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Citations sur Dans l'ombre du brasier (83)

– La société n'est pas une jungle où le plus fort devrait régner sur le plus faible et se nourrir de lui.
– C'est pourtant ce qui se passe, non ? C'est comme ça que ça marche, il me semble, pas vrai ?
– C'est vrai, mais il n'est nulle part écrit que cela doive durer toujours. C'est bien contre ce monde-là que le peuple s'est révolté et pour bâtir autre chose que la Commune s'organise et se bat, vous ne croyez pas ? La dignité, l'égalité, la liberté sont encore à conquérir.

Page 137, Rivages/Noir, 2019.
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– Vous savez, a dit Roques, Paris est perdu. Thiers nous envoie peut-être soixante mille hommes et nous ne sommes, en face, que dix mille, au plus. Mal organisés, mal commandés. Des barricades ont poussé partout, construites sans aucun plan d'ensemble : la plupart seront contournées. Encore heureux si certaines ne se font pas face. Et pourtant, derrière chacune d'elles, il y a des hommes, des femmes, aussi, ils ne sont parfois qu'une poignée, persuadés qu'ils pourront tenir et qu'ils repousseront l'ennemi. Ils pourraient tous rentrer chez eux et écouter, leurs volets clos, défiler les troupes de Versailles. Ils auraient probablement la vie sauve. Ils verraient grandir leurs enfants, ils vieilliraient tranquilles, chacun chez soi, le soir devant son assiette de soupe. Et pourtant, ils restent là. Ils attendent l'assaut. Je ne sais pas s'ils sont courageux ou fous. Je ne sais pas bien, aujourd'hui, la différence entre ces deux mots, dans les circonstances présentes. La seule chose que je sais, c'est qu'ils font ce qu'ils ont à faire. Ce qu'ils croient non pas raisonnable, mais juste. Ils savent l'issue. Ils connaissent la fin. Mais ils ont l'espoir. De vaincre. D'en sortir vivants. Persuadés, sinon, de ne pas mourir pour rien. Voilà ce qui nous mène, nous autres. Ça n'est certainement pas raisonnable.

Pages 344-345, Rivages/Noir, 2019.
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Nicolas et le Rouge le regardent partir vers la barricade de l' avenue de l'Empereur, traînant des pieds, son fusil à l'épaule.
? Qu'est-ce qu'on attend ? demande le Rouge
? J'en sais rien. C'est une drôle de question, non ? En principe on sait ce qu'on attend, tu crois pas ? Ou alors, on espère quelque chose et c'est vague.
? Du pain pour les mioches et des écoles pour qu'ils soient moins couillons que nous ?
? Par exemple.
? Mais ça suffit pas de l'attendre. C'est pas comme un train. Si tu vas pas le chercher, ça n'arrive pas tout seul. La Commune c'est ça, je crois. On est allés la chercher sans attendre encore des siècles que ça nous tombe tout rôti dans la gueule.

Pages 151-152, Rivages/Noir, 2019.
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Il sait que l'insurrection sera vaincue, que cette parenthèse inespérée sera bientôt refermée. Il n'empêche. Cette ville a un génie unique pour la révolte et la révolution. On l'a affamée, bombardée, humiliée, et quand les importants la croyaient morte elle s'est redressée, rebelle, généreuse, défiant le vieux monde et appelant, par-delà les remparts assiégés, au salut commun et à la république universelle. Roques laisse tourner dans son esprit les grands mots qui disent les grandes idées et ce manège lui fait du bien, rapide, rafraîchissant. Pas question de quitter cette cité de tous les lendemains, surtout en ce moment. Ce serait faire comme ces salauds qui abandonnent leurs femmes quand elles sont grosses ou sur le point d'accoucher. Il ne sait pas ce que la Commune engendrera, il ne sait pas quels petits, une fois terrassée, elle laissera à l'Histoire. Mais il faut être là. Avec Paris. Peut-être parce qu'un tel prodige ne peut s'accomplir qu'ici : montrer au monde travailleur des humbles et des opprimés la voie à suivre. Laisser derrière soi, peut-être, des enfants rouges qui feront fructifier l'héritage.

Pages 192-193, Rivages/Noir, 2019.
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– Tout ce foutoir de la Commune ça va tourner au grand équarrissage, au grabuge géant, vous allez voir, quand les bourgeois vont revenir avec leur armée de fusilleurs. Je savais bien que ça finirait mal, cette affaire. Y a des riches et y a des pauvres, ce sera toujours comme ça, et les riches ils seront toujours plus forts que les pauvres parce qu'eux ils savent se serrer les coudes pour défendre leur bout de gras alors que le populo est bien trop con pour faire pareil. On finira par lui faire manger sa merde et y en aura pas pour tout le monde, et les gens se battront pour en avoir un peu.

Page 141, Rivages/Noir, 2019.
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Je mourrai seule. Sans toi. Personne ne le saura et je disparaîtrai sans laisser aucune trace qu'un squelette qu'on découvrira dans quelques mois et qu'on jettera dans une fosse commune et toi tu me chercheras peut-être quelque temps puis tu t'habitueras à mon absence mais j'espère que tu te souviendras de moi par moments parce que je ne sais pas, sinon, si quelqu'un gardera un souvenir de mon existence. Ils m'en ont tellement voulu au village quand je suis partie pour venir trouver du travail à Paris, mes sœurs, mon frère, qui ne comprenaient pas que je laisse nos morts derrière moi, nos parents tués à a tâche, couverts de dette, les deux petits emportés par les fièvres, la bicoque où nous avons grandi les uns sur les autres, heureux finalement parce qu’on s’aimait, on s'aimait, je ne connais pas d'autre mot pour dire ça, même dans les mauvais jours, quand la soupe était claire et qu'autour de la table on ne souriait pas, n'osant parler ni même lever le nez de notre assiette, même dans ces moments-là il y avait quelque chose qui nous tenait ensemble et rendait peut-être les paroles inutiles parce que parfois parler ne sert à rien surtout quand on ne trouve pas les mots, c'était comme une grande main qui nous tenait tous dans son creux, dans sa chaleur.

Pages 293-294, Rivages/Noir, 2019.
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Nicolas pose une main sur son épaule. Le gamin garde l'œil rivé à son cran de mire. Cette fois-ci, l'ultime bataille est engagée. Lutte à mort. Frontale. Les types en face ne feront pas de détail. C'est eux ou moi, pense-t-il. Il sait que les camarades et lui se battent désormais dos au mur. Il sait que la Commune est moribonde et qu'à la lutte en armes pour un monde nouveau a succédé une guerre où chacun devra sauver sa peau. On pourra toujours agiter des drapeaux rouges, on pourra toujours défier la soldatesque versaillaise en gueulant Vive la Commune, il s'agira de survivre au carnage car c'en sera bien un. Ne serait-ce que pour avoir une chance de retenter le coup dans quelques années, quand la terreur aura passé, remplacée par la colère et la révolte, quand refleurira un peu d'espérance au milieu des ruines.

Pages 248-249, Rivages/Noir, 2019.
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Roques a ralenti le pas pour mieux observer cet état de guerre tranquille. Cette sorte de jeu de société, c'est le cas de le dire, dont le peuple de Paris, la Commune et le Comité central de la Garde nationale disputent les manches sans jamais en gagner aucune, sûrs pourtant de ne pouvoir perdre la partie. Chacun sait que les nouvelles ne sont pas bonnes, que les Versaillais se pressent aux portes au sud et à l'ouest de Paris. Chacun sait que la fin ne tardera plus à commencer. Et chacun semble s'en remettre au hasard, à la chance et au courage pour que le rêve éveillé que fait le peuple depuis deux mois ne tourne pas au cauchemar. Le vieux monde qu'on croyait aboli, son ordre culbuté, ses bourgeois enfuis, s'apprête à revenir dans le fracas du feu et de l'acier, et ce sera impitoyable. Il n'est qu'à lire les journaux de Versailles : leurs appels au meurtre, à l'expiation par le sang et la mort des péchés de ce peuple barbare.

Page 187, Rivages/Noir, 2019.
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Nicolas fouille les poches du mort, trouve du tabac et des morceaux de biscuit et contre son cœur, plié dans de la toile cirée, un portefeuille de cuir où sont rangées les photos d'une femme et d'un petit garçon endimanchés, une lettre qu'il n'ose pas ôter de son enveloppe, une coupure de journal, un bout de chaînette en or. Il tient un moment dans sa main ouverte ces bribes de vie dont il ne sait que faire et pose les yeux sur le visage de l'homme noirci de fumée, les joues piquées de quelques poils de barbe blancs et il aimerait savoir pourquoi il est venu mourir ici, loin des siens, et il s'aperçoit qu'il ne sait rien, au fond, de ce qui pousse encore ces femmes et ces hommes à se battre et à tenir encore la ligne quand tout commence à s'effondrer, quand ils n'espèrent plus qu' avoir la vie sauve. Faut-il donc que le rêve que font ensemble les prolétaires d'Europe soit à ce point puissant qu'il transporte des cœurs vaillants par-delà fleuves et monts, abandonnant ceux qui leur sont chers ? Ce songe est-il assez fou qu'on soit prêt à mourir pour que d' autres le réalisent un jour ?

Page 117, Rivages/Noir, 2019.
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– Quand on ne croit à rien, il est facile de se gausser.
– Je ne me gausse pas. Je respecte les gens comme vous, ou comme ces milliers d'autres qui ont pensé qu'un monde nouveau s'ouvrait enfin devant eux et qui meurent et vont mourir sur les barricades sans aucun espoir de vaincre. Je ne me gausse pas, non... Je me contente de dire ce qui est. Mais il est vrai que je n'arrive pas à croire qu'on pourra un jour changer le cours des choses. Vaincre l'injustice, supprimer la misère, établir l'égalité entre tous... Il faudrait changer les hommes d'abord pour qu'ils renoncent à dominer, à profiter des autres, à faire souffrir. . . Et cela, je ne crois pas que ce soit possible.
– Mais c'est la société, qui les pousse à tout cela. Quand on oblige les hommes à survivre en s'épuisant au travail, on ne peut attendre d'eux qu'ils s'élèvent tout seuls au-dessus de la condition qui leur est faite. A trop courber l'échine, le nez dans la mangeoire, on prend des habitudes, et l'on devient bossu. Ou bien on se met debout. C'est le 14 juillet, c'est juin 48, c'est le 18 mars... C'est imprévu. Pourquoi ces jours-là et non plus tôt, ou plus tard ? La Commune, c'est une idée. C'est par cette idée qu'on peut, justement, s'élever. Rêver plus haut... Et se battre jusqu'à la mort pour ça.

Page 393, Rivages/Noir, 2019.
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