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Note moyenne 3.48 /5 (sur 24 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Né en banlieue parisienne, Espedite, de son vrai nom Nicolas Tainturier, travaille en Corse depuis dix ans, au sein d’une administration. Il trompe son ennui de fonctionnaire docile en composant des textes sombres et absurdes peuplés d’improbables révolutions.

Il est auteur de "Palabres" (Attila, 2011), son premier roman, publié sous le pseudonyme d'Urbano Moacir Espedite en collaboration avec Bérengère Cournut (1979) (ils apparaissent en page de couverture comme "traducteurs du portugnol").

Urbano Moacir Espedite est le pseudonyme collectif sous lequel Nicolas Tainturier (1978) alias Espedite et Bérengère Cournut (1979) ont publié "Palabres" (Attila, 2011).






Source : http://www.christophelucquinediteur.fr/#/les-alienes/
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Vendredi 8 septembre 2017, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) recevait Camille Espedite à l'occasion de la publication de son troisième texte, "Se trahir", aux éditions Le Passage.
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2   11 février 2020
Cosmétique du chaos de Camille Espedite
Après un temps intervalle, tu es appelée à te rendre au bureau 17, bâtiment 2. À l’orée d’un box exigu matérialisé par trois panneaux en plastique, tu devines une voix qui te fait signe. Tu tâches de t’asseoir sur une des deux chaises. Elles sont pratiquement collées l’une à l’autre. Tu dois faire un effort pour te frayer un passage. Enfin installée, tu regardes ta conseillère, et c’est comme si tu lui dévorais le visage. Tu t’englues dans ses rides sans pouvoir la reconnaître. Tu détournes aussitôt les yeux pour ne pas céder à la panique et te concentres sur la raison de ta présence ici : l’opération chirurgicale que tu viens de subir et que Pôle emploi prend en charge. La probité se révèle si on présente bien, il faut savoir afficher sa personne, se mettre en valeur par un sourire éclatant débarrassé de ses impuretés et des marques de son vieillissement, magnifié dans son essence par la chirurgie et le maquillage, c’est fondamental, on ne marche qu’à visage découvert, sinon, c’est la suspicion de terrorisme, d’obscurantisme prosélyte, de trahison. Même les pires délinquants renoncent à se tatouer la face. Le visage est la clé de ton existence et tu le sais. Il faut que tu saches t’en servir, que tu assumes et puisses te regarder dans un miroir sans sourciller. C’est ainsi que tu trouveras ta place dans la société, et aussi, un job.
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Charybde2   28 août 2017
Se trahir de Camille Espedite
Je vous le dis : on se voile la face. Depuis des décennies, loin des villes et de leurs flux incessants, à l’orée des dernières résidences pavillonnaires, la société a créé un trou noir dans l’espace-temps urbanistique en plaçant quelques-uns dans une situation maximale d’immobilité pour une durée déterminée. On se plaît à imaginer qu’ici, en rase campagne, s’agglutinent les détenus comme des rats au fond d’un trou, que bientôt ils perdront l’usage de leurs incisives à force de paralysie, sidérés par la peur et l’obscurité. On a du mal à se figurer que la prison fonctionne à l’inverse, que c’est dans le chaos perpétuel qu’elle enferme les gens : trocs, deals, changements de cellules, visites, hospitalisations, transferts, entrées, sorties, tout est négociable ici, tout peut s’échanger, à l’instar des produits illicites, qui vont et viennent, se vendent et s’achètent, drogue dans le cul, du parloir aux détenus, des détenus aux surveillants, des surveillants aux dealers, des dealers aux détenus, ou alors, sont envoyés directement de la rue au-dessus des grillages de la cour, passent dans la poche d’un agent, puis transitent par les cuisines, sur les chariots, ou carrément par les fenêtres, sous la forme de sachets pendouillant au bout d’un fil qu’on appelle « yoyo » car on les fait valser, le long des murs, au vu et au su des miradors. Bien sûr, la répression règne, elle bloque des accès, en autorise d’autres, contrôle les entrées, surveille les sorties, réglemente les passages, ralentit la cadence, un par un, deux par deux, attendez votre tour, en file indienne, finalement non, revenez demain. Mais au fond, elle épouse la vie des cellules : délinquants, pédophiles, trafiquants, criminels, chauffards, arnaqueurs, récidivistes s’agglomèrent et prolifèrent. La répression n’y fera rien, enlevez une tumeur, elle revient aussitôt. L’administration le sait. Aussi se plie-t-elle à leurs manières, en mégotant sur les peines, en rabotant les séjours, en fermant les yeux sur la haine, en négociant les retours. L’objectif est que ça usine là-dedans : violences, transactions, délits, produits, rapports, signalements ; peu importe si la colère y résonne, si la folie contagionne, et que le business prospère, il faut que cela vive, partout, tout le temps, comme si vivre et faire vivre pouvaient conjurer le pire, le suicide et la mort.
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Charybde2   11 février 2020
Cosmétique du chaos de Camille Espedite
La caméra de reconnaissance faciale de l’entrée de ton immeuble est momentanément désactivée. Tu dois composer ton code personnel pour y pénétrer. Tandis que tu ouvres la porte, tu te souviens avec effroi que le hall est tapissé d’une immense glace murale, t’interdisant ainsi le confort de l’invisibilité. Tu le franchis en déroute, comme s’il s’agissait d’un champ de bataille pilonné aveuglément par l’artillerie lourde du siècle dernier. Tu entends le bruit de la mitraille crépitant alentour, postillonnée sur les tronches des simples soldats dépassant des tranchées, casque limité à la surface du crâne mais visages nus, ces visages tout juste fièrement arborés sur les papiers d’état-civil grâce à l’invention conjointe de la photographie et de la Carte nationale d’identité, ces visages magnifiés en peinture dans les bonnes familles comme symboles de leur prestance bourgeoise et devenus populaires dans son grain noir et blanc bon marché, ces visages qu’on a livrés en pâture aux projectiles arasants de l’ennemi quand les maréchaux sifflent l’assaut, maréchaux qui se sont fait tirer le portrait après la victoire, avec monuments à leur propre gloire et gros plan sur leur regard, cinéma, c’est moi la star, en oubliant tous ceux qui n’étaient même pas morts, tous ces défigurés, bêtes de foire abandonnées dans le civil, avec obligation d’afficher leur tête monstrueuse sur leur carte d’invalidité. Tu te cloîtres dans l’ascenseur puis déboules dans l’appartement. Ton chat est là. Avec un air bovin, il chaloupe entre les lignes de ses trajectoires régulières sans faire attention à toi. Tu le trouves épais, beaucoup plus gros que d’habitude, des poils par millions, certains voletant autour de lui en une énorme crinière. Il te fait un peu peur. Tu le chasses d’une pichenette. Il déguerpit sur-le-champ. Ce geste ne t’apaise qu’à moitié. Tu réfléchis un instant, perdue au milieu de l’espace perclus de sifflements métalliques et de poussières en suspens, puis vises les miroirs disposés çà et là dans le salon. Tu les décroches un à un en évitant de les regarder. Ne pouvant ôter celui de la salle d’eau – car il est fixé sur le mur -, tu le recouvres d’un tissu. Le silence et la pesanteur reprennent peu à peu leurs droits.
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Charybde2   28 août 2017
Se trahir de Camille Espedite
Je reste impassible, tente de masquer mon ennui. Ce jeune homme prétendument psychopathe s’avère absolument commun, un peu pervers et mégalo certes, mais ni plus ni moins que le multirécidiviste lambda.

Le délinquant parti, je m’accorde quelques soupirs râleurs. Les surveillants m’y invitent : ce sont les premiers à se moquer dans les couloirs, l’insulte à peine voilée, la maltraitance aux aguets. Je m’en méfie, évite de me prêter à ce jeu malsain, préfère jouer les timides, en taisant tout jugement à l’emporte-pièce. Ma réserve m’éloigne de leurs sarcasmes, elle me place du côté de la science, je suis Hermiane la psychologue, je me dois de rester invisible.
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Charybde2   28 août 2017
Se trahir de Camille Espedite
Faciès entre parenthèses, un peu à l’étroit, les pommettes hautes et les joues droites, un menton qui file vers le bas, légèrement prognathe, et des cheveux bruns très courts ramenés sur le front. Un portrait accessoire, comme quelque chose que l’on utiliserait machinalement tous les jours. J’en prends soin, certes, mais passe vite dessus : khôl sur chaque paupière et puis basta. J’aime penser qu’en eux-mêmes mes traits sont neutres, que je suis capable d’en gommer le sens, a contrario de ceux des autres, que j’ai appris à déchiffrer sous l’épaisseur des discours. Mon visage ne doit rien laisser deviner, mes paroles ne doivent pouvoir y être arrimées d’une quelconque manière, seule compte l’attitude du patient dont le moindre geste trahit, pour qui sait le lire, le signe d’une pathologie cachée.

Ainsi invisible, je gère mes entretiens en respectant le protocole obséquieux du dépistage des risques psychosociaux en milieu fermé : toujours commencer par inviter poliment le mineur à décrire rapidement sa structure familiale, y déceler de petits traumas à peine refoulés, comme en rapportent souvent les enfants, afin de glisser subrepticement vers la confession d’éventuelles périodes prolongées d’angoisse ou de tristesse, voire d’épisodes délirants ou de conduites à risque (consommation excessive et régulière de psychotropes, fatigue, déprimes passagères, tentatives de suicide, etc.). Sans effraction, et avec son consentement, je dérobe ainsi sous ses yeux quelques morceaux choisis de son intimité que j’utilise pour évaluer la capacité du délinquant à revenir sur son acte et à prendre du recul sur celui-ci.
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Charybde2   11 février 2020
Cosmétique du chaos de Camille Espedite
Tu caches ta gêne à l’infirmière. Elle t’explique que quelques jours seront nécessaires pour que les modifications souhaitées soient définitives. De profil, le nez peut encore remonter, il descendra peu après, le temps que l’œdème se résorbe. Ils est possible également qu’un petit érythème disgracieux apparaisse. Il ne faut pas que tu t’inquiètes. Il pourra facilement être retouché au laser. Dans deux semaines tout au plus, ton visage se conformera parfaitement à ce qui était prévu. Elle conclut son propos en te félicitant de ta splendeur. Son éloquence ne te convainc guère. Tu demeures embourbée dans la vision de ta face saccagée hantant le verre réfléchissant. Dans un geste de commisération convenu, l’infirmière te prend par la main et te guide vers la sortie. Son contact augmente ton trouble mais tu ne dis rien. Tu quittes, hagarde, la clinique Cesari et ses allures de palais royal, embarques dans un taxi. Alors que tu t’installes, tu aperçois ton reflet dans la vitre ; tu l’évites aussitôt, tentes de te concentrer sur le paysage extérieur pour atténuer ton angoisse. Au milieu du lent défilé des buildings, dressés au garde-à-vous comme autant de généraux, tu ressasses la conviction que ta tête s’est étrangement alourdie, qu’on lui a ajouté de la matière au lieu d’en avoir ôté, apposition d’une greffe vivante, un animal, un chat, ou une tumeur, quelque chose qui enfle, se ramifie, chiendent aux radicules jaillissant de toutes parts, étamines en jouvence se pétrifiant peu à peu en densités morbides. Tu règles ta course d’un billet de vingt sans attendre la monnaie.
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jauchatpitre   09 juin 2015
Les aliénés de Camille Espedite
Le bar de Robert s'ouvre sur un passage étroit qui longe le comptoir puis débouche sur une petite arrière salle avec tables et chaises en bois déposés ça et là (...) Le vin est lourd. La biere servie en bouteille. Tout le monde se connaît ou presque. Personne ne remarque les images et bibelots d'icônes décédées au siecle dernier qui ornent les étagères. La pièce est faiblement éclairées. Quelques lampes de chevet sont posées en équilibre précaire sur des socles mal bricolés. La clientèle est quinquagénaire grasse et masculine. Elle sent la solitude et le sexe mal lavé.
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yv1   08 juillet 2015
Les aliénés de Camille Espedite
Jenny s'est fait refaire les seins et le visage à soixante-neuf ans, avant d'être frappée par une démence sénile. Le haut de son corps ressemble à la statue de cire d'une bourgeoise de quarante ans, le sourire figé par une peau hyper-tendue dont les rides sont absentes, mais sur laquelle se remarquent de nombreuses tâches de vieillesse. Le décolleté, opulent, tombe sur deux protubérances mammaires en plastique bien rondes qui lui compriment les poumons et l'empêchent visiblement de respirer correctement. (p.59)
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Charybde2   08 mai 2015
Les aliénés de Camille Espedite
Il avale la route à son tour, elle s’écoule dans sa gorge comme un paquet de sucre percé, la vitesse le perfore, le pénètre et se fourre à l’intérieur de lui, comme un gant retourné ou un animal apeuré qui viendrait se blottir dans une grotte. Il se sent grandi d’une puissance hors du commun, il devient géant, s’accroche aux pales de l’hélicoptère qu’il perçoit nettement maintenant. Il ouvre la gueule comme un loup affamé pour arracher le visage de celui qui lui fait face. Il glisse sur le macadam sans retenue. Il jouit de toute part. Il regarde sa moto s’éloigner de son corps comme s’il s’agissait d’un oiseau qu’il tenait dans sa main et à qui il aurait rendu sa liberté. Il lui sourit. Sans savoir pourquoi, il se retrouve brusquement au point mort. Immobile, il fixe alors le ciel de ses yeux de félin et se fond dans l’hélicoptère au-dessus de lui comme un lion se mélangeant à sa proie au moment de la dévorer. Il se transforme en machine volante et disparaît dans les nuages.
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Charybde2   11 février 2020
Cosmétique du chaos de Camille Espedite
Sur la surface du miroir, ton visage se trouble en risées capricieuses. Aucune blessure n’a dévasté ta face, aucun mal n’a corrompu tes chairs, tu es simplement là, à peine remise d’une opération de chirurgie esthétique tout à fait anodine, à contempler quelque chose d’aberrant, quelque chose de mouvant et d’instable dans laquelle tu ne te reconnais absolument pas. Telle une antique photographie papier marinant dans une solution de bromure mal dosée, tes traits restent irrémédiablement flous et tremblotants. Ils dessinent avec peine une gueule cassée de la Grande Guerre, amas de boursouflures cicatrisant gastéropode autour d’un trou noirâtre impossible à cautériser. Ton cerveau est encore brouillé te rassures-tu, par les effluves de ton anesthésie, ton foie s’est un peu détraqué sous l’effet des substances chimiques : ça passera, oui, ça passera.
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