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Note moyenne 3.88 /5 (sur 209 notes)

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Denver, Colorado , le 26/01/1945
Biographie :

Jeremy Rifkin est un essayiste américain, spécialiste de prospective économique et scientifique.

Il obtient un BS en économie à la Wharton School de l'université de Pennsylvanie, où il a été président de la promotion 1967 et reçoit le prix du mérite de l'association des anciens de l'Université de Pennsylvanie.

Il s’intéresse au droit international et à la diplomatie, obtenant en 1968 une maîtrise en affaires internationales à la Fletcher School of Law and Diplomacy de l’Université Tufts.

En 1977, avec Ted Howard, il crée une fondation de prospective, la Foundation on Economic Trends (FOET), qui sera active à la fois à l’échelle des enjeux environnementaux, économiques et climatiques des politiques publiques des États-Unis et des autres pays.

À partir de 1994, Rifkin est maître de conférences dans le Wharton School's executive education program à l'Université de Pennsylvanie.

Son livre "La fin du travail" (End of Work) paru en 1995 à New York, est un best-seller aux États-Unis avant de rencontrer le même succès en Europe avec sa traduction l'année suivante.

En 2004, le livre de Rikfin "Le rêve européen" (The European Dream), a été un succès de librairie international récompensé en Allemagne en 2005 par le prix Corine International Literature Prize du meilleur livre de l'année publié dans le domaine de l'économie.

Rifkin a conseillé la Commission européenne et le Parlement européen.
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Source : Wikipédia
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Rifkin's Festival sera-t-il le dernier film de Woody Allen ? Nos deux critiques ne le lui souhaitent pas, tant ce film “carte postale” envoyé depuis San Sebastián, en Espagne, n'arrive pas à les convaincre. Un jeune réalisateur (Louis Garrel) et son attachée de presse (Gina Gershon) se rendent au festival du film de San Sebastián. le vieux compagnon de cette dernière (Wallace Shawn) se joint à eux, car il soupçonne leur relation de ne pas être que professionnelle. Boycotté aux États-Unis depuis l'accusation de viol sur sa fille dont il fait l'objet, Woody Allen a du faire appel à des investisseurs européens pour financer son dernier — et probablement ultime — long métrage. Tourné en 2019, Rifkin's Festival ne sort donc que maintenant dans les salles françaises. le retour de la canicule invitera peut-être les spectateurs à rejoindre le frais des salles obscures climatisées, mais avouons tout de même qu'avec une sortie programmée en plein été, cette comédie semblait destinée à passer inaperçue. Et c'est peut-être un mal pour un bien pour un Woody Allen sur la fin, que nos critiques auraient pourtant bien voulu quitter sur une note beaucoup plus magistrale. Hélas ! Comment peut-on terminer une immense filmographie sur cette histoire au déroulé prévisible, avec une faible mise en scène et des dialogues assez pauvres ? Espérons que Woody Allen nous offre un ultime retour de flamme d'ici là, pour ne pas finir sur ce vaudeville paresseux ! Vous avez aimé cette vidéo ? Abonnez-vous à notre chaîne YouTube : https://www.youtube.com/channel/¤££¤28Instagram16¤££¤4fHZHvJdM38HA?sub_confirmation=1 Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux ! Facebook : https://www.facebook.com/Telerama Instagram : https://www.instagram.com/telerama Twitter : https://twitter.com/Telerama
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
"L'économie du partage progresse pour bien des raisons. L'effondrement planétaire de l'économie de la seconde révolution industrielle de 2008 a réveillé la population. En Amérique et ailleurs, des centaines de millions de familles se sont retrouvées encombrées par une foule d'objets qu'elles utilisaient à peine et endettées jusqu'au cou pour les payer. La réalité les a dégrisées: quand le pétrole brut a atteint 147 dollars le baril sur les marchés mondiaux, le pouvoir d'achat a chuté, l'économie a coulé à pic et des millions de salariés se sont retrouvés au chômage. Sans salaire et avec peu de perspectives de revenu, des millions de familles se sont tournées vers leur épargne et ont découvert qu'elles n'en avaient pas. Elle avait été remplacée par une dette astronomique, accumulée pendant plus de vingt ans de consommation débridée - la plus grande frénésie de l'histoire. Pour la première fois, des millions de familles ont commencé à regarder tous ces objets dont elles n'avaient pas besoin et elles se sont demandé, non pas seulement pourquoi ai-je fait ça, mais: pourquoi? Une question existentielle collective, un examen de conscience, où l'on a réévalué la nature de la vie moderne. Certains ont commencé à remettre en cause l'intérêt d'accumuler toujours plus de biens qui n'ajoutaient rien, ou si peu, à leur bonheur et à leur bien-être. Les familles ont commencé à comprendre qu'on les avait arnaquée avec tous ces produits: elles avaient été aspirées dans une dépendance avilissante, alimentée par les milliards de dollars de publicité des entreprises."
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" (...) la vraie liberté exige de manifester sa vulnérabilité, pas son invulnérabilité. Si la liberté d'une personne est son aptitude à vivre pleinement ses potentialités, et si la mesure de sa vie est l'intensité, l'ampleur et la diversité de ses relations, plus elle sera vulnérable et plus elle sera ouverte à l'établissement de relations intimes et riches avec les autres. Être vulnérable, en ce sens, ne signifie pas être faible, ni être une victime ou une proie, mais s'ouvrir à la communication au plus profond de l'échange humain."
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Dans l'hypothèse où notre espèce parviendrait d'une facon ou d'une autre à survivre, je me demande souvent comment les générations futures verront dans cinq mille ans ce moment particulier de la saga humaine. Il est probable qu'ils nous appelleront les hommes de l'énergie fossile et baptiseront cette période I'Age du carbone, comme nous parlons de l'Age du bronze et de l'Âge du fer.[p.27]
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Au XXIème siècle, des centaines de millions d'êtres humains vont produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines et la partager entre eux sur des réseaux intelligents d'électricité distribuée - sur l'inter-réseau -, exactement comme ils créent aujourd'hui leur propre information et la partagent sur internet. (p.57)
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[Horloge biologique et rythme circadien]

Les horloges internes s’ajustent constamment aux signaux circadiens – en particulier les cycles lumière/obscurité et les changements de température chaud/froid. Pour rester en bonne santé, il est essentiel que l’organisme soit capable d’anticiper les transformations de l’environnement extérieur et d’y réagir. Durant la phase d’activité, notamment pendant la recherche d’aliments comestibles ou la chasse, l’organisme doit réagir rapidement, pour fuir comme pour combattre. La digestion, les fonctions du système immunitaire et la régénération ont lieu pendant les cycles de repos et de sommeil : leur programmation et leur déploiement dans le temps sont donc entièrement différents. Et il y a aussi toutes les autres activités internes qui s’ajustent en permanence aux changements de l’environnement extérieur au fil d’un jour circadien, et qui ont besoin d’une gestion temporelle et d’une synchronisation permanentes : le rythme cardiaque, les niveaux hormonaux, etc.

Il existe de nombreuses preuves du lien entre maladies humaines et désynchronisation des horloges biologiques. Pensons, par exemple, à la lumière artificielle. Pendant deux cent mille ans, les humains et les autres êtres vivants n’ont connu que la lumière naturelle, émise directement par le Soleil et indirectement par la réflexion de ses rayons sur la Lune. Aujourd’hui, l’éclairage électrique a créé à toute heure de la nuit un jour artificiel. Il interrompt le sommeil de millions de personnes et perturbe des millions d’autres qui travaillent de nuit.

Des générations entières, qui vivent en milieu urbain densément peuplé et partiellement illuminé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, n’ont jamais connu l’univers éclairé par les étoiles et les neuf galaxies visibles à l’œil nu sur un ciel obscur. C’est triste, mais les nouveaux produits attractifs proposés par les voyagistes aux touristes sont des vols vers une poignée de « réserves naturelles de ciel noir » : les rares endroits inhabités sur Terre où ils pourront s’émerveiller de l’univers.

Ces dernières années, de nouvelles études ont montré que la lumière artificielle, la nuit, dérègle nos horloges biologiques en inhibant la sécrétion de mélatonine par la glande pinéale. On soupçonne même que cette inhibition accroît les risques de cancer du sein et de la prostate.

Certaines recherches prouvent que le déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité chez l’adulte s’accompagne de troubles du sommeil, qui peuvent aggraver la maladie. Une série de travaux ont montré que les travailleurs de nuit ont tendance à souffrir davantage de cardiopathies, de diabètes, de maladies infectieuses et de cancers. De nombreuses études suggèrent un autre lien tout aussi inquiétant : la perturbation du rythme circadien joue un rôle dans le déclenchement de maladies mentales graves, notamment la schizophrénie et le trouble affectif bipolaire.

[…]

En plus des rythmes circadien, lunaire, tidal (celui des marées) et circannuel, les scientifiques ont découvert des rythmes ultradiens. Ils apparaissent à l’intérieur d’un cycle de vingt-quatre heures et sont de durée variable – par exemple, un battement cardiaque dure moins d’une seconde. Nous savons maintenant que, chez les espèces animales – moins chez les végétales –, des centaines de processus qui maintiennent le modèle dissipatif du corps sont totalement dépendants d’horloges biologiques endogènes opérant dans chaque cellule, toutes synchronisées dans une symphonie élaborée que nous appelons un « être » et que nous devrions appeler, pour être exact, un « devenant ».

David Lloyd, microbiologiste à l’École de biosciences de Cardiff (Royaume-Uni), résume ainsi l’état de nos connaissances scientifiques sur le rôle primordial que jouent nos horloges endogènes : « Un chronométrage interne strict est inhérent au contrôle coordonné de chacune de nos fonctions biochimiques, physiologiques et comportementales, ainsi qu’à nos humeurs et à notre vitalité. »

Les horloges ultradiennes les plus courantes sont les horloges circhorales (proches d’une heure). Le rythme de base activité/repos de notre espèce a été très bien étudié : il est d’à peu près quatre-vingt-dix minutes. Il y a un demi-siècle, un psychologue américain enseignant à l’université de Chicago, Nathaniel Kleitman, a découvert que les êtres humains ont un cycle temporel réglé sur une activité concentrée de cette durée, après quoi s’installe une phase de repos.

Les rythmes ultradiens programment les routines journalières des modèles d’activité de chaque espèce, notamment « en synchronisant des processus compatibles et en empêchant l’activation simultanée de processus incompatibles ; en préparant les systèmes biologiques à répondre à des stimuli tels que la communication de cellule à cellule ; en maintenant l’intégrité et la réactivité des neurones ; en interagissant avec les rythmes circadiens ».

Les rythmes ultradiens orchestrent, entre autres, le profil temporel du cycle ovarien et synchronisent l’activité reproductive avec les changements de l’environnement externe et interne. Ils alertent un organisme de la menace d’un prédateur en augmentant la température du corps et en coordonnant les phases de réaction et de réponse.

Un des rôles les plus importants des horloges biologiques est la synchronisation de toutes les fonctions qui doivent se dérouler sur une période de vingt-quatre heures. L’espace dans une cellule, ou même un organe, est très limité, par exemple. Il faut donc compartimenter les moments dans un « emploi du temps », une programmation temporelle, pour que les activités se déroulent dans le bon ordre et que chacune puisse disposer du temps qui lui est nécessaire. Maximilian Moser, de l’Institut de psychologie de l’université médicale de Graz, insiste sur le rôle central que joue la programmation temporelle dans le maintien des modèles d’activité d’un organisme :

La compartimentation du temps permet à des événements opposés de se produire dans la même unité d’espace : il y a des polarités dans l’univers de notre corps, elles ne peuvent pas advenir simultanément. Systole et diastole, inspiration et expiration, activité et détente, état de veille et sommeil, réduction et oxydation ne peuvent pas s’effectuer […] en même temps au même endroit.

Une cellule en bonne santé reste synchronisée à ses horloges biologiques et à ses processus métaboliques : voilà la leçon. Autrement dit, la cellule respecte l’emploi du temps qui lui est alloué par les horloges ultradiennes et circadiennes pour accomplir chacune de ses fonctions métaboliques. Bref, au niveau de la dynamique interne de chaque organisme, la temporalité est programmée pour chaque fonction sur un cycle circadien de vingt-quatre heures afin d’assurer le bon fonctionnement de l’ensemble.

Nous sommes donc de plus en plus détachés et coupés du rythme circadien du jour et de la nuit, grâce auquel notre espèce a pu sécuriser son modèle d’existence.
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Les 5 piliers de la 3ème révolution industrielle :

1) le passage aux énergies renouvelables

2) la transformation du parc immobilier de tous les continents en ensemble de microcentrales énergétiques qui collectent sur site des énergies renouvelables

3) le déploiement de la technologie de l'hydrogène et d'autres techniques de stockage dans chaque immeuble et dans l'ensemble de l'infrastructure, pour stocker les énergies intermittentes

4) l'utilisation de la technologie d'internet pour transformer le réseau électrique de tous les continents en inter-réseau de partage de l'énergie fonctionnant exactement comme internet (...)

5) le changement de moyens de transport par passage aux véhicules électriques branchables ou à pile à combustible, capables d'acheter et de vendre de l'électricité sur un réseau électrique interactif continental intelligent.
(pp58-59)
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Les nouvelles technologies de l'information sont conçues pour ôter aux travailleurs tout vestige de contrôle sur le processus de production : des instructions détaillées sont directement programmées dans la machine qui les exécute mot pour mot. Le travailleur n'a plus la possibilité d'exercer un jugement autonome, que ce soit à l'atelier ou au bureau, et n'a pratiquement plus de contrôle sur le résultat de son travail, dicté à l'avance par des experts en programmation. Avant l'ordinateur, la direction énonçait des instructions précises sous forme de " planning" que les ouvriers étaient ensuite censés respecter. L'exécution des tâches était entre leurs mains et il était donc possible d'introduire une dose de subjectivité dans le processus. Dans l'exécution de son programme de travail, chaque employé(e) imprimait sa marque, unique, sur le processus de production. Le passage de la production planifiée à la production programmée a altéré dans son essence la relation de l'ouvrier à son travail. Aujourd'hui, un nombre grandissant de travailleurs n'agissent plus que comme observateurs ; ils sont incapables de participer ou d'intervenir dans le processus de production. Les événements qui se déroulent dans l'usine ou au bureau ont été préprogrammés par une autre personne qui, peut-être, ne participera personnellement jamais à l'avenir automatisé, au fur et à mesure de son déroulement.
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Le 20 juillet 1932, le conseil exécutif de l'AFL, réuni à Atlantic City, rédigea une déclaration demandant au président Hoover de convoquer une conférence des dirigeants patronaux et syndicaux afin de mettre en place une semaine de travail de trente deux heures dans le but de "créer des possibilités d'embauche pour des millions d'hommes et de femmes inactifs". Soucieux de stimuler le pouvoir d'achat des consommateurs et n'entrevoyant aucune autre solution viable, nombre de chefs d'entreprise se joignirent à contrecœur à la campagne pour une semaine plus courte. Certaines grosses firmes comme Kellogg's, de Battle Creek, Sears, Roebuck, Standart Oil du New Jersey et Hudson Motors réduisirent volontairement leurs horaires hebdomadaires à trente heures pour conserver leurs employés.
Les décisions de Kellogg's furent les plus audacieuses et novatrices parmi tous ces plans de sauvetage. W. K. Kellogg, propriétaire de l'entreprise, estima que "si nous passons à quatre postes de six heures [...] au lieu de trois de huit, trois cents chefs de famille supplémentaires auront un travail et un salaire à Battle Creek". Afin d'assurer un pouvoir d'achat suffisant à son personnel, la société porta le salaire minimal de ses employés masculins à 4 dollars par jour et augmenta de 12.5 % les rémunérations horaires, ce qui compensait la perte journalière de deux heures de travail.
La direction de Kellogg's assurait que ses travailleurs étaient en droit de profiter des augmentations de la productivité au travers de meilleurs salaires et de semaines de travail plus courtes. La société diffusa des rapports montrant que les emplois du temps allégés amélioraient l'entrain et l'efficacité au travail. En 1935, elle publia une étude détaillée prouvant qu'à la suite de " cinq années sous le régime des six heures par jour, le poids [ou les coûts généraux] unitaire avait chuté de 25% [...] le coût unitaire du travail était réduit de 10% [...] les accidents avaient diminué de 41% [...] [et] les effectifs de Kellogg's avaient augmenté de 39 % par rapport à 1929". La société était fière de ses réalisations et souhaitait ardemment partager ses vues avec d'autres responsables économiques : "Il ne s'agit pas simplement d'une théorie qui nous serait propre. Nous l'avons prouvé, tout au long de cinq années d'expérience effective. Nous avons établi qu'avec un horaire de travail inférieur la rentabilité et le moral de nos employés sont tellement meilleurs, le nombre des accidents, le prix des assurances et le coût unitaire de la production ont tellement fléchi que nous pouvons nous permettre de payer six heures de la même manière que huit précédemment."
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REPENSER L’EXISTENCE : DES OBJETS ET DES STRUCTURES AUX PROCESSUS ET AUX MODÈLES

S’il fallait rendre hommage aux architectes de la révolution numérique et de la théorie de l’information, on penserait d’abord à Norbert Wiener, le père de la cybernétique, et à son contemporain Ludwig von Bertalanffy, le père de la théorie générale des systèmes. Ils ont été les inspirateurs de leurs domaines de recherche respectifs, et ce sont leurs théories qui ont fait entrer l’humanité dans l’âge de l’information et de l’intelligence artificielle, dans les mondes virtuels du cyberespace, et au-delà. Chacun d’eux avait compris, à travers son propre travail, que les vieux postulats de l’humanité sur le temps, l’espace et la nature de l’existence étaient des erreurs tragiques, qui mettaient en danger la survie de notre espèce.
En 1952, Bertalanffy écrit : « Ce que nous appelons structures sont des processus lents et prolongés et ce que nous appelons fonctions sont des processus rapides et de courte durée. » Deux ans plus tard, en 1954, Wiener s’exprime sur un plan plus intime, en s’intéressant à notre espèce, même si, dans son esprit, ses remarques concernent toutes les formes de vie et l’ensemble du monde matériel. Voici les réflexions que lui inspire la vie humaine :

C’est le modèle maintenu par cette homéostasie qui est la pierre de touche de notre identité personnelle. Nos tissus changent à mesure que nous vivons : la nourriture que nous mangeons, l’air que nous respirons deviennent chair de notre chair et os de nos os, et les éléments momentanés de notre chair et de nos os traversent tous les jours notre corps avec nos excrétions. Nous ne sommes que les tourbillons d’un fleuve intarissable. Non substance qui demeure, mais modèles qui se perpétuent.
Bertalanffy, Wiener et d’autres, notamment le chimiste Ilya Prigogine, avec sa théorie des structures dissipatives et de la thermodynamique hors équilibre, et Nicholas Georgescu-Roegen, avec son reconditionnement thermodynamique complémentaire de la théorie et de la pratique économiques, commençaient à reconceptualiser le sens de l’existence dans leurs champs respectifs : ils reconfiguraient notre interprétation du temps et de l’espace, et donnaient ainsi à l’humanité une nouvelle façon de comprendre la nature de la vie et de l’existence.

Leurs découvertes ontologiques doivent beaucoup à la pensée du philosophe iconoclaste Alfred North Whitehead. C’est en qualité de mathématicien que celui-ci publie ses premiers travaux. Il est le coauteur avec Bertrand Russell des Principia mathematica, ensemble de trois volumes sur les fondements des mathématiques ; cet ouvrage de logique formelle devient la bible incontestée de la discipline au XXe siècle. Dans la seconde partie de sa carrière, il se tourne vers la physique et la philosophie. L’œuvre exposant ses principes, Procès et réalité, est publiée en 1929, et elle va influencer de nombreux penseurs de premier ordre en sciences et en philosophie tout au long du XXe siècle.

Whitehead s’en prend à la description atemporelle, sans passage du temps, que donne Isaac Newton de la matière et du mouvement. Elle lui paraît
… fondée sur l’existence d’une matière brute irréductible et présente à travers l’espace en un flux de configurations […]. En soi, un tel matériau est dépourvu de sens, de valeur et de finalité. Il se contente d’agir selon une routine fixe, imposée par des relations externes sans rapport avec la nature de son être.

Whitehead récuse radicalement la vision newtonienne d’une existence faite d’instants « sans durée », « sans référence à aucun autre instant ». Pour lui, « la vitesse à un instant » et « la quantité de mouvement à un instant » sont, disons-le franchement, de pures absurdités. Selon Whitehead, l’idée d’une matière isolée ayant « la propriété d’une localisation simple dans l’espace et le temps » prive « la Nature de signification et de valeur ».

Ce qui agace Whitehead, c’est que la vision dominante dans la communauté scientifique « omet toute discrimination entre les activités fondamentales au sein de la Nature ». L’historien et philosophe R.G. Collingwood, de l’université d’Oxford, souligne que les relations et les rythmes n’existent que « dans une temporalité assez longue pour que le rythme du mouvement s’établisse ». Par exemple, une note de musique n’est rien sans les notes qui la précèdent et qui la suivent.
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La gestion des cheptels ne devrait pas tarder non plus à suivre le même chemin. L'office australien de la laine (Australian Wool Corporation) expérimente une machine à tondre susceptible de se substituer aux tondeurs professionnels, extrêmement bien payés. Le mouton est soulevé du sol et installé dans une sorte de cage métallique. Le robot est équipé d'un ordinateur et d'un logiciel de tonte correspondant à un mouton "type". Une fois installé, le mouton est palpé par le robot et les données s'appliquant à lui sont entrées dans le programme type, qui crée alors un sous-programme spécifique à ce mouton, afin que l'engin robotisé coupe exactement aux mensurations de l'animal en question. Les ciseaux automatiques ont été programmées pour "passer à un demi-centimètre exactement du corps frissonnant du mouton". Un observateur explique la suite : " A ce stade, le mouton est quelque peu affolé, respire puissamment, vomit et s'agite de façon désordonnée. La tonte se fait préférentiellement en descendant sur le dos de l'animal, en deux volées successives, puis en dénudant les flancs vers le ventre. Les bras du robot doivent positionner les ciseaux sur une cible agitée et faire des coupes franches sans infliger de blessures ni laisser la bête avec une coiffure de punk." La tondeuse de mouton robotisée devrait être au point et pleinement opérationnelle avant la fin de la décennie.
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