé par des femmes… On rappelle aussi qu'aux termes du testament d'Edmond de Goncourt le prix doit aller non seulement à «l'originalité du talent», mais «à la jeunesse». Or Proust n'a-t-il pas quarante-sept ans (les journaux disent «cinquante», «quarante et onze» ou même «soixante ans d'âge»), contre trente-quatre pour Dorgelès? «Place aux vieux!» titre L'Humanité. «M. Proust a le prix, M. Dorgelès l'originalité du talent et la jeunesse. On ne peut pas tout avoir», raille Lucien Descaves, qui a voté pour Les Croix de bois. de plus, comme Proust est riche (croit-on), il a dû corrompre le jury : «Il y a dans le monde des lettres, à Paris, six hommes dont la reconnaissance est fonction de leur digestion à l'ombre des havanes en fleurs», note le Populaire du 12 décembre.
L'éditeur de Dorgelès, Albin Michel, réagit vite. Les Croix de bois est bientôt orné d'une bande où figure en gros caractères la mention prix goncourt, tandis que la deuxième ligne, 4 voix sur 10, est microscopique. Il faudra attendre le 31 mai 1920 pour que Gallimard obtienne du tribunal de commerce de la Seine le retrait de cette bande.
Marcel Proust parle de «muflerie» mais, au total, il se montre plutôt philosophe. Il s'inquiète avant tout de la disponibilité de son livre en librairie. Son désir le plus cher, combien justifié, est d'être lu. Et son exquise politesse ne se dément pas. «À propos du prix Goncourt», écrit-il à la fin de l'année à Gaston Gallimard, «le seul plaisir qu'il me donne est de penser qu'il est un peu agréable à la NRF, à vous avant tout, dont il ratifie le choix (en appel), à qui il peut laisser espérer d'avoir pris un pas trop mauvais ouvrage et qui durera assez…»

Cette fois c'est un peu sous l'angle du lecteur de 1919 que j'ai abordé la lecture. On peut penser qu'il a été bousculé, le lecteur! J'ai été frappée par le côté deuxième tome d'un tout, avec toutes les frustrations collatérales. Norpois, Cottard, Swann, Odette sont censés être connus du lecteur, ainsi que leurs aventures du premier volume. Péché fort véniel, en fait. Mais comme jamais auparavant j'ai senti le mélange entre présent, passé et futur, avec une fluidité extraordinaire.
Bref, le lecteur (de 1919) est laissé à la fin, non sur des cliffhangers de folie (c'est Proust, quand même, on sait se tenir), mais avec des personnages venant d'apparaître (Saint Loup et Charlus par exemple) et des potentialités ne demandant qu'à être développées. On sent vraiment que Marcel P. a la vision d'une oeuvre totale (même posthume)!
Page 91 apparaît Albertine."C'est l'oncle d'une petite qui venait à mon cours, dans une classe bien au-dessous de moi, la 'fameuse Albertine'. Elle sera sûrement très 'fast', mais en attendant elle a une drôle de touche." (c'est Gilberte, la fille de Swann et d'Odette, qui parle). Albertine sera plus tard l'une des jeunes filles en fleurs et le proustien averti saura trouver les indices semés par l'auteur "la mort qui, comme le montrera plus loin dans ce livre une cruelle contre-épreuve, ne diminue en rien les souffrances de la jalousie". Ce livre = carrément A la recherche du temps perdu.
Le fil conducteur de la maturation d'un écrivain désireux d'écrire une oeuvre est franchement déjà là (jusqu'ici je ne l'avais remarqué que plus tard) même si notre narrateur n'est pas encore à l'oeuvre et préfère rêvasser devant Gilberte ou Albertine et ses amies.
"Les émotions q'une jeune fille médiocre nous donne peuvent nous permettre de faire monter à notre conscience des parties plus intimes de nous-mêmes, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles, que ne le ferait le plaisir que nous donne la conversation d'un homme supérieur ou même la contemplation admirative de ses oeuvres." Irai-je jusqu'à dire que ces rêvasseries fourniront le matériau de l'oeuvre future?
J'ai réalisé aussi que le déplacement de Combray d'Eure et Loir à l'est de paris (pour justifier la destruction de l'église dans le dernier volume) était déjà présent dans ce deuxième volume, remanié par Proust.
Je vais passer sous silence les extraits 'classiques', la description des tableaux d'Elstir ou l'image de l'aquarium.(page 265), l'inquiétude ou l'appréhension à l'idée de résider dans un nouvel endroit ou de connaître de nouvelles personnes, et après un certain temps l'indifférence due à l'habitude.
Inutile de rappeler l'habitude fréquente d'utiliser trois adjectifs, dans un doux balancement pour le lecteur, par exemple 'la peau rose, dorée ou fondante' ou la figure bienveillante, camuse et douce". Ni les métaphores.
Juste des passages qui m'ont frappées cette fois-là:
"Ceux qui produisent des oeuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie si médiocre d'ailleurs qu'elle pouvait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s'y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété." A propos de Bergotte, mais je ne peux m'empêcher de l'appliquer à Proust. C'est pour ces passages inaperçus à première lecture qu'on relit Proust.
Alors, longues phrases? Oui, il y a bien un poil d'incises, de subordonnées, de digressions, mais franchement c'est parfaitement lisible.
Il y a même des passages plus drôles (pardonnez moi si ça ne vous fait pas rire, moi si)
"Cet acteur du Palais-Royal à qui on demandait où il pouvait trouver ses surprenants chapeaux et qui répondait : 'je ne trouve pas mes chapeaux. Je les garde'."(page 13)
Et page 183, Madame Verdurin rend sa visite annuelle à Odette (elles sont plus qu'en froid) :"Cela ne vous fait pas peur, Odette, d'habiter ce quartier perdu? [note : les Champs Elysées] Il me semble que je ne serais qu'à moitié tranquille le soir pour rentrer. Et puis c'est si humide. Ça ne doit rien valoir pour l'eczéma de votre mari. Vous n'avez pas de rats au moins?" Si vous trouvez un passage ailleurs avec plus de vacheries à la ligne, faites moi signe!
Parfois c'est tellement concis que je dois relire : "Une cousine assez éloignée qui avait comme raison de passer d'abord [dans un circuit de visites familiales] que sa demeure ne le fût pas de la nôtre." (p 63)
"La pratique de la solitude lui en avait donné l'amour comme il arrive pour toute grande chose que nous avons crainte d'abord, parce que nous la savions incompatible avec de plus petites auxquelles nous tenions et dont elle nous prive moins qu'elle ne nous détache. Avant de la connaître, toute notre préoccupation est de savoir dans quelle mesure nous pourrons la concilier avec certains plaisirs qui cessent d'en être dès que nous l'avons connue."
"Mais ma volonté ne laissa pas passer l'heure où il fallait partir, et ce fut l'adresse d'Elstir qu'elle donna au cocher. Mon intelligence et ma sensibilité eurent le loisir, puisque le sort en était jeté, de trouver que c'était dommage. Si ma volonté avait donné une autre adresse, elles eussent été bien attrapées."(page 458)

Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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ahasverus
10 avril 2016
  • 5/ 5
Le deuxième volet de "La Recherche..." emporte en 1919 le prix Goncourt par six voix contre quatre face aux méritoires Croix de Bois de Roland Dorgelès. Il vaut bien une petite mention, Môssieur Roland Dorgelès : son roman est l'un des classiques de la grande guerre, avec A l'Ouest Rien de Nouveau, de Remarque, et Ceux de 14, de Genevoix. On ne soulignera jamais assez à quel point il faudrait consacrer à la guerre des livres humanistes plutôt que des spots de propagande. Mais avec les meilleures intentions du monde, comment passer devant Marcel Proust, qui s'inscrit, avec L.-F. Céline comme l'un des génies littéraires du XXème siècle français ?
A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleurs retrouve nos personnages sur le chemin que nous nous suivions du côté de chez Swann. Odette de Crécy tient un salon très prisé des hommes , Charles Swann est devenu un excellent mari, Cottard un professeur renommé. le narrateur, adolescent, s'ouvre à l'amour avec Gilberte.
Le roman est construit en deux parties : "Autour de Madame Swann", et "Nom de Pays : le Pays".
La première partie se déroule autour de la séduisante Odette. le narrateur se rapproche puis s'éloigne de sa fille, Gilberte.
Dans la seconde partie le narrateur, sa grand-mère et Françoise partent quelques mois séjourner au grand-hôtel de Balbec (Cabourg). Il fait la rencontre de plusieurs personnes déterminantes pour la suite de l'oeuvre, Saint-Loup, Charlus, ou Albertine Simonet. Attiré par toutes les jeunes filles qu'il croise, il ne sait sur laquelle fixer son amour.
L'amour, la jalousie, les rapports entre la réalité et l'imaginaire, la mémoire ou le souvenir, se développent autour d'une épatante galerie de personnages. Même ceux de second plan sont un bonheur. Ainsi le directeur du grand hôtel, très snob, ou le roi et la reine d'un îlot d'Océanie, ou encore la princesse de Luxembourg dont les "regards s'imprégnèrent d'une telle bonté que je vis approcher le moment où elle nous flatterait de la main comme deux bêtes sympathiques qui eussent passé la tête vers elle, à travers un grillage, au jardin d'Acclimatation."
Ceux qui avaient décroché au cours du premier tome se verraient confirmés dans leur choix : les phrases de Proust sont toujours aussi sinueuses, son style toujours aussi précieux (on assure que son élocution était conforme à ses écrits Cf le documentaire Marcel Proust du 11 janvier 1962) ; les autres retrouveront dans ce volume tout ce qu'ils ont aimé dans le précédent, cette précision, cette subtilité, cette orfèvrerie, cette épaisseur des personnages, cette diversité dans le thème.
A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleurs ne se lit pas comme un nouveau Steinbeck, un nouveau Kundera, un nouveau Despentes, un nouveau Romain Gary, un autre Victor Hugo. Ce n'est pas un livre de plus. C'est une promenade au Louvre, une déambulation dans ce tout monumental et cohérent qu'est la Recherche du Temps Perdu. Vous pouvez y revenir n'importe quand , vous dénicherez toujours quelque merveille . Il faut avoir l'envie de lui consacrer du temps. C'est là toute sa difficulté, et toute sa force.
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chartel
05 juin 2011
  • 5/ 5
Je suis surpris que les lecteurs de babelio.com veuillent à tout prix identifier le narrateur d'"À la recherche du temps perdu" avec son auteur Marcel Proust. En aucun cas il ne s'agit d'une autobiographie ! Il y a bien évidemment Proust dans le narrateur, comme il y a dans chaque personnage des grandes fictions littéraires une part de leur auteur. Il s'agit donc bien ici d'une FICTION et le narrateur ne s'appelle surtout pas Marcel…
Autre remarque se rapportant encore aux critiques précédentes d'"À l'ombre des jeunes filles en fleurs", deuxième tome de "La Recherche" : ils le présentent comme plus abordable que le premier, idéal pour entrer dans l'oeuvre de Proust, alors qu'elle ne peut être vraiment comprise et appréciée à sa juste valeur que si elle est lue dans son intégralité et selon l'ordre conçu et pensé par son auteur ! Quel lecteur percevrait les transformations des différents personnages apparues entre les deux tomes, qu'il s'agisse du narrateur, de Madame Swann ou encore de sa fille Gilberte ? C'est justement l'une des grandes richesses de "La Recherche" qui est de donner matière au temps à travers l'évolution des personnages et les changements de point de vue. Il est donc fortement déconseillé de lire ce tome sans préalablement avoir lu le premier !
Pour en venir enfin à mon expérience de lecteur d'"À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (rien que le titre c'est magnifique!), j'y ai trouvé quelques passages un peu lassants, notamment ceux consacrés aux circonvolutions du narrateur dans ses amours contrariés avec Gilberte, puis ses longues descriptions de l'autre objet (inconscient ?) des passions amoureuses du jeune adolescent, celles de Madame Swann.
Mais l'ensemble reste impressionnant, même si parfois Proust se mélange (et nous mélange !) les pinceaux dans la construction de ses phrases, on ne peut rester qu'admiratif, pantois et émerveillé devant tant de beauté et de génie. Vivement le prochain tome…
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Citations & extraits (88) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen2107 décembre 2016
Chacun de nos amis a tellement de défauts que pour continuer à l’aimer nous sommes obligés d’essayer de nous consoler d’eux - en pensant à son talent, à sa bonté, à sa tendresse - ou plutôt de ne pas en tenir compte en déployant pour cela toute notre bonne volonté. Malheureusement notre complaisante obstination à ne pas voir le défaut de notre ami est surpassée par celle qu’il met à s’y adonner à cause de son aveuglement ou de celui qu’il prête aux autres.
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Gwen21Gwen2106 décembre 2016
Certains noms de villes, Vézelay ou Chartres, Bourges ou Beauvais, servent à désigner, par abréviation, leur église principale. Cette acception partielle où nous le prenons si souvent finit — s’il s’agit de lieux que nous ne connaissons pas encore — par sculpter le nom tout entier qui dès lors quand nous voudrons y faire entrer l’idée de la ville — de la ville que nous n’avons jamais vue — lui imposera — comme un moule — les mêmes ciselures, et du même style, en fera une sorte de grande cathédrale.
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Gwen21Gwen2105 décembre 2016
Pour la première fois je sentais qu’il était possible que ma mère vécût sans moi, autrement que pour moi, d’une autre vie. Elle allait habiter de son côté avec mon père à qui peut-être elle trouvait que ma mauvaise santé, ma nervosité, rendaient l’existence un peu compliquée et triste. Cette séparation me désolait davantage parce que je me disais qu’elle était probablement pour ma mère le terme des déceptions successives que je lui avais causées, qu’elle m’avait tues et après lesquelles elle avait compris la difficulté de vacances communes ; et peut-être aussi le premier essai d’une existence à laquelle elle commençait à se résigner pour l’avenir, au fur et à mesure que les années viendraient pour mon père et pour elle, d’une existence où je la verrais moins, où, ce qui même dans mes cauchemars ne m’était jamais apparu, elle serait déjà pour moi un peu étrangère, une dame qu’on verrait rentrer seule dans une maison où je ne serais pas, demandant au concierge s’il n’y avait pas de lettres de moi.
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Gwen21Gwen2102 décembre 2016
Plusieurs fois je sentis que Gilberte désirait éloigner mes visites. Il est vrai que quand je tenais trop à la voir je n’avais qu’à me faire inviter par ses parents qui étaient de plus en plus persuadés de mon excellente influence sur elle. Grâce à eux, pensais-je, mon amour ne court aucun risque ; du moment que je les ai pour moi, je peux être tranquille puisqu’ils ont toute autorité sur Gilberte. Malheureusement à certains signes d’impatience que celle-ci laissait échapper quand son père me faisait venir en quelque sorte malgré elle, je me demandai si ce que j’avais considéré comme une protection pour mon bonheur n’était pas au contraire la raison secrète pour laquelle il ne pourrait durer.
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Gwen21Gwen2101 décembre 2016
Dès que Mme Swann voulait me dire quelque chose qu’elle désirait que les personnes des tables voisines ou même les garçons qui servaient ne comprissent pas, elle me le disait en anglais comme si c’eût été un langage connu de nous deux seulement. Or tout le monde savait l’anglais, moi seul je ne l’avais pas encore appris et étais obligé de le dire à Mme Swann pour qu’elle cessât de faire sur les personnes qui buvaient le thé ou sur celles qui l’apportaient des réflexions que je devinais désobligeantes sans que j’en comprisse, ni que l’individu visé en perdît un seul mot.
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