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> Pierre-Louis Rey (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070380513
Éditeur : Gallimard (1988)


Note moyenne : 4.35/5 (sur 394 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
L'expression "roman fleuve" devrait, sans connotation péjorative, désigner une œuvre qui prend le temps de charrier mille petites particules d'impression pour les infuser dans l'esprit d'un lecteur captivé. En somme, elle devrait avoir été créée pour désigner "La Recher... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde2, le 04 septembre 2013

    Charybde2
    Le deuxième tome de la Recherche, qui amena le succès à Proust, et révèle l'ampleur du projet.
    Publié en 1919, et accepté cette fois par Gallimard (à la différence de "Du côté de chez Swann", renvoyé six ans plus tôt au compte d'auteur), couronné la même année du prix Goncourt, le deuxième tome de "À la recherche du temps perdu" est à la fois celui de la consécration pour l'auteur, et celui qui donne à voir au lecteur, le premier, l'ampleur que va prendre l'ensemble de l'édifice, ampleur qui n'était jusque là que suggérée.
    Le deuxième tome me semble aussi confirmer, ne serait-ce que par son complexe jeu d'indices et de références, qu'il est largement préférable (si ce n'est essentiel) de lire "La recherche" comme un unique gros roman, plutôt que comme un feuilleton égrené au fil des années et des lectures (trop) échelonnées.
    Dans une mécanique complexe de spirales et de faux-semblants narratifs extrêmement maîtrisée, une partie des "bombes à retardement" posées par l'auteur dans le premier tome sont maintenant dévoilées, tandis que de nouvelles, nombreuses, sont enfouies à leur tour, pour servir plus tard.
    Tandis que le narrateur, dans les dernières pages du premier tome, connaissait les premiers émois amoureux d'une amitié enfantine qu'il souhaite transformer en tout autre chose, avec Gilberte Swann, c'est maintenant de la conquête de sa mère, Odette, qu'il s'agit, pour des raisons peu claires initialement, dans lesquelles entrent à la fois du dépit, du refus anticipé de la souffrance, une rare forme de sado-masochisme qui ne dirait pas encore son nom, tout en résonnant, déjà, fortement, avec certains symptômes d'obsession et de Jalousie semés dans "Un amour de Swann", confirmant le caractère matriciel de cette échappée au sein du premier tome, qui ira s'affirmant au fil des volumes.
    Saisissant ce qui pourrait n'être qu'un prétexte (mais on apprendra au fil des volumes, à nouveau, que ce n'est pratiquement jamais le cas dans la "Recherche"), l'analyse de l'évolution de Swann après son mariage, à la fois telle qu'il semble la vivre et telle qu'elle est perçue de l'extérieur, (en particulier par le père du narrateur et par les Verdurin) permet à l'auteur une incursion en profondeur, cette fois, dans la mécanique des barrières sociales évoquée tout au long du premier tome, mais cette fois abordée presque frontalement.
    Grâce à la longue description de la genèse et de la vie du salon de Mme Swann, la deuxième tranche, patiente, du mûrissement littéraire du jeune Marcel, autour de l'analyse de ce qui « fit » l'écrivain Bergotte, en son temps, nous est dévoilée : de l'art du détournement de l'objet apparent d'une narration pour servir un but ultérieur bien différent…
    Au bout de ces 160 premières pages, l'une des ellipses en forme de coup de théâtre, par lesquelles l'auteur aime clore ou débuter une nouvelle partie, et nous masquer ainsi la structure de son patient échafaudage, et auxquelles nous allons nous habituer au fil des volumes, survient, semblant tourner la "page" Gilberte / Odette, et nous renvoyer maintenant l'écho comparatif de la dernière partie du premier tome : si "Du côté de chez Swann" s'achevait par les images associées a priori au nom de Balbec, il s'agit maintenant d'y aller voir : « J'étais arrivé à une presque complète indifférence à l'égard de Gilberte, quand deux ans plus tard je partis avec ma grand-mère pour Balbec. ».
    Avec au passage, l'une des plus jolies auto-justifications de la procrastination que j'aie pu lire : « Si j'avais été moins décidé à me mettre définitivement au travail j'aurais peut-être fait un effort pour commencer tout de suite. Mais puisque ma résolution était formelle, et qu'avant vingt-quatre heures, dans les cadres vides de la journée du lendemain où tout se plaçait si bien parce que je n'y étais pas encore, mes bonnes dispositions se réaliseraient aisément, il valait mieux ne pas choisir un soir où j ‘étais mal disposé pour un début auquel les jours suivants, hélas ! ne devaient pas se montrer plus propices. Mais j'étais raisonnable. de la part de qui avait attendu des années il eût été puéril de ne pas supporter un retard de trois jours. »
    Séjour déterminant s'il en est, en soi et pour la suite des événements, ce premier contact avec Balbec (et ses 234 pages) permet d'introduire ou de réintroduire plusieurs personnages essentiels de la Recherche, parfois déjà évoqués, mais dont on commence à deviner l'importance (tout en gardant une certaine méfiance vis-à-vis du narrateur, qui à ce stade nous a déjà plusieurs fois démontré son manque de fiabilité, et de l'auteur, dont le machiavélisme devient toujours plus enchanteur au fil des pages) : la marquise de Villeparisis, Saint-Loup, mais aussi Charlus, avec une deuxième apparition marquante, moins fugitive et (peut-être) moins mal interprétée (par le petit Marcel "du texte") que celle de Combray dans le jardin des Swann.
    Mais les deux entrées les plus fortes sont ici, me semble-t-il, celle d'Elstir, avec laquelle l'auteur exécute l'un de ses plus beaux tours de passe-passe ("changement de lieu, changement de personne" entre le salon des Verdurin du premier tome et la résidence à Balbec du deuxième tome) - avant de l'utiliser pour fomenter l'une des parties les plus analytiques de toute la Recherche, déjà, en étudiant avec lui dans quelle mesure l'art peut, sans cesse, transmuter le quotidien - et celle d'Albertine, bien entendu, au milieu du "groupe des fillettes", qui ne sont pas encore tout à fait ces fameuses "jeunes filles en fleur", offrant à l'auteur l'occasion de l'un des plus extrêmes "flash-forwards" au sein des 7 tomes : « Mon hésitation entre les diverses jeunes filles de la petite bande, lesquelles gardaient toutes un peu du charme collectif qui m'avait d'abord troublé, s'ajouta-t-elle aussi à ces causes pour me laisser plus tard, même au temps de mon plus grand – de mon second – amour pour Albertine, une sorte de liberté intermittente, et bien brève, de ne l'aimer pas ? Pour avoir erré entre toutes ses amies avant de se porter définitivement sur elle, mon amour garda parfois entre lui et l'image d'Albertine un certain « jeu » qui lui permettait comme un éclairage mal adapté de se poser sur d'autres avant de revenir s'appliquer à elle ; le rapport entre le mal que je ressentais au cœur et le souvenir d'Albertine ne me semblait pas nécessaire, j'aurais peut-être pu le coordonner avec l'image d'une autre personne. »
    La puissance du réseau tissé par Proust entre ces dizaines de personnages sur lesquels varie la lumière, l'intensité scrutative ou même le "moment" auquel le narrateur, changeant lui-même d'âge et d'expérience, les décrit, commence à pleinement apparaître à partir de ce deuxième tome, qui encourage plus que jamais à, frénétiquement, poursuivre l'aventure, d'autant plus que les thèmes apparemment encore relativement disjoints du premier tome commencent, doucement, à se rassembler pour fusionner plus tard : mémoire, expérience sensorielle, sentiment amoureux, jouissance esthétique apparaissent de plus en plus comme les composantes réelles d'un art encore en gestation, mais qui se dévoile peu à peu...
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 05 juin 2011

    chartel
    Je suis surpris que les lecteurs de babelio.com veuillent à tout prix identifier le narrateur d'"À la recherche du temps perdu" avec son auteur Marcel Proust. En aucun cas il ne s'agit d'une autobiographie ! Il y a bien évidemment Proust dans le narrateur, comme il y a dans chaque personnage des grandes Fictions littéraires une part de leur auteur. Il s'agit donc bien ici d'une FICTION et le narrateur ne s'appelle surtout pas Marcel…
    Autre remarque se rapportant encore aux critiques précédentes d'"À l'ombre des jeunes filles en fleurs", deuxième tome de "La Recherche" : ils le présentent comme plus abordable que le premier, idéal pour entrer dans l'œuvre de Proust, alors qu'elle ne peut être vraiment comprise et appréciée à sa juste valeur que si elle est lue dans son intégralité et selon l'ordre conçu et pensé par son auteur ! Quel lecteur percevrait les transformations des différents personnages apparues entre les deux tomes, qu'il s'agisse du narrateur, de Madame Swann ou encore de sa fille Gilberte ? C'est justement l'une des grandes richesses de "La Recherche" qui est de donner matière au temps à travers l'évolution des personnages et les changements de point de vue. Il est donc fortement déconseillé de lire ce tome sans préalablement avoir lu le premier !
    Pour en venir enfin à mon expérience de lecteur d'"À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (rien que le titre c'est magnifique!), j'y ai trouvé quelques passages un peu lassants, notamment ceux consacrés aux circonvolutions du narrateur dans ses amours contrariés avec Gilberte, puis ses longues descriptions de l'autre objet (inconscient ?) des passions amoureuses du jeune adolescent, celles de Madame Swann.
    Mais l'ensemble reste impressionnant, même si parfois Proust se mélange (et nous mélange !) les pinceaux dans la construction de ses phrases, on ne peut rester qu'admiratif, pantois et émerveillé devant tant de beauté et de génie. Vivement le prochain tome…
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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 14 juin 2011

    vincentf
    Le narrateur découvre l'amour et les fleurs, les jeux de Gilberte aux Champs-Elysées, la petite bande floue de Balbec qui enfante Albertine. Qu'écrire de plus? Chaque page est un trésor, un bouquet garni. Chaque phrase sonne juste. La naissance du sentiment, les faces changeantes des êtres dans la mémoire et dans le réel, le temps qui passe sans qu'on ne s'en rende compte, tout est décrit avec une finesse, une délicatesse, une grâce si parfaite qu'on est ébahi à chaque seconde. Les jalons sont posés pour la suite. Charlus esquisse son secret. Elstir donne les premières touches au tableau. La galerie de personnages naît. Il faut se plonger du côté de Guermantes.
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    • Livres 5.00/5
    Par CDemassieux, le 09 juin 2014

    CDemassieux
    Proust étire ou rétrécit le temps en dehors de son déroulement naturel, et c'est là sans doute ce qui le rend passionnant.
    Il peut ainsi survoler des semaines en quelques lignes et s'appesantir sur un instant pour l'autopsier sur plusieurs pages. Il réécrit le passé comme pour lui redonner une consistance présente, même si tout cela n'est qu'illusion.
    Proust est un écrivain du détail, de la précision quasi obsessionnelle parfois. Une précision que nous avions oubliée, occupés que nous sommes à courir sans voir, et que nous redécouvrons soudain avec stupéfaction parce qu'elle nous oblige à nous regarder au lieu de nous apercevoir.
    Dans ce second tome de La Recherche du Temps Perdu, ce sont les premiers émois, c'est ce printemps trop vite disparu, à peine arrivé, de la jeunesse que nous raconte Marcel avec un raffinement littéraire exquis et hors du temps:
    "Et, comme la durée moyenne de la vie – la longévité relative – est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cœur, depuis si longtemps que se sont évanouis les chagrins que j'avais alors à cause de Gilberte, il leur a survécu le plaisir que j'éprouve, chaque fois que je veux lire, en une sorte de cadran solaire, les minutes qu'il y a entre midi un quart et une heure, au mois de mai, à me revoir causant ainsi avec Mme Swann, sous son ombrelle, comme sous le reflet d'un berceau de glycines."

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    • Livres 5.00/5
    Par Away--x, le 06 août 2013

    Away--x
    C'est avec grand plaisir que j'ai lu ce deuxième tome de la Recherche. le narrateur y découvre les jeunes filles, entre Gilberte dans la première partie et Albertine et ses amies dans la seconde et, avec elles, les amours de jeunesse. Ses vacances aux bains de mer de Balbec donnent lieu à de superbes descriptions de la mer à l'aspect changeant. Bref, un roman à la hauteur du tome précédant !
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Citations et extraits

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  • Par arnaud_m, le 22 octobre 2014

    Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur.Nous oublions toujours qu’ils sont individuels et, leur substituant dans notre esprit un type de convention que nous formons en faisant une sorte de moyenne entre les différents visages qui nous ont plu, entre les plaisirs que nous avons connus, nous n’avons que des images abstraites qui sont languissantes et fades parce qu’il leur manque précisément ce caractère d’une chose nouvelle, différente de ce que nous avons connu, ce caractère qui est propre à la beauté et au bonheur. Et nous portons sur la vie un jugement pessimiste et que nous supposons juste, car nous avons cru y faire entrer en ligne de compte le bonheur et la beauté, quand nous les avons omis et remplacés par des synthèses où d’eux il n’y a pas un seul atome. C’est ainsi que bâille d’avance d’ennui un lettré à qui on parle d’un nouveau “beau livre”, parce qu’il imagine une sorte de composé de tous les beaux livres qu’il a lus, tandis qu’un beau livre est particulier, imprévisible, et n’est pas fait de la somme de tous les chefs-d’oeuvre précédents mais de quelque chose que s’être parfaitement assimilé cette somme ne suffit nullement à trouver, car c’est justement en dehors d’elle.
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  • Par arnaud_m, le 22 octobre 2014

    C’est d’ordinaire avec notre être réduit au minimum que nous vivons ; la plupart de nos facultés restent endormies, parce qu’elles se reposent sur l’habitude qui sait ce qu’il y a à faire et n’a pas besoin d’elles.

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  • Par OncleDan, le 21 octobre 2014

    De même, rien moins que ces tristes noms faits de sable, d'espace trop aéré et vide, et de sel, au-dessus desquels le mot ville s'échappait comme vole dans pigeon-vole, ne me faisait penser à ces autres noms de Roussainville ou de Martinville, qui parce que je les avais entendu prononcer si souvent par ma grand'tante à table, dans la «salle», avaient acquis un certain charme sombre où s'étaient peut-être mélangés des extraits du goût des confitures, de l'odeur du feu de bois et du papier d'un livre de Bergotte, de la couleur de grès de la maison d'en face, et qui, aujourd'hui encore, quand ils remontent comme une bulle gazeuse, du fond de ma mémoire, conservent leur vertu spécifique à travers les couches superposées de milieux différents qu'ils ont…
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  • Par arnaud_m, le 22 octobre 2014

    Mais à l’oreille d’un musicien deux motifs, matériellement composés de plusieurs des mêmes notes, peuvent ne présenter aucune ressemblance, s’ils diffèrent par la couleur de l’harmonie et de l’orchestration.

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  • Par OncleDan, le 21 octobre 2014

    …plus loin, derrière un vitrage clos, des gens étaient assis dans un salon de lecture pour la description duquel il m'aurait fallu choisir dans le Dante, tour à tour les couleurs qu'il prête au Paradis et à l'Enfer, selon que je pensais au bonheur des élus qui avaient le droit d'y lire en toute tranquillité, ou à la terreur que m'eût causée ma grand'mère si, dans son insouci de ce genre d'impressions, elle m'eût ordonné d'y pénétrer.
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