ISBN : 2070371778
Éditeur : Gallimard (1980)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 89 notes) Ajouter à mes livres
De retour de la bataille de Solférino, le Provençal Jean Macquart s'est installé dans un village de la Beauce où il est devenu le valet du fermier Hourdequin. Mais quoiqu'il s'éprenne bientôt de Françoise, la nièce du vieux père Fouan, Jean reste ici un étranger à la co... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nastasiabuergo, le 13 avril 2012

    nastasiabuergo
    Voici un véritable chef-d'œuvre sorti de Terre! du Zola en très grande forme. Comme toujours, le vieil Émile s'est bien documenté et l'on a presque l'impression de sentir La Terre de la Beauce sous notre nez. Un bon roman tonique et documentaire comme était l'intention de l'auteur en écrivant le cycle des Rongon-Macquart. Ici, Jean Macquart (le frère de Gervaise Macquart de L'assommoir) est embauché chez le gros exploitant du coin et maire du village, Hourdequin, qui essaye désespérément d'introduire des techniques agricoles nouvelles et se heurte à sa main d'œuvre réfractaire. C'est l'exact pendant français du Levine russe d'Anna Karénine. La famille Fouan est l'autre grand pôle du livre. Elle rappelle beaucoup la famille Rongon-Macquart des origines (voir La fortune des rougon) avec ses multiples tares et vices. Tout d'abord l'héritage du vieux Fouan, où l'on ne sait qui est le plus radin et le plus prêt à saigner sa famille, entre le père et les enfants. Son jeune fils, Buteau est un parangon d'avarice, d'avidité, de brutalité et de dureté. Malgré le tour résolument polémique que Zola imprime à sa fresque rurale, j'ai retrouvé Tous les travers et la mentalité du monde paysan qu'on m'a raconté de mes aïeux bretons du début du XXe siècle. Aucune bassesse de ce monde ne vous sera épargnée mais n'est-elle pas une vision, certes désabusée, mais juste de l'humain au sens large? Je vous laisse le soin de lire et de déterrer les bulbes pourris dont nous sommes Tous un peu faits. Mention spéciale pour le personnage de "la grande", sœur du vieux Fouan, assurément un modèle pour la fameuse Tatie Danielle du cinéma, une véritable vieille méchante femme qui prend plaisir à semer la zizanie (le personnage de "la vieille femme nuisible" est un classique chez Zola et revient dans pas mal de ses romans, aurait-il des comptes à régler de ce côté-là ?) et la discorde au sein de sa propre famille tout en étant aussi aimante qu'une grosse pierre sèche. Autre mention spéciale pour "Jésus-Christ", Fils aîné du vieux Fouan, alcoolique et résolu à ne jamais travailler, pétomane hors-pair qui offre à l'auteur l'occasion de signer un chapitre hilarant (quatrième partie, chapitre 3).
    La préface d'Emmanuel le Roy Ladurie n'est pas tendre pour Zola, mais il faut le comprendre, lui qui a tant étudié les "vrais" paysans sur plus d'un millénaire, voir un portrait au vitriol de la main d'un novice mi-parisien, mi-aixois (enfin tout sauf quelqu'un de La Terre) ça le démange un peu. Il souligne le caractère excessivement bestial et caricatural qu'imprime l'auteur à l'avidité et au manque de sensibilité ou de sentiments de ses personnages. Point sur lequel on ne peut pas non plus lui donner tort car il est vrai que Zola y est allé de bon cœur dans ce registre, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par estrella_oscura, le 19 janvier 2012

    estrella_oscura
    Quinzième tome des Rougon-Macquart, La Terre s'attaque à l'univers paysan avec une âpreté qui n'a d'égal que ce sol hiératique.
    Sur une période de dix ans, il s'articule autour de la famille des Fouan - parents, oncles et tantes, enfants puis petits-enfants - dont il brosse la descente aux enfers avec toute une cohorte de personnages-satellites mesquins, ignards et ivrognes sous le ciel de Rognes. C'est Jean Macquart, fils d'Antoine Macquart, qui représente ici l'illustre famille zolienne. Il apparaissait déjà dans La Fortune des Rougon où il était apprenti menuisier. Tiré au sort par la suite pour participer aux batailles de son siècle dont il sort physiquement indemne, c'est en Beauce, comme ouvrier agricole, qu'il aspire à couler des jours paisibles après les horreurs de la guerre. C'est ainsi qu'on le croise, semant son blé aux premières lignes du roman.
    Le coeur de toute cette affaire, le véritable héros muet du roman, c'est La Terre. Erigée en dieu inflexible, ce n'est pas tant ce qu'elle produit ou le travail qu'elle réclame qui aiguise les tempéraments mais bien sa possession. Avec une fureur bestiale, il s'agit d'avoir à Tous prix car c'est l'avoir qui définira l'être, c'est ainsi qu'il pourra enfoncer ses racines et s'élever aux détriments des autres. Rien n'est épargné de la déchéance physique et morale de cette espèce avide, ni l'alcool, ni l'impudeur des relations, pas même le meurtre.
    La Terre comme dieu et les hommes comme bêtes, ainsi pourrait se croquer cet ouvrage. L'auteur continue d'explorer sans concession les aspects les plus sombres de l'homme, sans qu'aucune lueur d'espoir n'éclaire l'horizon, avec l'emprunte du siècle toujours en filigrane - notamment la révolution industrielle qui oppose les intérêts des ouvriers à ceux des paysans.
    C'est là L'Oeuvre riche et noire d'un bas peuple qui se débat et se grignote sans sa propre fange et que le lecteur ne pourra que lire comme on reçoit une claque magistrale.

    Lien : http://lapetitemarchandedeprose.hautetfort.com/archive/2012/01/15/la..
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    • Livres 4.00/5
    Par bvb09, le 29 avril 2012

    bvb09
    Zola fait du Zola avec les paysans.
    Pour ceux qui aiment ce monde, comme moi, parce qu'ils l'idéalisent sans doute un peu, il vaut mieux lire Giono ou Michelet.
    Mais ce roman dans lequel les personnages noirs ne sont équilibrés que par des personnages gris anthracite est d'une âpreté sans concession.
    Comme à son habitude Zola est très bien documenté (Merci Nastasia) et sans doute est-ce que cela aide à digérer la noirceur de l'âme humaine des protagonistes. Les "gentils" passent pour des idiots.
    La vérité dépasse souvent la fiction..
    J'espère qu'elle ne dépasse pas celle-ci qui me parait tout de même caricaturale.
    Se lit très facilement grâce à un style quasi journalistique sans effets littéraires.
    Zola ne séduit pas: il frappe, il cogne.
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    • Livres 5.00/5
    Par musica92, le 28 janvier 2012

    musica92
    Un Zola inhabituel, au langage souvent cru, qui parle ouvertement de sexe, de grossesse, de pets (plusieurs pages consacrées à l'habitude hilarante de Jésus-Christ). Mais aussi une réflexion sur le partage de La terre et les débuts de la mondialisation. Et aussi la haine poignante qui naît peu à peu dans la famille Fouan et la famille Buteau, haine qui mène jusqu'aux meurtres. Egalement une réflexion sur la vieillesse qui coûte mais ne rapporte pas.
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    • Livres 3.00/5
    Par Sarah_DD, le 03 juin 2008

    Sarah_DD
    Ce n'est certainement pas le volume le plus marrant de la série, ni le plus optimiste. Il est tellement cru, beaucoup plus que les autres je trouve.
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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 17 décembre 2010

    p. 24 Le père Fouan et la Terre :
    Mais ce qu’il ne disait pas, ce qui sortait de l’émotion refoulée dans sa gorge, c’était la tristesse infinie, la rancune sourde, le déchirement de tout son corps, à se séparer de ces biens si chaudement convoités avant la mort de son père, cultivés plus tard avec un acharnement de rut, augmentés ensuite lopins à lopins, au prix de la plus sordide avarice. Telle parcelle représentait des mois de pain et de fromage, des hivers sans feu, des étés de travaux brûlants, sans autre soutien que quelques gorgées d’eau. Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d’humain : la terre ! Et voilà qu’il avait vieilli, qu’il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance.
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  • Par estrella_oscura, le 19 janvier 2012

    - Ah! Tout fout le camp! cria-t-il avec brutalité. Oui, nos fils verront ça, la faillite de la terre...Savez-vous bien que nos paysans, qui jadis amassaient sou à sou l'achat d'un lopin, convoité des années, achètent aujourd'hui des valeurs financières, de l'espagnol, du portugais, même du mexicain! Et ils ne risqueraient pas cent francs pour amender un hectare! Ils n'ont plus confiance. Les pères tournent dans leur routine comme des bêtes fourbues, les filles et les garçons n'ont que le rêve de lâcher les vaches, de se débarrasser du labour pour filer à la ville... Mais le pis est que l'instruction, vous savez! la fameuse instruction qui devait sauver tout, active cette émigration, cette dépopulation des campagnes, en donnant aux enfants une vanité sotte et le goût du faux bien-être...
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  • Par Couperine, le 08 décembre 2010

    C'était l'époque où la Beauce est belle de sa jeunesse, ainsi vêtue de printemps, unie et fraîche à l'œil, en sa monotonie. Les tiges grandirent encore, et ce fut la mer, la mer des céréales, roulante, profonde, sans bornes. Le matin, par les beaux temps, un brouillard rose s'envolait. A mesure que montait le soleil, dans l'air limpide, un brise soufflait par grandes haleines régulières, creusant les champs d'une houle, qui partait de l'horizon, se prolongeait, allait mourir à l'autre bout. Un vacillement pâlissait les teintes, des moires de vieil or couraient le long des blés, les avoines bleuissaient, tandis que les seigles frémissants avaient des reflets violâtres. Continuellement, une ondulation succédait à une autre, l'éternel flux battait sous le vent du large. Quand le soir tombait, des façades lointaines, vivement éclairées, étaient comme des voiles blanches, des clochers émergeant plantaient des mâts, derrière des plis de terrain. Il faisait froid, les ténèbres élargissaient cette sensation humide et murmurante de pleine mer, un bois lointain s'évanouissait, pareil à la tache perdue d'un continent.
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  • Par estrella_oscura, le 19 janvier 2012

    Alors, en quelques mots lents et pénibles, il résuma inconsciemment toute cette histoire : la terre si longtemps cultivée pour le seigneur, sous le bâton et dans la nudité de l'esclave, qui n'a rien à lui, pas même sa peau ; la terre, fécondée de son effort, passionnément aimée et désirée pendant cette intimité chaude de chaque heure, comme la femme d'un autre que l'on soigne, que l'on étreint et que l'on ne peut posséder ; la terre, après des siècles de ce tourment de concupiscence, obtenue enfin, conquise, devenue sa chose, sa jouissance, l'unique source de sa vie. Et ce désir séculaire, cette possession sans cesse reculée, expliquait son amour pour son champ, sa passion de la terre, du plus de terre possible, de la motte grasse, qu'on touche, qu'on pèse au creux de la main. Combien pourtant elle était indifférente et ingrate, la terre ! On avait beau l'adorern elle ne s'échauffait pas, ne produisait pas un grain de plus. De trop fortes pluies pourissaient les semences, des coups de grêle hachaient le blé en herbe, un vent de foudre versait les tiges, deux mois de sécheresse maigrissaient les épides ; et c'était encore les insectes qui rongent, les froids qui tuent, des maladies sur le bétail, des lèpres de mauvaises plantes mangeaient le sol : tout devenait une cause de ruine, la lutte restait quotidienne, au hasard de l'ignorance, en continuelle alerte. Certes, lui ne s'était pas épargné, tapant des deux poings, furieux de voir que le travail ne suffisait pas. Il y avait desséché les muscles de son corps, il s'était donné tout entier à la terre, qui, après l'avoir à peine nourri, le laissait misérable, inassouvi, honteux d'impuissance sénile, et passait aux bras d'un autre mâle, sans pitié même pour ses pauvres os, q'elle attendait.
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  • Par genevieveaillet, le 16 février 2011

    Ah ! tout fout le camp ! cria t-il avec brutalité. Oui, nos fils verront ça, la faillite de la terre... Savez vous bien que nos paysans, qui jadis amassaient sou à sou l'achat d'un lopin convoité des années achètent aujourd'hui des valeurs financières, de l'espagnol, du portugais, même du mexicain ? Et ils ne risqueraient pas cent francs pour amender un hectare ! Ils n'ont plus confiance, les pères tournent dans leur routine comme des bêtes fourbues, les filles et les garçons n'ont que le rêve de lâcher les vaches, de se décrasser du labour pour filer à la ville...
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