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ISBN : 2743645849
Éditeur : Payot et Rivages (02/01/2019)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 78 notes)
Résumé :
La "semaine sanglante" de la Commune de Paris voit culminer la sauvagerie des affrontements entre Communards et Versaillais. Au milieu des obus et du chaos, alors que tout l'Ouest parisien est un champ de ruines, un photographe fasciné par la souffrance des jeunes femmes prend des photos "suggestives" afin de les vendre à une clientèle particulière. La fille d"un couple disparaît un jour de marché. Une course contre la montre s'engage pour la retrouver.

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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  09 mars 2019
Dans un Paris insurgé, Hervé le Corre nous glisse dans l'ombre du brasier
En 1871, la Commune fait feu de tous les espoirs pour les laissés-pour-compte de Paris. du jeudi 18 au dimanche 28 mai, c'est une galerie de personnages enflammés d'une révolte exaltée que nous suivrons dans ce roman passionnant, relatant avec une acuité romanesque rare les dernières braises de ces journées d'espérance.
De nombreuses expériences politiques à l'appui : socialistes, communistes, ou anarchistes, Paris s'enflamme à la lueur de nouvelles espérances. La Commune de Paris est instituée le 18 mars 1871. L'organisation municipale est centralisée autour du Comité de Salut public. La Garde nationale en sera le bras armé.
Dans ce Paris insurgé, les espoirs les plus fous peuvent se libérer, mais les instincts les plus vils, aussi, se déchaîner...
Un roman noir qui a la couleur du sang...
À découvrir dans ma chronique sur Fnac.com/Le conseil des libraires :

Lien : https://www.fnac.com/Dans-un..
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Kirzy
  13 mars 2019
La Commune de Paris comme tu ne l'as jamais lue, même si tu t'aies déjà bien immergé grâce au Cri du peuple de Tardi. Comme tu ne l'as jamais ressentie.
Hervé le Corre a eu l'excellente idée de resserrer son action sur les derniers jours de cette insurrection populaire née le 18 mars 1871 dans le lourd contexte qui suit le siège de Paris par les Prussiens. le brasier du titre, c'est en fait la Semaine sanglante, ce moment terrible où le gouvernement républicain de Thiers lance une puissante répression qui va balayer le mouvement social. On n'est plus dans l'euphorie d'une utopie réaliste qui verrait s'accomplir justice sociale et équité pour un monde meilleur, on n'est plus dans l'espérance mais dans la désillusion. Non, les Communards savent que c'est la fin.
Un terrain de choix pour insuffler du romanesque à tout va. le lecteur est complètement immergé dans la poussière des immeubles qui s'effondrent sous les obus des Versaillais, dans le fracas des combats, dans les odeurs des cadavres. Il est dans les pores de l'Histoire. La narration chemine sur le même plan que les personnages, un peu comme Fabrice del Longo à Waterloo ( la Chartreuse de Parme, Stendhal ) ou Tannhauser lors de la Saint Barthélemy ( Les 12 Enfants de Paris, Tim Willocks ). L'auteur fait montre d'une remarquable aisance à ressusciter la sueur et la rage de ce chaos côté Communards ; sa plume est superbe, ample et lyrique comme il fallait qu'elle soit avec un sujet si puissant.
Les héros sont formidablement attachants, tous à se dépasser face à un Destin plus grand qu'eux, comme le trio le Rouge, Adrien et Nicolas, soldats de la Commune prêts à tout pour défendre leur idéal ; même si la mort est au bout, ils l'affrontent avec de la grandeur dans la fatalité. le combat aura été mené, la dignité retrouvée au moins pendant quelques semaines face au mépris des Versaillais.
Mais en fait, le vrai héros de ce roman, c'est le peuple de Paris qui gravitent autour des personnages principaux et les aident, ces anonymes qui prennent les traits d'un patron de caboulot, d'un gardien de cimetière, d'une vieille femme, d'une infirmière d'un de ces hôpitaux de fortune. Ou plutôt, c'est Paris, cette « ville a un génie unique pour la révolte et la révolution, on l'a affamé, bombardé, humilié et quand les importants la croyait morte, elle s'est redressée, rebelle, généreuse, défiant le vieux monde et appelant, par delà les remparts assiégés, au salut commun et à la République universelle ».
Du coup, dans cette geste tragique, la trame polar est quelque peu délaissée, ce que j'ai regretté quelque peu. Il y a bien une enquête menée pour retrouver des jeunes filles enlevées , mais c'est plus un soutien à la dramaturgie orchestrée autour de la Commune, une façon de nourrir la colère, comme si le chaos de la guerre civile faisait sauter tous les verrous sociaux, laissant échapper les remontées toxiques enfouies en tant normal. On aurait presque pu se passer du retour de l'affreux tueur en série, Henri Pujols ( échappé de L'Homme aux lèvres de saphir ).
Un roman flamboyant, à la fois fiévreux et mélancolique, la fin est superbe.
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Pecosa
  04 janvier 2019
« Paris sera à nous ou n'existera plus », avait déclaré Louise Michel. Paris brûle au cours de la « Semaine sanglante ». Les Versaillais bombardent la ville depuis le Mont-Valérien, et les Insurgés ripostent. Rue Royale, rue Vavin, rue du Bac, les Buttes-Chaumont, c'est un tiers de la capitale qui part en fumée.
Dans l'ombre de ce brasier, du jeudi 18 Mai au dimanche 28, des Communards poursuivent la lutte, même si elle semble désormais sans issue. C'est un chant du cygne, un rêve qui s'effondre dans le sang et les éclats d'obus.
Trois camarades du 105ème bataillon fédéré, le sergent breton Nicolas Bellec, le Rouge, un grand rouquin et le jeune Adrien, apprenti boucher au Bourget, se battent sans relâche sur les barricades.
« -Qu'est-ce qu'on attend? demande le Rouge.
- J'en sais rien. C'est une drôle de question, non? En principe, on sait ce qu'on attend, tu crois pas? Ou alors, on espère quelque chose et c'est vague.
- du pain pour les mioches et des écoles pour qu'ils soient moins couillons que nous?
- Par exemple.
- Mais ça suffit pas d ‘attendre. C'est pas comme un train. Si tu vas pas le chercher, ça n'arrive pas tout seul. La Commune c'est ça, je crois. On est allés la chercher sans attendre encore des siècles que ça nous tombe tout rôti dans la gueule."
Au coeur du chaos ambiant, certains ne perdent pas l'occasion d'assouvir leurs vices. Monsieur Charles, photographe érotomane versant dans la pornographie a bien compris que les évènements lui offrent l'opportunité de dépasser ses limites. Plus besoin de payer les putains des bordels pour des clichés scabreux. Il lui est désormais possible de profiter de la Semaine sanglante pour enlever de très jeunes filles, les droguer, les mettre en scène dans des poses dégradantes et les revendre aux Prussiens qui attendent aux portes de Paris. C'est grâce à Pujols, le tordu des Pyrénées, déjà croisé dans le roman L'homme aux lèvres de saphir, que la petite affaire prospère, jusqu'à ce que des parents désespérés aillent porter plainte au commissariat.
Antoine Roques, un relieur nommé inspecteur par un comité de citoyens a été chargé de retrouver ces jeunes filles enlevées sous la mitraille. Quand l'une des victimes s'avère être Caroline, une infirmière volontaire, fiancée à Nicolas Bellec, le sergent du 105ème va tenter lui aussi de rechercher la femme qu'il aime.
A l'ombre du brasier c'est l'amour au temps des barricades, et le grand roman populaire qui nous manquait sur la Commune, celle qui fut « dans son fond la première grande bataille rangée du Travail contre le Capital. Et c'est même parce qu'elle fut cela avant tout qu'elle fut vaincue et que, vaincue, elle fut égorgée. » comme l'écrira Jaurès.
Vivante, vibrante, terrible, elle revit sous la plume de Le Corre, qui nous offre des pages magnifiques sur cette période méconnue de notre histoire. Quand on pensait aux barricades, on songeait à Gavroche et à Marius au mois de juin 1832. On songera désormais aussi à Nicolas et Caroline, fuyant la "curée froide", cette répression épouvantable qui s'abat sur les Insurgés, rue par rue, maison par maison, quand le "moulin à café", la mitrailleuse, exécute sans discontinuer.
Dans l'ombre du brasier est un grand roman sur le réveil des crève-la-faim dont les enfants tombent comme des mouches le ventre vide, des femmes qui ne veulent plus être ni invisibles ni exploitées, sur le désir de justice sociale qui va se payer au prix fort. Décidément Hervé Le Corre n'est jamais là où on l'attend, et c'est tant mieux, le plaisir de la lecture n'en est que plus grand. Lire Dans l'ombre du brasier vous consume par son souffle et son ampleur.
« La Commune, au moins, aura été une éclaircie dans la pénombre des jours et des années endurés dans leur morne enchaînement. Elle aura montré au peuple qu'une clarté existe dont il faut alimenter la flamme. Une braise qui longtemps dort et tremble sous les cendres, qu'il faut songer à réveiller. Un feu qu'il faut porter parfois dans le désert à des aveugles qui n'en veulent pas ».
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nameless
  21 janvier 2019
Entre le 18 et le 28 mai 1871 avec en point d'orgue la Semaine sanglante à partir du 21, les Versaillais aux ordres de Thiers sonnent l'hallali de la Commune, bombardant les parisiens insurgés sans relâche, massacrant et taillant en pièces tout ce qui bouge. Que peuvent faire 10 000 hommes et femmes affamés, mal organisés et mal commandés contre 60 000 soldats programmés pour rétablir l'ordre ? La folle espérance, la parenthèse enchantée, l'insurrection populaire, celle des crève-la-faim, des sans-dents, de ceux qui rêvent d'un monde nouveau, veulent du pain et des écoles pour leurs mioches, vaincre l'injustice, supprimer la misère, établir l'égalité entre tous s'achève dans un bain de sang.

Il fallait bien tout le talent et les connaissances de Hervé le Corre pour exhumer ce « détail » de l'Histoire resté longtemps occulté, et en faire un roman foisonnant, épique, humaniste, accessible à tous, grâce à son tour de force littéraire : enchevêtrer dans L Histoire sérieuse et documentée, une histoire d'amour et un suspens qui transforment L'ombre du brasier en roman noir social d'une très grande envergure, en splendide et tragique fresque populaire.

Hervé le Corre crée des personnages à la hauteur de la Commune : Nicolas, sergent au 105ème de la Garde nationale et ses deux compagnons fédérés ; son amoureuse, Caroline, une couturière qui en raison des circonstances fait l'ambulancière, l'infirmière ; Antoine Roques, un inspecteur communard récemment nommé. Ceux-là sont portés par de nobles idéaux. Ce qui n'est pas le cas de Henri Pujols, incarnation absolue du mal, déjà mis en scène dans L'homme aux lèvres de saphir, car tandis que certains se soulèvent contre l'injustice, d'autres sombrent dans les ténèbres, persuadés que dans le foutoir anarchiste, dans le chaos ambiant, leurs meurtres et crapuleries ne se distingueront pas de ceux de la populace exaltée et bientôt réprimée. C'est donc le moment rêvé pour faire commerce de jeunes filles, enlevées, livrées à un photographe pornographe. Une fois leur innocence bafouée, elles sont vendues aux prussiens. Et voilà Caroline kidnappée.

L'auteur excelle dans la restitution des cris, des plaintes, de l'odeur de la poudre, de la puanteur du chou et des excréments, du goût du sang, de la lueur des incendies, du bruit des explosions et du plâtre qui tombe des plafonds, des vibrations du sol lorsque les obus éclatent. Pourtant, dans cette insurrection à l'issue connue, il est aussi question d'avenir, d'enfants heureux, d'amour, de naïveté tonitruante. On entend des rires et des clameurs, comme lorsque Louise Michel prend la parole à l'Union des femmes pour la défense de Paris, où l'on pourfend la domination des bourgeois, des seigneurs et maîtres domestiques. Pour Hervé le Corre, rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Bien loin d'un manichéisme simpliste, il propose au contraire une vision nuancée des événements et des protagonistes ; il ne croit pas en la bonté originelle de l'homme, ne pense pas que le bonheur universel peut être décrété par un Comité central ou une Convention. C'est ainsi qu'il donne, aussi, sa chance à Clovis, un complice de Pujols, à qui il offre une rédemption non cléricale.

« Vous peut-être que vous la verrez la république universelle des travailleurs. On ne peut pas perdre tout le temps non ? "
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Jeanfrancoislemoine
  26 février 2019
Dans ce roman , on pénètre dans un enfer , l'enfer de la derniére semaine des combats opposant la Commune et les Versaillais , un combat sans espoir , un combat dont on connait l'issue , un combat sans pitié , sans merci . Ils sont Communards , trois amis , unis comme les doigts de la main . Il y a Nicolas , le Rouge et Adrien . Elle, puisqu'il y a une " elle ", c'est Caroline , la fiancée de Nicolas et elle aura la malchance de croiser la route de Pujols et de Clovis , des personnages qui tirent profit de la situation plus que cahotique qui oppose les belligérants.
L'enfer , on va le vivre tout au long de ce long roman . de barricade en barricade , de bâtiment en ruines en bâtiment en ruines , on va en rencontrer des gens , des bons , des mauvais , des héros, des lâches , des traîtres, des hommes , des femmes qui survivent et réclament simplement le droit de vivre dignement , quitte à y perdre leur misérable vie...Quant aux Versaillais , il en est fort peu question ,ils sont "en face ", redoutés et redoutables , vainqueurs sans ambiguïté.
Alors , oui , c'est peut-être un roman historique , mais un roman historique qui a choisi son camp un livre historique qui présente , et fort bien , la " petite histoire " vue de l'intérieur. . Oui , ça sent la poudre , c'est violent , sans concession , sans prisonniers, pas de quartier!
Pour moi , c'est un roman qui nous place au coeur de l'action . Nous sommes forcément impliqués autour des héros Communards et ce n'est pas à proprement dire un roman historique mais un roman engagé ce qui , du reste , ne me pose aucun problème.
Les personnages sont " beaux " et nous sommes pleins d'empathie pour eux et soucieux de leur devenir bien incertain .Quant à Pujols et Clovis , je vous laisse juges...
C'est un roman travaillé, bien construit , sans faille . Tout au plus regretterai -je , pour ma part ,une certaine longueur dans la description des combats quotidiens et disproportionnés entre les deux camps . J'ai parfois " trouvé le temps long et répétitif " sans pour autant m'ennuyer , quoique , parfois.....L'intrigue " policière " , si je puis m'exprimer ainsi , disparaît , noyée dans " le cadre " , intéressant , certes , il faut bien le dire , mais sans grande référence historique non plus. J'aurais aimé un peu plus d'allant ,un peu plus de " vitesse d'exécution " .
Ensuite , et surtout , il y a le style de Hervé le Corre , et là , c'est brillant , rutilant .Des phrases complexes d'une rare clarté . Incontestablement ,ce monsieur sait écrire , adapter son rythme phrasique à la situation , phrases courtes , longues , nominales ou purement verbales se succèdent avec bonheur et c'est superbe ...
Au final , un bon roman avec quelques restrictions en ce qui me concerne mais cet auteur chevronné nous surprend encore une fois par ces choix , preuve d'un remarquable éclectisme.
Un petit regret , quelques erreurs d'orthographe émaillent cette fiction . Désolé mais , pour moi , c'est un élément important , la langue française n'admet aucune faille et le livre est son principal vecteur , donc....
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critiques presse (5)
LeJournaldeQuebec   29 avril 2019
Grande voix du roman noir français, l’écrivain Hervé Le Corre cadre son nouveau roman au cœur d’une période euphorique puis extrêmement dramatique de l’histoire de Paris, la Commune.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Lexpress   03 avril 2019
Roman de sang, de fureur, de guerre et d'amour... Nos jurés ont été conquis par ce polar historique, signé Hervé Le Corre, aux accents de fresque populaire épique et foisonnante. Dans l'ombre du brasier, un récit... qui fait mouche. Les voilà emballés !
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeDevoir   25 février 2019
La véritable histoire que raconte ici Hervé Le Corre est celle, toute de sang et de fureur, de la fin du soulèvement utopique que fut la Commune.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeMonde   14 janvier 2019
L’écrivain s’empare de Paris au printemps 1871 pour ajouter une touche de noir à la « semaine sanglante ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Liberation   07 janvier 2019
On marche dans les gravats en glissant sur les flaques de sang sous le bruit du canon dans un Paris en partie disparu et l’on éprouve chaque instant de la tragédie.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
TelKinesTelKines   19 mai 2019
- Au village, on trouvera de l'aide. Je connais un bon gars. Rosteau, qu'il s'appelle. Je l'ai aidé à enterrer ses parents, il y a deux ans. C'est devenu un ami. Il tient un estaminet derrière l'église. C'est là que vont ceux qui évitent la messe.
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TelKinesTelKines   16 mai 2019
- Quittez cet uniforme, dit Rocques à Loubet.
L’autre ne comprend pas, est sur le point de se récrier.
- Vous serez notre prisonnier. Nous vous emmenons au colonel de Faverolle, caserne Babylone. C’est le seul moyen de passer les contrôles.
Sans un mot, il se défait de sa vareuse, il se débraille un peu.
- Motif de l’arrestation ?
- Vous avez aidé à la fuite d’un suspect.
- Correct. Mais vous devez me rudoyer un peu. Une arrestation doit être rude. C’est une loi non écrite, mais c’est la mieux appliquée par la police.
Roques se tourne vers Clovis, qui décline.
- J’ai tué un homme ce matin. Je trouve que ça va comme ça pour aujourd’hui.
Sans prévenir, Roques expédie à Loubet un coup de canon de son revolver.
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TelKinesTelKines   11 mai 2019
- Comment tout ça va finir.
Nicolas cherche quelque chose à dire, un mensonge, une de ces grandes phrases dont on s’enivre dans les assemblées et les clubs ouvriers, mais ne trouve rien parce que le souffle lui manque et qu’il sait bien désormais que se payer des mots ne vain pas la misère.
- Que veux-tu que je dise ?
Le camarade lui pose sur l’épaule sa grosse main lourde.
- Rien, te fatigue pas. On va pioncer un peu… Demain sera un autre jour, on essaiera de voir encore une fois le soleil se coucher.
- T’es un poète, l’ami.
- Des fois, oui. Mais ça dure jamais longtemps. Bon, on y va ? On fera des phrases demain.
- Je vais faire un tour.
Le Rouge étouffe un bâillement entre ses mains puis s’étire.
- Tu trouves qu’on n’a pas assez arpenté pour aujourd’hui ?
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SociolitteSociolitte   07 mars 2019
– Vous savez, a dit Roques, Paris est perdu. Thiers nous envoie peut-être soixante mille hommes et nous ne sommes, en face, que dix mille, au plus. Mal organisés, mal commandés. Des barricades ont poussé partout, construites sans aucun plan d'ensemble : la plupart seront contournées. Encore heureux si certaines ne se font pas face. Et pourtant, derrière chacune d'elles, il y a des hommes, des femmes, aussi, ils ne sont parfois qu'une poignée, persuadés qu'ils pourront tenir et qu'ils repousseront l'ennemi. Ils pourraient tous rentrer chez eux et écouter, leurs volets clos, défiler les troupes de Versailles. Ils auraient probablement la vie sauve. Ils verraient grandir leurs enfants, ils vieilliraient tranquilles, chacun chez soi, le soir devant son assiette de soupe. Et pourtant, ils restent là. Ils attendent l'assaut. Je ne sais pas s'ils sont courageux ou fous. Je ne sais pas bien, aujourd'hui, la différence entre ces deux mots, dans les circonstances présentes. La seule chose que je sais, c'est qu'ils font ce qu'ils ont à faire. Ce qu'ils croient non pas raisonnable, mais juste. Ils savent l'issue. Ils connaissent la fin. Mais ils ont l'espoir. De vaincre. D'en sortir vivants. Persuadés, sinon, de ne pas mourir pour rien. Voilà ce qui nous mène, nous autres. Ça n'est certainement pas raisonnable.

Pages 344-345, Rivages/Noir, 2019.
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SociolitteSociolitte   06 mars 2019
Je mourrai seule. Sans toi. Personne ne le saura et je disparaîtrai sans laisser aucune trace qu'un squelette qu'on découvrira dans quelques mois et qu'on jettera dans une fosse commune et toi tu me chercheras peut-être quelque temps puis tu t'habitueras à mon absence mais j'espère que tu te souviendras de moi par moments parce que je ne sais pas, sinon, si quelqu'un gardera un souvenir de mon existence. Ils m'en ont tellement voulu au village quand je suis partie pour venir trouver du travail à Paris, mes sœurs, mon frère, qui ne comprenaient pas que je laisse nos morts derrière moi, nos parents tués à a tâche, couverts de dette, les deux petits emportés par les fièvres, la bicoque où nous avons grandi les uns sur les autres, heureux finalement parce qu’on s’aimait, on s'aimait, je ne connais pas d'autre mot pour dire ça, même dans les mauvais jours, quand la soupe était claire et qu'autour de la table on ne souriait pas, n'osant parler ni même lever le nez de notre assiette, même dans ces moments-là il y avait quelque chose qui nous tenait ensemble et rendait peut-être les paroles inutiles parce que parfois parler ne sert à rien surtout quand on ne trouve pas les mots, c'était comme une grande main qui nous tenait tous dans son creux, dans sa chaleur.

Pages 293-294, Rivages/Noir, 2019.
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Videos de Hervé Le Corre (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hervé Le Corre
Nous étions au festival Quais du polar de Lyon pour sa 15e édition, du 29 au 31 mars 2019. Découvrez l'ambiance du festival, des rencontres, des interviews de lecteurs et d'intervenants présents dans cette vidéo. Et bien sûr, un résumé en images de l'activité de Babelio.
0:19 Véronique, lectrice de Marseille 0:46 Rencontre entre Chris Offutt, Ron Rash et James Sallis 0:49 Les fameux quiz Babelio 1:02 Présentation du jeu PCI Agent. Pour jouer : https://pciagent.com/fr/ 1:54 Rencontre Babelio avec Kristina Ohlsonn et Hans Rosenfeldt autour des adaptations de livres en séries scandinaves 2:05 : Gérald, lecteur de Paray-le-Monial 2:44 Hervé le Corre et James Sallis en dédicace 2:55 Jean-Bernard Pouy en dédicace 2:58 Librairies d'occasion dans l'hôtel de ville de Lyon 3:04 Les bouquinistes sur les quais de Lyon
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