Présentation du meeting immersif et olfactif de Nantes
Le macho n'est pas seulement celui qui préfère les activités typiquement masculines, même si ça y participe. C'est surtout celui qui revendique une supériorité sur les femmes et qui se comporte en dominateur avec elles.
L'hypermarché est le lieu de toutes les promotions mais la caissière attend toujours la sienne.
J'ai peur, et la plupart du temps, je ne sais pas bien de quoi. De mon lit d'enfant, j'écoute les bruits, je ne m'endors pas facilement. L’heure tourne mais je n'ai aucune idée de la vitesse à laquelle elle tourne. A un moment donné, il me semble que je n'entends plus rien. Où plutôt que j'entends un grand silence suspect. Je me lève, j'ouvre la porte qui donne sur le couloir. Personne. J'avance sur la pointe des pieds dans ta chambre. Personne.
Quand tu es morte, j’ai passé des heures et des heures devant le miroir à répéter maman. Ce mot m’apparaissait aussi magique que mystérieux. J’épelais chaque syllabe lentement, à la façon d’Antoine Doinel, le personnage de Truffaut, qui prononce en chaîne son nom face à une glace, dans Baisers volés. Comme lui, je faisais des grands mouvements avec la bouche : ma-man, ma-man, ma-man. Je n’avais plus de raison de dire maman mais j’avais besoin de dire maman. [page 94]
[Note de la lectrice qui a transcrit cette citation : le mot "maman" et Baisers volés sont en italiques dans le texte original, ce que le système de Babelio ne transmet pas.]
... j'adore voir une mère avec sa fille devenue jeune adulte. Dans la rue, dans le métro ou les magasins, je les observe en coin, je me raconte des histoires sur leurs secrets partagés, les courses qu'elles s'apprêtent à faire toutes les deux, les coups de fil qu'elles se passent plusieurs fois par semaine même pour ne rien se dire. Je scrute les ressemblances, les traits physiques, les expressions communes.(...) J'en nourris une forme de curiosité. Ce n'est pas de la jalousie parce que ce sentiment ne m'est pas familier, mais plutôt une envie de savoir, comme une intrigue. C'est ce que je n'aurai jamais avec toi.
Je venais d'avoir douze ans lorsque tu es morte, j'en ai quarante-deux. Tu es partie il y a si longtemps que la haine s'est éteinte, évaporée avec les années. Sans doute ma colère s'est-elle simplement fracassée sur le mur de ton absence. Alors j'ai décidé de vivre avec ce mur qui s'est transformé en une sorte de mire de vieille télévision, un faux rien. Attachée à la distance qui s'est installée entre nous depuis ces trois décennies que tu n'es plus, je ne voulais pas être dérangée.
Ce qui abime c’est la répétition. Ce qui nous a séparées c’est la récurrence de ton incapacité à prendre soin de moi. Je n’ai plus trouvé la force de comprendre, j’ai condamné. Je n’ai plus cherché à relier les bribes d’interprétations possible pour te disculper, j’ai considéré que ce n’était pas mon problème. Je n’ai plus entretenu les moments de bienveillance et de joie, je les ai enterrés. Qu’importe la compassion et la compréhension, la justice ou la vérité, pourvu que je marche droit. Tout a fonctionné comme si j’avais eu un besoin impérieux de t’anéantir pour pouvoir m’en sortir et tracer mon chemin loin de la déprime et de l’alcool.

Ainsi, aujourd’hui encore, les noms des grandes figures ayant contribué à sortir les femmes de leur condition subalterne restent inconnus du grand public. Olympe de Gouges a peut-être passé le mur du silence, Simone de Beauvoir a réussi à s’imposer dans les mémoires, mais Jeanne Deroin, Hubertine Auclert, Madeleine Pelletier, et tant d’autres, restent en marge de notre connaissance. Elles ont bravé la bienséance, souvent en subissant la vindicte des puissants, parfois au risque de leur vie. Ce n’est pas un hasard si plusieurs d’entre elles ont fini leurs jours dans un asile psychiatrique, comme Théroigne de Méricourt sous la Révolution française, après avoir été fouettée en place publique pour avoir incité des femmes à organiser un corps d’armée, ou Madeleine Pelletier, qui fut arrêtée en 1939 pour avoir pratiqué des avortements en toute illégalité. Elles ont souvent été dépeintes comme des « hystériques », « excessives », « mal baisées », et que sais-je encore. Le regard social sur elles n’est pas tendre. Dans le langage courant, « suffragettes » ou « MLF » ne sont pas des épithètes sympathiques. Le mépris, l’oubli ou la caricature prévalent. Et pourtant… Nous leur devons les écoles mixtes et les centres IVG. Nous leur devons la possibilité de déposer un bulletin dans l’urne ou une plainte au commissariat pour un viol. Nous leur devons le divorce et la fin des corsets. Aux féministes et à leurs ancêtres, la République pourrait être reconnaissante.
Les enfants sont des éponges qui fragilisent l'étanchéité des émotions.
Un parfum de malaise emplit l'atmosphère. La mort a beau être d'une banalité à crever, elle donne des vertiges aux vivants.