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Critiques sur L'Archipel d'une autre vie (113)
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alainmartinez
  10 septembre 2016
Andreï Makine, nouveau membre de L'Académie Française, nous offre avec « L'Archipel d'une autre vie » un magnifique roman. Avec un grand talent il nous entraine dans une grande aventure dans sa Sibérie natale.

Nous sommes dans les années 1970 en Sibérie extrême-orientale, un jeune garçon rencontre Pavel Gartsev. Cet homme va commencer à lui raconter son histoire.

Flashback !

Nous sommes en 1952, l'URSS de Staline se prépare à une possible guerre atomique. Cinq soldats dont Pavel sont envoyés à la poursuite d'un évadé du Goulag. Commence alors une longue chasse à l'homme dans la taïga Russe. Dans cette nature hostile, les hommes, de plus en plus épuisés par cette battue d'un fugitif qui les tient toujours à distance, vont révéler leur réelle personnalité. Lorsque Pavel réussira à le rejoindre et connaîtra qui est l'évadé, sa vie ne sera plus la même.

Dans ce décor hostile mais magnifique, l'homme prendra conscience de la violence de notre monde et se rendra compte qu'il est du mauvais côté. Andreï Makine, car c'est bien lui le jeune garçon qui recueille le témoignage de Gartsev, nous envoie un message : arrêtez la violence, les armes, les fanatismes, les pollutions, regardé notre terre, il y a une autre façon de vivre.

L'écriture de Makine est magnifique, le style est vivace. L'auteur nous transmet son amour pour sa Sibérie et son inquiétude pour notre monde. L'histoire vous tient jusqu'à la dernière page. Un roman qu'on dévore.
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Annette55
  26 septembre 2016
Voici un roman d'aventure et de passion, une histoire rude et puissante, une marche forcée dans la taïga mâtinée de forts accents politiques.
Aux confins de la Sibérie extrême orientale, nous faisons connaissance avec un étrange "homme à capuche", un certain Pavel Gartsev.
En 1952, ce vétéran de la guerre, alors âgé de 27 ans, ayant connu une désillusion amoureuse se trouve enrôlé par le comité militaire pour un stage des plus curieux.
Les autorités Russes anticipent la 3° guerre mondiale..
Ils ont choisi ce lieu, pas loin du Pacifique pour effectuer une simulation, soumettant ces jeunes gens aux séances de tir obligatoires, à des marches forcées dans de lourdes combinaisons.

Pavel exécute une mission étrange en compagnie des camarades : Ratinsky, Boutov, Vassine, Louskass et le chien Almaz.
Cette patrouille doit mettre la main au plus vite sur un évadé, agent occidental?, ancien soldat nazi? Echappé d'un camp de prisonniers armé d'un fusil ......
Cette traque prendra un tour tout à fait inattendu mais ....n'en disons pas plus....
L'auteur a l'art d'installer la situation, le talent de brouiller les pistes, de plonger le lecteur dans ce décor hostile , oú brusquement des surprises peuvent survenir ...
Une chasse à l'image d'une bête traquée , poursuivie sans relâche , haletante......
Au total, un superbe récit de voyage oú les sentiments dominent la prédation, une histoire d'amour touchante et inattendue, un bel hommage à la taïga : nature brutale, froide, puissante , prenante.
Une exploration des émois et des tréfonds de l'âme humaine aux confins de l'Union Soviétique dans les années 50 , à un moment où le " communisme vieillissant " connaît un certain déclin........

Un bien belle découverte de la rentrée littéraire que l'on pourrait qualifier :"l'individu qui voulait être proie"........
Merci infiniment à mes ami(e)s de la bibliothèque de Pierrefitte
qui m'ont proposé ce beau livre !
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Piatka
  21 décembre 2016
Les quelques livres que j'ai déjà lus d'Andreï Makine m'amènent à la conclusion suivante : il est explorateur !
Explorateur des mots, de la phrase habilement troussée, mais surtout de l'âme humaine, de la vie même.
J'avais tout particulièrement apprécié le livre des brèves amours éternelles, des nouvelles d'une universalité et d'une sensibilité rares. Son archipel d'une autre vie m'a entrainée dans ce que j'appellerais volontiers un western sibérien, rythmé, prenant, et magnifiquement écrit. Une réussite !

L'intérêt de ce roman est double. Certes, c'est un formidable roman d'aventure au coeur de la taïga russe extrême-orientale, c'est aussi et avant tout une quête existentielle - le tout se déroulant principalement à la fin de l'époque stalinienne, dans les années cinquante.
La traque d'un fugitif dans une nature hostile va permettre à cinq soldats de dévoiler leurs vrais visages et d'aller pour certains loin, très loin, au point de se remettre totalement en question.

Dénoncer bêtise et violence humaine, faire prendre conscience de la beauté mais aussi de la fragilité de la nature, éprouver la résistance humaine…pour donner à voir la possibilité d'une autre vision de la vie.

« Les semaines passées dans la taïga m'avaient appris un savoir-faire plus instinctif, débarrassé des raisonnements peureux qui retardent l'action. » 
« Je n'aurais jamais cru que l'homme avait besoin de si peu. »
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palamede
  25 janvier 2017
L'archipel d'une autre vie c'est l'histoire d'une traque où chacun révèle sa personnalité. Où chacun a peur des autres, des délateurs.

Et dans la société soviétique, le voisin, le chef, le subordonné, ils sont nombreux les dénonciateurs en puissance. Alors se taire, ne jamais se confier est une question de survie, le meilleur moyen pour éviter d'aller croupir ou mourir dans un camp. Une prudence que les chasseurs, Ratinsky, Boutov, Vassine, Louskass et Pavel, vont pourtant oublier à cause de la personnalité du traqué. Prolongeant la chasse celui-là se joue d'eux et les pousse à se dévoiler.

Une histoire qui symbolise le système soviétique des années 50, alors que le pays possède désormais la bombe atomique pour contrer les Américains. Les militaires, représentants de l'Etat, sont des mouchards en puissance et des arrivistes. Des petits chefs qui se craignent entre eux. L'Évadé étant le dissident qu'il faut éliminer de façon exemplaire.

Si Makine nous convie à un très beau voyage aux confins de la Sibérie, c'est toujours pour nous raconter son pays qu'il aime. Une exploration dans une nature belle, âpre et sauvage, où des hommes comme Pavel savent qu'à force de prudence, compromis ou résignation, ils sont devenus des pantins. Des existences qui peuvent changer pour ceux qui s'autorisent à croire encore à l'amour. Magnifique
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michfred
  08 janvier 2017
Je ne sais pas vous, mais les récits gigognes m'ont toujours fascinée. Ils ont le pouvoir, mine de rien, de nous emmener dans des terres inconnues, rien qu'en passant le relais d'un narrateur à l'autre, d'un récit à l'autre, et de nous perdre en nous charmant ou de nous charmer en nous perdant.

L'Archipel d'une autre vie est comme la flûte du joueur de Hamelin : un irrésistible appel à le suivre et à se perdre avec lui.

Au fin fond de la taïga, traversée de torrents et de bêtes farouches, au bout de l'hiver, dans les glaces sibériennes, au bord de la mer d'Okhotsk, dans l'archipel des Chantars, sur la Belitchy, cette grande île sauvage gardée par son terrible « souloï », un mur liquide de quatre mètres de haut…

Vous êtes perdus déjà ? Tant mieux ! Laissez-vous faire !

Un jeune orphelin, fils de prisonniers disparus dans le Goulag stalinien enfin dispersé, rencontre à Tougour un voyageur qui l'intrigue, le fascine. Un nomade à capuche, à la fois fraternel et mystérieux qui a l'âge d'être son père. de loin, d'abord, dans l'épaisseur de la taïga, il le suit.

Mais le suit-il ou est-ce l'étranger qui insensiblement se laisse rattraper par le jeune homme ?

Bientôt en effet, ils se rencontrent. L'homme s'appelle Pavel Gartsev ; il raconte à l'adolescent son histoire. Attentivement, sans l'interrompre, il la suit.

Pavel était soldat, dans un camp où l'armée soviétique, en pleine guerre froide, se préparait à la guerre nucléaire, en Sibérie est-orientale. Un prisonnier s'évade. Un commando de cinq hommes est nommé pour le rattraper, vivant, afin de lui infliger un châtiment dissuasif et exemplaire. Pavel, simple troufion, est le bouc émissaire tout trouvé en cas d'échec.

Mais il n'y a pas à discuter. Il les suit.

Le groupe s'enfonce dans la taïga aux derniers feux de l'été sibérien trop court. Devant eux, le fugitif marche, jamais très loin, allumant des feux multiples pour les leurrer, croisant et recroisant sa piste comme pour les égarer, ou les retrouver, à sa guise. Ils le suivent.

Mais le suivent-ils ou sont-ils subtilement menés par lui, dans une forêt dangereuse, pleine d'embûches et de pièges ? Comme dans l'histoire des Horace et des Curiace, l'évadé se laisse suffisamment approcher pour se débarrasser un à un de ses poursuivants, qui repartent pour le camp, l'un après l'autre, meurtris, sur des radeaux de fortune..

Pavel, lui, est toujours là. Il suit.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire qui est ce fugitif habile qui se confond si familièrement avec la taïga, et semble apprivoiser l'hiver redoutable qui vient.

Mais sachez que cette poursuite obstinée va changer le cours de deux existences : celle de Pavel et celle, bien des années après, du jeune orphelin apprenti en géodésie dans la Russie devenue post soviétique. Plus de dictateur à moustache avec son enfer blanc de Kolyma, mais des capitalistes oligarques avec leurs paradis fiscaux et touristiques. Autres machines à détruire les hommes, les existences, les rêves.

Quelque cinquante ans d'histoire russe défilent en trame de fond derrière ce récit plein d'ombres menaçantes- et cependant si lumineux. Car le paysage est là, qui éclaire tout : la Sibérie est-orientale tant aimée de Makine, le pays de l'hiver aux étés si brefs, à la neige si blanche, une terre d'ours et de loups, une mer de baleines chantantes et d' îles farouches - refuge inexpugnable des exilés volontaires, fuyant la folie des hommes.

Un pays qui peut se refermer sur vous comme un piège à ours, ou vous ouvrir les portes de la vie.

L'archipel d'une autre vie. La vraie vie. Celle d'une osmose entre l'homme et la nature, pas tendre pourtant. Celle où les baleineaux viennent se faire caresser par de longues tresses noires. Celle d'un amour éternel, presque mythique, dont l'esquif à voile carrée revient, comme la barque de Tristan et Yseut, hanter ces parages de glaces et de brumes.

Suivez, à votre tour, la piste du fugitif, mettez vos pas dans ceux de Pavel.

Découvrez le courageux Vassine et son chien Almaz, Louskass le chefaillon, qui « se croyant au service d'une idée, ne supportait pas les imperfections de la vie », Ratinsky, éternel mouchard, éternel traître, éternel esclave du pouvoir en place, le rude commandant Boutov, et Elkan, du peuple toungouze, dont je ne vous dirai rien…

Découvrez la différence entre exister et vivre. Entre poursuivre et suivre. Descendez au fond de vous-même et tuez ce pantin de chiffon qui vous brouille la vue, qui vous gâche la vie.

Même s'il faut, pour cela, se perdre dans la taïga un soir d'hiver, et guetter les lueurs clignotantes de trois feux dans la nuit, cela en vaut la peine.

Suivez les trois feux dans la nuit.

Suivez-les !
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Lolokili
  27 octobre 2017
Décidément ça caille ces temps-ci. Après avoir suivi Alice Ferney en Antarctique me voilà sur les traces d'Andreï Makine, aux confins de sa Sibérie extrême-orientale. Union soviétique de Staline au début des années cinquante plus précisément, ambiance répressions idéologiques, guerre froide et potentielle imminence de conflit atomique.

Après quelques pages un peu lancinantes, l'intrigue s'installe. Une patrouille de cinq troufions et officiers plus ou moins motivés est expédiée aux trousses d'un énigmatique évadé du goulag.

Progressivement l'aventure se fait plus singulière et captivante. Les tempéraments se révèlent, perturbés par une progression difficile dans la Taïga hostile, désorientés par les ruses d'un fugitif insaisissable qui mystérieusement semble défier ses poursuivants. Au fil des épreuves, gagné par les réminiscences du passé, chacun dresse à sa manière un état des lieux de sa propre existence, loin d'imaginer à quel point ces journées de traque en modifieront le cours.

Voilà pour les grandes lignes, déjà engageantes je l'espère. Ensuite il m'est bien intimidant de célébrer comme elle le mérite la puissance d'écriture de Makine qui porte admirablement ce récit âpre et authentique, entre barbarie des hommes et splendeur implacable de la nature indomptée.

Car à la fois roman d'aventures et quête spirituelle, conte humaniste et chronique politique, cette oeuvre au titre magnifique m'a définitivement émue, captivée, marquée, embarquée, voire déboussolée, et pour cause, puisque l'Archipel des Chantars dont il est question ici présenterait une anomalie magnétique affolant compas et boussoles. De quoi en effet perdre le nord, mais pour finalement découvrir peut-être… un trésor ?...


Ҩ

Une merveille de lecture que je dois à l'opération Masse critique de Babelio et aux éditions Points.
Merci beaucoup !


Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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Merik
  07 octobre 2017
Au début, c'est une histoire de poursuites enchâssées. Un ado orphelin et apprenti en géodésie est intrigué par un homme débarqué en hélicoptère à Tougour, "ce coin perdu de l'extrême Orient". Il se met à le suivre, sans trop savoir pourquoi, sans savoir non plus que c'est l'autre qui le précède. L'homme s'appelle Pavel Gartsev, et piège son poursuivant. Il lui raconte alors la grande histoire de sa vie, celle d'une autre poursuite à travers la taïga, quand lui et trois autres militaires furent réquisitionnés pour rattraper un fugitif.
Mais là aussi, on devrait dire que le fugitif précède ses poursuivants, tant il mène la danse. Un fugitif à la silhouette mystérieuse et à l'identité fluctuante, on n'en sait si peu sur lui qu'on peut tout aussi bien imaginer une métaphore de la mort, de l'amour, ou de la vie. Les 4 autres par contre apprennent à se connaître dans cet espèce de huis clos mobile en taïga, huis clos social où les personnalités étouffent malgré les grands espaces aérés, et révèlent leurs pantins intérieurs : "En moi, c'était ce pantin de chiffon, gardien de mon avidité sociale. Chez Ratinsky, le petit adolescent polonais tremblant à l'idée de manquer de réussites, de plaisirs....".
Une traque érigée en quête métaphysique, jusqu'au bout de soi-même, là où le pantin en soi n'a plus sa place, là où on voit apparaître un sens à la vie comme un archipel dans une mer d'Okhotsk démontée.
Un magnifique roman à l'écriture limpide, marqué par la cruauté des régimes soviétiques, et empreint des mystères de l'est.
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tynn
  30 octobre 2016
"Plutôt être ermite que vivre cette vie-là!"

Dans les contrées isolées à l'extrême est de l'immense Russie, un trappeur raconte à un jeune adolescent l'acte fondateur d'une autre vie: la traque dans la taïga d'un fugitif de camp de travail, poursuivi par cinq militaires. Une chasse infernale pour tous, gibier et chasseurs, et qui changera sa vision du monde et sa quête du bonheur.

De l'URSS stalinienne au libéralisme sauvage de la nouvelle Russie, l'auteur le plus slave de notre Académie offre un conte au souffle de grands espaces et au dépassement de soi.

La nature décrite par Andreï Makine, ça ne se lit pas, ça se vit!
Elle est omniprésente, nourricière et cruelle à la fois, magnifique et difficile. Elle se mérite et la comprendre est un véritable enjeu.
J'ai suivi en apnée cette chasse à l'homme, ces capacités humaines de résistance, et ce beau symbole humaniste du dépouillement pour découvrir l'essentiel. Savoir s'isoler pour survivre: il y a du mystique dans ce choix.

Au-delà du dépaysement qui invite au voyage, c'est un beau récit de vie d'homme, comme l'auteur a souvent eu l'occasion d'en écrire, dénonçant toujours la logique absurde du régime communiste et ses conséquences ubuesques sur le comportement de l'Homo Soviéticus
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Allantvers
  16 mars 2017
Coup de coeur absolu pour ce magnifique roman, dont le message déploie peu à peu toute sa profondeur au fil d'une traque impitoyable visant la plus éprouvante des quêtes : celle de la liberté.
Aucune épreuve n'est épargnée à Pavel, soumis à la férocité des hommes face à laquelle la brutalité des éléments est peu : Enterré vivant, soumis aux caprices de supérieurs sans valeurs, cyniques et tyranniques, entraîné à poursuivre dans la taïga hivernale un échappé du goulag, Pavel n'aura de cesse de dépasser sa peur et sa douleur afin de faire taire en lui la voix de ce pantin veule et conformiste qui sommeille en chacun ; c'est étrangement l'évadé, qu'ils poursuivent avec une obstination absurde, qui servira d'aiguillon à cette quête et permettra à Pavel, débarrassé de ses tortionnaires et de ses démons intérieurs, de se révéler à lui-même, en lien puissant à la Nature et loin de la communauté délétère des hommes.

Par sa violence, sa profondeur, sa portée universelle, cette histoire allégorique, raconté au jeune Andrei Makine qui nous la transmet à son tour se lit avec frénésie et résonne durablement car elle touche très profondément à ce qu'il y a de plus essentiel en l'homme, tout en questionnant de manière tout aussi pertinente la nature de son rapport à l'autre.
Un roman qui bouleverse au sens propre : qui trouble profondément et modifie radicalement quelque chose en nous.
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Rebka
  09 septembre 2017
Au moment de la sortie de ce livre, j'ai vu Andreï Makine à la Grande Librairie. D'abord, je me suis dit qu'il ressemblait vraiment à un agent secret. Impressionnant. Après, quand il a commencé à parler, j'ai moins fait la maligne. Impressionnée. J'ai donc noté le livre dans un coin de ma tête, et il y est resté bien sagement jusqu'à samedi dernier, jour où je suis tombée dessus lors d'un passage en librairie.
Je l'ai feuilleté et là, tout de suite, j'ai su qu'il me fallait le lire : moi aussi j'avais besoin de comprendre comment cesser de simplement exister pour enfin se mettre à vivre... Et s'il fallait pour cela partir en quête d'un archipel perdu je ne sais trop où, eh bien soit, qu'à cela ne tienne, je ferai ce qu'il faut.

Depuis, vous pensez bien, je me suis documentée et j'aime autant vous prévenir : ce chemin jusqu'à l'archipel, c'est pas vraiment une partie de plaisir, oh que non ! Je sais pas vous, mais moi généralement, quand je pense à un archipel, je m'imagine un truc à base d'eau turquoise, de sable blanc et de cocotiers s'agitant doucement sous les alizés, et là, pas du tout, rien à voir, l'archipel en question est fait d'un tout autre bois. Les Îles Chantar se situent dans la mer d'Okhotsk (essayez de le dire à voix haute juste pour voir ^^), au large des côtes de la Sibérie orientale. Oui, vous avez bien entendu, la Sibériiiiiiie ! Tout de suite ça pose les choses, hein, tout de suite on sait qu'on peut dire adios aux mojitos et aux cocotiers, et qu'on se rapproche plutôt de l'Archipel du Goulag…
Et on ne pense pas si bien dire. Parce que le Goulag, on est en plein dedans, enfin pour être exacte je devrais plutôt dire on est en plein dehors, puisque ce que nous raconte Andreï Makine, c'est une histoire d'évasion. Une fuite et une course poursuite, une traque sans répit à travers les espaces infinis de la taïga. Poursuivre et partir à la suite, la différence est subtile mais vous la verrez (et si vous êtes comme moi, vous aurez envie de suivre aussi).
Je ne vais pas trop en dire car il y a des choses dans cette histoire qu'il est bon de découvrir en temps et en heure mais sachez que je vous recommande vivement de prendre votre boussole et de partir sans plus tarder sur les traces de Pavel et Elkan, le voyage est inoubliable. Ah non, en réalité vous pouvez laisser la boussole à la maison, elle ne vous servira à rien : une anomalie magnétique se plaît à brouiller les pistes autour des Chantars, il faudra donc que vous cherchiez cet archipel là où il se trouve : au plus profond de vous…

Voilà, vous avez vu, je suis tombée sous une tonne de neige euh, non, sous le charme de Makine, il m'a ensorcelé avec son mystère et sa poésie, sa façon d'explorer la nature et l'homme - la nature de l'homme aussi - et vraiment, il m'a donné envie de le suivre jusqu'au bout du monde, sous le ciel étoilé et froid de la taïga, les yeux grands ouverts pour essayer de trouver le triangle de feux, cette “constellation de leur ciel à eux” (même que maintenant je rêve moi aussi d'allumer mes trois feux…)
Alors faites moi plaisir, n'attendez pas l'hiver, allez-y !
Lien : https://tracesdelire.blogspo..
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