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ISBN : 2253003654
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 1053 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Quatrième de couverture - Nana tourne au mythe, sans cesser d'être réelle. Cette création est babylonienne.

Flaubert
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 01 mai 2013

    Nastasia-B
    Cette neuvième livraison des Rougon-Macquart ne m'est pas apparue aussi savoureuse que je l'espérais, faisant naturellement suite, par son héroïne, au fulgurant Assommoir.
    Émile Zola réemploie la même formule que dans "Son excellence eugène rougon" au début du roman, à savoir, nous plonger directement dans le cœur d'activité du protagoniste principal. C'était une session à l'Assemblée Nationale pour Eugène Rougon, ici, c'est la première représentation d'une opérette sulfureuse, La Blonde Vénus, où Nana met le feu à la scène avec ses formes et ses tenues très peu couvrantes. (Au passage ceci m'inspire un petit parallèle et une menue réflexion sur la beauté et la blondeur car je viens de me faire une petite série de huit ou neuf films de Billy Wilder, avec outre le célébrissime et succulent Certains L'Aiment Chaud, qui, bien qu'excellent, fait beaucoup commerce des formes généreuses de l'actrice, un autre film, soi-disant culte, Sept Ans de Réflexion avec la fameuse scène de la robe Marilyn Monroe qui se soulève en passant au-dessus des bouches d'aération du métro, qui lui est un vrai navet, avec pour seul mérite d'avoir à son affiche une blonde Vénus... Nana-Marilyn, des liens avec le pouvoir et L'Argent, tiens, tiens, tiens...)
    Ce sont bien évidemment les opérettes de Jacques Offenbach que l'auteur cherche à écorner, en particulier celle intitulée " La Belle Hélène ", (pastichée en " La Blonde Vénus ") qui met en scène la dépravation des dieux de l'Olympe.
    Pour être totalement dans l'esprit « naturaliste », avec un réel souci documentaire, on n'en est pas pour autant transcendé et l'on a du mal à prétexter que cette entrée en scène de Zola dans Nana soit particulièrement réussie ou tonitruante. On l'a connu plus percutant et la feuille de route de son programme de construction apparaît, à mon goût, un peu trop fortement tout au long du roman.
    Ce n'est qu'à partir de la moitié du livre, au chapitre VIII, que la narration retrouve quelques couleurs et Zola sa verve perdue de L'assommoir. En effet, jusque-là, l'auteur nous endort avec de Lourdes et longues descriptions de luxe et de débauches dans les hautes sphères qui font d'ailleurs double emploi avec celles déjà pesantes qui concernaient Renée dans La Curée.
    Quels sont les apports vraiment significatifs de cet opus dans l'édifice de son cycle littéraire ?
    1) Les rapports étroits de connivence entre le monde du spectacle et le journalisme visant à faire ou à défaire le succès d'un spectacle moyennant avantages divers en retour (déjà évoqués en détail et probablement avec plus de brio dans la deuxième partie des Illusions perdues de Balzac).
    2) La mise en plein jour de la prostitution (la classique et celle de luxe).
    3) L'évocation de l'homosexualité féminine, sujet absolument tabou à l'époque de Zola et ce sur quoi il faut saluer le courage littéraire de l'auteur.
    4) le poids du monde hippique dans la haute société (La situation a-t-elle changé de nos jours ? Les Rothschild ne font-il pas toujours régner la pluie et le beau temps sur le monde des courses [casaque bleue, toque jaune] ?)
    En guise de conclusion : très documenté mais pas très captivant, ce qui en fait, selon moi, un roman moyen du cycle des Rougon-Macquart, mais ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 5.00/5
    Par isajulia, le 01 septembre 2013

    isajulia
    Ah Nana ! je revois la petite fille de L'assommoir, traînant le sabot de la mère Boche pour jouer à l'enterrement, n'étant pas la dernière pour tremper dans le vice et faire les quatre cent coups, mettant la révolution dans la rue de la Goutte-d'Or à coups de frasques et de coquetterie exacerbée.
    Rodée aux hommes dès son plus jeune âge, la petite à déjà compris que pour éviter le destin catastrophique de ses parents, il va falloir mettre le paquet pour se faire entretenir.
    Ici, c'est au Théâtre des Variétés que nous retrouvons notre chipie de service, incarnant La Blonde Vénus. Une façon comme une autre de démarrer une carrière pour cette fille pulpeuse qui chante comme une savate. Son argument? Apparaître sur les planches presque dévêtue, ce qui annonce la couleur à un public essentiellement masculin avide d'un nouveau visage à encenser. Malgré un manque évident de talent, le succès est au rendez-vous et les hommes se pressent dans l'antre de cette jeune pousse du pavé, qui en était réduite à faire des passes pour des sommes modiques afin de financer un train de vie déjà conséquent. Pour Nana vient alors le temps de faire ses armes dans la cour des grandes...
    Qu'elle soit aimée ou détestée, cette Nana est étonnante. Aussi puissant que L'assommoir, ce neuvième volume des Rougon-Macquart nous emporte dans les coulisses du monde des filles et de la débauche. Assez similaire à La Curée dans sa construction en ce qui concerne le faste, Nana se révèle aussi être plus piquant dans le déroulement des événements. Son héroïne tient son rôle haut la main et c'est avec plaisir que nous suivons cette mauvaise graine dans ses toquades de gamine des rues. A l'opposé de sa mère Gervaise, Nana se révèle être une femme de tête à la personnalité hors norme, jouant brillamment au jeu de la vie, tenant le beau Paris qui bande à ses pieds bien au chaud entre ses cuisses de Vénus grasse. Comme une tornade, Nana balaye les fortunes des hommes riches incapables de lui résister. Tous y passent, béats de s'être fait délester la bourse et les bourses par cette mante-religieuse qui brûle la chandelle par les deux bouts. Jouissif et incisif, Zola nous montre une fois de plus l'étendue de son génie à travers ce portrait de femme qui, comme une étoile filante, passe, flamboyante et brillante pour disparaître en un éclair comme elle est apparue. Si vous n'avez pas encore fait la connaissance de Nana, n'hésitez plus, elle ne vous laissera pas indifférents.
    A lire !
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    • Livres 5.00/5
    Par Gwen21, le 21 février 2014

    Gwen21
    Pour pleinement percevoir la puissance et l’impact de « Nana », neuvième volet de la série des Rougon-Macquart, il faut se livrer à l’exercice de se projeter en pensée en 1880, date de sa parution.
    En 1880, la place de la femme dans la société du lectorat de Zola se traduit schématiquement par quatre positions sociales : commençons par la femme mariée sans profession, apanage des classes aisées, poursuivons avec la nonne, faisant souvent également office d’infirmière, puis vient la femme « du peuple » mariée ou non et exerçant une profession telle que couturière, vendeuse, ouvrière, lessiveuse, domestique, enfin, achevons avec la femme déchue, autrement dit la prostituée, infréquentable par les trois susnommées.
    Cependant, à peine quelques décennies avant la période qui nous occupe, a émergé un groupe social nouveau qui a engendré pour la femme une cinquième "voie". Ce groupe a été nommé « demi-monde » par Dumas fils, lequel, épris de la célèbre « dame aux Camélias », était bien placé pour observer de près l’un de ses spécimens : la demi-mondaine.
    1868, Paris. Nana, fille de l’ouvrière Gervaise (« L’Assommoir), est une demi-mondaine. Actrice et courtisane, elle permet à Zola d’incarner le demi-monde et ses mœurs nouvelles, cruelles, dissolues et sans scrupules. Dans les théâtres et les restaurants, sur les champs de courses et jusque dans les médias (ou dans le lit des journalistes) se retrouvent les « cocottes », effrontées et sensuelles, vendant leurs charmes et offrant à Zola le spectacle d’une première « émancipation par le sexe » de la moitié réputée « faible » de l’humanité. Au XIXème siècle, et cela se ressent jusque dans l’art, la femme est méprisée, elle est soumise à l’homme, au père, au mari, au frère, au patron, au client ; elle n’a aucun droit de cité et si elle est parfois dénudée avec gloire sur la toile, sa « tenue d’Eve », nouvellement photographiée, commence à circuler sous le manteau ; les maisons closes font recette. Le XIXème siècle est l’apogée du sexisme et du règne de domination de l’homme sur la femme qui devra attendre la Première Guerre mondiale pour acquérir un début de reconnaissance. Mais déjà, "avant-guardistes" qui s'ignorent, les demi-mondaines renversent ce rapport de force ancestral...
    La demi-mondaine, telle Nana, va chercher à tirer son épingle du jeu par le biais de son arme la plus redoutable : son cul, celui-là même que les hommes sont prêts à payer cher. Dans le roman de Zola, les hommes s’agglutinent autour de Nana comme les mouches autour d’une bouse fraîche et, sociologiquement parlant, il est tout à fait fascinant pour le lecteur d’essayer de décoder les mécanismes psychologiques qui poussent des bourgeois fortunés et « arrivés » à risquer leur fortune, leur honneur et leur statut social pour brûler leurs ailes aux flammes de l’interdit ; il est captivant de voir quelles extrémités ils peuvent atteindre pour posséder l’antithèse de leur épouse et/ou de leur mère.
    Pour toutes ces raisons, « Nana » est plus que jamais un roman social, tel que l’a voulu et conçu son auteur qui, par le grand projet naturaliste qu’il a porté pendant plus de vingt ans, offre ici un magnifique témoignage de la société (notre société !) dont il était le contemporain. Voilà pourquoi il est essentiel de se projeter à la place d’un lecteur de 1880 pour mesurer tout le caractère précurseur, cru, provocateur et choquant de ce roman qui fait définitivement partie de mes tomes de prédilection.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 21 octobre 2012

    LiliGalipette
    Le Tout-Paris est en effervescence : une nouvelle actrice monte sur les planches ce soir. On la dit belle, on la dit blonde, on la dit éblouissante. Pour sa première, Nana se fait désirer et ce n'est pas par son talent qu'elle enchante le parterre. « Est-ce qu'une femme a besoin de savoir jouer et chanter ? » (p. 8) le talent de Nana, c'est bien entre ses cuisses et entre ses bras qu'il se trouve. Échappée, on ne sait comment, du ruisseau et des trottoirs gras de Paris, Nana est maintenant bien loin de la boutique de ses parents, disparus à la fin de L'assommoir. Alors qu'elle triomphe dans le théâtre de Bordenave, les hommes se pressent dans son salon, impatients de se frotter à ses jupes. Dans son appartement, c'est tout un monde de grues qui se donnent des airs, qui se chamaillent et se disputent les attentions des hommes.
    Nana est très demandée, très désirée et bien incapable de se satisfaire d'un seul homme. Si elle laisse le comte Muffat l'entretenir, elle ne peut s'empêcher de tomber dans d'autres bras. Cette belle fille blonde et grasse qui excite Tous les appétits bourgeois de Paris a parfois des envies de salissure et serait prête à tout abandonner pour une tocade. « Et tu te ruines pour un oiseau pareil ; oui, tu te ruines, ma chérie, tu tires la langue, lorsqu'il y en a tant et des plus riches et des personnages du gouvernement. » (p. 243) Alors qu'elle est prête à retourner au ruisseau, Nana a des rêves d'honnêteté et de puissance. Elle se voit en grande bourgeoise qui donne le ton, en femme du monde à qui personne ne refuse rien. Pour assurer son train de vie, elle essore ses nombreux amants et les hommes sont bienheureux qu'elle accepte de les ruiner. « Un homme ruiné tombait de ses mains comme un fruit mûr, pour se pourrir à terre, de lui-même. » (p. 405) À Paris, il est du dernier chic de se faire rincer par la belle Nana.
    Enragée de luxe et de splendeur, cette sublime prostituée est folle de désir pour des plaisirs dégoûtants qui lui font croire qu'elle est libre. Aidée de Zoé, sa rusée femme de chambre, Nana fait défiler les hommes et les femmes dans ses salons, orchestrant le plus fabuleux vaudeville de Second Empire. Chez Nana, l'amant n'est pas sous le lit : il fait antichambre pendant qu'une canaille se vautre dans les draps et les dentelles. Les acteurs, les journalistes, les banquiers, les nobles, tout le monde se presse chez la plus grande cocotte de Paris. Pendant ce temps, Madame se donne sans honte dans le lit d'un client, parce qu'il faut bien payer le boulanger.
    Que j'ai aimé cet épisode des Rougon-Maquart ! Cette Nana ne manque pas de panache, ni de ressources. Sous des dehors superbes, ce personnage incarne toute la pourriture de la lignée. Son fils Louis est l'aboutissement d'un sang faible et vicié. Peu à peu, Zola élague l'arbre généalogique et fait tomber les branches pourries. On se demande toujours si le prochain printemps verra fleurir un nouveau Rougon ou un nouveau Macquart. La suite au prochain volume !
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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 07 décembre 2011

    Aline1102
    Paris est en ébullition: La Blonde Vénus, la nouvelle pièce de Bordenave au Théâtre des Variétés met en scène une nouvelle venue, une certaine Nana. Personne ne sait encore quoi que ce soit sur cette jeune femme, aussi la curiosité est-elle à son comble le soir de la première.

    Pourtant, lorsque Nana entre enfin en scène, c'est la stupéfaction qui l'emporte: cette nouvelle actrice n'a aucun talent particulier et, en plus, elle chante faux. Mais au fur et à mesure que se déroule l'histoire, l'opinion du public commence à changer. La féminité flamboyante et librement affichée de Nana, blonde et pulpeuse, gagne peu à peu la majeure partie du public. Les hommes, en particulier, sont conquis.

    Cela arrange tout particulièrement Nana quand elle l'apprend, puisqu'elle compte profiter de sa nouvelle célébrité pour trouver quelques riches protecteurs qui pourront l'aider à payer ses factures. Car celles-ci commencent à s'accumuler et les marchands font le siège de l'antichambre de Nana.

    Malgré une issue tragique, j'ai trouvé que Nana ressemblait assez Au Bonheur des Dames. On reconnaît, dans les deux ouvrages, la "patte" de Zola.

    L'une des caractéristiques que j'apprécie le plus chez Zola, c'est son réalisme. Il ne fait pas qu'écrire une histoire, il nous la fait vivre. Nous nous trouvons ainsi plongés en pleine préparation de l'Exposition Universelle de Paris, avec toutes les inquiétudes que ce grand événement fait naître dans la vie des nantis qui veulent y briller de mille feux et des filles qui souhaitent y repérer de riches messieurs.

    Mais loin de nous plonger uniquement dans le bon côté des choses, Zola, fidèle à son type d'écriture habituel, dépeint également le désespoir, la dégradation et la pauvreté de ses personnages et, plus largement, de la société française de l'époque.

    Nana, c'est tout d'abord l'histoire d'une femme qui, entraînée par le tourbillon des hommes qui gravitent autour d'elle, finit par perdre l'équilibre. Élevée dans la pauvreté, elle devient la star de Paris grâce à plusieurs amants fortunés, qu'elle n'hésite pas à ruiner.

    Mais, Nana, c'est aussi l'histoire de nombreuses autres femmes, issues de toutes les classes de la société, de la plus humble à la plus fortunée. Et ce qui frappe le lecteur, c'est que les plus riches de ces femmes ne se conduisent pas mieux que Nana elle-même. Zola dénonce donc, avec ce récit, une certaine hypocrisie ayant court dans le Paris du XIXe siècle: les femmes de la haute société, éduquées de manière irréprochable et possédant une certaine fortune, ne se conduisent pas mieux que Nana, cette enfant d'alcoolique qui a travaillé un temps comme fleuriste avant de devenir la coqueluche de Paris. Et pourtant, Nana ne sera jamais vraiment acceptée par cette bonne société qui se conduit si mal...

    Une autre dimension du style de Zola est également présente dans ce roman: la complexité des personnages. Car loin d'être une simple courtisane et une dévoreuse d'hommes (de leur fortune, surtout), Nana est pleine de contradictions: ainsi est-elle parfois émue aux larmes par la pauvreté et la dureté de l'existence, malgré ses envies de luxe et de confort. Ses crises de sentimentalisme se manifestent surtout lorsqu'elle se souvient de sa vie avec ses parents. Nana est aussi parfois honnête mais ment souvent; Nana recherche une vie simple avec Fontan mais revient vite à ses anciens penchants lorsque leur histoire se termine. Elle ne peut donc pas être réduite au simple rôle de parvenue: c'est un être humain avec toutes les qualités et Tous les défauts que ce statut implique.

    Nana est donc du grand Zola, tout en restant accessible à Tous les lecteurs. N'hésitez donc pas à (re)découvrir ce roman qui n'a que des qualités!
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 01 août 2012

    C’est drôle, les hommes riches s’imaginent qu’ils peuvent tout avoir pour leur argent... Eh bien, et si je ne veux pas ?... Je me fiche de tes cadeaux. Tu me donnerais Paris, ce serait toujours non... Vois-tu, ce n’est guère propre, ici. Eh bien, je trouverais ça très gentil, si ça me plaisait d’y vivre avec toi ; tandis qu’on crève dans tes palais, si le cœur n’y est pas... Ah ! l’argent ! mon pauvre chien, je l’ai quelque part ! Vois-tu, je danse dessus, l’argent ! je crache dessus !
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  • Par Nastasia-B, le 08 mai 2012

    À partir de ce jour, il ne s’inquiéta plus, ne demandant jamais d’où venait la monnaie, la mine grise quand il y avait des pommes de terre, riant à se décrocher les mâchoires devant les dindes et les gigots, sans préjudice pourtant de quelques claques qu’il allongeait à Nana, même dans son bonheur, pour s’entretenir la main.
    Nana avait donc trouvé le moyen de suffire à tout. La maison, certains jours, regorgeait de nourriture. Deux fois par semaine, Bosc prenait des indigestions. Un soir que madame Lerat se retirait, enragée de voir au feu un dîner copieux dont elle ne mangerait pas, elle ne put s’empêcher de demander brutalement qui est-ce qui payait. Nana, surprise, devint toute bête et se mit à pleurer.
    — Eh bien ! c’est du propre, dit la tante qui avait compris.
    Nana s’était résignée, pour avoir la paix dans son ménage. Puis, c’était la faute de la Tricon, qu’elle avait rencontrée rue de Laval, un jour que Fontan était parti furieux, à cause d’un plat de morue. Alors, elle avait dit oui à la Tricon, qui justement se trouvait en peine. Comme Fontan ne rentrait jamais avant six heures, elle disposait de son après-midi, elle rapportait quarante francs, soixante francs, quelquefois davantage. Elle aurait pu parler par dix et quinze louis, si elle avait su garder sa situation ; mais elle était encore bien contente de trouver là de quoi faire bouillir la marmite.
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  • Par colimasson, le 16 juin 2014

    Georges était venu ; et, comme si la barre d’appui lui eût paru trop courte, il prit Nana par la taille, il appuya la tête à son épaule. Le temps avait brusquement changé, un ciel pur se creusait, tandis qu’une lune ronde éclairait la campagne d’une nappe d’or. C’était une paix souveraine, un élargissement du vallon s’ouvrant sur l’immensité de la plaine, où les arbres faisaient des îlots d’ombre, dans le lac immobile des clartés. Et Nana s’attendrissait, se sentait redevenir petite. Pour sûr, elle avait rêvé des nuits pareilles, à une époque de sa vie qu’elle ne se rappelait plus. Tout ce qui lui arrivait depuis sa descente de wagon, cette campagne si grande, ces herbes qui sentaient fort, cette maison, ces légumes, tout ça la bouleversait, au point qu’elle croyait avoir quitté Paris depuis vingt ans. Son existence d’hier était loin. Elle éprouvait des choses qu’elle ne savait pas. Georges, cependant, lui mettait sur le cou de petits baisers câlins, ce qui augmentait son trouble. D’une main hésitante, elle le repoussait comme un enfant dont la tendresse fatigue, et elle répétait qu’il fallait partir. Lui, ne disait pas non ; tout à l’heure, il partirait tout à l’heure.
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  • Par Nastasia-B, le 30 août 2012

    Une jeune fille, née de quatre ou cinq générations d’ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. Elle avait poussé dans un faubourg, sur le pavé parisien ; et, grande, belle, de chair superbe ainsi qu’une plante de plein fumier, elle vengeait les gueux et les abandonnés dont elle était le produit. Avec elle, la pourriture qu’on laissait fermenter dans le peuple, remontait et pourrissait l’aristocratie.
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  • Par colimasson, le 09 juin 2014

    Nana était nue. Elle était nue avec une tranquille audace, certaine de la toute-puissance de sa chair. Une simple gaze l’enveloppait ; ses épaules rondes, sa gorge d’amazone dont les pointes roses se tenaient levées et rigides comme des lances, ses larges hanches qui roulaient dans un balancement voluptueux, ses cuisses de blonde grasse, tout son corps se devinait, se voyait sous le tissu léger, d’une blancheur d’écume. C’était Vénus naissant des flots, n’ayant pour voile que ses cheveux. Et, lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d’or de ses aisselles. Il n’y eut pas d’applaudissements. Personne ne riait plus, les faces des hommes, sérieuses, se tendaient, avec le nez aminci, la bouche irritée et sans salive. Un vent semblait avoir passé, très doux, chargé d’une sourde menace. Tout d’un coup, dans la bonne enfant, la femme se dressait, inquiétante, apportant le coup de folie de son sexe, ouvrant l’inconnu du désir. Nana souriait toujours, mais d’un sourire aigu de mangeuse d’hommes.
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