Tout ce que Ronsard a écrit de vers amoureux, mais aussi érotiques, au temps de sa verte jeunesse, et qu'il a publié entre 1552 et 1560 à Cassandre, à Marie, aux belles et accortes paysannes qui s'abandonnent sur un talus, le poète dit sa ferveur, dans une langue tantôt... > voir plus
Très beaux sonnets qui nous entraînent à merveille dans l'univers amoureux de Ronsard. Même si les différentes références sont parfois difficiles à saisir, la lecture n'en reste pas moins agréable et la musicalité de ces sonnets (qui étaient destinés à être mis en musique) nous enchante.
De la douceur, de lamour et de la séduction. Un vrai plaisir à lire et relire pour se rappeller des vers célèbres. On comprend mieux les textes quand on sait que Ronsard était un vieux croulant et Marie, Cassandre et les autres toutes bien jeunes!
Amour me tue, & si je ne veus dire
Le plaisant mal que ce m'est de mourir :
Tant j'ai grand peur qu'on veuille secourir
Le mal par qui doucement je soupire.
Il est bien vrai que ma langueur désire,
Qu'avec le tans je me puisse guerir :
Mais je ne veus ma dame requerir
Pour ma santé : tant me plaist mon martire.
Tai toi langueur : je sen venir le jour
Que ma maistresse, apres si long sejour,
Voiant le soin qui ronge ma pensée,
Toute une nuit, folatrement m'aiant
Entre ses bras, prodigue, ira paiant
Les interés de ma peine avancée.
Je veus mourir pour tes beautés, Maistresse,
Pour ce bel oeil, qui me prit à son hain,
Pour ce dous ris, pour ce baiser tout plein
D'ambre & de musq, baiser d'une Deesse.
Je veus mourir pour cette blonde tresse,
Pour l'embonpoint de ce trop chaste sein,
Pour la rigueur de cette douce main,
Qui tout d'un coup me guerit & me blesse.
Je veus mourir pour le brun de ce teint,
Pour ce maintien, qui, divin, me contreint
De trop aimer : mais par sus toute chose,
Je veus mourir es amoureus combas,
Souflant l'amour qu'au coeur je porte enclose,
Toute une nuit, au milieu de tes bras.
Qui voudra voir comme un Dieu me surmonte,
Comme il m'assaut, comme il se fait veinqueur,
Comme il renflame & renglace mon cœur,
Comme il reçoit un honeur de ma honte :
Qui voudra voir une jeunesse pronte
A suivre en vain l'objet de son malheur,
Me viene voir : il verra ma douleur,
Et la rigueur de l'Archer qui me donte.
Il conoitra combien la raison peut
Contre son arc, quand une fois il veut
Que nôtre cœur son esclave demeure :
Et si verra que je sui' trop heureus
D'avoir au flanc l'eguillon amoureus
Plein du venin, dont il faut que je meure.
Je voudroi bien richement jaunissant
En pluïe d'or goute à goute descendre
Dans le beau sein de ma belle Cassandre,
Lors qu'en ses yeux le somme va glissant.
Je voudroi bien en toreau blandissant
Me transformer pour finement la prendre,
Quant elle va par l'herbe la plus tendre
Seule à l'escart mile fleurs ravissant.
Je voudroi bien, affin d'aiser ma peine
Estre un Narcisse, & elle une fontaine
Pour m'i plonger une nuit à séjour :
Et voudroi bien que cette nuit encore
Durât tousjours sans que jamais l'Aurore
D'un front nouveau nous r'allumât le jour.
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