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Critiques sur Donbass (43)
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Kirzy
  09 mars 2020
Rien ne rend mieux la réalité que la fiction, surtout lorsque c'est un reporter de guerre émérite qui prend la plume : Benoît Vitkine est lauréat 2019 du Prix Albert Londres pour sa série d'enquêtes publiée au Monde sur l'influence russe, notamment au Donbass.

Le Donbass, c'est cette région minière ukrainienne aux frontières russes, en proie à un conflit armé qui oppose depuis 2014 le gouvernement pro-européen aux séparatistes russophones soutenus par Poutine. Plus qu'une toile de fond, cette guerre qui n'intéresse plus personne est au coeur de ce roman dont la plus grande vertu est d'en rendre les enjeux compréhensibles, même pour un lecteur sans connaissances géopolitiques précises. Benoît Vitkine sait se faire pédagogue sans pour autant alourdir le récit.

L'immersion est immédiate. On est plongé dans l'intimité de la guerre, au plus près d'hommes et femmes ordinaires pour qui la guerre est devenue une routine. On sent que ce qui intéresse avant tout l'auteur, c'est de montrer l'intime dans le chaos, de montrer comment la guerre mine la psychologie des hommes et exacerbe les sentiments, pour le meilleur et pour le pire, dans un univers où il n'y a pas de place pour les tièdes ou les nuances.

Le pire, c'est le assassinat sauvage d'un enfant dans la ville Avdïivka tout près de la ligne de front. Un crime qui peut sembler dérisoire au vue des horreurs de la guerre, mais pour le colonel de police Kavadze, retrouver l'assassin, c'est se prouver que la guerre n'a pas tué toute humanité en lui, toute capacité à s'indigner. Il ne lâchera rien, lui le vétéran de l'Afghanistan, lui le flic désabusé qui se réfugie derrière un cynisme blasé pour éviter de souffrir plus que de mesure.

L'intrigue polar est bien là, mais ce n'est qu'un prétexte. Elle est traitée de façon un peu discontinue et il manque ça et là quelques rouages pour fluidifier son avancée qui passe souvent à l'arrière-plan. Maladresses qui importent peu tellement ce roman est plus qu'un polar. Avec son sens du détail, il distille une atmosphère singulière et imprime des images fortes dans les rétines : celle de cette cokerie, seule debout à faire vivre encore un tant soit peu cette ville martyre de Avdïivka ; celle de la traversée hallucinée de la ligne de front par Kavadze ; celle de la confrontation de ce dernier avec un homme rendu fou par les guerres passés. Et surtout ces inoubliables babouchkas qui tiennent le terrain pendant que les hommes jouent à la guerre, frappent ou boivent.

«  Elles étaient des survivantes. le quartier était rempli de ces veuves impassibles. Le pays pouvait bien s'étriper, elles continueraient à fabriquer des confitures et à mariner des champignons. Leurs maris s'étaient agités toute leur vie, puis leurs coeurs avaient lâché, fatigués de tant donner à des corps massifs, à des vies trop brutales. Elles, elles restaient. Elles vivaient quinze ans, vingt ans de plus que leurs hommes. Et pendant vingt ans, elles enfilaient chaque jour les mêmes chaussons, les mêmes robes de chambre. Elles accomplissaient consciencieusement la routine de leurs petites vies. »

Un roman captivant sur un angle mort de la géopolitique mondiale et du polar en général.
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Cannetille
  11 mai 2020
Le Donbass, bassin minier qui forme la partie Est de l'Ukraine, est depuis 2014 le théâtre d'une guerre entre le régime ukrainien pro-européen et les séparatistes russophones soutenus par Poutine. Dans la petite ville de Vdiïvka, en plein sur la ligne de front, la vie continue tant bien que mal, sous les tirs d'obus et de roquettes qui détruisent et tuent chaque jour un peu plus. La corruption et les trafics en tous genres ne semblent que mieux s'en porter, dans l'indifférence générale. Pourtant, lorsqu'un enfant est retrouvé assassiné, le chef de la police Henrik Kavadze sort soudain de sa torpeur pour se lancer dans une enquête dont il est loin de soupçonner les liens avec son passé de vétéran d'Afghanistan.


Au-delà du polar, en l'occurrence addictif et bien ficelé, ce sont les connaissances et l'expérience du reporter de terrain et du journaliste spécialiste de la zone qui donnent tout son relief à ce livre : Benoît Vitkine excelle à dessiner et à rendre intelligible l'intriqué contexte géo-politique de son histoire, mais aussi à restituer le climat si particulier de cette ville sinistrée, qui cumule la grisaille et la misère héritées des années soviétiques à la tension et aux dangers d'un conflit armé dont tous ont oublié les troubles raisons. Plongé dans ces lieux comme s'il y était, le lecteur y part à la rencontre de personnages plus vrais que nature, qui tous crèvent les pages et donnent le frisson : petites gens résignées à la peur et à la misère, hommes tués avant l'âge par la violence, les trafics et l'alcool, femmes acculées à la prostitution ou trop souvent laissées veuves sans ressources, fonctionnaires corrompus et voyous de tout poil, tous tentent de survivre avec les moyens du bord et une absence totale d'horizon. A la souffrance des civils s'ajoute celle des militaires, dont beaucoup ont connu le bourbier afghan et, quand ils en sont revenus, traînent leur traumatisme jusqu'à la folie. le chaos règne autant dans les têtes que dans les rues dévastées…


Impressionnant de précision et de véracité, ce livre qui se lit avec la facilité addictive du roman policier est avant tout un excellent reportage empli d'images fortes et inoubliables, une galerie de portraits représentatifs d'une population martyrisée oubliée par l'opinion publique internationale, et une manière aussi plaisante qu'instructive de comprendre le conflit entre l'Ukraine et la Russie. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Jeanfrancoislemoine
  13 février 2020
Au risque de paraitre ignare , je l'avoue humblement , pour moi , le titre du livre , " Donbass" , il n'évoquait pas grand chose sinon un mystère que j'allais forcément lever lors de ma lecture . Oui , et bien le Donbass, aujourd'hui , j'en sais un peu plus que ce qu'ont bien voulu m'en offrir les " actualités " que je regarde à la télévision. Évidemment, cette " région " ukrainienne située près de la frontière russe est en état de guerre depuis 2014 , mais cela ne semble pas de nature à troubler les consciences dans notre pays . D'un côté, on souhaite intégrer l'Europe , de l'autre la Russie ....Difficile et cruel dilemme pour les habitants qui , en optant pour l'un ou l'autre , ont déclenché une guerre qui , il faut bien le dire , ne dit pas vraiment son nom , ne semble pas susciter un intérêt de nature à émouvoir...Terrible . Il est là le cadre de ce roman .La guerre , les souffrances , le bruit incessant des obus qui éclatent ça et là, tellement proches , tellement lointains qu'on finit par les ignorer même si l'on sait que, un jour ou l'autre.....
C'est que , voyez- vous , dans ce monde cruel , certains savent évoluer, exploiter , échanger les richesses . Corruption , Backchichs , privilèges ,compromis avec l'ennemi , et les avoirs inondent certaines " poches " pour qui " la guerre est belle " .Tant pis pour ceux qui , ici ou là, voient leurs enfants transformés en chair à canon .
Business. Rien de bien nouveau , rien de bien original ....
Et puis , un jour , on découvre le cadavre d'un enfant ....Autre chose , là , non? ...Et le colonel Henrik Kavadze , chef de la police locale se lance sur l'affaire . Pas un marrant , le colon . Désabusé, c'est plutôt un observateur du " temps qui passe " . Oui , mais un enfant .....
Il faut faire la lumière sur cette histoire au grand dam de certains qui , au contraire craignent pour leurs juteuses affaires ...
Roman court , moins de 300 pages , ce roman n'en " dégueule pas moins " d'intérêt. Pour moi , il est déjà très bien écrit, sans temps mort , sans fioritures .Il est très bien documenté sur le conflit , décrit avec art les enjeux , les intérêts économiques plus ou moins licites ....Et puis , cette histoire de crimes et l'existence d'un éventuel psychopathe....Une menace pour de lucratifs trafics....pour de gros , très gros profits....Un polar ? Sans doute . Un roman historique ? L'avenir le dira . Un témoignage sur un " bourbier " pas si lointain de nous ? Certainement . Un bon bouquin ? Oh ,que oui .....
Le roman de Benoît Viktine, correspondant du Monde à Moscou , m'a été offert par ma chère épouse sur les conseils de mon libraire . La seule chose que je puisse dire est qu'ils ont fait un superbe choix que je souhaite partager avec vous ....La couverture , superbe à mon sens, donne le ton . Amateurs du genre , precipitez- vous....
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Sylviegeo
  21 octobre 2020
Vous connaissez le Donbass ? Non ? Humm alors voilà une bonne raison de lire ce titre de Benoit Vitkine. Déjà que l'auteur est crédible, journaliste, spécialiste des pays de l'Est et de l'ex -URSS, lauréat du prix Albert-Londres, on peut s'y fier je crois.
Alors, le Donbass est une région d'Ukraine, bassin houiller important où le conflit armé sévit depuis 2014 avec la crise ukrainienne et dont on entend peu parlé. Ce sont les séparatistes russophones qui ne reconnaissent pas le nouveau régime ukrainien, ce sont des frontières contraintes entre territoires conquis par l'un ou l'autre, c'est l'effondrement économique où les mines de charbon abandonnées par les autorités sont reprises par les mafias, c'est la corruption, ce sont les oligarques pas toujours très nets et pour certains c'est l'Afghanistan qui les hante encore. le meurtre d'un petit garçon près d'une mine mettra la ville en émoi et encore plus le policier chargé de l'enquête. Il enquête sur un terrain miné, dans tous les sens du mot. Il doit composer avec ses fantômes, ses collègues corrompus, avec une administration qui ne veut que balayer la poussière sous le tapis, bref il est seul avec sa vodka et sa désillusion.
Un récit crédible sur cette mauvaise guerre, une enquête policière dans un décor de cauchemar, bref un voyage dans un quotidien lugubre, trouble, où l'optimisme ne serait qu'un trait de l'esprit.
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Crossroads
  25 mars 2020
Le Donbass est un bassin houiller partagé, enfin tiraillé, serait plus exact, entre l'Ukraine et la Russie qui se livrent, depuis quelques temps, un combat sans merci.
Mais quatre années de conflit confèrent à ces bombardements une certaine routine.
Même si la populace semble s'y être accoutumée, l'assassinat d'un enfant vient soudainement perturber ces esprits fatalistes.
Le Colonel Henrik Kavadze trimballe son chapelet de fantômes.
Pas sûr que cette nouvelle enquête soit propice à un regain d'optimisme démesuré.

Arf, j'aurais pas dû, non, j'aurais pas dû attaquer Donbass en ces temps d'enfermement obligeamment exhorté.
De l'ordre de 135 euros, le niveau d'encouragement, ça calme les envies de grand air, forcément.
Besoin d'amour, de joie, de bonne humeur, (Zaz, tu te calmes!) d'ambiance guillerette histoire de ne pas se mélancoliser le quotidien.
C'est pas avec Donbass que j'allais me mettre à maltraiter du Piaf.
J't'en foutrais du rose, moi.
Ici, tout est noir.
Les hommes, les femmes, les villes, les vies.

Honnêtement, cette enquête relève plus du prétexte que du polar pur jus.
Et c'est peut-être ce qui explique que je m'y sois perdu, parfois, devant jongler avec moult personnages que j'ai eu du mal à intégrer (pour cause de maîtrise plus qu'aléatoire du patois local) et un contexte géopolitique aussi passionnant que déstabilisant.

Pourtant tout y est.
Les personnages homériques sont pléthores.
Entre flic qui boit la tasse (environ 60°C la bolée récurrente) lorsqu'il n'est pas corrompu jusqu'à l'os, brave commerçant opportuniste qui aura su surfer sur la vague belliciste, vieilles au coeur aussi vaste que les contrées qu'elles habitent, hommes désabusés à l'âme aussi noire que le charbon qu'ils extraient en frôlant le bénévolat, prostituée au grand coeur, le catalogue se veut généreux sans verser dans l'ostentatoire.

Autre facteur incontournable au charme aussi dévastateur qu'un lâcher de bombes journalier : la géographie urbaine.
Dévastées, balafrées, atomisées, ces villes délicieusement évoquées sont à l'image de ses rares autochtones. Pas prêtes de voir un tour-operator s'y intéresser de près.

Benoît Vitkine, en journaliste émérite des pays de l'Est, aura su également décrire, tout en pédagogie, les tenants et les aboutissants politiques d'une région taraudée par un antagonisme belliqueux.

Tout était là pour passer un grand moment.
Un seul absent, mon ouverture d'esprit qui avait dû se faire la malle alors que j'avais le dos tourné, l'abjecte couarde.
Complètement conscient d'être passé à côté, je me suis juré qu'un jour, j'y reviendrai.

Merci à Babelio et aux éditions Equinox pour ce monochrome charbonneux digne d'un Klein, c'est pas rien.
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umezzu
  05 avril 2021
Par moments, nos choix de lecture entrent en résonance avec l'actualité. J'avais quasiment fini ce livre que la presse rapportait des mouvements de troupes russes à l'est de l'Ukraine et dans la péninsule de Crimée, faisant craindre la reprise de la guerre civile larvée qui sévit depuis 2014 au Donbass, cette région à l'est de l'Ukraine. Et le sujet essentiel du roman de Vitkine est la situation inextricable que connaît cette région, jadis fierté de l'Union Soviétique grâce à ses mines et ses hauts-fourneaux. Une région dont les habitants ont pu se sentir abandonnés par le pouvoir de Kiev suite à la révolution pro-européenne de Maïdan. de là, un désir de revenir aux années considérées a posteriori comme heureuses de l'Union Soviétique dans une zone où les gens parlent autant – voire plus - russe qu'ukrainien. Depuis 2014, la révolte soutenue en sous-main par Moscou s'est transformée en guerre civile, avec deux pseudo-états séparatistes à Donetsk et à Louhansk.

Le roman de Vitkine pourrait être un roman policier : Henrik Kavadze, un colonel de police sans illusions, entreprend de retrouver le tueur d'un enfant horriblement mutilé retrouvé dans un terrain vague d'Avdiïvka, la ville ouvrière proche de Donetsk. Mais si Donetsk la capitale des séparatistes n'est qu'à quelques kilomètres d'Avdiïvka; Avdiïvka est en zone contrôlée par les Ukrainiens. Entre les deux, une ligne de front, des tirs isolés, des bombardements sporadiques : chaque camp répliquant à l'autre.

Kavadze a choisi – un peu malgré lui – de rester chef de la police d'Avdiïvka. Malgré sa fille disparue, son couple qui s'étiole, malgré l'hostilité rentrée de certains et la présence des militaires – qui, c'est bien connu, ont toujours raison… Interrogeant qui il peut, remuant les trafics locaux, bousculant les petites mères qui s'accrochent à leur habitations bombardées malgré leur maigre retraite.

A force de s'accrocher Kavadze va mécontenter tout le monde. Ses chefs, qui veulent un coupable rapidement (avec ou sans preuves) ; le bataillon militaire stationné dans le coin, dont les soldats font les premiers suspects de ce crime atroce ; le patron de la cokerie locale, un de ses anciens copains d'enfance devenu truand et, immanquablement, chef d'entreprise à la fin des années quatre vingt dix… Kavadze revisite toute la ligne de front, et retrouve même des compagnons de son service en Afghanistan, lors de ce qui fut la guerre du Vietnam des Soviétiques.

La partie policière du récit est très secondaire. La réussite du livre tient dans la description d'une guerre perdue aux portes de l'Europe, dont les tenants et aboutissants sont clairement exposés, et dans la personnalité d'Henrik Kavadze, s'accrochant à son rôle de policier dans un univers qui part à vau-l'eau. Une réussite.
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Zazaboum
  08 avril 2020
Roman policier qui flirte avec le thriller sur fond de reportage de guerre. Cette guerre du Donbass ignorée par les pays européens et qui traîne depuis 6 ans déjà mais c'est une guerre civile où les civils sont les premiers touchés ! Je n'entrerai pas dans des considérations politiques ni philosophiques, chacun peut aller se faire sa propre opinion, bien que les infos soient rares à ce sujet !

Autre traumatisme toujours présent pour la population du Donbass : la guerre d'Afghanistan où tant de jeunes sont morts et qui marque encore les vétérans !

Sur cette toile de fond Benoît Vitkine tisse un thriller bien noir, comme le paysage minier de la région, avec le meurtre d'un enfant. le chef de la police locale qui a choisi de rester du côté ukrainien du Donbass va enquêter sur fond de corruption et de violence, pas toujours celle de la guerre. On ne s'étonnera pas des méthodes peu communes (j'ai failli écrire orthodoxes) qu'il emploie pour découvrir l'auteur de cette mort.

Le roman policier est une forme d'information sur la situation de cette région, d'une manière qui atteint un plus large public qu'un article dans un journal ! Benoît Vitkine est un journaliste spécialisé dans les pays de l'ex-URSS et a su rendre toute la violence quotidienne.

J'ai lu ce livre non pas pour son côté policier-thriller mais pour son côté témoignage de la vie quotidienne et qui mieux placer qu'un journaliste reconnu pour le faire ? L'enquête est classique dans le fond mais les mots pèsent, frappent sans être ni grossiers ni violents !

CHALLENGE MULTI-DEFIS 2020
CHALLENGE MAUVAIS GENRE 2020
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alexb27
  17 mars 2020
Un roman au plus près du terrain, une plongée dans la guerre du Donbass où les séparatistes, soutenus par les Russes, s'opposent aux Ukrainiens. L'histoire, une enquête sur un meurtre d'enfant, est surtout un prétexte pour faire découvrir un conflit qui s'enlise et dont personne ne se préoccupe. C'est aussi l'occasion de constater que la guerre en Afghanistan a fait des ravages parmi ses combattants (et pas seulement chez ceux qui sont morts) et de vérifier que tout se monnaye au pays du rouble et de l'hryvnia. Un roman rondement mené, à la plume plaisante et qui met en lumière un contexte géopolitique parfois méconnu.
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encoredunoir
  15 février 2020
Pas besoin de faire un dessin, le titre est assez explicite. On est dans le Donbass, cette région de l'Ukraine où, depuis 2014 et en réaction au mouvement pro-européen de Maïdan, des groupes séparatistes pro-russes, avec le soutien de la Russie sont entrés en insurrection, déclenchant un conflit toujours pas réglé aujourd'hui et qui a pour partie été éclipsé par la crise de Crimée. C'est là que l'on retrouve le colonel de police Henrik Kavadze, affecté à Avdiïka, ville encore sous autorité ukrainienne située non loin de la ligne de front. Alors que les forces de police, supplantées par l'armée, n'ont plus que des attributions limitées, Kavadze hérite pourtant d'une véritable affaire, le meurtre d'un enfant retrouvé poignardé. Pour mener à bien son enquête, Kavadze va devoir faire preuve d'opiniâtreté, naviguer entre les différentes autorités qui se font concurrence du côté ukrainien, entre les deux camps en guerre et aussi se confronter à son propre passé de soldat soviétique en Afghanistan.

Journaliste au Monde, lauréat en 2019 du prix Albert-Londres pour six enquêtes portant notamment sur la crise ukrainienne, Benoît Vitkine sait de quoi il parle. C'est peut-être là, paradoxalement, la limite de son par ailleurs très bon roman : le journaliste l'emporte peut-être trop parfois sur le romancier. Ainsi l'intrigue qui sert de colonne vertébrale au livre est assez lâche et parfois confuse. Elle ne semble exister que pour permettre de parler du Donbass et, surtout, de ceux qui y vivent. Mais, disons-le, c'est bien cela, en fait, qui confère toute sa valeur à ce roman.

À travers le personnage d'Henrik Kavadze, vétéran d'Afghanistan, policier cynique et désabusé, et ses pérégrinations, Benoît Vitkine parle de la guerre et de ce qu'elle fait à ceux qui la vivent, soldats (ou miliciens) comme civils. On évite en règle générale le cours de géopolitique pour aller à la rencontre d'une population écrasée par le conflit et qui parfois aussi, s'il elle ne se réalise pas à travers lui, s'y est du moins accoutumée au point de n'envisager qu'avec circonspection voire appréhension pouvoir en sortir. On trouve ainsi de très belles pages sur la façon dont la guerre modèle les gens et, d'une certaine manière, donne plus d'intensité à la vie. L'empathie avec laquelle il traite ses personnages, sans manichéisme, lui permet par ailleurs de rendre leurs motivations et, partant, son histoire, plus complexes. Et c'est avec une certaine fascination que l'on s'attache aux pas de Kavadze et que, peu à peu, on découvre les blessures intimes qu'il charrie avec lui. Là encore, Benoît Vitkine offre de formidables passages comme la traversée hallucinatoire d'un champ de mines à la suite d'un troupeau de vaches.

Avec ses quelques défauts et ses grandes qualités, Donbass est un premier roman remarquable par bien des aspects. Prenant et instructif sans être lénifiant, il vient par ailleurs nous parler de lieux et de gens que, d'une manière générale, on connaît peu ici sans céder à un pseudo exotisme ou à un romantisme au petit pied. Une lecture qui vaut le détour.
Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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Guillaume17
  04 février 2020
Dans la steppe ukrainienne ravagée par la guerre on pense avoir tout vu jusqu'au jour où des enfants sont sauvagement assassinés .
Un polar passionnant original sur une région oublié par les médias en pleine zone de conflit
L auteur est grand reporter et spécialiste du dombas et cela transpire a chaque page
Un polar assis sur une faille géopolitique.
Plaisir de lecture 9/10
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