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EAN : 9782743627263
523 pages
Éditeur : Payot et Rivages (12/03/2014)
4.09/5   438 notes
Résumé :
Bordeaux dans les années 50. La Seconde Guerre mondiale est encore dans toutes les mémoires et pourtant, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a déjà commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie. Daniel sait ce qui l’attend. Cet orphelin qui a perdu ses parents dans les camps, travaille comme mécanicien ; il voit un jour arriver au garage un inconnu qui laisse sa moto et repart telle une ombre. Cet homme n’est pas venu par hasard.
C’est dans ce c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (112) Voir plus Ajouter une critique
4,09

sur 438 notes

Pecosa
  21 mars 2014
S'il fallait n'en lire qu'un ce serait celui-là, LE roman sur la vengeance, LE roman noir sur la guerre d'Algérie, LE meilleur roman écrit sur la ville de Bordeaux.
Dans les années cinquante, la ville se remet de la guerre, même si elle a laissé des traces sur les murs et dans les mémoires.
Le commissaire Albert Darlac, fasciste convaincu qui exècre la faiblesse et se place toujours du côté des plus forts, a su s'enrichir pendant la guerre entre marché noir et saisies. Jamais inquiété lors de l'épuration, il règne sur sa ville grâce à sa connaissance du milieu et des secrets les plus inavouables des notables du coin. Mais une silhouette fantômatique semble rôder autour de lui, surveiller sa famille, tuer des gens qui lui sont proches.
Darlac est un homme sans état d'âme qui n'a pas l'habitude qu'on le menace. Pendant qu'il met toute sa hargne et son réseau d'informateurs à la recherche d'une piste, les jeunes français reçoivent leur feuille de route pour l'Algérie. Daniel Delbos, dont les parents ont été assassinés à Auschwitz, travaille comme apprenti dans un garage et s'interroge. Pourquoi combattre? Doit-il déserter ou faire son devoir? le premier chapitre du roman, une scène d'interrogatoire musclé au cours de laquelle Darlac et ses sbires torturent un suspect, préfigure ce qui se déroule de l'autre côté de la Méditerranée. Les destins de Daniel, un amoureux du cinéma hanté par le souvenir de ses parents défunts et de Darlac, ogre dénué d'empathie semblent liés.
Inutile de dévoiler davantage l'intrigue complexe et la remarquable construction du roman, Après la guerre est le récit d'une vengeance obstinée dont la justice n'est pas le but. Ce beau roman sombre est rempli de personnages complexes, de belles figures féminines et de fantômes qui s'attachent aux semelles des vivants. On retiendra la pudeur et la délicatesse de le Corre lorsqu'il dit la déportation et le retour à la vie lorsque l'on préférerait être mort.
On retiendra aussi l'évocation de la guerre d'Algérie, si rare dans les romans français, l'arrivée des jeunes recrues sans tambour ni trompette alors que leurs parents se remettent difficilement du conflit précédent, leur quotidien, leurs craintes et leurs cas de conscience dans un conflit qui les dépasse: "Il aimerait bien aller parler avec eux, ces étudiants peinards, mais il ne sait pas ce qu'il leur dirait: la chaleur, la soif, les ampoules aux pieds, la peur, la poussière, la crasse, les insomnies, la bêtise, l'alcool, la solitude et les larmes et les sourires quand le courrier arrive, selon ce que racontent les lettres..." Après la guerre, c'est encore et toujours la guerre.
Impossible désormais d'oublier l'évocation sans concession de Bordeaux, surnommée autrefois "la belle endormie". La ville de l'oubli qui a préféré jeter le voile sur le commerce triangulaire, sur les exactions de Pierre-Napoléon Poinçot, chef de la Section des Affaires Politiques, auxiliaire zélé de la Gestapo qui torturait Cours du Chapeau-Rouge, sur le maire Adrien Marquet qui prônait la collaboration avec l'Allemagne nazie, s'est refait le pucelage en élisant le résistant Jacques Chaban Delmas à l'Hôtel de Ville. Au delà des façades XVIIIème et des demeures bourgeoises, Hervé le Corre ressuscite une ville qui n'existe plus, le port dont on a oublié qu'il fut autrefois si vivant, Bacalan, les Capus, Bordeaux et ses banlieues populaires dans une langue riche et dense saupoudrée d'un bordeluche jamais "folklorique" qui colle si bien à la réalité.
Un des plus beaux romans lus ces dernières années.
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nameless
  13 septembre 2017
A Bordeaux, comme ailleurs après la fin de la seconde guerre mondiale, la guerre ne s'arrête pas instantanément, car ils sont encore là, les collabos, les faux résistants, les flics, les préfets, chefs de cabinets qui ont organisé des rafles, contresigné des demandes d'arrestations, torturé à bras raccourcis, outrepassé et anticipé les ordres de l'occupant. Quand ils ont senti le vent tourner en 43, ils se sont inventé en toute hâte des actes de bravoure et fabriqué des alibis. Si certains, rares, ont été jugés, la plupart infestent encore toute la société, les administrations, recasés, récompensés même. L'épuration passe sur eux comme un nuage insignifiant. L'époque sent le soufre, les comptes ne sont pas tous soldés.

Le commissaire Darlac appartient à l'espèce des ordures authentiques, tortionnaire, dénonciateur, assassin, spoliateur, trafiquant et plus si affinités. Il règne en maître incontesté sur le troupeau de « veaux » qu'il a à sa botte : flics pourris, truande bordelaise, putes, escrocs, souteneurs, qu'il intimide, menace, torture ou tue, selon ses besoins personnels ou professionnels. Mais il n'y a pas de bonne police sans mauvaises fréquentations, n'est-ce pas ? Et que fait la justice ? Elle a du mal à enquêter sur ce qu'elle a rendu possible. Il aime ça Darlac, remettre les gens à leur place, les tenir en respect, les clouer vivants, les voir se débattre face à sa « Stratégie de la terreur », leur promettre une protection pour mieux les exterminer.

Jusqu'au jour où un mystérieux tueur fantômatique fait son apparition dans la ville, s'en prenant inexplicablement à l'entourage du commissaire, à sa propre fille à qui il demande de transmettre un message : « Dis à ton père que je suis revenu et que je reviendrai ». Darlac pressent un criminel à sa hauteur, d'une autre espèce, solitaire, à la poursuite d'un but, d'une obsession, inaccessible à la pitié, méprisant l'argent et les biens matériels, que la mort n'effraie pas, qui n'a peut-être plus rien à perdre. Darlac redoute un séisme qui va le secouer et se propager pour engloutir le petit univers dont il se croyait le centre.

Et pendant ce temps, une autre guerre, qui ne se livre pas contre une armée mais contre un peuple, décime déjà la jeunesse tout juste rescapée de la précédente. Daniel a reçu sa feuille de route pour aller sous le soleil, dans la poussière, rejoindre cet asile militarisé qui fabrique des déments par milliers, des fous meurtriers, des obsédés sexuels violeurs, des idiots mutiques et des biturins hébétés, un asile à ciel ouvert, qui vole l'âme de ces jeunes gens pour leur rendre salie, froissée, puante, rétrécie, réduite à un uniforme souillé par toute la saloperie humaine. Comment garder les mains propres dans une sale guerre ?

Après la guerre raconte les destins croisés de Jean Delbos, de Daniel, son fils, de Darlac. Roman foisonnant, d'une puissance émotionnelle rarissime, construit justement comme une machine de guerre, qui balaie sur son passage cette période floue de l'Histoire récente, de la Shoah à la Guerre d'Algérie, que beaucoup préféreraient feindre d'oublier ou enterrer avec ses morts, en oubliant ses survivants. Heureusement Hervé le Corre, (comme Didier Daeninckx) est là, pour gratter les écrouelles de l'Histoire et mettre à jour la purulence toujours à l'oeuvre sous les croûtes mal cicatrisées. Tout dans ce roman est juste et brillant, le langage fleuri et populaire, l'atmosphère d'une ville et la vie après-guerre. Le récit de la vie quotidienne des appelés en Algérie est foudroyant de réalisme. La complexité nuancée des personnages interdit tout manichéisme simpliste. Enfin, l'auteur ne juge pas, il raconte. Magistralement, historiquement, politiquement, idéologiquement, à hauteur d'hommes et femmes ordinaires pris dans les tourmentes de l'Histoire. Bien sûr, il s'agit d'un roman sombre, noir, laissant filtrer peu d'espérance, à travers quelques vers d'Eluard ou de Rimbaud, ou à travers quelques personnages secondaires, portés par de nobles et fraternels idéaux. Mais peut-on être gai et optimiste si l'on est lucide ?

Un chef-d'oeuvre, une lecture indispensable.
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CasusBelli
  26 avril 2021
C'est ma première rencontre avec Hervé le Corre et ce ne sera pas la dernière tant cette lecture m'a passionné et même impressionné.
Il s'agit d'un roman noir, très noir même, je ne dirai que le minimum de l'intrigue pour ne parler que de mon ressenti, pour commencer c'est remarquablement écrit et très bien construit, l'auteur va prendre son temps pour poser le décor et nous présenter les trois acteurs principaux de cette sombre histoire.
J'ai aimé pour plusieurs raisons, la première c'est que l'auteur va planter l'essentiel de son décor à Bordeaux et nous parler de la ville de façon quasi documentaire et ça j'apprécie énormément, apprendre et désapprendre des choses, vous je ne sais pas mais moi je pensais que Bordeaux était une ville calme et bourgeoise, je ne savais pas qu'il avait pu y avoir une "pègre" et des bas fonds dans cette ville prospère.
La deuxième raison c'est l'aspect historique, la collaboration vue de Bordeaux avec une Gestapo et des flics particulièrement zélés pendant l'occupation, et le parcours de ceux (nombreux) qui sont passés au travers des mailles du filet lors de "l'épuration", nous en retrouverons certains pendant cette histoire.
La troisième raison est que le récit est habilement structuré, lentement, en alternant le récit souvent introspectif des trois personnages principaux avec de nombreux flash back qui petit à petit vont nous dresser un tableau d'une grande précision et d'une force émotionnelle certaine.
La dernière raison est que les personnages sont formidablement dessinés, Jean le "revenant", homme torturé et avide de vengeance, Darlac le flic pourri, probablement la plus belle ordure de "papier" que j'ai rencontré, et enfin Daniel, un jeune homme dans la tourmente émotionnelle.
Si je devais oser une image, ce serait qu'il faut vous attendre à marcher dans la boue (ou autre chose c'est selon) et à avancer avec une pince à linge sur le nez, c'est sombre et parfois amoral, en un mot c'est parfaitement réussi dans son genre.
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Archie
  23 avril 2019
Ne pas se fier à sa première impression ! Après la guerre n'est pas une série noire à deux balles comme le premier chapitre a failli me le faire juger : lieux sordides, personnages barbares, scènes insoutenables de violence, écriture argotique. Certes, ce roman est un polar noir et un thriller percutant. Il est aussi une éblouissante démonstration littéraire.
Dans Après la guerre, Hervé le Corre, ancien prof de lettre, auteur de plusieurs romans policiers à succès, embarque le lecteur dans sa ville, Bordeaux, à la fin des années cinquante. Loin de la métropole à l'image raffinée et élégante d'aujourd'hui, c'est alors une ville grise, repliée sur elle-même. L'intrigue se situe dans les quartiers populaires : habitations ouvrières fatiguées, ateliers et entrepôts délabrés, rives sinistres de la Garonne, entrelacs mystérieux de voies ferrées, troquets miteux mal famés.
Le souvenir de la guerre pèse encore sur les esprits. Des malfrats enrichis par un commerce indigne avec les Allemands ont passé sans dommage le filtre de l'épuration, et ceux qui ne se sont pas entretués depuis sont toujours aux affaires, protégés par les mêmes policiers que pendant l'Occupation. Il avait bien fallu, à la Libération, privilégier la continuité du Service Public.
Dans ce contexte glauque, deux personnages sont frénétiquement à la recherche l'un de l'autre. Leurs intentions sont claires et ils sont prêts à tout pour atteindre leur but. Y parviendront-ils et comment ?
Le commissaire Albert Darlac est un flic corrompu, un homme brutal, amoral, infect à tous points de vue. Un ancien collabo très malin, qui a su rebondir après la guerre, grâce aux dossiers qu'il a constitués sur les uns et les autres. On le déteste et on le craint. Il privilégie toujours ses intérêts personnels. Gare à qui se met en travers de son chemin, rien ne peut l'impressionner, pas même un tueur mystérieux qui s'en prend à des proches…
André, alias Jean, est revenu de déportation sans sa femme, gazée à Auschwitz. Tous deux avaient été raflés sur dénonciation, il en est convaincu. Après une dizaine d'années à tenter de se reconstruire à Paris sous une nouvelle identité, il est de retour avec l'intention de régler des comptes. Avec aussi l'espoir de retrouver le petit garçon qu'ils avaient mis à l'abri avant d'être arrêtés.
Et justement, en contrepoint, un troisième personnage : Daniel, vingt ans. Il se souvient à peine de ses parents et il est persuadé qu'ils sont tous deux morts en déportation… Et c'est à nouveau la guerre ; en Algérie, cette fois. Daniel découvre la vie en garnison, les bidasses plus bêtes que méchants, le bleu fascinant de la mer et du ciel, vite effacé par la poussière et l'incandescence. Les premières images d'horreur sont un traumatisme qui instille la peur, la terreur. S'en suit la haine, le désir de vengeance, le réflexe de tuer pour ne pas être tué. Comment s'en sortir ?
Les chapitres sont consacrés tour à tour aux trois personnages. Avec un réalisme saisissant, l'auteur y dévoile sous forme narrative, l'évolution de leurs réflexions et de leur état d'esprit. Il adapte son style d'écriture à chacun, dans la continuité des dialogues, où les langages reflètent carrément les personnalités. L'affreux Darlac jacte « façon tontons flingueurs ». André/Jean parle peu ; à son retour des camps, il s'était mis à écrire ; des textes sobres aux mots justes et aux phrases bien tournées, qui ne peuvent contenir l'émotion, ruisselante.
Hervé le Corre m'a tenu en haleine pendant les cinq cents pages du roman. Ses digressions, nombreuses, sont autant de promenades plaisantes. Elles rendent aussi bien compte de l'atmosphère crépusculaire des bas-fonds bordelais que de la lumière étincelante du djebel algérien. Elles m'ont fait suivre avec curiosité le quotidien d'une famille de sympathisants communistes – en ces années, le Parti était la première formation politique française –. Elles m'ont accompagné dans l'intimité de Daniel, dans les remords d'André/Jean, dans les stratagèmes tortueux de Darlac, un personnage qu'elles m'ont fait haïr et dont j'ai attendu désespérément la chute… Jusqu'à la dernière ligne…

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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LoloKiLi
  08 février 2019
Ça commence glauque, ça finit glauque, et au milieu c'est glauque. Donc a priori là on est plutôt sur du glauque.
Bordeaux, si lumineuse aujourd'hui, est aussi noire ici que dans mes souvenirs d'enfant, où l'urbanisme bourgeois de la belle endormie se morfondait en façades couleur de suie. Mais des années plus tôt, dans ce temps flou d'après-guerre où nous entraîne l'auteur, le noir sévit aussi dans les âmes, au sein d'une société disloquée et corrompue jusqu'à la moelle.
Et puis si la guerre – la seconde – est bel et bien terminée, il y a l'autre, celle d'Algérie, histoire de prolonger les réjouissances. On se marrait bien dans les années cinquante.
De son côté l'ami lecteur progressera donc d'intrigues en péripéties entre Bordeaux et Alger, suivant la trace de divers personnages parfaitement campés et judicieusement répartis sur l'échelle de la coolitude, de niveau “abject” à échelon “attachant”, c'est selon.
Seul élément immuable dans ce roman qui secoue pas mal quand même, le talent d'Hervé le Corre qui parvient miraculeusement à associer une prose délectable et presque poétique à des thèmes d'une noirceur quasi permanente. C'est une des belles surprises que m'a réservées ce bouquin, mon premier le Corre, et pas le dernier, c'est certain.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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critiques presse (2)
Telerama   02 avril 2014
Composé en virtuose, son roman joue de deux registres de langue, l'argot savoureux des bistrots et des mauvais garçons, qui rappelle Albert Simonin, et une prose limpide, sèche et sensible, qui vous transperce d'émotion. Superbe.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   27 mars 2014
Le monde défait les hommes, mais les hommes font le monde. Un paradoxe aux allures métaphysiques que Le Corre ancre dans le quotidien de chacun. C'est banal. C'est extraordinaire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (121) Voir plus Ajouter une citation
Cricri08Cricri08   20 novembre 2021
Mais si tous les gens qu'il a trahis venaient réclamer justice, il y aurait une file d'attente jusque sur le trottoir. Et si en plus les morts s'y mettent, il va falloir trouver les moyens de les tuer une deuxième fois.
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Cricri08Cricri08   20 novembre 2021
A Bordeaux comme ailleurs chacun se tait, feint d'oublier les morts et d'ignorer les survivants.
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enjie77enjie77   06 septembre 2018
Darlac s'empare du plat et découpe des tranches épaisses. Volaille et foie gras. Cadeau d'un boucher-charcutier des Grands-Hommes qu'il a tiré l'an dernier d'un mauvais pas : une dette de jeux réclamée avec inisistance par un bras cassé, un julot casse-croûte qui se faisait menaçant. Comme c'était un ancien rugbymann, un colosse taillé à la serpe qui prometttait de transformer la boutique en abattoir, l'honorable artisan de la barbaque qui vendait du rôti aux rombières des Chartrons, avait eu peur pour ses os.

Il ne savait pas à qui il s'attaquait , le demi de mêlée. Il ne pouvait pas deviner que Darlac et le désosseur de ces dames avaient été en affaires en 43 : quelques meubles précieux, quelques bibelots et des tableaux volés dans les appartements après les rafles ; et un terrain juste après Mérignac, sur la route de l'aéroport, trois hectares de prés à vaches qui finiraient bien par se construire un jour, confisqués d'un trait de plume par un sous-fifre de la préfecture, certifiés par un notaire.

L'autre abruti s'est fait serrer un soir par une douzaine de flicards dans les bras de sa gagneuse, parfumé à l'eau de Cologne, des billets plein les poches. Et un petit paquet d'opium plié dans du papier journal pour faire le compte, glissé en douce, à la faveur de la confusion, par un inspecteur en service commandé. Les flics ont failli se poser des questions, sur le moment, tant sa surprise semblait réelle. Un doute a commencé de soulever leurs chapeaux. Puis ont conclu que ce trouduc était un acteur formidable, comme beaucoup de branquignols qui leur passaient sous la lampe. Enfoncés Gabin et Gérard Philipe. Tous les jours au bureau c'est cinoche en relief, théâtre en chambre, rires et larmes pour scénarios foireux. Le moindre inspecteur en sait autant que Louis Jouvet dans "Entrée des artistes" et démonte preuves en pogne les fausses confidences, les vraies fourberies, démasque les ingénues sanguinaires, traque les airs faux, soigne les trous de mémoire, tape même les trois coups avec un annuaire quand le rideau tarde à se lever.


Note : "Je me fais mon film toute seule, je distribue les rôles, devant ces savoureux dialogues".


Page 146
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aleatoirealeatoire   02 octobre 2018
Et un jour, moi aussi je suis mort.

La lumière était insupportable. Tout était blanc, à perte de vue, saupoudré de neige fraîche et encroûté de glace. Le soleil tombait là-dessus et tapait sur cette blancheur et en tirait des éclats aveuglants. Le ciel était d'un bleu pur tellement transparent et profond que je m'attendais à apercevoir en plein jour quelques étoiles.
La route était vide. Les traces de pas recouvertes de neige filaient vers l'ouest en millions de creux bleuissant sous la lumière crue. Empreintes de fantômes. Le silence était total dans l'air immobile. J'entendais cogner sous mon crâne le battement de mon sang mais ce ne pouvait être qu'un écho lointain de la vie, parce que j'étais mort. Je l'ai su à cet instant. Jamais je ne reviendrais de cette terre figée, jamais je ne quitterais ce chemin balisé de cadavres. Jamais je ne retrouverais la vie. J'allais sur cette route parmi les morts abandonnés sur les bas-côtés, sans appui sur le sol poudreux et froid, ni consistance physique. J'étais seul désormais à me voir, à éprouver la réalité matérielle de mon spectre. Je me confondrais pour les autres dans la transparence de l'air. Leurs regards passeraient à travers moi sans deviner jamais ma réalité.
La nuit s'ouvrirait parfois autour de moi et seules me reconnaîtraient alors les âmes errantes que je croiserais par hasard, les yeux morts d'épouvante comme les miens, la gueule grande ouverte sur leur dernier souffle.
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aleatoirealeatoire   20 septembre 2018
Les copains lui demandent souvent comment il fait pour se rappeler ainsi tous les films qu'il voit, le nom des acteurs et du réalisateur, des détails de ce genre auxquels eux ne prêtent guère attention. Il leur répond simplement qu'il aime ça et que s'il pouvait il irait tous les jours au cinéma et écrirait des livres là-dessus et des critiques dans les journaux. Les autres trouvent ça extravagant, écrire un livre, et quoi d'autre ? Lui, le mécano de la rue Furtado, le gamin grandi ici à Bacalan ce quartier d'ouvriers à l'orée de la ville et des marécages ?
Il n'ose pas dire qu'avec un mètre pliable il s'est fabriqué un petit cadre rectangulaire qui tient dans une poche et que souvent il regarde les gens et les choses entre ces angles droits et qu'alors n'existe que ce qu'il voit, plus précis, plus profond, plus singulier, plus fort. Il n'ose pas dire, parce qu'on le prendrait pour un fou, qu'il cadre des femmes marchant dans la rue et qu'elles sont plus belles, que la ville elle-même qu'il enferme dans cette géométrie devient alors le décor d'intrigues qui pourraient surgir n'importe où, au coin de cette rue, au milieu de cette place, derrière cette fenêtre, dans cette voiture qui passe et roule trop vite...
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Vidéo de Hervé Le Corre
À quoi bon risquer sa vie pour sauver une seule femme, pour arrêter un seul meurtrier, quand une tuerie de masse s'annonce ? Parce que tenir debout, continuer le combat, là réside le salut, nous dit Hervé le Corre qui a écrit un – grand – roman noir sur le courage des perdants de l'Histoire. Quand la fiction nous invite dans les rues de la Commune.

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