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sur 704 notes
En m'attaquant, après California Girls, au premier roman de la très jeune et talentueuse Emma Cline, je m'attendais à une version fictive et psychologique de la sanglante saga de la Manson Family, voire à une analyse psychologique du phénomène de l'emprise sectaire sur l'esprit fragile d'une jeune fille..à moins que ce ne soit sur l'esprit d'une jeune fille fragile!

Bref, après l'épopée baroque, le rock diabolique, l'opéra lynchéen de Simon Liberati, je pensais aborder le même sujet sur le mode mineur.. et je vais même risquer le mot qui fâche :je m'attendais à une version « féminine » du tragique fait divers- un peu comme on dit d'un roman un peu fade et néanmoins distingué qu'il est « féminin », si vous voyez ce que je veux dire…

Ne poussez pas des cris d'orfraie : je provoque ! LOL, comme on ne disait pas encore dans les années 60..

En fait de roman féminin, voilà un roman puissamment féministe, mais d'un féminisme complètement renouvelé –adieu Annie Leclerc et autres bacchantes déchaînées –

Il s'appelle « The Girls » et je vous renvoie, pour l'analyse du titre, à l'excellente critique de Henri-l-oiseleur.

The Girls. Les filles.

Les filles, celles de la famille Manson bien sûr, mais aussi les filles américaines conditionnées par les publicités et les magazines de l'époque, les filles qui passent à se rendre désirables , - « remarquables »- un temps fou, ….temps que les garçons occupent, efficacement , à devenir eux-mêmes.

Les filles qui sont tellement plus fortes quand elles sont ensemble, qui semblent de jeunes requins arrogants en maraude dans les supermarchés où Evie les rencontre, ces filles qui disent « nous » et « on », alors qu'Evie, la jeune narratrice, perdue dans une famille qui ne l' éduque pas, qui ne la calcule pas, qui ne la comprend pas, ne peut utiliser qu'un « je » misérable et esseulé.

Les filles qui deviennent, comme Evie Boyd, des femmes «d'un certain âge», mais qui gardent la peur au ventre quand on sonne à leur porte, quand on les regarde avec un peu trop d'insistance au bowling, quand un coureur au crâne rasé semble foncer sur elles au bord d'une plage…

Les femmes qui voudraient pouvoir dire aux très jeunes filles qu'elles rencontrent que quand les hommes, devant elles, parlent entre eux, c'est leur silence à elles qu'on entend, et que ce silence est assourdissant…

Les filles , les femmes qui ont souvent en elles une telle frustration, une telle haine parfois, que c'est un miracle qu'elles ne deviennent pas des tueuses...

Formidable livre d'Emma Cline, construit sur deux plans , sur deux temps, alternés avec subtilité : celui du récit retraçant la rencontre, l'emprise puis le rejet brutal de la très jeune et très paumée Evie par les « Filles » de Manson, et celui du recul critique, de l'évaluation, où Evie, mûrie, 30 ans plus tard, constate que les choses, pour les jeunes filles américaines, même celles qui se donnent des airs très affranchis, n'ont pas tellement changé..

Remarquablement construit, écrit avec une sorte de poésie froide, parfois très glauque, souvent étincelante et aigüe comme un poignard, en tous les cas dans une langue qui n'est jamais convenue- je salue au passage la qualité rare de la traduction- , le livre d'Emma Cline m'a sidérée par son audace, sa désacralisation radicale des sweet sixties et du flower power, et sa cinglante actualité…


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L'histoire se passe au nord de la Californie à la fin des années 60.
Evie Boyd, quatorze ans, un peu paumée s'ennuie : fille unique, mal dans sa peau, seule dans une grande maison vide désertée par sa mère, tout juste divorcée.

A part Connie, son amie d'enfance, personne ne la comprend.
Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, par un étouffant après- midi, elle observe une bande de filles à l'allure étrange, qui la fascinent.

Ces filles aux cheveux longs et tenues débraillées semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait, tragiques et.....à part....
Bientôt adoptée par le groupe, Evie fréquente leur ranch pour le moins étrange, crasseux et délabré.
Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée du groupe et se met à zoner en compagnie de ces marginaux, mal nourris et sales qui ressemblent en tout point aux membres de la secte hippie de Charles Manson, commanditaire d'une série de meurtres perpétrés en 1969 par "ses" filles.
Beaucoup plus tard, seule, isolée dans le ranch d'un ami, Evie se remémore cette période capitale de sa vie., la revit avec densité ...
Mais l'affaire Manson n'est qu'une toile de fond, un père absent, une mére démissionnaire, Evie est désenchantée, désabusée, naîve et fragile, drôle et grave , elle a une piètre opinion d'elle-même .......Russel , l'avatar romanesque du criminel reste en retrait , sans épaisseur, il s'efface devant "les girls ".
Ces filles et leurs personnalités abruptes, sensuelles restent constamment en éveil, sur le fil de la corruption et du vice, le portait le plus intéressant est celui de Suzanne dont Evie tombe peu à peu amoureuse.
Des énergies oppressantes, tendues à l'extrême envahissent le livre.
L'auteur, à l'aide d'une langue soutenue, poétique, raffinée, puissante, rythmée désigne les odeurs avec des adjectifs consacrés aux couleurs. Les cheveux ne sont pas roux mais" orange", les avant-bras ont la couleur "des toasts" , les dents sont "mouillées"et les emballages de brownies ressemblent à des "bonnets de pélerin".
Ce roman à l'intrigue serrée, d'une acuité intense revisite une épopée sanglante pour parler au mieux de l'adolescence , de son désir à tout prix d"appartenance, de sa fragilité, des mécanismes insidieux mais violents de la dépendance, de la vie communautaire et ses dérives , des addictions, des relations sexuelles et surtout "de la prise de conscience du monde qui l'entoure de l'adolescent "qui cherche partout des "modèles " .attirants quitte à ce qu'ils soient dangereux .

La Vision acérée d'une Époque, des portraits remarquables, saisissants de perspicacité psychologique !

Du grand art pour ce jeune auteur de vingt- sept ans !
À suivre !

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Glauque, poétique ,fin et sublime...

1969 :Evie Boyd, 14 printemps, vit en Californie avec sa mère, ses parents sont divorcés . Pendant que son père est occupé à refaire sa vie avec son assistante de 20 ans , sa mère "s'essaie " à refaire la sienne et ,de nouvelles amitiés en nouvelles expériences en passant par un nouvel amour, elle en oubliera sa fille.
Evie , seule du matin au soir ,tombe sur une bande de Girls dont l'aînée, Suzanne ,la fascine littéralement . Libres de toutes attaches familiales , soudées, décontractées et pleines d'assurance , elles la présenteront au leader charismatique de ce qu'il faut bien appeler une secte et Evie fuguera pour les rejoindre . Dans ce ranch crasseux , circule de la drogue , et les filles sont pour Russell , une monnaie d'échange ...relations sexuelles, prostitution, viols ...Evie fera son "apprentissage" , et sera prête à tout pour l'affection de Suzanne , quitte à la suivre au bord du précipice .
Directement inspiré par un fait divers sordide ,( l'assassinat des occupants d'une maison à Hollywood par des membres de la secte de Charles Manson , dans lequel fut assassinée ,entre autres , la femme enceinte du cinéaste Roman Polanski ) ,ce roman va bien plus loin et nous offre un scanner de la condition féminine .
L'Evie d'aujourd'hui, se souvient de ce qu'était son adolescence : une ultra solitude, et des prédateurs qui savent profiter des opportunités. Une immense liberté d'aller et venir (compte tenu de son jeune âge ), visiblement tolérée par l'époque - Mais que fait la police ? -

Emma Cline, 27 printemps, nous livre un portrait d'ado sans concession, un personnage complexe , innocent et trouble à la fois ...mais aussi le polaroïd d'une époque flower power, qui ne nous fait pas rêver ...
Un premier roman magistral, servi par une écriture originale et poétique , un putain de coup de poing ! A quand le film ?
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Le mouvement hippie, courant de contre-culture né dans les années 60 aux USA, qui s'est répandu ailleurs ensuite, réinvente une organisation sociétale avec les communautés où la liberté sexuelle, la consommation de drogue, les cheveux longs et l'habillement négligé sont la règle - une manière de rejeter les valeurs traditionnelles des générations précédentes et la société de consommation.

Si le mouvement a été bénéfique dans les domaines musical et littéraire (confer le festival de Monterey ou de Woodstock et les auteurs de la Beat Generation comme Kerouac), et a fait évoluer la société dans son ensemble, il a été aussi à l'origine de dérives comme l'affaire Manson qui a traumatisé l'Amérique et le monde par son épouvantable violence gratuite.

The girls, inspiré de ce sordide fait divers, montre à quel point, dans ce contexte libertaire, certains ont profité de la naïveté de filles très jeunes (plus que des garçons) pour abuser d'elles, réaliser des ambitions personnelles ou assouvir une vengeance. C'est une dérive sectaire avec une manipulation des plus fragiles dont le mécanisme est remarquablement décrit ici.

Une histoire relatée avec la volonté de lui donner aussi une portée plus générale, car l'auteure ne se contente pas de rapporter des faits mais conduit à une réflexion sur l'adolescence, ses fragilités, ses basculements, et plus encore sur la place des femmes dans une société patriarcale qui les néglige et les fragilise en leur fermant les portes de l'indépendance et de l'autonomie. Un premier roman pénétrant, subtil et poétique qui révèle le beau talent de la très jeune écrivaine, Emma Cline.
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Difficile de me débarrasser de cet univers glauque, mais réel, quoique romancé.

Vous souvenez-vous de Charles Manson, qui avait ordonné d'entrer chez le réalisateur Polanski à Los Angeles et de massacrer toutes les personnes s'y trouvant ? Polanski absent, c'est Sharon Tate, sa femme enceinte de 8 mois et ses amis qui ont été poignardés sauvagement par 1 homme et 3 femmes, le 9 août 1969.

Ce roman relate la venue, en juin 1969, d'une petite jeune fille de 14 ans, riche et mal-aimée, dans le ranch bouseux de « Russell » (Manson, donc), une communauté hippie où l'égo se fond dans l'amour collectif, où les enfants pleins de poux et de cicatrices purulentes sont interdits de marques d'affection personnelle, où les jeunes femmes s'avilissent sous les yeux de braise de leur chef bien-aimé.

Evie est seule, terriblement seule. Sa meilleure amie l'a délaissée, ses parents divorcés ont d'autres chats à fouetter, et les vacances commencent. Comment ne pas se sentir attirée irrésistiblement par trois filles libres et sauvages aperçues au parc et au centre commercial ? Elle les suivra donc et sera embarquée dans leur car revisité à la mode hippie pour découvrir avec effarement et joie profonde la vie au ranch. Elle n'est pas dupe, la petite Evie, mais elle adore ça !
La drogue, le sexe, la saleté, la promiscuité, la manipulation, l'amour envers Suzanne, tout ceci la détourne de la vie fade et bien-pensante de sa propre famille durant ces quelques semaines précédant le massacre.

Tout est expliqué, décortiqué, avec force détails. Et forcément, c'est très difficile de s'extirper de cette ambiance morbide et faussement ouverte à l'amour universel.
Emma Cline écrit avec jubilation, s'immisçant très facilement dans la psychologie d'une ado de 14 ans, son ennui, son désarroi, ses tentations, et l'horreur.
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J'ai un peu honte de l'avouer, mais l'assassinat de Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, par Charles Manson et des adeptes de sa secte, je ne connaissais pendant longtemps rien, ou si peu qu'on peut résumer par les vers de Nicolas Peyrac dans So far away from L.A. : « Pauvre Madame Polanski / D'un seul coup on t'a pris deux vies / Mais qui donc s'en souvient ici ? » (le dernier strophe permettant de me déculpabiliser de mon ignorance"...

Heureusement, en cette rentrée littéraire, deux romanciers, l'une américaine et l'autre français, ont décidé de rafraichir notre mémoire en revenant sur cette tragédie de l'assassinat de Sharon Tate, par des adeptes du gourou Charles Manson. The Girls, d'Emma Cline et California Girls, deux romans incontournables de cette rentrée littéraire, et deux lectures finalement complémentaires sur un même sujet.

Pour son tout premier roman, The girls, la première d'entre elles i a fait sensation aux USA.

Emma Cline choisit de partir des événements et de la personnalité des membres de la secte pour créer une histoire et des personnages fictifs, bien que leur source d'inspiration parait assez évidente.

Ainsi, Russell, grand gourou séducteur et spirituel, musicien à ses heures perdues , évoque largement Charles Manson, tandis que Suzannre, objet de désir pour la narratrice, Evie, semble totalement inspirée par la plus charismatique des filles Manson, celle présentée comme étant la plus cruelle également : Susan Atkins, dite « Sadie ».

Si les faits sont bien évidemment inspirés des fameux meurtres perpétrés par les acolytes de Charles Manson en 1969, Emma Cline donne l'impression d'utiliser ce contexte plus pour aborder des thèmes assez proche de l'univers d'une Laura Kachiske, à savoir ceux de l'adolescence et de ses tourments.

Etude particulièrement fouillée et profonde sur les troubles et la psychologie adolescente et tout ce que cela induit :l'envie de trouver sa place, la vulnérabilité, la découverte de la sensualité, le manque de confiance en soi, l'envie de plaire, l'éveil à de nouveaux désirs : The Girls est une fort brillante et vraiment magnifique analyse des troubles de l'adolescence.

La plume de Cline, d'une grande puissance évocatrice et d'une forte tension psychologique ausculte avec ce qu'il faut de subtilité et de lyrisme la frontière tellement ténue entre le bien et le mal dans un roman qui laisse de fortes traces durables dans la mémoire et qui est assurément un des plus beaux livres de cette rentrée littéraire.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Je me souviens de cette affaire criminelle glaçante qui défraya la chronique en 1969. Elle mit un terme à notre représentation idéalisée des communautés hippies chevelues et mal fagotées, considérées alors comme inoffensives et pacifiques. En effet, l'une d'entre elles sous l'emprise de son gourou mégalomane s'est acharnée à l'arme blanche sur ses victimes, dont la femme du cinéaste Roman Polanski, alors enceinte de 8 mois.

Je ne m'attendais pas à cette relecture des événements par une auteure de 27 ans, sur le mode de l'introspection d'une très jeune adepte d'une secte fictive plus vraie que nature, une variation sensible, profonde et tragique sur la quête des points de bascule de son héroïne et à travers elle, ceux des autres membres de cette communauté, comme si de cette affaire lointaine, elle cherchait à tirer une leçon pour le présent, ou sur l'être humain en général.

L'aspect politique de l'affaire Manson est gommé, place à la vérité des sentiments. Comment des jeunes femmes en manque d'amour, ont elles pu commettre des abominations d'une violence inouïe ?

Emma Cline est surprenante de précision et de nuance, dans son approche de la crise d'adolescence des filles sur fond de terribles manques affectifs, ne demandant qu'à être comblés, faisant d'elles des proies plus faciles que les garçons, pour des hommes manipulateurs, s'appuyant parfois sur le charisme personnel de l'une d'entre elle, et la consommation de drogues dures pour relayer leur emprise.

Avec cette précision dans la réflexion, on en oublie que l'Evie adulte a bizarrement perdu quelque part, la fortune et la maison de sa grand mère actrice célèbre et survit de petits boulots, rien n'est parfait dans un récit, mais c'est un détail.

Que la frontière entre celle qui est en prison et celle qui est dehors soit si mince, c'est très troublant. C'est le fait d'un mélange compliqué de libre arbitre, de conditionnement et de hasard, qui nous embarque dans les pensées complexes de ce personnage troublant et brisé, qui dès le début affirme qu'elle aurait très bien pu, elle aussi, devenir une criminelle...

Un très bon moment de lecture, c'est dense, intense et ça interpelle
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The girls, un titre au pluriel pour une fille au singulier.
Enfin presque. Dans son livre Emma Cline nous raconte une adolescente, Evie, jeune fille de 14 ans dont la vie bascule avec le divorce de ses parents.
Perdue, fâchée avec sa meilleure amie, un regard suffit pour qu'elle tombe sous le charme de Suzanne. Evie fugue, part rejoindre la jeune femme qui squatte, en compagnie d'autres âmes égarées, une communauté , sous la protection de Russell, gourou mystérieux d'une secte sans nom.
Sexe, drogue et errance sont le quotidien de cette famille décomposée.
Emma Cline nous raconte, a sa façon romancée, et par le regard et la voix de sa jeune héroïne, une histoire qui n'est pas sans rappeler le drame qui se noua à la fin des années soixante et qui vit le clan Manson massacrer l'actrice Sharon Tate (épouse de Roman Polanski) et ceux qui se trouvaient en sa compagnie.
L'auteure nous fait un récit sans pathos, sans parti pris, sans condamnation ni justification, sur le désoeuvrement, la fragilité, la naïveté, l'admiration sans mesurer les conséquences, l'obéissance, la manipulation. On vit dans les pas de l'adolescente.
C'est ce détachement qui donne sa force a son livre.
Et ne vous y trompez pas, The girls n'est pas un livre que pour les filles....
Merci à Babelio et les Editions La table ronde pour cette découverte.
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Titre qui colle parfaitement à son contexte.
Nous sommes quelque part en Californie, dans les années « peace and love ».
Evie Boyd a quatorze ans lorsqu'elle rencontre « les filles ». Vivant seule avec sa mère cocue divorcée, elle est insatisfaite de sa vie bien que ne manque pas de grand-chose excepté d'attention, peut-être. Elle s'est brouillée avec sa seule amie Connie et nous ne sommes qu'au début de l'été. Evie souffre. Jeune adolescente mal dans sa peau, en quête d'identité, en mal d'amour et d'acceptation, ferait n'importe quoi pour faire partie de quelque chose, de quelqu'un. Elle a soif d'appartenance. Soif d'appréciation.

« On. Cette fille faisait partie d'un on, et j'enviais son aisance, et le fait qu'elle savait où elle irait en quittant ce parking. Ces deux autres filles avec qui je l'avais vue dans le parc, toutes les autres personnes avec qui elle vivait. Des personnes qui remarqueraient son absence et s'exclameraient en la voyant revenir. »

Sa rencontre avec les filles (Donna, Helen, Roos, mais surtout Suzanne – la plus âgée de la bande puis celle qui deviendra immédiatement son idole, son obsession) lui permettra d'expérimenter une panoplie de choses; vol, sexe en groupe, drogues, rock'n'roll et plus encore. Quelques garçons font partie de la bande également, dont Guy (plus en arrière-plan) et Russell, bien plus âgé qu'eux tous.

L'adolescente, à un âge facilement impressionnable, entrera dans le cercle de Suzanne et la suivra comme son ombre. Tous vivent ensemble dans un ranch crasseux et décrépit, dans la pauvreté, subsistant de larcins et de riens. Leur avenir n'est pas voué à de grandes espérances. C'est l'engrenage du monde sectaire qui commence lentement. Russell est un genre de gourou pour ces filles, elles boivent ses paroles, s'imprégnant de tout ce qu'il dit; lui prêchant l'amour libre, le partage et le bien commun. Ça paraît beau, formidable, c'est de l'abus facile. Il profite de leurs faiblesses, suite à quoi leur jugement est peu à peu altéré. Tout se fait très subtilement.

« Il avait ce pouvoir. de s'adapter en fonction de l'autre, à l'instar de l'eau qui prend la forme du récipient dans lequel on la verse. »

C'est perturbant, consternant, de voir à quel point un être influençable peut se laisser entraîner facilement lorsqu'une personne qui a un certain talent pour embobiner et manipuler l'esprit s'y met. On peut voir toutes les ficelles que ces profiteurs tirent, ils savent exactement laquelle tirer et quand la tirer. C'est fort choquant d'être témoin d'abus de confiance de la sorte. On a pitié de ces filles, faibles et sans défense, au fond. Leur monde s'emprisonne comme dans une bulle, autour de Russell, du ranch et du groupe de filles alors les perceptions extérieures sont de moins en moins existantes. Elles ne se rendent vraiment compte de rien. Et plus le temps passe en compagnie de Russell, plus elles s'enfoncent dans la décadence. Aucun éclair de conscience ne semble apparaître, jamais (ou en tous cas, rarement). Au début, Evie voit bien quelques incohérences mais finit toujours par trouver une excuse à ce qui se passe...tout plutôt que de retourner dans le monde vide et fade auquel elle appartenait auparavant. La soif d'amour et d'appartenance, d'illusion est plus exutoire que n'importe quoi d'autre.

« Je revoyais Russell gifler Helen et cela refaisait surface comme un petit accroc à l'arrière-plan de certaines pensées, un souvenir de méfiance. Mais je trouvais toujours un moyen de donner un sens aux choses. »

C'est à la fois fascinant, pitoyable et dégoûtant de voir jusqu'où quelqu'un est capable d'aller pour obtenir ce qu'il veut, juste pour assouvir son besoin d'exercer son pouvoir. Quant à la personne qui est prête à n'importe quoi juste pour recevoir une once d'attention, ce n'est pas tellement plus admirable. Surtout lorsque les choses dérapent vraiment grave.

« Ce serait étrange, par la suite, de repenser avec quelle facilité je me laissais tenter. (...) Je voulais que Russell soit gentil, alors il l'était. (...) Je recyclais les paroles que j'avais entendues dans la bouche de Russell, je les façonnais sous forme d'explication. Parfois, il devait nous punir afin de nous exprimer son amour. Il n'avait pas voulu faire ça, mais il était obligé pour nous inciter à aller de l'avant, dans l'intérêt du groupe. Ça lui avait fait mal à lui aussi. »

« The Girls », c'est un roman où l'on perçoit toutes ces ficelles cachées derrière le rideau. Pour nous, lecteurs, la chose est évidente. le processus est clair. Pour l'actrice dans le livre, elle ne voit rien aller. L'autrice a très bien su manipuler ses personnages, peu importe de quel côté du gouffre ils se trouvent.

Un roman sans faille que j'ai adoré pour sa crédibilité. On sent que cette situation peut, pourrait et a pu exister, sans aucun doute. On entre dans l'histoire et nous avons l'impression de connaître les personnages à fond, de comprendre leurs états d'âmes. Ceci dit, je les ai détestés. Tous, sans exception. Je n'ai ni partagé leur façon de voir la vie, ni approuvé leurs choix, mais cela reste une lecture que je ne regrette pas du tout ! Elle vaut la peine d'être lue parce qu'elle remue et choque. Un sans-faute à recommander ! Bravo à Emma Cline !

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Enterrement définitif des magiques mais illusoires années hippies, qui plus est par une auteure de vingt plus jeune que moi qui ne les ai pas vécues mais beaucoup fantasmées.
Transcription extraordinairement juste de l'adolescence et de ses tourments, ses miasmes, son ennui et ses errances.
Portrait saisissant d'une époque, les sixties américaines, trop riche, trop corsetée, marquée par des mouvements de libération qui portaient en eux les germes d'un individualisme qui s'avérera délétère.
J'ai adoré ce texte, son ton, sa construction, sa perspective sixties / présent, la désillusion qui le traverse.
Décidément, la génération montante a compris beaucoup de choses, a beaucoup à dire, et le dit bien.
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