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Note moyenne 3.88 /5 (sur 1173 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Oujda, Maroc , le 28/12/1958
Biographie :

Jean Molla est un auteur français de littérature d'enfance et de jeunesse.

Il a fait des études de lettres à Tours et à Poitiers puis, un peu par hasard, des études de tourisme. Il a été successivement apiculteur, professeur de guitare classique et guide dans un musée pour finalement devenir professeur de lettres.

Après avoir enseigné dans de nombreux établissements de la Vienne et du Nord de la France, il exerce aujourd’hui dans un collège de ZEP, à Poitiers.

Ce n’est qu’en 2000 que Jean Molla a commencé à écrire, juste avant la naissance de son fils, Noé. Il est l'auteur de plusieurs romans pour la jeunesse publiés notamment chez Rageot et Grasset. Il est devenu, au fil des parutions, l'un des auteurs à succès de la littérature jeunesse française.

"Sobibor" (2003), aux éditions Gallimard jeunesse, a été très remarqué. En 2006, avec "Le sort d'éternité", il a démarré chez Rageot la série fantastique "Les revenants", une des gros succès de librairie.
Il est couronné du Prix des Incorruptibles 2009, catégorie 5e/4e, pour "La Revanche de l'ombre rouge".
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Jean Molla - "Plus tard" .
Portrait de l'écrivain Jean Molla, Prix du livre en Poitou-Charentes, réalisé par les Yeux d'IZO.© Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes - 2011
Citations et extraits (140) Voir plus Ajouter une citation
Harioutz   22 novembre 2019
Sobibor de Jean Molla
Anorexie, ataraxie.

La similitude des deux noms m'avait frappée, la première fois que j'avais entendu celui qui servait à définir mon état.

Je préférais de loin l'ataraxie des stoïciens, dont mon grand-père m'avait entretenu un jour et que je m'efforçais de mettre en pratique.

Ataraxie : absence de trouble. Mon secret pour vivre. Absence de trouble, absence de désir. Désir de manger, de savoir.

Ataraxie, anorexie, oubli. Mon tiercé gagnant.

Je suis debout face au miroir de la salle de bains. Je l'essuie pour en ôter la buée puis je me dégage de ma serviette qui tombe à mes pieds.

J'observe mon reflet.

Mes pommettes sont lisses et dures. Mes cheveux, plaqués en arrière, soulignent la forme nette de mon menton. Mes yeux, à peine cernés de mauve, sont vifs et brillants. Mon cou est mince, veiné de bleu. Plus bas, on distingue les tendons qui viennent fermement s'arrimer sur le haut de mon torse. Les lignes de mon corps sont dures et nettes. Mes côtes dessinent des courbes bien marquées, que ne dissimule aucune chair. Mes seins ont fondu. La peau est tendue sur ma poitrine comme celle d'un tambour. Nul renflement sur mon ventre dont j'éprouve la merveilleuse fermeté du bout des doigts. Mes hanches, mes cuisses sont menues, sèches. Si je me tourne, je sais que le bas de mon dos est plat. Plus de rondeurs, plus de fesses.

Je ne possède rien à cacher. Je me suis débarrassée de ce qui parasite un corps de femme : l'excès de chair, la graisse, la peau qui se modèle en courbes tendres et le sang qui coule, chaque mois. Seule l'ombre brune, obscène, au bas de mon ventre témoigne de ma féminité.

Je lève mes mains à hauteur de mes yeux. Elles sont longues et fines, élégantes. Mes ongles dessinent des demi-lunes nacrées à l'arrondi parfait.

Ce corps, c'est moi qui l'ai façonné, qui l'ai épuré. Je l'ai corrigé, domestiqué, plié à ma volonté. Assujetti. Je tends vers l'absolu, je suis sans âge. Je ressemble maintenant à ces personnages lunaires des peintures médiévales : androgynes, longilignes et pâles.

Je me trouve belle.

J'ai ressenti, à cet instant précis, un mouvement de colère à l'égard de Julien. Il avait honte de moi, à la fin de notre relation. Il ne pouvait pas comprendre que je cherchais précisément à m'exclure, et à l'exclure, par la même occasion, de mon histoire.

J'avais peur. Car quelque chose était en train de se faire jour en moi. Quelque chose du passé de ma grand-mère que j'ignorais et qui pourtant m'horrifiait. Quelque chose d'assez honteux peut-être, pour qu'elle ait pu me mentir et emporter son secret dans la tombe, m'abandonner à mes interrogations, mon désarroi.

Ma faim.
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Zazette97   13 octobre 2009
Sobibor de Jean Molla
Je sais enfin que je suis entre parenthèses. Moi, j'ai au moins cette chance. Je suis comme je suis parce que je suis en instance de vie. Une anorexique n'est pas en marge. Elle s'est faite aussi mince que le trait qui sépare la marge de l'espace où l'on écrit. Un jour ou l'autre, si tout va bien, elle revient sur la page. C'est ce que je m'efforce de faire." p.152
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Harioutz   21 novembre 2019
Sobibor de Jean Molla
Aujourd'hui, j'ai vomi pour la dernière fois.

Je suis allée aux toilettes, je me suis agenouillée et j'ai introduit mon index tout au fond de ma gorge.

Il a suffi d'un frôlement pour que le hoquet libérateur me secoue.

J'ai senti le contenu de mon estomac remonter et gicler par ma bouche ouverte, y causant au passage une brûlure acide.

Mes yeux se sont remplis de larmes.

Je me suis redressée, j'ai essuyé mes lèvres avec du papier et j'ai tiré la chasse.
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gouelan   08 juin 2018
Sobibor de Jean Molla
Sa voix n’avait été qu’un murmure mais il avait parlé. Je l’avais contraint à parler pour tous ceux qu’il avait voulu condamner à l’oubli. Un oubli pire que celui que le temps lisse. Un oubli fait de cendres et de sang.
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Jean Molla
Fifrildi   16 octobre 2018
Jean Molla
Les livres mangent la vie, méfie-toi d'eux.
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latina   12 juillet 2012
Sobibor de Jean Molla
Un beau jour d'avril, je lui ai demandé, par bravade, comment il me trouvait vraiment. (...)

- Tu es peut-être un peu ronde...

Je l'ai haï.(...) Je lui ai jeté comme un défi que, bientôt, il ne me reconnaîtrait plus. J'allais perdre mes kilos superflus, mes bourrelets. Et je le ferais pour lui ! (...)

J'ai minci très rapidement. Ma métamorphose était spectaculaire. Je suis devenue svelte, conforme à l'image de celle que j'avais rêvée. (...) J'éprouvais un plaisir indicible à maîtriser mon appétit. Ce tiraillement constant du côté de mon estomac était devenu une véritable présence, un vide consenti, une brèche que j'ouvrais dans mon corps, avec le sentiment aigu de tout dominer, de savoir exactement ce que je faisais et où j'allais. Ne plus manger ou manger moins me procurait une brûlure exquise au ventre (...) Bientôt, la brûlure m'est devenue plus délicieuse que la satisfaction. J'avais le sentiment d'être habitée. (...)



Rapidement, c'est devenu ma drogue : j'avais besoin de manger rien. (...)J'éprouvais une jouissance démesurée à me laisser remplir de cette absence. Mon estomac vide était le signe de ma liberté. Je n'étais plus asservie à cette dépendance animale qui me faisait horreur.(...)



Je n'avais évidemment pas conscience que la situation m'échappait...Je n'ai pas su m'arrêter. Mon poids ne n'est pas stabilisé et j'ai continué à fondre. En quelques semaines, mes seins se sont effacés, mon visage s'est creusé, mes désirs se sont affadis. (...)J'avais voulu entreprendre ce régime pour plaire à mon ami. Maintenant que j'avais atteint mon but, je sentais que je me détachais de lui, que je ne l'aimais plus.(...)



Fin octobre, le cancer de Mamouchka s'est brutalement aggravé et mon indifférence à l'égard de la nourriture a viré à l'aversion. J'étais fatiguée, déprimée, inapte à fournir le moindre effort physique ou intellectuel.(...) Pour la première fois, on a nommé ma maladie. (...)



Un matin de novembre, le téléphone a sonné. Mamouchka venait de mourir. (...) La panique m'a envahie. Il fallait que je me calme, que je fasse taire mon chagrin, n'importe comment. J'ai couru au frigo. J'ai avalé des cornichons, du chocolat, de la mayonnaise, du fromage, du jambon, les restes du repas, tout ce qui me passait à portée de main. J'ai englouti.

Bientôt, j'ai dû m'arrêter, au bord de l'explosion. J'ai senti une nausée irrépressible monter. (...)J'ai couru aux toilettes. J'ai introduit deux doigts dans ma bouche, le plus loin possible et j'ai poussé très fort.

Je me suis libérée.(...)

Ma grand-mère était morte. Une part de moi le savait avec une lucidité déconcertante, me laissant écrasée de tristesse.

Mais dans le même temps, une découverte fortuite venait de m'ouvrir de nouveaux horizons. J'avais trouvé le moyen de me délivrer de mes craintes, de mes angoisses. J'avais trouvé le moyen d'exercer un contrôle absolu sur moi-même. J'avais trouvé le moyen de maîtriser ce qui entrait et sortait de moi.

J'étais libre : mon corps m'obéirait désormais.
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kolibri   20 juillet 2010
Sobibor de Jean Molla
Les êtres humains peuvent-ils à ce point fermer leurs yeux et tirer un trait sur le passé ? Ne leur pèse-t-il pas davantage sur les épaules ?
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latina   12 juillet 2012
Sobibor de Jean Molla
On a séparé les hommes, les femmes et les enfants. On a détaché de ses bras Simon, qui ne voulait pas l'abandonner. J'imagine leurs pleurs, leurs cris, les ordres aboyés. L'odeur de sueur, la peur sur les visages, les coups, le désespoir. Eva a vu son fils partir avec une petite colonne de gamins. Mais, comme ils tournaient au coin d'un bâtiment, Simon s'est sauvé et a couru vers elle. Eva s'est précipitée et l'a pris dans ses bras. Un homme s'est avancé alors en jurant et leur a ordonné de retourner à leurs places respectives. Ce n'était pas un Allemand. Eva, machinalement, a relevé son accent étranger. Elle a supplié l'inconnu de ne pas les éloigner l'un de l'autre. Simon s'accrochait à elle comme un qui se noie. L'homme a arraché l'enfant à sa mère, a sorti son arme et, sous les yeux de celle-ci, l'a abattu.

Il souriait.

J'imagine Eva. Je la vois. Je suis Eva. Au-dedans d'elle, il y a un grand vide soudain. Le monde s'est tu. Devant elle, il y a une petite forme recroquevillée qui était son amour, sa vie. Devant elle, il n'y a plus rien.

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Annette55   18 avril 2018
Sobibor de Jean Molla
"Le mien est une histoire de squelette remisé au placard, comme il y en a dans tant de familles.

Il se trouve qu'un vilain jour le placard s'est entrouvert.

Pas suffisamment pour que j'en voie le contenu, suffisamment cependant pour que j'y entrevoie une silhouette malingre, la silhouette d'une jeune femme amaigrie par les souffrances et les privations .

Une jeune femme qu'on a fait voyager dans un wagon dans des conditions indignes d'un être humain.

Qui a vu son mari s'éteindre sous ses yeux.

Qui a dû rester à côté du cadavre jusqu'à ce que l'on s'en débarrasse comme d'une charogne .------une femme que l'on a privée de tout espoir, de toute dignité de toute espérance ..--------.et tant d'autres comme elle ! ..

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thedoc   06 octobre 2018
Sobibor de Jean Molla
Ce tiraillement constant du côté de mon estomac était devenu une véritable présence, un vide consenti, une brèche que j'ouvrais dans mon corps, avec le sentiment aigu de tout dominer, de savoir exactement ce que je faisais et où j'allais. Ne plus manger ou manger moins me procurait une brûlure exquise au ventre, comme une attente que je savais pouvoir combler quand j'en aurais le désir. Bientôt, la brûlure m'est devenue plus délicieuse que la satisfaction. J'avais le sentiment d'être habitée. Je n'étais plus du plein recouvert de peau. Je découvrais en moi des abîmes inexplorés, tout un monde d'attentes, d'espaces infinis qui ne m'effrayaient pas le moins du monde, peuplés qu'ils étaient par d'obscurs gargouillis, des protestations de viscères à qui j'apprenais ma loi.
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