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Note moyenne 3.75 /5 (sur 566 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Nantes , le 21/01/1987
Biographie :

Julia Kerninon est une écrivaine.

Elle a participé aux scènes de slam poésie à Nantes, puis a publié deux livres sous le nom de Julia Kino, "Adieu la chair" (2007) et "Stiletto" (2009).

Sous son vrai nom, elle a publié "Buvard" (2014), roman qui reçoit de nombreux prix dont le prix Françoise Sagan, "Le dernier amour d'Attila Kiss" (2016), lauréat du prix de la Closerie des Lilas et "Une activité respectable" en 2017.

Elle obtient son doctorat en littérature américaine en 2016.

Elle revient à la rentrée littéraire de septembre 2018, toujours aux éditions du Rouergue, avec "Ma dévotion", un monologue sur la relation entre un artiste peintre et une écrivain. Elle a rédigé son ouvrage enceinte puis jeune mère, en seulement dix-huit mois.

Twitter : https://twitter.com/juliakerninon?lang=fr
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Entretien avec Julia Kerninon, à propos de son ouvrage Ma dévotion

18/07/2018

Dès le début de votre dernier livre, Ma dévotion, le programme est clair : « C`est moi qui vais parler, et moi seule. » Voilà ce que dit Helen Merton à son vieil ami et amant Frank Appledore, qu`elle n`a pas vu depuis plus de vingt ans et croise par hasard dans une rue de Londres. Pourquoi avoir choisi le monologue pour faire le portrait de cette relation complexe ?

Je crois que le monologue est la forme la plus instinctive pour moi : sur les quatre livres que j`ai publiés ces dernières années, trois sont des monologues, d`une façon ou d`une autre. Dans Une Activité respectable c`est moi qui parle en mon nom propre, et dans Buvard, au fond, même si au premier abord on peut penser qu`il s`agit d`un dialogue, c`est surtout Caroline qui s`exprime. Le Dernier Amour d`Attila Kiss n`est plus un monologue, mais en a été un presque jusqu`à la version finale.

Pour Ma dévotion, j`avais lu notamment des livres sur les peintres racontés ou interviewés par un de leurs amis, comme le magnifique L`Homme à l`écharpe bleue de Martin Gayford, dans lequel il échange avec Lucian Freud pendant que celui-ci peint son portrait. Donc ça semblait une tradition, un peu, ce format-là pour parler d`un peintre. Et puis aussi petit à petit il y a eu cette idée, quelque chose de féministe, la somme de toutes les choses que les femmes font et pensent et voient mais que personne ne sait parce que personne ne leur pose la question, personne ne s`intéresse à la vie intérieure des femmes. Alors j`ai aimé cette idée que ce soit Helen qui ait le dessus, que ce soit elle la récitante, qu`elle ait littéralement le dernier mot.



Helen fait en quelque sorte de Frank, peintre célèbre, son oeuvre : elle l`épaule depuis toujours, lui a fait découvrir sa vocation, et a longtemps géré pour lui les tâches ingrates qui incombent à la plupart. D`une certaine manière, son travail d`écrivain, sa « vie d`assise », semblent mineurs par rapport à celui de son ami, artiste plus mondain que torturé, à la fois appliqué et jouisseur. Est-ce une jalousie de l`écrivain que vous avez pu constater vis-à-vis des artistes du « visuel » ?

Moi je suis jalouse des artistes du visuel, régulièrement, oui. Mais je ne dirais pas que je l`ai constaté chez d`autres écrivains. Attention, pour le reste : si la vie d`écrivain d`Helen est mineure en comparaison de la vie de peintre de Frank, c`est d`abord parce qu`il est meilleur peintre qu`elle n`est écrivain ; d`ailleurs elle n`est pas un écrivain « artistique » : elle est plutôt du côté de l`édition, de la critique. Elle ne fait pas d`art, parce que ce n`était pas sa compétence. Sa compétence, c`était effectivement, d`épauler quelqu`un comme Frank. Mais là aussi, plus sourdement, je pense que ça soulève des questions féministes : peut-on imaginer un homme dont la compétence serait de porter une femme à la gloire ? Pourquoi pas, oui, mais dans les faits, qui ?


Votre livre fait parfois référence au théâtre, et on a l`impression d`assister, à travers le récit d`Helen, à des saynètes qui forment un tout : l`histoire de la vie de deux êtres, avec pour scène ce trottoir londonien. Surtout, c`est rapidement les rouages de la tragédie qui se mettent en place, et la narratrice fait souvent référence à une inéluctable catastrophe. Aviez-vous l`intention de repousser les frontières romanesques, cette fois ?

Je ne pense pas vraiment que le roman ait des frontières – il a des règles et des lois et elles sont très exigeantes, mais peut-être qu`il n`y a pas de frontières. Et c`est vrai, il y a quelque chose de l`ordre du théâtre dans ce livre, bien sûr. J`ai beaucoup pensé au théâtre grec, à William Shakespeare, et aussi il y a quelque chose qui se joue avec les contes de fées régulièrement évoqués. C`est Helen qui offre un spectacle à l`amour de sa vie sur un trottoir de Londres, un spectacle qui n`aura lieu qu`une seule fois, qui disparaît à mesure qu`il existe, qui ne tient que le temps de cette parole qui arrive beaucoup trop tard.


Vous semblez passionnée par les relations interpersonnelles, l`amitié, l`amour, et ce qui les fait naître. Cette idée de l`amour comme guerre, comme lutte, vous la développez à nouveau dans Ma dévotion, dont le discours semble d`ailleurs la dernière bataille que mènera Helen sur ce terrain, en même temps que sa première déclaration d`amour à Frank. Y a-t-il nécessairement de la violence dans ce sentiment, selon vous ?

Pas de la violence mais de l`intensité, oui. C`est vrai, j`écris toujours sur les relations humaines, leurs débuts, leurs évolutions, leurs chutes. Ça me semble au cœur de tout. Je ne suis pas très douée avec les grands concepts, je ne suis pas faite pour écrire des romans d`idées – ma force, c`est l`empathie, la curiosité, l`attention, et c`est ça qui se retrouve dans mes livres. Toute ma vie, je regarde les gens et j`essaie de les comprendre, j`essaie de les imaginer, et après j`écris des livres où je recrée le monde en un peu plus intense, parce que j`aime quand c`est intense. Et c`est sans doute pour ça que je crois que l`intensité, c`est de l`amour.

La relation entre Frank et Helen, elle est profonde, elle est longue, elle est sérieuse, elle va avoir des conséquences. C`est une chose dans leurs vies aussi considérable et aussi solide qu`une maison. Pendant des années, dans ma vie privée, j`ai mal parlé de l`amitié, je pensais que ce n`était rien, qu`on avait toujours des amis, qu`ils allaient et venaient – et puis j`ai changé d`avis, j`ai vu les choses différemment. Je pense que c`est aussi pour ça que j`ai voulu raconter cette histoire d`amitié qui est une histoire d`amour, parce qu`il entre toujours de l`amour dans l`amitié.


Avez-vous le sentiment de faire partie d`une « génération d`écrivains français », avec lesquels vous partagez des thèmes, des obsessions ? Quels auteurs publiés lors de la rentrée littéraire de septembre 2018 comptez-vous lire ?

C`est difficile à dire. Je connais et j`apprécie quelques écrivains de ma génération que j`ai pu croiser, je vois beaucoup Emmanuelle Richard qui publie à L`Olivier, quand je vivais encore à Paris on passait presque toujours un soir par semaine à se parler à la terrasse du même café dans le Nord de Paris. Partager des thèmes ou des obsessions, je ne sais pas, et surtout je ne vois pas ce que ça voudrait dire. Mon écriture, malgré la publication, c`est ce que j`ai de plus privé, en un sens, je ne vois aucune raison pour laquelle elle devrait ressembler ou rejoindre celle de quelqu`un d`autre. Et je ne sais pas qui je vais lire à la rentrée – je ne suis pas très au courant de ce qui va sortir, à part chez Actes Sud. J`ai le livre de Nicolas Mathieu, Et leurs enfants après eux, je vais lire ça.


Quels sont vos projets d`écriture pour les prochains mois ?

En ce moment je traduis un livre américain qui regroupe des essais d`écrivains expliquant pourquoi ils ont décidé de ne pas avoir d`enfant. Personnellement c`est le meilleur livre que j`aie jamais lu sur les enfants, et c`est très intéressant de le traduire pendant la sieste de mon propre bébé, ça m`équilibre. Ça devrait être publié dans le courant de l`année en France chez Calmann-Lévy. Je travaille aussi à une réécriture de ma thèse de littérature américaine sous forme d`essai pour une publication aux PUF. Et puis j`ai un roman en route, j`en ai une première version dont je commence à penser qu`elle n`est peut-être qu`une grosse moitié du truc final. Et puis je voudrais écrire un autre petit récit autobiographique comme Une Activité respectable – je l`appellerais Une Situation intéressante et ça parlerait de la maternité, mais je n`ai pas encore décidé comment faire exactement.



Julia Kerninon à propos de ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Dans la bibliothèque de mes parents, il y avait, coincé dans une fente du bois, un tout petit livre, grand comme une phalange environ. Il me semble que c`était une bible protestante, datant d`une époque où ce culte était interdit, et où donc un livre minuscule comme celui-là était la seule façon de posséder une bible sans trop de danger. Ce petit livre-là, pas parce qu`il était une bible mais parce qu`il était cet objet si singulier, qui tenait dans la paume de la main, qui semblait possible, peut-être que c`est ce livre-là qui m`a donné envie d`écrire.



Quel est le livre que vous auriez rêvé écrire ?

Peut-être Harlem Quartet, de James Baldwin. Sinon, Ulysse de James Joyce, ou Lumière d`Août de William Faulkner, mais c`est tellement tellement éloigné de mon style que c`est difficile à imaginer.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

La Cave, de Thomas Bernhard.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Le Rabaissement, de Philip Roth.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Le Capital de Karl Marx et Les Snopes de William Faulkner.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Le livre en trois tomes de Robert Graves sur l`empereur Claude : Moi, Claude, empereur.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Tout Stendhal. La Montagne Magique et Les Buddenbrook de Thomas Mann.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« La patience est la récompense de la patience », Jim Harrison.



Et en ce moment que lisez-vous ?

J`ai accepté d`être jurée pour le Prix Jules Rimet qui récompense un roman de littérature sportive – donc je suis en train de lire La Perfection du revers, de Manuel Soriano, et c`est très bien, je trouve. Je relis aussi Une Veuve de papier, de John Irving.



Découvrez Ma dévotion de Julia Kerninon aux éditions du Rouergue :




Entretien réalisé par Nicolas Hecht.






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À l'occasion de l'Escale du livre de Bordeaux, Julia Kerninon vous présente son ouvrage "Ma dévotion" aux éditions Rouergue. Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2241719/julia-kerninon-ma-devotion Notes de Musique : Youtube Audio Library Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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Citations et extraits (202) Voir plus Ajouter une citation
marina53   10 juillet 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
Nous avions beaucoup, beaucoup de chance, me disait-elle [ma mère], parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases étaient éternelles, noir sur blanc, solides, crédibles – elles n'étaient pas en l'air, elles ne venaient pas de n'importe qui, elles avaient été polies, ordonnées, réfléchies, par des individus précis, attentifs, et elles nous livraient le monde entier, le monde accéléré, perfectionné, lavé de ses scories, sans temps mort, un cours d'eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous échapper chaque fois que le monde réel cessait d'être intéressant.
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marina53   12 juillet 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
Ma vie je la passe à lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c'est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller.
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Zakuro   27 avril 2016
Le dernier amour d'Attila Kiss de Julia Kerninon
Je ne savais rien de l'amour mais je connaissais son absence -c'était comme ces jeux d'enfants où chaque creux correspond à une pièce de bois de la même forme. Et voilà que je te rencontrais, toi, tu me faisais l'effet du bruit sourd qu'on entend juste à l'instant où l'on pousse la porte d'un théâtre au beau milieu d'un concert retentissant. Un rugissement lourd, douloureux, voilà ce que j'ai entendu malgré moi de l'autre côté de la terrasse, un fleuve d'amour grondant qui m'appelait, qui réclamait une baigneuse téméraire.
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marina53   12 juillet 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
Les histoires ne sont que des histoires, elles permettent une respiration mais ne réparent rien, elles sont ce qu'on peut fabriquer avec les petits débris retrouvés après les catastrophes, elles ne sont pas une seconde chance, simplement des louanges du mort chuchotées à l'oreille des survivants, aussi éloquentes qu'elles sont vaines.
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LuMM   30 novembre 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
...je n'avais aucune ambition, sinon lire des livres et écrire les miens, posséder une table de bois sur laquelle travailler en paix dans la lumière du matin, avoir assez d'argent pour nourrir mes enfants, assez de temps pour aimer qui j'aimerais, et que jamais personne ne décide à ma place quoi que ce soit.
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fanfanouche24   30 juillet 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
Un monument identique de livres l'avait sauvée, elle (la mère de l'auteure), trente ans auparavant, d'une enfance complètement ratée, alors elle étalait son secret devant moi, elle m'expliquait ce qu'elle aimait le plus au monde, dans un mouvement qui était aussi un potlach, une offre d'une richesse démesurée, et à laquelle il s'agirait peut-être de répondre un jour par un don encore plus considérable.

J'imagine que j'ai souri, mais je ne sais pas. Je sais seulement que j'ai lu ses livres, dès que j'ai appris à déchiffrer l'alphabet, j'ai exploré chaque recoin du palais qu'elle m'avait construit, je m'y suis perdue et retrouvée (p. 21)
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fanfanouche24   31 juillet 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
Arrivée là, désoeuvrée, déshonorée, au début j'ai donné des cours à un garçon de seize ans agité, je ne savais pas exactement ce que je devais faire de lui, jusqu'à ce que sa mère au téléphone me dise : Le plus important, en réalité, c'est que vous le calmiez. Alors, pendant six mois, j'ai été professeur de calme- moi la nerveuse, l'excessive, la turbulente, j'essayais de lui apprendre le seul calme que je connaissais qui était celui des mots imprimés, je lui lisais John Fante à voix haute, Hemingway, Fitzgerald, Steinbeck, Bernhard, Dickinson et de la poésie expérimentale. (p. 39)
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LuMM   01 décembre 2017
Une activité respectable de Julia Kerninon
Comme des repères, les livres nous mènent à d'autres livres, ils nous font ricocher- nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C'est tout.
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fanfanouche24   19 mars 2014
Buvard de Julia Kerninon
Parce que les écrivains, ils étaient-fous-. Je l'ai su tout de suite. Dans les cafés, je les écoutais parler, et on aurait dit qu'ils mettaient un point d'honneur à t'expliquer à quel point ils étaient ineptes. Ils disaient tous la même chose, en boucle: -C'est une question de survie. Je ne sais faire que ça, écrire. Je ne suis bon qu'à ça. Je les trouvais à mourir de rire. Suicidaires et cinglés et contents de l'être. (p.45)
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cicou45   20 avril 2019
Ma dévotion de Julia Kerninon
"L'art, c'est une chose qu'on fait toujours contre tout, c'est un luxe qu'on se paye, jamais un loisir que d'autres nous offrent."
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