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ISBN : 2070546128
Éditeur : Gallimard (15/09/2003)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 516 notes)
Résumé :
Dix-sept ans, un bel âge ? Pour Emma, c'est tout le contraire: en quelques mois, elle perd sa grand-mère, quitte son amoureux, vole au supermarché.
Elle maigrit beaucoup. Volontairement. Pourquoi ? Elle-même ne le sait pas vraiment. Tout bascule le jour où elle découvre un vieux journal intime dont la lecture l'entraîne dans une douloureuse enquête sur le rôle de ses grands-parents pendant la Seconde Guerre mondiale...
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Critiques, Analyses & Avis (121) Voir plus Ajouter une critique
latina
12 juillet 2012
J'étais en quête de romans pour ados de 15,16 ans....Ma recherche est fructueuse avec "Sobibor" !
L'écriture fluide de Jean Molla nous mène dans l'enfer de l'anorexie et parallèlement, du camp d'exterminatin de Sobibor et des atrocités qui s'y sont passées. Il y a donc une histoire dans l'histoire : d'abord la fille de 17 ans raconte comment elle en est arrivée à ne plus manger, et puis à s'empiffrer (même de nourriture pour chats...) et puis à vomir...La description de son état physique également est particulièrement effroyable !
Et puis elle découvre un cahier secret, car dans sa famille, il y a un GRAND secret. Et là, cela va déclencher une crise encore plus grave. Car outre l'horreur du camp, elle se rend compte que cela touche sa famille.
Vraiment, je recommande ce roman à tous les profs, à tous les parents d'ados entre 15 et 17 ans, ils vont découvrir un univers complètement étranger à leurs préoccupations quotidiennes, et un autre qu'ils côtoient peut-être...
Dans tous les cas, pour eux, cela provoquera une fameuse prise de conscience !
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Chrystaalle
23 septembre 2011
Je vais me permettre une lecture psy. de ce livre avec la théorie de Serge Tisseron sur les secrets de famille :
La première génération est dans l'indicible , Jacques Desroches et Anna , Jean Lachaval et Mamouchka, auteur de crimes et complice. Ils ne disent rien de leur passé. En tout cas verbalement, mais ils expriment des choses, par la musique, par leurs expressions corporelles (en particulier Mamouchka qui montre de la douleur et se ferme aux questions), par le choix des prénoms, par les lapsus, les rêves...etc... le secret filtre, il suinte et se transmet.
La seconde génération est dans l'innommable, ils ne sont d'ailleurs pas nommés à aucun moment. le père d'Emma, médecin, a un don exceptionnel pour ne jamais poser de question, aucune interrogation sur ce qui arrive à sa fille, sur un symptôme qu'il devrait pourtant au moins pouvoir définir, mais il y a là comme une zone vide, d'impossibilité à nommer. Et Emma pointe bien que le silence de sa mère est lié à l'attitude son père.
La troisième génération est dans l'impensable. Puisqu'elle ne peut pas penser, le symptôme s'installe et donne un sens à tous les éléments que malgré eux les grands parents et parents ont transmis de leur histoire.
Emma dit bien, et c'est important, que chaque histoire est singulière et qu'il ne s'agit de poser le postulat que tous les enfants anorexiques ont eu des grands parents bourreaux
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PiertyM
19 octobre 2014
Un livre touchant et très bouleversant! On part d'une adolescence anorexique vers les traumatismes plus profonds de la Shoah...
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Myiuki
07 novembre 2012
Je m'attendais à tout sauf à ça ! Je pense que ça résume pas mal mon avis sur ce roman. A vrai dire, à la vue du résumé, j'avais prévu de plonger dans les méandres insoutenables de l'anorexie, comme je l'avais déjà fait avec l'excellent "Thornytorinx" de Camille de Peretti, or, ça n'est pas du tout ça. Enfin, en partie si, parce qu'on parle bien d'anorexie, mais pas que ... l'auteur s'étend sur les causes de celle-ci et j'avoue que là, j'ai été on ne peut plus surprise ! Ca m'a déstabilisée parce que je ne comprenais pas pourquoi ce choix de la part de l'auteur, alors qu'il y en a tellement d'autres possibles, pourquoi ? Mais j'y reviendrai ...
Dans un premier temps, je dois dire que j'ai trouvé le roman très bien écrit, c'est poignant de bout en bout, on a vraiment l'impression d'être aux côtés de cette adolescente en proie aux affres de l'anorexie. Alors bien sûr, c'est dur, c'est troublant, les moments où elle nous raconte comment elle vomi, quel bonheur cela lui procure la première fois, cette sensation grisante de contrôler son propre corps comme elle le souhaite en se privant de nourriture, l'image de son corps nu devant la glace ... Psychologiquement, ça emmène le lecteur dans des la souffrance, la douleur. Pas du tout dévident de l'imaginer se goinfrer de pâté pour chats accroupie sur le sol de la cuisine parce qu'elle a mal pour ensuite aller tout régurgiter sur la belle porcelaine immaculée des toilettes. Oui, ça choque, oui, ça vous fait mal comme si on vous assénait des coups de poings à répétition. Il faut avoir le coeur bien accroché pour lire ce roman car il vous prend aux tripes. C'est un témoignage incisif, fort, indomptable que celui de cette ado. J'ai parfois eu la sensation que je ne pouvais pas m'arrêter de lire, j'avais besoin de savoir si elle serait encore là à la page d'après ...
Ce roman c'est celui d'un combat, celui d'Emma contre elle-même, contre ses démons. Et pourtant, ce combat, on sent qu'elle veut y mettre fin malgré tout car, dès le début du roman, elle lance un appel au secours, elle le dit d'ailleurs très clairement, elle s'est fait prendre à voler dans un magasin "pour qu'on l'arrête". Rien de plus clair que ça, pourtant, ses parents ne vont pas réagir ... Seul le directeur du magasin va l'interpeller. Je sais que pour les parents d'enfants anorexiques, ça n'est pas évident de gérer ça, de voir les choses en face, mais j'ai perçu les réactions d'Emma aussi comme des cris de révolte face à ces deux êtres qui ne réagissent pas ... Son père est médecin, tout de même, et sa mère ... je ne sais trop que penser de sa mère dont l'attitude m'a malgré tout un peu exaspéré. On sent malgré tout leur tristesse, leur impuissance, face au drame qui les touche au travers de leur fille, mais j'ai regretté qu'ils n'agissent pas, ils sont d'une indolence à faire peur. M'étonne pas qu'Emma est envie de crier à ce point !
Je me suis très vite attachée à Emma justement, parce que, quelque part, je comprends ce besoin qu'elle a de contrôler quelque chose dans sa vie, quelque chose qui ne peut pas lui mentir, son corps. Elle le voit, d'ailleurs avec une lucidité qui m'a frappé, ce corps où les côtes se dessine à travers une peau si fine, ses cuisses sèches et couvertes de vergetures, son ventre plat et tendu ... un spectacle insoutenable, sans doute, d'ailleurs, à un moment donné dans le roman, sa grand-mère amorce une comparaison, sans aller jusqu'au bout mais ça n'est pas nécessaire pour que le lecteur la comprenne, entre son corps et celui des hommes et des femmes des camps de concentration. On se demande souvent pourquoi des jeunes filles (et des garçons aussi, n'oublions pas !) qui ont "tout pour être heureuses" tombent dans l'anorexie, la boulimie ou tout autre trouble alimentaire. Ce roman est un début de réponse car il est réaliste, Emma ne nous cache rien de sa condition, ne nous épargne rien, elle nous raconte tout, sa façon de picorer dans les plats que lui prépare sa mère, sa façon de se goinfrer quand elle ne va pas bien avant de tout vomir dans les toilettes, son indifférence, l'abandon volontaire de toute trace de féminité en elle, son retour en enfance, comme elle le dit si bien ...
Car c'est un corps d'enfant qu'Emma a voulu retrouver. Tout un symbole ! En abandonnant son corps de femme, ses formes, elle a voulu redevenir une petite fille, retrouver une part de l'innocence qu'elle avait perdu. Ce refus de l'âge adulte est on ne peut plus marquant, Emma, au fond, ne veut pas grandir, parce que grandir c'est accepter que la vie est loin d'être parfaite, c'est accepter le mensonge de ceux qui vous entourent, l'hypocrisie, c'est jouer le jeu des illusions et des faux-semblants. Emma n'était pas prête pour ça. Son histoire démarre de façon "banale" en apparence, elle demande à son petit ami comment il la trouve et il commet l'erreur de lui dire qu'elle est belle mais peut-être un peu ronde ! S'ensuit un premier régime qui porte ses fruits puis un second, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus s'arrêter. Mais cette remarque n'est pas la cause du malaise profond d'Emma, elle l'a cru ... puis elle a fini par comprendre, bien plus tard, que ça venait d'ailleurs. Limite, j'aurais préféré que ça vienne de là quelque part, parce que j'ai trouvé la véritable explication un peu "tirée par les cheveux" ...
Si Emma se sent si mal, c'est parce que sa grand-mère de laquelle elle était très proche lui a menti. Parce qu'elle et son grand-père qu'elle considérait un peu comme ses parents, comme un exemple de bonheur, d'amour, ne sont que des masques ... Si Emma se rend malade, c'est à cause d'eux, à cause de Sobibor. Et c'est là que j'aurais du revoir mes cours d'histoire car j'aurais su, avant même d'ouvrir le roman, de quoi il allait parler, de fait, je ne l'aurai peut-être pas lu de suite ... Car Sobibor était un camp d'extermination en Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale. Et voilà pourquoi j'ai eu la sensation dérangeante que c'était un peu trop "gros" comme cause de l'anorexie d'une ado de nos jours qui n'a pas connu, n'a pas vécu, cette période-là. Mais, revenons un peu en arrière ... Ce roman se construit sur une alternance de deux niveaux, il y a tout d'abord Emma qui se raconte, qui nous décrit son quotidien, et il y a les extraits d'un journal qu'elle lit, celui de Jacques Desroches. Là ou ça devient intéressant, c'est au niveau du contenu de ce fameux journal qui n'est autre que celui d'un français, collaborateur de premier ordre puisqu'engagé dans l'armée allemande et ayant un poste de gradé au camp de Sobibor.
Je me suis sentie comme Emma en lisant ce journal, il m'a donné envie de vomir, tout simplement. de voir comment ce français adhérait aux idées nazis, comment il vouait la grandeur de l'Allemagne, comment il parlait des juifs, souhaitant leur extermination et y participant activement ... ça fait froid dans le dos ! Ce journal est glaçant tout simplement, c'est une horreur de voir cet homme se complaire dans l'idéologie nazi au point de se rendre complice de pas moins de 250 000 morts. Un chiffre effarant. Ce journal vous dégoûte ! le voir raconter - avec un certain plaisir et une fierté non dissimulée - l'avancement de la construction du camp, la façon dont ils ont trouvé une super méthode pour exterminer au plus vite les juifs arrivant dans le camp sans qu'ils aient le temps de se révolter ou de se défendre - même si on peut se poser la question de savoir qui aurait oser le faire ? -, de voir ses discussions avec son ami SS dégoulinantes d'horreur, c'était encore plus insoutenable presque que l'anorexie d'Emma. Voir ainsi la pensée d'un homme, d'un vendu, fier de trahir la race humaine, fier d'être un bourreau, fier d'être un nazi, c'est une angoisse, une rage, une violence qui ne vous lâche plus une fois que vous avez lu les premières lignes de ce journal.
Comment excuser, comment comprendre, qu'on ait pu prendre part à un tel massacre sans réagir ? Comment pardonner à un homme d'être juste un homme ? Oui, Jacques Desroches était jeune à l'époque, on aurait pu pardonner ses erreurs, après tout, pourquoi pas ? Non, impossible. Et pour Emma c'est pareil, elle s'érige en juge et juré et le condamne sans préambule. Qui pourrait lui en vouloir ? Car cet homme infect, elle le connaît, bien plus qu'elle ne l'aurait voulu. Car cet homme a été l'amant de sa grand-mère. Sa propre grand-mère qui a vécu l'amour de sa vie en vivant avec cet homme au sein même du camp de Sobibor. Voilà qui dépasse l'entendement pour Emma. Comment peut-on vivre heureux, amoureux, dans un camp alors qu'à côté de soi des milliers d'êtres humains passent dans les chambres à gaz pour ne plus en ressortir que morts ? Comment connaître joie, bonheur, et les apprécier, alors qu'on vit dans une maison entourée de charniers ? Impensable ! Elle s'est sentie trahie par cette femme qu'elle aimait tant, rejetée, abandonnée. On passe par tous les stades d'émotions en lisant ce journal et en écoutant Emma parler. On ne peut pas rester indifférent quand on lit ce roman. J'ai regretté cependant que la révélation sur Jacques Desroches ait été si prévisible ... et sa fin, si lâche.
Ce qui fait d'Emma ce qu'elle est, c'est Sobibor, l'histoire qu'il raconte, les êtres qui l'ont traversé, c'est un prénom, Eva, et celui qui s'y accole, Simon, c'est l'amour, la haine, la détresse, le souvenir, la trahison, l'horreur. Oui, c'est un livre touchant, repoussant, c'est un cri, un appel. J'ai apprécié le fait de voir "de l'intérieur" ce camp de la mort, pour une fois, ça nous offre un nouveau point de vue encore sur ces actes monstrueux qui ont été perpétrés à l'époque, c'est important aussi de comprendre comment un homme peut tomber aussi bas dans la vilenie. Mais, ce qui m'a gênée, c'est le fait d'accoler les deux, l'anorexie d'Emma, et Sobibor. J'aurais sans doute préféré qu'il s'agisse de deux romans différents, parce que j'ai trouvé que ça n'était pas pleinement cohérent ... La cause de son anorexie, c'est le mensonge, mais pourquoi basé ce mensonge sur un camp ? Alors oui, ça donne sans doute plus d'impact, plus d'ampleur à l'histoire, même si je n'en suis pas totalement convaincue. Parfois les histoires les plus "simples" sont les plus douloureuses, les plus belles. Celle-ci est pour le coup loin d'être agréable à lire mais, une chose est sûre, elle mérite le détour.
Vous l'aurez compris, mon avis reste en demi-teinte pour ce roman. Même si j'ai apprécié ma lecture parce que les deux sujets principaux qui y sont abordées me touchent de près, que je n'ai pas cessé d'être dans l'émotion tout au long de ma lecture, je n'arrive pas à trouvé le lien entre eux réaliste. Mais la leçon que nous offre ce roman, cette leçon de vie, de main tendue, de vérité, est précieuse. Alors, si vous avez l'occasion de le faire, n'hésitez pas à le lire.
Lien : http://coeurdelibraire.over-..
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rabanne
13 avril 2016
Encore un livre lu d'une traite. Il était dans ma liste depuis pas mal de temps. Les ouvrages (romans ou témoignages) traitant de la Shoah, je sais que n'en sors jamais indemne, car il faut pouvoir les digérer... Et quand je sature (pardon, mais c'est vrai), impossible d'en lire un seul pendant un certain temps. Celui-ci est dans le sillage de ma dernière lecture, à savoir le poids de l'héritage familial sur l'inconscient, et sur la conscience.
Sobibor est peut-être moins "connu" que Treblinka ou Auschwitz, mais il fut bien un camp d'extermination situé en Pologne, où périrent des centaines de milliers d'êtres humains. Il n'en reste aucune trace, ayant été complètement rasé en 1943 par les nazis. C'est le titre choisi pour ce roman, pour ne jamais oublier : Sobibor.
C'est un roman captivant et glaçant à la fois. Emma souffre d'un mal lancinant et destructeur qu'est l'anorexie, dans ce corps qu'elle a dompté et qu'elle croit aimer, mais son esprit (son inconscient) est en réalité prisonnier d'une vérité qu'elle redoute d'affronter...
Une lecture destinée aux ados, mais pas trop jeunes tout de même, je la conseille à partir de la 3ème (14-15 ans).
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Citations & extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
desbleusaucoeurdesbleusaucoeur15 mai 2017
Peut-être vais-je essayer de vomir en mots ce que j'ai des mois durant vomi en silence. Nourritures à peine digérées, me lacérant la gorge, me laissant épuisée, douloureuse. Nourritures avalées comme une forcenée, pour me faire taire, ou pour remplir ce vide immense au-dedans de moi. Vide trop grand pour mon corps de jeune femme.
Vide qui me mangeait de l'intérieur, qui menaçait de m'engloutir.
Vide qui creusait mes joues et mes côtes.
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desbleusaucoeurdesbleusaucoeur15 mai 2017
Un jour, j'ai découvert dans mon miroir le reflet d'une fille trop grosse à mon goût. J'ai décidé de reprendre les rênes en main. Je me suis privée de tout ce que j'aimais : sucreries, gâteaux, chocolat, pain, charcuterie, fromage. J'ai entrepris un régime sauvage et désordonné.
Je ne tolérais désormais que les crudités, les légumes verts, les fruits, traquant les calories, les bannissant sans pitié de mon assiette.
Le soir, je boudais le dîner, prétextant d'abondants goûters.
J'ai maigri. Beaucoup. Très vite. Trop peut-être. J'étais constamment fatiguée, facilement irritable. Mon régime a tourné à la catastrophe.
J'étais désespérée. Je ne supportais plus mon corps, je me trouvais laide, détestable.
J'aurais voulu mourir.
Je me suis mise à manger comme quatre, alignant crise de boulimie sur crise de boulimie. Je ne contrôlais plus rien.
J'ai de nouveau grossi. J'avais honte de moi.
J'étais mal dans ma peau, ironique ou distante avec mes camarades, souvent angoissée. Je me réfugiais dans le travail scolaire pour oublier la petite musique triste et monotone qui résonnait dans ma tête.
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desbleusaucoeurdesbleusaucoeur15 mai 2017
Ses cheveux formaient un voile épais qui dissimulait ses traits et je sentais son souffle tiède sur ma main. Je suis resté longtemps sans bouger, à l'écoute de sa respiration. Puis délicatement, religieusement, j'ai soulevé sa chevelure, dévoilant peu à peu son menton, ses lèvres, son visage tout entier.
Sa peau avait pris dans le demi-jour une teinte délicate, bistre et rosée. Ses paupières, à peine ombrées de bleu, frémissaient à chaque changement de la lumière qui filtrait au travers des mauvais volets.
Avec mille précautions, j'ai fait glisser le drap qui la recouvrait jusqu'à ce qu'elle soit nue et je me suis gorgé de son image, m'attardant sur chaque millimètre de sa peau, essayant de retenir chaque détail de son corps : le dessin de ses hanches, la rondeur de ses seins, la douceur de son ventre.
Elle a ouvert les yeux et m'a souri.
J'ai murmuré à son oreille : “ Et mes yeux à tes yeux lentement s'empoisonnent. ”
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desbleusaucoeurdesbleusaucoeur15 mai 2017
Je suis devenue svelte, conforme à l'image de celle que j'avais rêvée.
J'étais enfin cette autre que je poursuivais depuis longtemps.
J'éprouvais un plaisir indicible à maîtriser mon appétit et, à mon grand étonnement, j'expérimentais des sensations nouvelles, inhabituelles, clandestines.
Ce tiraillement constant du côté de mon estomac était devenu une véritable présence, un vide consenti, une brèche que j'ouvrais dans mon corps, avec le sentiment aigu de tout dominer, de savoir exactement ce que je faisais et où j'allais.
Rapidement, c'est devenue ma drogue : j'avais besoin de manger rien.
Un rien qui devenait la chose la plus essentielle à consommer. Un rien désirable. Et j'éprouvais une jouissance démesurée à me laisse remplir de cette absence. Mon estomac vide était le signe de ma liberté. Je n'étais plus asservie à cette dépendance animale qui me faisait horreur.
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desbleusaucoeurdesbleusaucoeur15 mai 2017
Je sais que je fascine, que je dégoûte. Je suis un repoussoir, celle à qui on voudrait ne pas ressembler. En se comparant à moi, la fille la plus banale se découvre belle, attirante. Comestible.
Bien sûr que ma maigreur fait peur ! Ce n'est pas une maigreur élégante. Une maigreur de papier glacé, une maigreur abondante, une maigreur désirable. La mienne est obscène, cauchemardesque. Menaçante au fond.
Elle évoque, pêle-mêle, les squelettes de peintures médiévales, les malades à l'agonie, les silhouettes faméliques d'un peu partout, celles des rescapés de tous les camps de la terre, celle de tous ceux qu'on essaie d'oublier.
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