Voici un véritable chef-d'œuvre sorti de Terre! du
Zola en très grande forme. Comme toujours, le vieil Émile s'est bien documenté et l'on a presque l'impression de sentir
La Terre de la Beauce sous notre nez. Un bon roman tonique et documentaire comme était l'intention de l'auteur en écrivant le cycle des Rongon-Macquart. Ici, Jean Macquart (le frère de Gervaise Macquart de
L'assommoir) est embauché chez le gros exploitant du coin et maire du village, Hourdequin, qui essaye désespérément d'introduire des techniques agricoles nouvelles et se heurte à sa main d'œuvre réfractaire. C'est l'exact pendant français du Levine russe d'Anna Karénine. La famille Fouan est l'autre grand pôle du livre. Elle rappelle beaucoup la famille Rongon-Macquart des origines (voir
La fortune des rougon) avec ses multiples tares et vices. Tout d'abord l'héritage du vieux Fouan, où l'on ne sait qui est le plus radin et le plus prêt à saigner sa famille, entre le père et les enfants. Son jeune fils, Buteau est un parangon d'avarice, d'avidité, de brutalité et de dureté. Malgré le tour résolument polémique que
Zola imprime à sa fresque rurale, j'ai retrouvé
Tous les travers et la mentalité du monde paysan qu'on m'a raconté de mes aïeux bretons du début du XXe siècle. Aucune bassesse de ce monde ne vous sera épargnée mais n'est-elle pas une vision, certes désabusée, mais juste de l'humain au sens large? Je vous laisse le soin de lire et de déterrer les bulbes pourris dont nous sommes
Tous un peu faits. Mention spéciale pour le personnage de "la grande", sœur du vieux Fouan, assurément un modèle pour la fameuse Tatie Danielle du cinéma, une véritable vieille méchante femme qui prend plaisir à semer la zizanie (le personnage de "la vieille femme nuisible" est un classique chez
Zola et revient dans pas mal de ses romans, aurait-il des comptes à régler de ce côté-là ?) et la discorde au sein de sa propre famille tout en étant aussi aimante qu'une grosse pierre sèche. Autre mention spéciale pour "
Jésus-Christ", Fils aîné du vieux Fouan, alcoolique et résolu à ne jamais travailler, pétomane hors-pair qui offre à l'auteur l'occasion de signer un chapitre hilarant (quatrième partie, chapitre 3).
La préface d'Emmanuel le Roy Ladurie n'est pas tendre pour
Zola, mais il faut le comprendre, lui qui a tant étudié les "vrais" paysans sur plus d'un millénaire, voir un portrait au vitriol de la main d'un novice mi-parisien, mi-aixois (enfin tout sauf quelqu'un de
La Terre) ça le démange un peu. Il souligne le caractère excessivement bestial et caricatural qu'imprime l'auteur à l'avidité et au manque de sensibilité ou de sentiments de ses personnages. Point sur lequel on ne peut pas non plus lui donner tort car il est vrai que
Zola y est allé de bon cœur dans ce registre, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.