> Michel Décaudin (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070321835
Éditeur : Gallimard (1999)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
1
Avril, dont l’odeur nous augure
Le renaissant plaisir,
Tu découvres de mon désir
La secrète figure.

Ah, verse le myrte à Myrtil,
L’iris à Desdémone :
Pour moi d’une rose anémone
S’ouvre l... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 19 février 2012

    Malaura
    Lire les « Contrerimes » de Paul-Jean Toulet (1867-1920) c'est comme avoir un petit être palpitant de vie entre les mains, une petite chose gracieuse et fragile comme un moineau au doux plumage, tremblant, délicat, dont on sentirait battre le minuscule cœur au gré des rimes et des quatrains.
    D'abord l'on pense simplement que « c'est joli » mais imperceptiblement, en tendant l'oreille pour écouter plus attentivement la musicalité des mots qui s'unissent entre eux comme des notes sur une portée, l'on se dit qu'il y a, dans l'apparente simplicité de cette poésie au parfum suave de roses, d'amour, de femmes, de jardins et d'oiseaux, quelque chose de beaucoup plus que de « jolie ». L'on se surprend à se dire doucement « que c'est beau », et l'on en vient à être saisi d'admiration devant la finesse de certains vers, dont la grâce limpide et désinvolte, comme une laque de Chine, trouble les sens et fait l'effet d'une douce caresse empreinte de mélancolie.
    « C'est à voix basse qu'on enchante / Sous la cendre d'hiver / Ce cœur, pareil au feu couvert, / Qui se consume et chante. »
    Cependant, aussi facétieux et joyeux que l'est l'oiseau lorsqu'il pépie avec entrain dans les ramures, les vers de Paul-Jean Toulet s'agrémentent très souvent d'un esprit moqueur et ironique reflétant son propre rapport à l'existence ainsi que la représentation de ce que fut sa vie, follement dissolue.
    « -Minuit ! Trouverai-je une auto, / Par ce temps ? Et le pire, / C'est mon mari. Que va-t-il dire, / Lui qui rentre si tôt ? »
    Né dans le Béarn en 1867 puis installé à Paris, l'artiste mena une vie parisienne libertine entre cabarets, beuveries, consommation de drogue et filles de joie, qu'il exprime alors dans des poèmes d'une élégante ironie et d'une amertume languide et détachée.
    « Brouillard de l'opium tout trempé d'indolence, / Robe d'or suspendue aux jardins du silence. »
    Entre joie et tristesse, entre plaisir et désillusion, entre l'éclat blanc de la lune et la lumière aveuglante du soleil, le lecteur s'abreuve ainsi à une poésie tout à fait personnelle et intime, autobiographique, dans laquelle l'artiste se livre tout entier mais en conservant toujours une pudeur et une distance désenchantées, nimbées d'une frivolité factice qui est comme l'empreinte d'une secrète blessure.
    « Tout bas, comme d'un flanc qui saigne, / Il s'est mis à pleuvoir. »
    C'est cela aussi qui est touchant dans la poésie de Toulet, cette fausse insouciance, cette futilité qui, une fois qu'est tombé le masque, révèle quelque chose de beaucoup plus profond qu'il n'y paraît au premier abord, quelque chose de l'ordre du spleen baudelairien.
    « Trottoir de l'Élysée-Palace / Dans la nuit en velours / Où nos cœurs nous semblaient si lourds / Et notre chair si lasse. »
    Par ailleurs, l'utilisation du quatrain dans une forme souvent très courte, associée à la construction de rimes embrassées et croisées baptisées par le poète « contrerimes » comme le recueil éponyme, éveillent un sentiment d'éphémère, de fragilité, de fugacité des êtres et des choses : le temps qui passe, l'amour qui s'enfuit, la vie si vite consumée…
    « Ce bruit voluptueux d'un orme qui s'égoutte : / Tel est le pleur furtif d'un plaisir effacé.»
    Avec la magnifique brièveté de rimes allusives, elliptiques, le poète appréhende l'immédiateté du moment présent, saisissant les êtres et les choses avec la fulgurance d'un instantané. Au gré d'une poésie veloutée, vaporeuse, il évoque pareillement son ressenti et son vécu en en soulignant le caractère évanescent, un peu comme le fait la poésie japonaise avec les haïkus. Cet aspect éthéré, aussi immatériel que lumineux et teinté d'une coloration japonisante, font tout l'attrait et la beauté d'un grand nombre de ces contrerimes qui resplendissent d'un éclat bref comme les gemmes d'un diamantaire.
    « Une lueur tranchante et mince / Échancre mon plafond, / Très loin, sur le pavé profond, / J'entends un seau qui grince… »
    Publiées à titre posthume en 1921, peu après la mort du poète, " Les Contrerimes " se divisent en Chansons, Dizains et Coples (pièces courtes de deux à quatre vers).
    Si tout n'est pas d'une égale émotion dans ce recueil, sa lecture offre des moments de grâce pure, notamment lorsque le poète nous peint, avec un art de l'esquisse admirable, les décors naturels, les quatre éléments et les quatre saisons, les lieux de résidence et les pays visités, d'Alger aux Pyrénées, telle cette céleste représentation de l'Ile Maurice où il vécut un temps :
    « Jardin qu'un dieu sans doute a posé sur les eaux, / Maurice, où la mer chante, et dorment les oiseaux. »
    Artiste sensuel, sensible et plein d'aisance, l'on comprend mieux pourquoi il fut le chef de file des jeunes poètes de « l'Ecole fantaisiste » du début du siècle, et pourquoi nombre d'hommes de lettres de Borges à D Ormesson ont fait en sorte de pérenniser son œuvre au fil du temps.
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Citations et extraits

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  • Par Malaura, le 21 février 2012

    Le temps irrévocable a fui. L’heure s’achève.
    Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve,
    Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,
    Tes yeux plus clairs.
    À travers le passé ma mémoire t’embrasse.
    Te voici. Tu descends en courant la terrasse
    Odorante, et tes faibles pas s’embarrassent
    Parmi les fleurs.
    Par un après-midi de l’automne, au mirage
    De ce tremble inconstant que varient les nuages,
    Ah ! Verrai-je encor se farder ton visage
    D’ombre et de soleil ?
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  • Par Malaura, le 21 décembre 2011

    Puisque tes jours ne t'ont laissé
    Qu'un peu de cendre dans la bouche,
    Avant qu'on ne tende la couche
    Où ton coeur dorme, enfin glacé,
    Retourne, comme au temps passé,
    Cueillir, près de la dune instable,
    Le lys qu'y courbe un souffle amer,
    - Et grave ces mots dans le sable :
    Le rêve de l'homme est semblable
    Aux illusions de la mer.
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  • Par Malaura, le 19 février 2012

    C’est Dimanche aujourd’hui. L’air est couleur du miel.
    Le rire d’un enfant perce la cour aride :
    On dirait un glaïeul élancé vers le ciel.
    Un orgue au loin se tait. L’heure est plate et sans ride.
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  • Par Malaura, le 04 mars 2012

    Nuit d’amour qui semblait fuir entre deux dimanches.
    Tel un grand oiseau noir dont les ailes sont blanches.
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  • Par Malaura, le 18 février 2012

    Mon coeur, si doux à prendre
    Entre tes mains,
    Ouvre-le, ce n’est rien
    Qu’un peu de cendre.
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