AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2743627263
Éditeur : Payot et Rivages (12/03/2014)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 274 notes)
Résumé :
Bordeaux dans les années 50. La Seconde Guerre mondiale est encore dans toutes les mémoires et pourtant, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a déjà commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie. Daniel sait ce qui l’attend. Cet orphelin qui a perdu ses parents dans les camps, travaille comme mécanicien ; il voit un jour arriver au garage un inconnu qui laisse sa moto et repart telle une ombre. Cet homme n’est pas venu par hasard.
C’est dans ce c... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
Pecosa
  21 mars 2014
S'il fallait n'en lire qu'un ce serait celui-là, LE roman sur la vengeance, LE roman noir sur la guerre d'Algérie, LE meilleur roman écrit sur la ville de Bordeaux.
Dans les années cinquante, la ville se remet de la guerre, même si elle a laissé des traces sur les murs et dans les mémoires.
Le commissaire Albert Darlac, fasciste convaincu qui exècre la faiblesse et se place toujours du côté des plus forts, a su s'enrichir pendant la guerre entre marché noir et saisies. Jamais inquiété lors de l'épuration, il règne sur sa ville grâce à sa connaissance du milieu et des secrets les plus inavouables des notables du coin. Mais une silhouette fantômatique semble rôder autour de lui, surveiller sa famille, tuer des gens qui lui sont proches.
Darlac est un homme sans état d'âme qui n'a pas l'habitude qu'on le menace. Pendant qu'il met toute sa hargne et son réseau d'informateurs à la recherche d'une piste, les jeunes français reçoivent leur feuille de route pour l'Algérie. Daniel Delbos, dont les parents ont été assassinés à Auschwitz, travaille comme apprenti dans un garage et s'interroge. Pourquoi combattre? Doit-il déserter ou faire son devoir? le premier chapitre du roman, une scène d'interrogatoire musclé au cours de laquelle Darlac et ses sbires torturent un suspect, préfigure ce qui se déroule de l'autre côté de la Méditerranée. Les destins de Daniel, un amoureux du cinéma hanté par le souvenir de ses parents défunts et de Darlac, ogre dénué d'empathie semblent liés.
Inutile de dévoiler davantage l'intrigue complexe et la remarquable construction du roman, Après la guerre est le récit d'une vengeance obstinée dont la justice n'est pas le but. Ce beau roman sombre est rempli de personnages complexes, de belles figures féminines et de fantômes qui s'attachent aux semelles des vivants. On retiendra la pudeur et la délicatesse de le Corre lorsqu'il dit la déportation et le retour à la vie lorsque l'on préférerait être mort.
On retiendra aussi l'évocation de la guerre d'Algérie, si rare dans les romans français, l'arrivée des jeunes recrues sans tambour ni trompette alors que leurs parents se remettent difficilement du conflit précédent, leur quotidien, leurs craintes et leurs cas de conscience dans un conflit qui les dépasse: "Il aimerait bien aller parler avec eux, ces étudiants peinards, mais il ne sait pas ce qu'il leur dirait: la chaleur, la soif, les ampoules aux pieds, la peur, la poussière, la crasse, les insomnies, la bêtise, l'alcool, la solitude et les larmes et les sourires quand le courrier arrive, selon ce que racontent les lettres..." Après la guerre, c'est encore et toujours la guerre.
Impossible désormais d'oublier l'évocation sans concession de Bordeaux, surnommée autrefois "la belle endormie". La ville de l'oubli qui a préféré jeter le voile sur le commerce triangulaire, sur les exactions de Pierre-Napoléon Poinçot, chef de la Section des Affaires Politiques, auxiliaire zélé de la Gestapo qui torturait Cours du Chapeau-Rouge, sur le maire Adrien Marquet qui prônait la collaboration avec l'Allemagne nazie, s'est refait le pucelage en élisant le résistant Jacques Chaban Delmas à l'Hôtel de Ville. Au delà des façades XVIIIème et des demeures bourgeoises, Hervé le Corre ressuscite une ville qui n'existe plus, le port dont on a oublié qu'il fut autrefois si vivant, Bacalan, les Capus, Bordeaux et ses banlieues populaires dans une langue riche et dense saupoudrée d'un bordeluche jamais "folklorique" qui colle si bien à la réalité.
Un des plus beaux romans lus ces dernières années.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8723
nameless
  13 septembre 2017
A Bordeaux, comme ailleurs après la fin de la seconde guerre mondiale, la guerre ne s'arrête pas instantanément, car ils sont encore là, les collabos, les faux résistants, les flics, les préfets, chefs de cabinets qui ont organisé des rafles, contresigné des demandes d'arrestations, torturé à bras raccourcis, outrepassé et anticipé les ordres de l'occupant. Quand ils ont senti le vent tourner en 43, ils se sont inventé en toute hâte des actes de bravoure et fabriqué des alibis. Si certains, rares, ont été jugés, la plupart infestent encore toute la société, les administrations, recasés, récompensés même. L'épuration passe sur eux comme un nuage insignifiant. L'époque sent le soufre, les comptes ne sont pas tous soldés.

Le commissaire Darlac appartient à l'espèce des ordures authentiques, tortionnaire, dénonciateur, assassin, spoliateur, trafiquant et plus si affinités. Il règne en maître incontesté sur le troupeau de « veaux » qu'il a à sa botte : flics pourris, truande bordelaise, putes, escrocs, souteneurs, qu'il intimide, menace, torture ou tue, selon ses besoins personnels ou professionnels. Mais il n'y a pas de bonne police sans mauvaises fréquentations, n'est-ce pas ? Et que fait la justice ? Elle a du mal à enquêter sur ce qu'elle a rendu possible. Il aime ça Darlac, remettre les gens à leur place, les tenir en respect, les clouer vivants, les voir se débattre face à sa « Stratégie de la terreur », leur promettre une protection pour mieux les exterminer.

Jusqu'au jour où un mystérieux tueur fantômatique fait son apparition dans la ville, s'en prenant inexplicablement à l'entourage du commissaire, à sa propre fille à qui il demande de transmettre un message : « Dis à ton père que je suis revenu et que je reviendrai ». Darlac pressent un criminel à sa hauteur, d'une autre espèce, solitaire, à la poursuite d'un but, d'une obsession, inaccessible à la pitié, méprisant l'argent et les biens matériels, que la mort n'effraie pas, qui n'a peut-être plus rien à perdre. Darlac redoute un séisme qui va le secouer et se propager pour engloutir le petit univers dont il se croyait le centre.

Et pendant ce temps, une autre guerre, qui ne se livre pas contre une armée mais contre un peuple, décime déjà la jeunesse tout juste rescapée de la précédente. Daniel a reçu sa feuille de route pour aller sous le soleil, dans la poussière, rejoindre cet asile militarisé qui fabrique des déments par milliers, des fous meurtriers, des obsédés sexuels violeurs, des idiots mutiques et des biturins hébétés, un asile à ciel ouvert, qui vole l'âme de ces jeunes gens pour leur rendre salie, froissée, puante, rétrécie, réduite à un uniforme souillé par toute la saloperie humaine. Comment garder les mains propres dans une sale guerre ?

Après la guerre raconte les destins croisés de Jean Delbos, de Daniel, son fils, de Darlac. Roman foisonnant, d'une puissance émotionnelle rarissime, construit justement comme une machine de guerre, qui balaie sur son passage cette période floue de l'Histoire récente, de la Shoah à la Guerre d'Algérie, que beaucoup préféreraient feindre d'oublier ou enterrer avec ses morts, en oubliant ses survivants. Heureusement Hervé le Corre, (comme Didier Daeninckx) est là, pour gratter les écrouelles de l'Histoire et mettre à jour la purulence toujours à l'oeuvre sous les croûtes mal cicatrisées. Tout dans ce roman est juste et brillant, le langage fleuri et populaire, l'atmosphère d'une ville et la vie après-guerre. Le récit de la vie quotidienne des appelés en Algérie est foudroyant de réalisme. La complexité nuancée des personnages interdit tout manichéisme simpliste. Enfin, l'auteur ne juge pas, il raconte. Magistralement, historiquement, politiquement, idéologiquement, à hauteur d'hommes et femmes ordinaires pris dans les tourmentes de l'Histoire. Bien sûr, il s'agit d'un roman sombre, noir, laissant filtrer peu d'espérance, à travers quelques vers d'Eluard ou de Rimbaud, ou à travers quelques personnages secondaires, portés par de nobles et fraternels idéaux. Mais peut-on être gai et optimiste si l'on est lucide ?

Un chef-d'oeuvre, une lecture indispensable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          684
mariecesttout
  30 avril 2014
"Neuf meurtres en dix mois, un tueur particulièrement déterminé et violent en liberté, c'est beaucoup pour une ville comme Bordeaux qu'on tient pour calme et ordonnée, capitale de la modération politique, avec par le passé une Gestapo efficace et une police politique redoutable et redoutée, une résistance hachée menue, des Juifs dûment raflés, une belle proportion de salauds, de traîtres et d'immondes canailles passés pour la plupart à travers les mailles au moment de l'épuration, et maintenant dirigée par ce maire jeune et beau, au physique de représentant en aspirateurs, résistant irréprochable, chargé par de Gaulle de retaper la virginité de cette grande traînée et de sa marmaille morveuse de bourgeois, de négociants en vin, de flics, de journalistes locaux toujours contents au bout de leur nouvelle laisse . Neuf meurtres qui semblent, vus de Paris, un remugle des temps maudits comme si un type se mettait à remuer le fond du marigot avec une grande perche pour défaire remonter l'épaisse et lourde merde laissée au fond, les macchabées, les malles pleines de secrets et d'arrangements, les valises débordant de dénonciations et de spoliations, de certificats de résistance torchés sur un coin de table, d'ordre de déportation signés d'une main négligente."
Oui, Encoredunoir a déjà cité ce texte, je ne fais que compléter l'extrait, mais je trouve qu'il est très représentatif de ce qu'on trouve dans ce roman. L'écriture très imagée, le rythme , et cette façon décalée, sarcastique,cynique- par la voix de celui que l'on a envie de clouer au mur dès le début - d'utiliser , pour la dénonciation de faits connus et sans excuses aucunes ,d'actes effectués par des bons français , un ton quasi satirique par moments, qui n'en a que plus de force.
Dans un article du Monde, il est écrit: : " Pour ce septième roman, Hervé le Corre s'est vaguement inspiré d'un épisode survenu au résistant Michel Slitinski (1925-2012), porte-parole des parties civiles lors du procès de Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de Gironde entre 1942 et 1944. « Nous l'avions invité à intervenir dans mon collège il y a quinze ans. Un jour, nous raconte-il, en descendant d'un bus, il heurte de l'épaule un policier qui a participé à l'arrestation de son père qui, par la suite, est mort à Auschwitz. Alors qu'il essayait de revivre, il a été électrisé par cette révélation : les responsables étaient encore là, toujours en poste, ils étaient passés à travers les mailles de l'épuration. » le procès Papon (1997-1998) a réveillé la mémoire endormie de la ville girondine. « Il y avait un refoulement quasi généralisé », se souvient Hervé le Corre."
Je vous conseille de lire les trois commentaires déjà existants , tout y est. Que rajouter? Une histoire de vengeance? Beaucoup plus complexe que cela , bien sûr. de la Shoah, à la guerre d'Algérie? Oui, mais beaucoup plus aussi. Une histoire d'une noirceur infinie dans laquelle on s'enfonce sans vraiment remonter des profondeurs ,enfin rarement, des histoires d'hommes ( et de femmes) reliées entre elles , magnifiquement mises en scènes dans leurs décors, que ce soit la ville de Bordeaux , ses petites rues sombres et ses troquets douteux et commissariats qui ne le sont pas moins, ou dans la clarté et la chaleur de l'Algérie. Des hommes seuls. Qui ont tous leur part d'ombre, dont le degré varie. Jusqu'à l'extrême.
Ca ne se raconte pas, de toute façon, dès le début , on est plongé dans une atmosphère et une écriture qui font de ce livre un des meilleurs romans noirs lu depuis longtemps.Un art du récit qui n'est pas linéaire mais va d'un personnage à l'autre, d'une époque à une autre, d'un pays à un autre, et même si on cherche à ralentir, une histoire que l'on a de cesse d'élucider. Que s'est-il vraiment passé, et que va-t-il se passer.
Un livre historique également, car si les personnages sont fictionnels, les faits décrits et le contexte local bordelais ( et algérien bien sûr) ne le sont pas, ils appartiennent à la peu glorieuse histoire de France. En Algérie, j'ai cru deviner , à travers le personnage de Robert Autan, le prof de maths , une allusion à Maurice Audin , mathématicien également , les archives sur sa disparition ayant récemment été ouvertes par le gouvernement français actuel...
"..quelques collabos déjà recasés sur qui l'épuration passera, plus tard, comme un nuage insignifiant , à peine une ombre: vraies ordures, faux résistants, flics, préfets, chefs de cabinet qui ont organisé les rafles, contresigné les demandes d'arrestations, torturé à bras raccourcis, outrepassé et anticipé les ordres boches mais ont senti le vent tourner en 43 et se sont inventés des actes de bravoure et fabriqué des alibis, ont sauvé utilement quelques Juifs et gardé traces de cet héroïsme pour que le moment venu, quand se réuniraient les tribunaux et que s'aligneraient les poteaux d'exécution, les mous du vide viennent témoigner en leur faveur. ….se demandant peut être qui de leurs victimes se rappellerait à leur souvenir en regrettant déjà, qui sait, qu'il y ait toujours des survivants à tous les massacres pour venir raconter et montrer du doigt les bourreaux. "


+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          425
koalas
  15 septembre 2016
Une mémoire qui dérange et un fantôme
qui réclame ... vengeance.
A travers trois personnages,
Darlac, un commissaire formé aux méthodes fascistes
Daniel, une jeune recrue qui s'apprête à partir en Algérie
et un revenant de l'enfer qui sort ses griffes
et joue au chat et à la souris...
Le Corre a tissé une intrigue
qui se déroule dans les années 50,
entre l'oubli de la période trouble de l'occupation
et la fuite en avant dans la guerre d'Algérie.
En tête d'affiche Bordeaux
Un Bordeaux savamment blanchit
qu' Hervé le Corre décape avec force
et lui redonne ses couleurs d'antan
le noir, la honte et la crasse
qu'il fait remonter à la surface...
Et fait revivre un Bordeaux populaire d'après la guerre
ses quartiers et bars louches avec son lot de misère
Un Bordeaux crapule avec des mines patibulaires qui se sont bien servis,
des salopards comme le Corre aime en décrire, des intrigants et beaux parleurs qui sombrent , des revenants de l'enfer , des gueules cassées, des déglingués, des angoissés et traumatisés et des petits princes de la vidange...
Et décrit d'une plume réaliste l'horreur de la guerre d'Algérie vécu par un gamin de 20 ans qui passe par tous les états, exaltation, doutes et cauchemars
Un roman puissant servi par une grande plume du roman noir français.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          523
enjie77
  20 septembre 2018
« - Quoi ? Les petites filles ? Bien sûr que c'est vrai. Il a déjà fait du gnouf pour ça. C'est de famille, la saloperie, chez les Penot. Son frère, il était auxiliaire chez Poinsot, la Gestapo française, ici. Cours du Chapeau-Rouge ils avaient leurs salles de torture. Et celui-là, il rabattait pour les schleus, en se servant au passage. C'est le genre de type qui va au bout de son vice quand les circonstances le permettent. Et pendant l'occupation, toutes sortes de saloperies étaient permises et ces mecs-là ont poussé sur le fumier. » mais il y a aussi « Il retrouverait pas sa bite dans son slip si on lui faisait croire qu'elle a disparu ».

Voilà, ces quelques phrases donnent le ton du livre d'Hervé le Corre. C'est noir, très noir, mais c'est extrêmement bien construit, très bien écrit, et d'un réalisme qui fait froid dans le dos quand on pense que tous les protagonistes font partie de la même espèce humaine que nous. Malheureusement, rien n'a changé sous le soleil et l'auteur n'hésite pas à nous le rappeler! Mais il y a aussi des braves gens comme Roselyne et Maurice.

Hervé le Corre ne pouvait trouver mieux que cette période d'après guerre à Bordeaux pour y situer son roman. Toute l'histoire se passe dans les années 50. La belle capitale girondine bénéficie d'un passé particulièrement glauque: Gestapo efficace, salauds, collabos qui sont passés à côté de l'épuration, zèle de la police quant à l'organisation des rafles de juifs – notre concitoyen Boris Cyrulnik en sait quelque chose.
Alors l'auteur nous concocte un roman noir qui n'a rien à envier aux grands écrivains de thrillers du moment. Il y a des pages jubilatoires à la « Michel Audiard » où chaque lecteur peut s'imaginer la scène et distribuer les rôles mais il y a aussi de très belles pages écrites dans un français choisi chargées d'émotions.
Certains chapitres sont extrêmement poignants : je pense à Hélène qui survit depuis son retour des camps. Hervé le Corre nous entraîne dans ses pensées et la question lancinante surgit : « comment vivre après avoir vécu toutes ces horreurs ».
J'ai une pensée pour Marceline qui vient de nous quitter. Elle a suivi de peu sa grande amie, Simone. Quel courage et quelle force psychologique pour rester debout après ce qu'elles ont vécu !
Et puis il y a la guerre d'Algérie, j'avoue avoir sauté quelques pages trop difficiles à lire sur les atrocités commises. Les descriptions des corps mutilés, déchiquetés, la jouissance que donne la possession d'une arme, tout participe à nous restituer l'atmosphère de cette terrible guerre.
C'est un très grand livre à mes yeux qui sous le vocable de « Thriller » est un véritable concentré d'humanités et d'abjections, un cri de détresse devant les horreurs commises, devant la noirceur de l'âme humaine, devant la souffrance des victimes.
Encore une belle découverte d'un roman sombre et intense et c'eut été dommage de passer à côté. Un grand merci à Pecosa et Michfred !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          456

critiques presse (2)
Telerama   02 avril 2014
Composé en virtuose, son roman joue de deux registres de langue, l'argot savoureux des bistrots et des mauvais garçons, qui rappelle Albert Simonin, et une prose limpide, sèche et sensible, qui vous transperce d'émotion. Superbe.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   27 mars 2014
Le monde défait les hommes, mais les hommes font le monde. Un paradoxe aux allures métaphysiques que Le Corre ancre dans le quotidien de chacun. C'est banal. C'est extraordinaire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
LutvicLutvic   06 octobre 2018
Il y a des gens qui aiment leur malheur et le cultivent, quand d'autres sont jetés en enfer qui ne demandaient qu'à vivre heureux et tranquilles dans la paix ordinaire des gens de peu (p. 81).
Commenter  J’apprécie          80
aleatoirealeatoire   02 octobre 2018
Et un jour, moi aussi je suis mort.

La lumière était insupportable. Tout était blanc, à perte de vue, saupoudré de neige fraîche et encroûté de glace. Le soleil tombait là-dessus et tapait sur cette blancheur et en tirait des éclats aveuglants. Le ciel était d'un bleu pur tellement transparent et profond que je m'attendais à apercevoir en plein jour quelques étoiles.
La route était vide. Les traces de pas recouvertes de neige filaient vers l'ouest en millions de creux bleuissant sous la lumière crue. Empreintes de fantômes. Le silence était total dans l'air immobile. J'entendais cogner sous mon crâne le battement de mon sang mais ce ne pouvait être qu'un écho lointain de la vie, parce que j'étais mort. Je l'ai su à cet instant. Jamais je ne reviendrais de cette terre figée, jamais je ne quitterais ce chemin balisé de cadavres. Jamais je ne retrouverais la vie. J'allais sur cette route parmi les morts abandonnés sur les bas-côtés, sans appui sur le sol poudreux et froid, ni consistance physique. J'étais seul désormais à me voir, à éprouver la réalité matérielle de mon spectre. Je me confondrais pour les autres dans la transparence de l'air. Leurs regards passeraient à travers moi sans deviner jamais ma réalité.
La nuit s'ouvrirait parfois autour de moi et seules me reconnaîtraient alors les âmes errantes que je croiserais par hasard, les yeux morts d'épouvante comme les miens, la gueule grande ouverte sur leur dernier souffle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
enjie77enjie77   06 septembre 2018
Darlac s'empare du plat et découpe des tranches épaisses. Volaille et foie gras. Cadeau d'un boucher-charcutier des Grands-Hommes qu'il a tiré l'an dernier d'un mauvais pas : une dette de jeux réclamée avec inisistance par un bras cassé, un julot casse-croûte qui se faisait menaçant. Comme c'était un ancien rugbymann, un colosse taillé à la serpe qui prometttait de transformer la boutique en abattoir, l'honorable artisan de la barbaque qui vendait du rôti aux rombières des Chartrons, avait eu peur pour ses os.

Il ne savait pas à qui il s'attaquait , le demi de mêlée. Il ne pouvait pas deviner que Darlac et le désosseur de ces dames avaient été en affaires en 43 : quelques meubles précieux, quelques bibelots et des tableaux volés dans les appartements après les rafles ; et un terrain juste après Mérignac, sur la route de l'aéroport, trois hectares de prés à vaches qui finiraient bien par se construire un jour, confisqués d'un trait de plume par un sous-fifre de la préfecture, certifiés par un notaire.

L'autre abruti s'est fait serrer un soir par une douzaine de flicards dans les bras de sa gagneuse, parfumé à l'eau de Cologne, des billets plein les poches. Et un petit paquet d'opium plié dans du papier journal pour faire le compte, glissé en douce, à la faveur de la confusion, par un inspecteur en service commandé. Les flics ont failli se poser des questions, sur le moment, tant sa surprise semblait réelle. Un doute a commencé de soulever leurs chapeaux. Puis ont conclu que ce trouduc était un acteur formidable, comme beaucoup de branquignols qui leur passaient sous la lampe. Enfoncés Gabin et Gérard Philipe. Tous les jours au bureau c'est cinoche en relief, théâtre en chambre, rires et larmes pour scénarios foireux. Le moindre inspecteur en sait autant que Louis Jouvet dans "Entrée des artistes" et démonte preuves en pogne les fausses confidences, les vraies fourberies, démasque les ingénues sanguinaires, traque les airs faux, soigne les trous de mémoire, tape même les trois coups avec un annuaire quand le rideau tarde à se lever.


Note : "Je me fais mon film toute seule, je distribue les rôles, devant ces savoureux dialogues".


Page 146
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
aleatoirealeatoire   20 septembre 2018
Les copains lui demandent souvent comment il fait pour se rappeler ainsi tous les films qu'il voit, le nom des acteurs et du réalisateur, des détails de ce genre auxquels eux ne prêtent guère attention. Il leur répond simplement qu'il aime ça et que s'il pouvait il irait tous les jours au cinéma et écrirait des livres là-dessus et des critiques dans les journaux. Les autres trouvent ça extravagant, écrire un livre, et quoi d'autre ? Lui, le mécano de la rue Furtado, le gamin grandi ici à Bacalan ce quartier d'ouvriers à l'orée de la ville et des marécages ?
Il n'ose pas dire qu'avec un mètre pliable il s'est fabriqué un petit cadre rectangulaire qui tient dans une poche et que souvent il regarde les gens et les choses entre ces angles droits et qu'alors n'existe que ce qu'il voit, plus précis, plus profond, plus singulier, plus fort. Il n'ose pas dire, parce qu'on le prendrait pour un fou, qu'il cadre des femmes marchant dans la rue et qu'elles sont plus belles, que la ville elle-même qu'il enferme dans cette géométrie devient alors le décor d'intrigues qui pourraient surgir n'importe où, au coin de cette rue, au milieu de cette place, derrière cette fenêtre, dans cette voiture qui passe et roule trop vite...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          163
RenodRenod   07 juillet 2016
Juste au-dessus, une grande photo de De Gaulle à Bordeaux, en septembre 44. Le grand homme venu mettre au pas ses complices cocos est devant un micro, entouré des chefs de la Résistance mais aussi de quelques collabos déjà recasés sur qui l’épuration passera, plus tard, comme un nuage insignifiant, à peine une ombre : vraies ordures, faux résistants, flics, préfets, chefs de cabinet qui ont organisé les rafles, contresigné les demandes d’arrestations, torturé à bras raccourcis, outrepassé et anticipé les ordres boches mais ont senti le vent tourner en 43 et se sont inventé des actes de bravoure et fabriqué des alibis, ont sauvé utilement quelques Juifs et gardé traces de cet héroïsme pour que le moment venu, quand se réuniraient les tribunaux et que s’aligneraient les pelotons d’exécution, les mous du bide viennent témoigner en leur faveur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Videos de Hervé Le Corre (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hervé Le Corre
Quais du Polar 2017 : rencontre avec Hervé Le Corre.
autres livres classés : guerre d'algérieVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
1451 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre
.. ..