Comment
Proust peut changer votre vie et plus précisément pour ce billet-ci comment il peut "vous faire réussir vos souffrances". Ne riez pas :-D, voyez plutôt l'énumération de ses souffrances morales, réunies par
Alain de Botton (coll.10/18, 2003)
1.la mère juive possessive et interventionniste (les exemples qu'en donne
Alain de Botton sont extrêmes et convaincants: celui qui croit avoir une mère possessive et interventionniste n'a qu'à lire et comparer)
2.des désirs sexuels embarrassants pour l'époque (surtout avec une mère juive etc qui ne rêve que de le voir se marier et demande à ses amis d'arranger des rencontres)
3.des déceptions amoureuses
4.souffrir d'un "pessimisme romantique" (je cite) qui fait qu'on a un grand besoin d'amour mais qu'on ne réussit pas à le satisfaire
5.un échec complet au niveau de la "carrière" (quelle carrière? il n'a même jamais su à quelle carrière se destiner et était convaincu de décevoir fortement son père à rester financièrement dépendant de ses parents)
6.l'incompréhension de ses amis face à son oeuvre
Etc., j'abrège, car il me semble qu'on est au niveau de l'intime et que ces exemples suffisent pour convaincre et pour montrer l'auteur de la Recherche sous un jour qui nous le ferait prendre en pitié.
Ensuite,
Alain de Botton énumère les maladies, donc les souffrances physiques:
1.un asthme terrible depuis l'âge de 10 ans
2.la nécessité d'un régime alimentaire strict et d'heures strictes pour les repas
3.des problèmes
Chroniques de digestion et de constipation
4.une peau extrêmement sensible (pour les détails, voir
Alain de Botton)
5.toujours froid, toujours une toux pénible
6.les problèmes ci-dessus expliquent l'impossibilité de voyager mais aussi les insomnies; de plus, il est très sensible aux bruits
Etc. Et dire que son frère Robert était une force de la nature!
Proust est donc bien placé pour nous aider à supporter nos propres bobos. Il écrit:
"(...) le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas. Un homme qui chaque soir tombe comme une masse dans son lit et ne vit plus jusqu'au moment de s'éveiller et de se lever, cet homme-là songera-t-il jamais à faire, sinon de grandes découvertes, au moins de petites remarques sur le sommeil? A peine sait-il s'il dort. Un peu d'insomnie n'est pas inutile pour apprécier le sommeil, projeter quelque lumière dans cette nuit. Une mémoire sans défaillance n'est pas un très puissant excitateur à étudier les phénomènes de mémoire."
Voilà comment ce pauvre Marcel se console: je dors mal, ma mémoire est défectueuse, mais ça me donne à réfléchir sur les mécanismes du sommeil et de la mémoire. Je devrais moi aussi essayer de voir les choses ainsi, quoique, en voyant le réveil qui marque quatre heures du matin, je ne réussis qu'à penser qu'il faut que je me lève bientôt pour une journée d'école... où il vaut mieux être en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels ;-)
Et pour en finir sur le chapitre de la souffrance, une dernière citation de
Proust, à laquelle je vous propose de réfléchir:
"Tout l'art de vivre, c'est de nous servir des personnes qui nous font souffrir."
Lien : http://adrienne.skynetblogs.be/archive/2011/08/13/o-comme-onze-4-a-7..