ISBN : 2914467621
Éditeur : Chèvre-feuille étoilée (2009)


Note moyenne : 5/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Trois époques, de la colonisation aux années 90.
Trois femmes, Djeyhmouna Monique et Claudia.

De Djeyhmouna l’ancêtre, petite paysanne soustraite à un sort terrible par Ismaël, homme juste et aimant - personnage librement inspiré de la vie de Thoma... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par manoloula, le 15 septembre 2010

    manoloula
    Commentaire de Suzanne Ruta
    Suzanne Ruta est ecrivain et traductrice, son roman « To Algeria, with Love » va paraitre en Janv. 2011, à Virago Press
    Mai 2000, midi de la France, à l'hôtel de ville, une exposition sur le grand résistant Jean Moulin. La gentille personne, d'un certain âge, qui accueille les visiteurs, nous parle de son frère et de son oncle, résistants en 1944.
    Et l'Algérie ? Je lui demande, vainquant mes hésitations. « Quelle est votre expérience de la guerre d'Algérie? » La réponse me surprend : « Mon mari y était commandant pendant trente-trois mois. Il n'en a jamais parlé. »
    Ce silence en dit long sur les rapports France-Algérie depuis l'indépendance. Si aux USA tout se sait tout de suite et puis s'oublie tout de suite après, en France, la curiosité historique, traîne, résiste et se déclare à retardement. Dès 2000, voici une trombe de révélations : Louisette Ighilhariz se rappelle la torture à Alger en 1957. Florence Beaugé, inspirée par ses interviews avec Ighilhariz et le Général Massu, publie un plaidoyer passionné contre le silence et le refus de mémoire, dans Algérie, une guerre sans Gloire. Puis, Raphaëlle Branche, Sylvie Thénault, Claire Mauss-Copeau… on note que ce sont les femmes dans la nouvelle génération qui font les recherches que leurs aînés ont remis ou évité de faire.
    Jeanine Teisson a puisé dans ces livres et dans les longs silences qui les précédaient, la substance de son beau roman Liens de sang. le ton outragé rappelle celui de Florence Beaugé. D'une manière parfois presque didactique, comme pour protester contre la loi de 2005 qui exigeait des programmes scolaires de reconnaitre « le rôle positif de la présence française outre-mer » Teisson situe son roman dans les pires moments de la relation France-Algérie : les razzias des années 1840, massacres, enfumades, destruction de villages, de medersas, de bibliothèques ; tortures, disparitions et exécutions à Alger en juin 1957, pendant ce que R. Branche appelle « la guerre de reconquête » et finalement, dans la guerre des années « 90 » ou l'Algérie semble (mais les apparences peuvent tromper) s'acharner contre elle-même. Tant de violences dans un roman de 228 pages seraient insupportable, sans le don que Janine Teisson nous fait de trois narratrices exceptionnelles, femmes témoins des horreurs, et plus que témoins, porteuses, souvent à leurs frais, de valeurs humaines : amour, courage, solidarité. Leur intelligence, leur rage de vivre, leurs défauts mêmes, ouvrent une brèche dans la pierre dure de l'histoire, un espace par où l'on entrevoit le rêve (impossible ?) d'une Algérie faite à leur image : une Algérie de respect et de connivence entre races, religions, castes.
    Ceci est particulièrement vrai pour la plus ancienne des trois, Djeyhmouna, personnage historique embelli par la fantaisie de la romancière, mariée très jeune en 1840 à Ismaïl Urbain, un français (illégitime, avec une grand'mère esclave, libérée à la colonie de Cayenne) converti à l'Islam, interprète pour l'armée coloniale, saint-simonien et visionnaire, qui envisageait les rapports France-Afrique du Nord gouvernés par le respect de l'égalité, la tolérance et le partage. Je ne connaissais pas Urbain, ami de Gautier, Tocqueville, conseiller de Napoléon III.
    Il semble qu'avec lui aussi la curiosité a traîné, ce n'est qu'en 2001 que Michel Levallois en a publié une biographie passionnante : Ismayl Urbain (1812-1884) Une autre Conquête de l'Algérie.
    La seconde voix, la plus complexe et tragique, peut-être, est celle de Monique, jeune communiste française vivant à Alger en 1957, enceinte mais séparée par la guerre de son mari, reparti en France. Monique cache un rebelle qui fuit une rafle dans les rues chez elle pour une nuit. Belle scène où cet homme blessé et probablement voué à la mort, se repose un instant auprès de la femme enceinte, comme si l'enfant à naître était un gage de leur salvation. On sait pourtant qu'il n'en est rien.
    Dénoncée par les voisins, Monique est arrêtée et finit dans un centre de tortures où la vue des atrocités infligées aux prisonniers lui fait perdre l'enfant qu'elle porte. On l'enferme à la prison de Barberousse, où elle trouve la solidarité, impossible ailleurs dans ce pays sur le point d'éclater, parmi les prisonnières.
    Vision poétique mais aussi pleine de détails vrais : parmi les prisonnières arabes, kabyles, espagnoles, pied-noir, entassées dans une même cellule, elle note, « chacune apprend par cœur les enfants des autres » (p.64)
    Le roman procède par monologues, les trois femmes parlant par alternance à travers le livre : les époques s'enchevêtrent. Ou comme disait Yacine « Toute guerre est un héritage. » Les brefs chapitres ou Monique raconte Barberousse sont d'une beauté émouvante.
    À la place du fils mort-né, Monique accepte d'adopter l'enfant d'une femme algérienne, qui a donné naissance à des jumeaux et choisit de garder uniquement le fils. La fille est confiée à la mère européenne éplorée. Monique appelle cette fille Claudia, l'élève en France en lui cachant pendant quarante ans la vérité sur ses origines. Claudia, la troisième voix de ce roman choral, souffre des silences, de la passivité apparente de sa mère. À quarante ans elle est médecin et travaille dans les camps des refugiés en Afrique, où elle exerce ses dons de guérisseuse mais garde en elle-même une blessure, une sécheresse d'âme qu'elle reconnait à peine. Jusqu'au jour où elle apprend presque par hasard ses origines et part en Algérie, en pleine guerre civile, à sa recherche. Paradoxe : c'est l'Algérie des années 90, pays violent qu'elle trouve incompréhensible et même rebutant à bien des égards, qui rend Claudia à elle-même.
    Les deux pays – « ennemis complémentaires » disait Germaine Tillion en 1960 – ont toujours besoin l'un de l'autre, pourvu que la vérité s'en mêle, comme dans ce roman plein d'élan allégorique et de finesse psychologique : l'histoire écrite au féminin dans le plus riche sens du terme.

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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par manoloula, le 02 septembre 2010

    manoloula
    « Liens de sang » est un roman singulier. Déjà, la symbolique du titre joue sur l'ambiguïté avec les liens « du » sang. Ici, il s'agit de l'immolation de l'Algérie, sous le joug de la colonisation et de l'intégrisme, avec ses ramifications sanglantes de rivières enragées qui vont irriguer de folie les rapports humains et dévaster le pays ! le récit nous emportera dans l'ampleur d'une grande fresque mais aussi nous fera pénétrer les vaisseaux sanguins de la chair de l'être…
    C'est à partir du regard humaniste de trois femmes silencieuses que le roman est bâti. Chaque chapitre est dévolu à l'une d'entre d'elles, qui se raconte, témoigne de son parcours d'engagement sur le terrain, de ses joies, de ses peines, questionne. Les faits historiques, mêlés à la fiction, sont réincarnés dans l'écriture, et le mot, désincarcéré, frappe fort. Les chapitres, fulgurants, sans cesse renouvelés de la diversité des destins, s'enchaînent à la cadence des vagues. Mirage des images, des paysages paradisiaques de miniature précieuse, ensoleillés de touches impressionnistes, côtoient l'enfer expressionniste des fléaux !
    Janine Teisson écorce la nature de l'âme humaine ! Son regard sonde les profondeurs ; rien ne lui échappe car elle attrape tout à bras-le-corps ! le corps dont elle fait sa substance et qui exsude de partout ! Souffrance, exultation, tendresse en osmose avec la bonté. Sensualité toujours en éveil au fil de trame du souvenir…
    Sa grand-mère du côté de l'Afrique, d'un coup de poing sur une gousse d'ail, en faisait gicler instantanément l'amande ! En écho, l'écriture du roman empoigne, cogne ! Phrases écourtées, concises, en droite ligne du questionnement. le peu, pour dire beaucoup, comme l'expression de l'enfant en bas âge. Et si ses nombreuses publications de livres pour la jeunesse signifiaient que Janine Teisson avait gardé l'étonnement de l'enfance ? Sa vision sans appel, absolue de justesse, de justice, sans concession, non convenue, fascinerait-t-elle la vérité ?
    L'écriture est entrelacée d'une réflexion philosophique. Janine Teisson ne nous mène pas en bateau ! L'innommable, elle le nomme sans détours ! le récite en litanie comme les écoliers dans la cour de récréation ; jeu de massacre de l'opprobre ? Les histoires pour enfants sont les plus cruelles, souvent monstrueuses. La grâce de l'enfance les reçoit avec curiosité de risque, les yeux écarquillés, sans préjugé. A la manière du cœur de Janine Teisson ! Ecriture de l'espoir ! La chute du roman se relève aussitôt, de sa foi en l'avenir des liens d'amour...
    On s'attache au rayonnement de ce roman. Il appelle à la relecture comme un livre de spiritualité. Pourquoi pas aussi, à l'occasion, se faire la surprise jubilatoire d'ouvrir le livre rouge et noir, au hasard ? Ce sera la plupart du temps un court chapitre qui se présentera, autonome, sans nécessité de contexte, tel un poème, parce que ce roman n'a ni commencement ni fin et que son liant est de la poésie qui transcende !
    Marie-Lydie Joffre le 1-09- 2010
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par manoloula, le 28 août 2010

    manoloula
    à écouter sur Radio Clapas avec Laure Méravilles
    http://www.sendspace.com/file/sk3r4a
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