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EAN : 9782710376569
336 pages
La Table ronde (25/08/2016)
  Existe en édition audio
3.75/5   704 notes
Résumé :
Evie Boyd, adolescente rêveuse et solitaire, vit au nord de la Californie à la fin des années 1960. Au début de l'été, elle aperçoit dans un parc un groupe de filles. Interpellée par leur liberté, elle se laisse rapidement hypnotiser par Suzanne et entraîner dans le cercle d'une secte. Elle ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche à grands pas d'une violence impensable. Premier roman.
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Critiques, Analyses et Avis (192) Voir plus Ajouter une critique
3,75

sur 704 notes
En m'attaquant, après California Girls, au premier roman de la très jeune et talentueuse Emma Cline, je m'attendais à une version fictive et psychologique de la sanglante saga de la Manson Family, voire à une analyse psychologique du phénomène de l'emprise sectaire sur l'esprit fragile d'une jeune fille..à moins que ce ne soit sur l'esprit d'une jeune fille fragile!

Bref, après l'épopée baroque, le rock diabolique, l'opéra lynchéen de Simon Liberati, je pensais aborder le même sujet sur le mode mineur.. et je vais même risquer le mot qui fâche :je m'attendais à une version « féminine » du tragique fait divers- un peu comme on dit d'un roman un peu fade et néanmoins distingué qu'il est « féminin », si vous voyez ce que je veux dire…

Ne poussez pas des cris d'orfraie : je provoque ! LOL, comme on ne disait pas encore dans les années 60..

En fait de roman féminin, voilà un roman puissamment féministe, mais d'un féminisme complètement renouvelé –adieu Annie Leclerc et autres bacchantes déchaînées –

Il s'appelle « The Girls » et je vous renvoie, pour l'analyse du titre, à l'excellente critique de Henri-l-oiseleur.

The Girls. Les filles.

Les filles, celles de la famille Manson bien sûr, mais aussi les filles américaines conditionnées par les publicités et les magazines de l'époque, les filles qui passent à se rendre désirables , - « remarquables »- un temps fou, ….temps que les garçons occupent, efficacement , à devenir eux-mêmes.

Les filles qui sont tellement plus fortes quand elles sont ensemble, qui semblent de jeunes requins arrogants en maraude dans les supermarchés où Evie les rencontre, ces filles qui disent « nous » et « on », alors qu'Evie, la jeune narratrice, perdue dans une famille qui ne l' éduque pas, qui ne la calcule pas, qui ne la comprend pas, ne peut utiliser qu'un « je » misérable et esseulé.

Les filles qui deviennent, comme Evie Boyd, des femmes «d'un certain âge», mais qui gardent la peur au ventre quand on sonne à leur porte, quand on les regarde avec un peu trop d'insistance au bowling, quand un coureur au crâne rasé semble foncer sur elles au bord d'une plage…

Les femmes qui voudraient pouvoir dire aux très jeunes filles qu'elles rencontrent que quand les hommes, devant elles, parlent entre eux, c'est leur silence à elles qu'on entend, et que ce silence est assourdissant…

Les filles , les femmes qui ont souvent en elles une telle frustration, une telle haine parfois, que c'est un miracle qu'elles ne deviennent pas des tueuses...

Formidable livre d'Emma Cline, construit sur deux plans , sur deux temps, alternés avec subtilité : celui du récit retraçant la rencontre, l'emprise puis le rejet brutal de la très jeune et très paumée Evie par les « Filles » de Manson, et celui du recul critique, de l'évaluation, où Evie, mûrie, 30 ans plus tard, constate que les choses, pour les jeunes filles américaines, même celles qui se donnent des airs très affranchis, n'ont pas tellement changé..

Remarquablement construit, écrit avec une sorte de poésie froide, parfois très glauque, souvent étincelante et aigüe comme un poignard, en tous les cas dans une langue qui n'est jamais convenue- je salue au passage la qualité rare de la traduction- , le livre d'Emma Cline m'a sidérée par son audace, sa désacralisation radicale des sweet sixties et du flower power, et sa cinglante actualité…


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L'histoire se passe au nord de la Californie à la fin des années 60.
Evie Boyd, quatorze ans, un peu paumée s'ennuie : fille unique, mal dans sa peau, seule dans une grande maison vide désertée par sa mère, tout juste divorcée.

A part Connie, son amie d'enfance, personne ne la comprend.
Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, par un étouffant après- midi, elle observe une bande de filles à l'allure étrange, qui la fascinent.

Ces filles aux cheveux longs et tenues débraillées semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait, tragiques et.....à part....
Bientôt adoptée par le groupe, Evie fréquente leur ranch pour le moins étrange, crasseux et délabré.
Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée du groupe et se met à zoner en compagnie de ces marginaux, mal nourris et sales qui ressemblent en tout point aux membres de la secte hippie de Charles Manson, commanditaire d'une série de meurtres perpétrés en 1969 par "ses" filles.
Beaucoup plus tard, seule, isolée dans le ranch d'un ami, Evie se remémore cette période capitale de sa vie., la revit avec densité ...
Mais l'affaire Manson n'est qu'une toile de fond, un père absent, une mére démissionnaire, Evie est désenchantée, désabusée, naîve et fragile, drôle et grave , elle a une piètre opinion d'elle-même .......Russel , l'avatar romanesque du criminel reste en retrait , sans épaisseur, il s'efface devant "les girls ".
Ces filles et leurs personnalités abruptes, sensuelles restent constamment en éveil, sur le fil de la corruption et du vice, le portait le plus intéressant est celui de Suzanne dont Evie tombe peu à peu amoureuse.
Des énergies oppressantes, tendues à l'extrême envahissent le livre.
L'auteur, à l'aide d'une langue soutenue, poétique, raffinée, puissante, rythmée désigne les odeurs avec des adjectifs consacrés aux couleurs. Les cheveux ne sont pas roux mais" orange", les avant-bras ont la couleur "des toasts" , les dents sont "mouillées"et les emballages de brownies ressemblent à des "bonnets de pélerin".
Ce roman à l'intrigue serrée, d'une acuité intense revisite une épopée sanglante pour parler au mieux de l'adolescence , de son désir à tout prix d"appartenance, de sa fragilité, des mécanismes insidieux mais violents de la dépendance, de la vie communautaire et ses dérives , des addictions, des relations sexuelles et surtout "de la prise de conscience du monde qui l'entoure de l'adolescent "qui cherche partout des "modèles " .attirants quitte à ce qu'ils soient dangereux .

La Vision acérée d'une Époque, des portraits remarquables, saisissants de perspicacité psychologique !

Du grand art pour ce jeune auteur de vingt- sept ans !
À suivre !

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Glauque, poétique ,fin et sublime...

1969 :Evie Boyd, 14 printemps, vit en Californie avec sa mère, ses parents sont divorcés . Pendant que son père est occupé à refaire sa vie avec son assistante de 20 ans , sa mère "s'essaie " à refaire la sienne et ,de nouvelles amitiés en nouvelles expériences en passant par un nouvel amour, elle en oubliera sa fille.
Evie , seule du matin au soir ,tombe sur une bande de Girls dont l'aînée, Suzanne ,la fascine littéralement . Libres de toutes attaches familiales , soudées, décontractées et pleines d'assurance , elles la présenteront au leader charismatique de ce qu'il faut bien appeler une secte et Evie fuguera pour les rejoindre . Dans ce ranch crasseux , circule de la drogue , et les filles sont pour Russell , une monnaie d'échange ...relations sexuelles, prostitution, viols ...Evie fera son "apprentissage" , et sera prête à tout pour l'affection de Suzanne , quitte à la suivre au bord du précipice .
Directement inspiré par un fait divers sordide ,( l'assassinat des occupants d'une maison à Hollywood par des membres de la secte de Charles Manson , dans lequel fut assassinée ,entre autres , la femme enceinte du cinéaste Roman Polanski ) ,ce roman va bien plus loin et nous offre un scanner de la condition féminine .
L'Evie d'aujourd'hui, se souvient de ce qu'était son adolescence : une ultra solitude, et des prédateurs qui savent profiter des opportunités. Une immense liberté d'aller et venir (compte tenu de son jeune âge ), visiblement tolérée par l'époque - Mais que fait la police ? -

Emma Cline, 27 printemps, nous livre un portrait d'ado sans concession, un personnage complexe , innocent et trouble à la fois ...mais aussi le polaroïd d'une époque flower power, qui ne nous fait pas rêver ...
Un premier roman magistral, servi par une écriture originale et poétique , un putain de coup de poing ! A quand le film ?
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Le mouvement hippie, courant de contre-culture né dans les années 60 aux USA, qui s'est répandu ailleurs ensuite, réinvente une organisation sociétale avec les communautés où la liberté sexuelle, la consommation de drogue, les cheveux longs et l'habillement négligé sont la règle - une manière de rejeter les valeurs traditionnelles des générations précédentes et la société de consommation.

Si le mouvement a été bénéfique dans les domaines musical et littéraire (confer le festival de Monterey ou de Woodstock et les auteurs de la Beat Generation comme Kerouac), et a fait évoluer la société dans son ensemble, il a été aussi à l'origine de dérives comme l'affaire Manson qui a traumatisé l'Amérique et le monde par son épouvantable violence gratuite.

The girls, inspiré de ce sordide fait divers, montre à quel point, dans ce contexte libertaire, certains ont profité de la naïveté de filles très jeunes (plus que des garçons) pour abuser d'elles, réaliser des ambitions personnelles ou assouvir une vengeance. C'est une dérive sectaire avec une manipulation des plus fragiles dont le mécanisme est remarquablement décrit ici.

Une histoire relatée avec la volonté de lui donner aussi une portée plus générale, car l'auteure ne se contente pas de rapporter des faits mais conduit à une réflexion sur l'adolescence, ses fragilités, ses basculements, et plus encore sur la place des femmes dans une société patriarcale qui les néglige et les fragilise en leur fermant les portes de l'indépendance et de l'autonomie. Un premier roman pénétrant, subtil et poétique qui révèle le beau talent de la très jeune écrivaine, Emma Cline.
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Titre qui colle parfaitement à son contexte.
Nous sommes quelque part en Californie, dans les années « peace and love ».
Evie Boyd a quatorze ans lorsqu'elle rencontre « les filles ». Vivant seule avec sa mère cocue divorcée, elle est insatisfaite de sa vie bien que ne manque pas de grand-chose excepté d'attention, peut-être. Elle s'est brouillée avec sa seule amie Connie et nous ne sommes qu'au début de l'été. Evie souffre. Jeune adolescente mal dans sa peau, en quête d'identité, en mal d'amour et d'acceptation, ferait n'importe quoi pour faire partie de quelque chose, de quelqu'un. Elle a soif d'appartenance. Soif d'appréciation.

« On. Cette fille faisait partie d'un on, et j'enviais son aisance, et le fait qu'elle savait où elle irait en quittant ce parking. Ces deux autres filles avec qui je l'avais vue dans le parc, toutes les autres personnes avec qui elle vivait. Des personnes qui remarqueraient son absence et s'exclameraient en la voyant revenir. »

Sa rencontre avec les filles (Donna, Helen, Roos, mais surtout Suzanne – la plus âgée de la bande puis celle qui deviendra immédiatement son idole, son obsession) lui permettra d'expérimenter une panoplie de choses; vol, sexe en groupe, drogues, rock'n'roll et plus encore. Quelques garçons font partie de la bande également, dont Guy (plus en arrière-plan) et Russell, bien plus âgé qu'eux tous.

L'adolescente, à un âge facilement impressionnable, entrera dans le cercle de Suzanne et la suivra comme son ombre. Tous vivent ensemble dans un ranch crasseux et décrépit, dans la pauvreté, subsistant de larcins et de riens. Leur avenir n'est pas voué à de grandes espérances. C'est l'engrenage du monde sectaire qui commence lentement. Russell est un genre de gourou pour ces filles, elles boivent ses paroles, s'imprégnant de tout ce qu'il dit; lui prêchant l'amour libre, le partage et le bien commun. Ça paraît beau, formidable, c'est de l'abus facile. Il profite de leurs faiblesses, suite à quoi leur jugement est peu à peu altéré. Tout se fait très subtilement.

« Il avait ce pouvoir. de s'adapter en fonction de l'autre, à l'instar de l'eau qui prend la forme du récipient dans lequel on la verse. »

C'est perturbant, consternant, de voir à quel point un être influençable peut se laisser entraîner facilement lorsqu'une personne qui a un certain talent pour embobiner et manipuler l'esprit s'y met. On peut voir toutes les ficelles que ces profiteurs tirent, ils savent exactement laquelle tirer et quand la tirer. C'est fort choquant d'être témoin d'abus de confiance de la sorte. On a pitié de ces filles, faibles et sans défense, au fond. Leur monde s'emprisonne comme dans une bulle, autour de Russell, du ranch et du groupe de filles alors les perceptions extérieures sont de moins en moins existantes. Elles ne se rendent vraiment compte de rien. Et plus le temps passe en compagnie de Russell, plus elles s'enfoncent dans la décadence. Aucun éclair de conscience ne semble apparaître, jamais (ou en tous cas, rarement). Au début, Evie voit bien quelques incohérences mais finit toujours par trouver une excuse à ce qui se passe...tout plutôt que de retourner dans le monde vide et fade auquel elle appartenait auparavant. La soif d'amour et d'appartenance, d'illusion est plus exutoire que n'importe quoi d'autre.

« Je revoyais Russell gifler Helen et cela refaisait surface comme un petit accroc à l'arrière-plan de certaines pensées, un souvenir de méfiance. Mais je trouvais toujours un moyen de donner un sens aux choses. »

C'est à la fois fascinant, pitoyable et dégoûtant de voir jusqu'où quelqu'un est capable d'aller pour obtenir ce qu'il veut, juste pour assouvir son besoin d'exercer son pouvoir. Quant à la personne qui est prête à n'importe quoi juste pour recevoir une once d'attention, ce n'est pas tellement plus admirable. Surtout lorsque les choses dérapent vraiment grave.

« Ce serait étrange, par la suite, de repenser avec quelle facilité je me laissais tenter. (...) Je voulais que Russell soit gentil, alors il l'était. (...) Je recyclais les paroles que j'avais entendues dans la bouche de Russell, je les façonnais sous forme d'explication. Parfois, il devait nous punir afin de nous exprimer son amour. Il n'avait pas voulu faire ça, mais il était obligé pour nous inciter à aller de l'avant, dans l'intérêt du groupe. Ça lui avait fait mal à lui aussi. »

« The Girls », c'est un roman où l'on perçoit toutes ces ficelles cachées derrière le rideau. Pour nous, lecteurs, la chose est évidente. le processus est clair. Pour l'actrice dans le livre, elle ne voit rien aller. L'autrice a très bien su manipuler ses personnages, peu importe de quel côté du gouffre ils se trouvent.

Un roman sans faille que j'ai adoré pour sa crédibilité. On sent que cette situation peut, pourrait et a pu exister, sans aucun doute. On entre dans l'histoire et nous avons l'impression de connaître les personnages à fond, de comprendre leurs états d'âmes. Ceci dit, je les ai détestés. Tous, sans exception. Je n'ai ni partagé leur façon de voir la vie, ni approuvé leurs choix, mais cela reste une lecture que je ne regrette pas du tout ! Elle vaut la peine d'être lue parce qu'elle remue et choque. Un sans-faute à recommander ! Bravo à Emma Cline !

CHALLENGE PLUMES FÉMININES
CHALLENGE USA
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critiques presse (10)
Elle
05 août 2021
Emma Cline décortique ici avec habileté, le mécanisme insidieux et addictif d’un groupe de jeunes gens sur une personne.
Lire la critique sur le site : Elle
LaPresse
14 juin 2021
Se glisser dans la peau d'un prédateur sexuel, écrire au « je » en pensant à Harvey Weinstein, c'est une idée qui aurait pu mal tourner. Mais sous la plume d'Emma Cline, qui nous avait donné l'excellent The Girls, inspiré de la secte de Charles Manson, l'exercice est réussi.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaLibreBelgique
28 août 2017
On ne peut lire "The Girls", impressionnante plongée au cœur du piège qui se referme sur une proie facile, sans penser à la fascination qu’exercent aujourd’hui d’autres gourous, qui portent désormais d’autres noms.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Actualitte
02 juillet 2017
Imaginez le regard qu’aurait porté la cinéaste Sofia Coppola sur ces girls de la « famille » de Charles Manson.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LesEchos
08 novembre 2016
La valeur n'attend pas le nombre des années : « The Girls », premier roman d'Emma Cline, vingt-sept ans, le démontre une nouvelle fois.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LaPresse
14 octobre 2016
L'effet est oppressant, puissant. Prenant. Dérangeant.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Actualitte
11 octobre 2016
Totalement déconcerté, presque sous emprise, saisi immédiatement par le magnétisme de l'écriture, une précision et un sens de l'observation intimidants, une finesse psychologique impressionnante.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeJournaldeQuebec
12 septembre 2016
Magnifiquement bien écrit, le premier roman de l’Américaine Emma Cline, 27 ans, revient sur une époque trouble qui ne fleurait pas toujours le patchouli.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Culturebox
07 septembre 2016
"Girls", un premier roman maîtrisé de bout en bout, sait tout à tour être grave, drôle et sensible pour décrire une Amérique qui s'ennuie et dont le réveil sera tragique.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeFigaro
01 septembre 2016
Révélation du salon de Londres en mai dernier, le premier roman d'une inconnue de vingt-sept ans est une éblouissante chronique du Summer of love.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (127) Voir plus Ajouter une citation
Ma mère disait que je ressemblais à ma grand-mère, mais cela me paraissait louche, un mensonge qui prenait ses désirs pour la réalité, destiné à donner un faux espoir. Je connaissais l’histoire de ma grand-mère, je la répétais machinalement comme une prière. Harriet, la fille du cultivateur de dattes, arrachée à l’anonymat confit d’Indio et conduite à Los Angeles. Sa mâchoire fuyante et ses yeux humides. Des petites dents, droites et légèrement pointues, comme un chat étrange et beau. Gâtée par le système des studios, se nourrissant de lait battu avec des œufs, ou de foie grillé et de cinq carottes, repas que j’avais vu ma grand-mère manger chaque soir de mon enfance. La famille terrée dans le vaste ranch de Petaluma après qu’elle avait pris sa retraite, cultivant des roses de concours à partir de boutures Luther Burbank et élevant des chevaux.
À la mort de ma grand-mère, nous étions comme un pays indépendant dans ces collines, vivant de son argent, même si je me rendais en ville à vélo. La distance était surtout psychologique. Adulte, je n’en reviendrais pas de notre isolement.
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C' était là notre erreur , je pense . Une de nos nombreuses erreurs. Croire que les garçons suivaient une logique que nous pourrions comprendre un jour. Croire que leurs actions avaient un sens au-delà de la pulsion inconsidérée. Nous étions des théoriciennes du complot, nous voyons des présages et des intentions dans chaque détail, en espérant ardemment être assez importants pour faire l'objet de préparations et de spéculations. Mais ce n'était que des gamins. Idiots, jeunes et directs : ils ne dissimulaient rien.
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Les mères cherchaient leurs enfants du regard, mues par un sentiment qu'elles ne pouvaient pas nommer. Les femmes prenaient la main de leurs amoureux. Les rayons de soleil transperçaient , comme toujours, les arbres - les saules endormis, le vent chaud qui soufflait sur les couvertures de pique-nique - , mais l'ambiance ordinaire était perturbée par le chemin que traçaient les filles dans le monde normal. Aussi racées et inconscientes que les requins qui fendent les flots.
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(...), et les années vous entraînaient dans un couloir jusqu'à la pièce où attendait votre personnalité inévitable, embryonnaire, prête à être dévoilée. Quelle tristesse de découvrir que parfois vous n'atteigniez jamais cet endroit. que parfois vous passiez votre vie entière à déraper à la surface , tandis que les années s'écoulaient, misérables.
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" Connard", murmura t'elle, mais elle n'était pas vraiment en colère. Cela faisait partie du rôle d'une fille, vous deviez accepter les réactions que vous provoquiez. Si vous mettiez en colère, vous étiez une folle, et si vous ne réagissiez pas , vous étiez une salope. La seule chose que vous pouviez faire , c'était sourire dans le coin où ils vous avaient acculée.
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