AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques sur Les Rougon-Macquart, tome 13 : Germinal (216)
Classer par :   Date   Les plus appréciées  



Ajouter une critique
Kittiwake
  15 janvier 2020
Germinal, c'est un monument. Un chef-d'oeuvre qui n'a pas pris une ride. Une plongée en apnée au coeur de la mine, et on souffre avec ces hommes et ces femmes qui descendent jour après jour dans la fosse, pour un salaire qui ne leur permet pas de manger à leur faim.

On retrouve Etienne Lantier, à la recherche d'un travail, prêt à accepter n'importe quoi pour ne pas mourir de faim. C'est ainsi que son sort se lie aux herscheuses, aux haveurs et à tous ces forçats que la mine détruit un peu plus chaque jour qui passe.

Les patrons sont prompts à trouver le moindre prétexte pour réduire encore les maigres émoluments dispensés aux ouvriers. Dame, les affaires ne vont pas si bien pour ces bourgeois repus : la mine ce n'est plus ce que c'était!

Alors la révolte gronde et le charisme d'Etienne fait le reste : la grève est déclarée. Avec nombre de victimes innocentes.

Zola décrit avec un réalisme époustouflant la misère et la lutte pour survivre du peuple des mines. En contraste, la vie des bourgeois qui tirent les ficelles, et qui dégustent des mets de luxe à s'en rendre malades, est sidérante.

La révolte dans sa détermination n'est pas sans rappeler celle qui agite notre pays depuis plus d'un an. On y ressent le pouvoir et force d'un mouvement de foule qui dépasse la simple volonté des individus.

C'est un roman violent, et je m'étonne de l'avoir lu pour la première fois à 15 ans.


Aucun regret, au contraire, de l'avoir redécouvert, bien au contraire, c'est un incontournable dans la série des Rougon-Macquart.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          875
LydiaB
  16 mars 2013
Treizième volume des Rougon-Macquart, Germinal met en scène Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart et d'Auguste Lantier. Jeune machiniste, il est licencié pour ses prises de position politiques. Il se rend alors à Montsou, bien décidé à se faire embaucher par la Compagnie des Mines. Très vite, il se démarque de ses collègues. La misère sociale le bouleverse, de même que l'exploitation des patrons envers les pauvres gens. Chassez le naturel, il revient au galop, et Etienne ne peut s'empêcher de devenir un fervent militant. Au-delà de toutes ces querelles intestines, il fait la connaissance de Catherine Maheu, fille de la famille qui le loge. Cependant, celle-ci est convoitée par un autre mineur, Antoine Chaval. Etienne va alors devoir faire face à un double combat, et le mot n'est pas trop fort, vous le verrez en lisant cette oeuvre magistrale. D'un côté, il se bat pour ses idées, notamment lorsque la Compagnie des Mines baisse les salaires. de l'autre, il lutte pour conquérir le coeur de sa belle. Une lutte acharnée, sans merci...

Etienne, Catherine ou Chaval représente une catégorie sociale mise en avant par Zola. Ces pauvres gens subissent de plein fouet une magistrale crise économique. Ils tentent d'améliorer leurs conditions... Roman résolument moderne n'est-ce-pas ?

Comme à son habitude, l'auteur s'est documenté pour écrire ce roman. Il est allé au plus près des grévistes d'Anzin, dans le Nord de la France, grève considérable regroupant plus de 10 000 employés du 21 février au 17 avril 1884. Il est descendu dans la mine. SI le roman reste résolument noir, le titre laisse apercevoir un espoir, un avenir meilleur, un renouveau. D'ailleurs, la fin est sans équivoque : "Maintenant, en plein ciel, le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. de toutes parts, des graines se gonflaient, s'allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d'un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s'épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre."

Si le monde de la mine vous intéresse, je vous conseille également l'excellent livre, plus récent puisque paru en 1939, de Richard Llewellyn, Qu'elle était verte ma vallée ! Souvent comparé au roman de Zola, il met en avant non seulement les affres des mineurs irlandais du Pays de Galles mais également toute une dimension psychologique prenant en compte les sentiments de chacun, ce que l'on ne trouve pas assez à mon goût, dans ce roman de Zola. Ceci dit, j'aime tellement cet auteur que je lui passe aisément ce dernier point.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          853
le_Bison
  20 janvier 2020
Il fait froid, il fait sale. Des poussières du Nord. Bienvenue chez les ch'tis où les hommes battent leurs femmes avant ou après d'aller boire une bière entre potes, où les filles se font prendre dès l'âge de floraison, où il n'y a même plus assez de patates pour faire des frites, seuls quelques quignons de pains rassis trônent encore sur la table ou dans la soupe. Une lecture du grand Nord, celui des Hauts-de-France maintenant, celui des bas-fonds d'antan, le temps de Zola. Cette poussière noire se retrouve sur tout le paysage, et même là où on ne l'attend pas, dans les bronches et les poumons. Les gars qui descendent à la mine, en ressortent le teint noir. Leurs crachats sont mêmes devenus noirs. Même la misère leurs fait broyer du noir. Ne pense pas à ton petit noir du matin, même dilué avec un ersatz de chicorée, le goût reste infect et l'amertume prenante. L'eau noir probablement. L'amertume de la vie les emporte au tréfonds de la terre, à creuser des galeries souterraines pour un extraire une substance qui n'a rien à voir avec l'or noir, et pourtant. Back in Black.

Il y a Maheu, puis la Maheu, et pis le Etienne le ch'ti nouveau qui débarque dans l'espoir de trouver un boulot, même dans le noir, même mal payé, parce que c'est la misère d'être là. Lui aussi veut descendre six pieds sous terre, pour extraire l'essence de la vie, quelques francs en fin de semaine pour boire comme les autres hommes des bières sans être obligé de se faire inviter. C'est l'essence même des gars du Nord que de se retrouver dans une taverne poussiéreuse où la bière claire avale quelques poussières au fond de la gorge. Mais pour ça, il faut que les brasseurs et autres taverniers n'insufflent pas une grève les fûts en cale sèche. A propos de grève, le cariole communale n'a pas ramené son flot de gens entassés. le peuple est obligé d'aller au taf à pied, les sabots crottés dans la gadoue. Bah, de toute façon, la mine affiche porte close, comme les grilles du métro des années plus tard, même les maisons sont closes. Grève générale comme on annonce tournée générale…

Tu n'entends pas ? ces cris de révolte et de colère qui sortent du sol et du sous-sol même, c'est-à-dire du peuple et du bas peuple. Ces pauvres gens qui n'ont rien et ne rêvent que d'une tranche de lard sur une tranche de pain pour accompagner un demi-bol de soupe brûlante, encore faudrait-il qu'il y ait du charbon pour entretenir le foyer de cette flamme incandescente d'une vie indécente de misère et de pauvreté. Oui le peuple grogne comme un bulldog qui n'aurait plus d'os à ronger ou comme un poivrot à qui la serveuse ne voudrait plus le servir. C'est un relent d'actualité qui s'évapore de ces pages d'un siècle passé mais à la poussière toujours aussi présente. C'est la naissance du syndicalisme, la tentative d'une organisation pour contrer le capitalisme naissant des riches et des bourgeois. C'est mon premier livre de Zola, il était temps me diras-tu, c'est qu'enfoui sous la poussière miséreuse de ma vie, j'avais échappé à ça ; et en ça, parle-je des descriptions contemplatives de la région, ce noir ce soir, ce noir qui blanchit même la neige et la vie, ou de cet étrange sentiment que, quel que soit le siècle, le paysage social n'évolue guère. le pays espérait une révolution, il a eu du sang et des larmes. Et en même temps, la neige s'est remise à couvrir les terrils froids laissés un temps à l'abandon…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          567
Gwen21
  17 mars 2017
Ce qu'Elizabeth Gaskell a cherché à dénoncer dans "Nord et Sud", ce que Victor Hugo a supérieurement développé dans un contexte politique et historique dans "Les misérables", cette condition humaine soumise à la société capitaliste, Emile Zola nous la livre ici crûment, animé de sa verve naturaliste sans égale.

Comment ne pas crier au chef-d'oeuvre ? Rarement un roman m'aura autant chaviré le coeur et l'âme. Noir comme la suie, rude comme la houille, plombé comme le ciel du Nord, sauvage comme l'insurrection, "Germinal" est un concentré extraordinaire d'énergies en conflit.

On pourrait passer des heures à disséquer ce grand roman, il y a beaucoup à dire sur ses dimensions sociale, politique, humaine, sans compter la qualité d'écriture. Je ne me lancerai pas dans cette passionnante dissertation, je me contenterai de braquer le projecteur sur ce qui m'a le plus saisie au long de ma lecture : la violence.

"Germinal" est sans doute le tome des Rougon-Macquart le plus violent - surpassant même "L'argent" qui se défend pourtant bien. La violence est omniprésente dans chaque paragraphe, dans chaque phrase. Physique, psychologique ou sociale, elle englue tous les personnages sans exception, elle distille dans les veines une peur qui m'a plus d'une fois étranglée d'un malaise. Je pense que j'aurai encore longtemps présente à l'esprit la vision de l'épicier Maigrat châtré par les femmes de mineurs humiliées et affamées ; ou encore celle de Catherine mourant de faim à 500m sous terre, dans l'obscurité complète, de l'eau jusqu'aux genoux, enterrée vivante pendant plus de dix jours. Une telle oppression se dégage de la narration que le lecteur ne peut rester indifférent à la misère de ces existences obscures qui peuplent le coron de Montsou.

En plus du style caractéristique de Zola que j'apprécie depuis toujours, j'ai été admirative de la construction remarquable du récit. De l'ouverture où Etienne Lantier arrive solitaire par la route à sa conclusion où le même Etienne Lantier repart solitaire par la même route, le coup de projecteur sur la condition ouvrière est complet, précis, vivant et émouvant, rien ne semble y manquer.

Le douloureux "Germinal" s'achève sur le mot "terre", semblant m'appeler à découvrir sans tarder le 15ème tome de la série et sonnant comme l'annonce d'une autre grande commotion.


Challenge PAVES 2016 - 2017
Challenge XIXème siècle 2017
Challenge BBC
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          555
michfred
  03 juin 2016
Germinal est le mois du calendrier révolutionnaire qui correspond à l'éveil du printemps.

A première vue, rien de printanier dans le sombre roman de Zola : sur le sol noir de Montsou ne poussent que terrils, chevalements et carreaux de fosse.

Le roman commence sur un printemps bien noir, sans horizon : Etienne Lantier, à pied, sans travail, à demi mort de faim, cherche qui voudra bien l'embaucher dans cette région du Nord frappée de plein fouet par la crise économique et où toutes les fabriques ferment. Déjà.

Etienne, fils de Gervaise, forte tête, a puisé sa révolte et son refus dans la chute humiliante de sa mère - pas encore achevée, à l'heure où commence Germinal –. En lui grandit l'âpre quête de la justice, l'exigence d'une reconnaissance du travail et celle des droits du travailleur.

Car Germinal voit aussi poindre la germination d'une conscience ouvrière qui pousse avec le levain de la révolte.

Étienne s'est fait renvoyer pour une gifle donnée à son employeur : il est « monté » vers le Nord et trouve un travail de herscheur, par chance –il remplace une femme : on se met à éloigner celles-ci du travail « au fond ».

Il rejoint, dans les entrailles de la terre, le troupeau des forçats du charbon.

Une famille de mineurs, les Maheu, déjà surchargée d'enfants et de misère, ouvre ses portes à ce jeune homme décidé, réservé et travailleur.

Dès lors l'histoire devient moins celle du rejeton d'une famille, étudiée dans ses ramifications génétiques, que l'histoire collective d'une classe sociale.

Zola rattache vaguement, et sans y revenir, son récit à une problématique héréditaire et familiale, -l'héritage dangereux de l'alcool qui rend Etienne méfiant…et sobre- pour se centrer sur les forces souterraines en marche, dans ce siècle d'industrialisation et de profit capitaliste : ce qu'il raconte, en fait, c'est la naissance d'une classe ouvrière, de ses humiliations, de ses revendications, de ses luttes et de son pouvoir.

Zola avait eu le projet , juste après le séisme de la Commune de Paris, de sonder, avec Étienne, le monde politique. Mais c'est la germination sociale d'une classe exploitée, humiliée, pressurée, traitée en esclave qui va prendre le pas sur tous ses desseins : le dessein général des Rougon-Macquart et celui qu'il assignait à Germinal en particulier.

C'est qu'il est allé glaner ce grain-là par un patient travail de lecture, de visites, de prise de notes, de rencontres, qui lui a pris dix mois et dont il consigne l'essentiel dans 500 pages de documentation. Elles vont considérablement modifier son objectif de départ. Germinal est une sorte d' OGM.

Le roman politique et familial va devenir un roman social et même socialiste. La vision des ouvriers,telle qu'elle avait été donnée par l'Assommoir, était fâcheuse aux yeux des milieux progressistes : celle d'une classe ouvrière incapable de s'élever, faute de cohésion et de résistance face à la misère, et affaiblie par l'alcool-. On y voyait une image victimaire des ouvriers : comme le dit P.H. Simon, « il était urgent de peindre des héros ».

Germinal, c'est la naissance des héros : les damnés de la terre, ceux du sous-sol plutôt, remontent au jour à l'occasion d'une grève, d'une intervention brutale de la troupe, puis enfin d'un attentat politique qui les prend tous en otage et achève de les décimer.

C'est la germination d'une conscience de classe après d'innombrables manquements à tout respect moral et humain. Les « gueules noires » de Germinal sont pleines de rayonnement.

Presque pas de personnages-repoussoirs, comme il en pullule dans La Terre, par exemple. Chaval est un violent mais c'est un jaloux et Jeanlin un enfant pervers et malsain, mais c'est un être disgracié par la nature ; dans l'ensemble, les mineurs offrent tous le visage d'hommes et de femmes rudes, travailleurs et généreux.

Et fondamentalement courageux.

Et le souffle de Zola , dans Germinal, s'élargit comme jamais : jusqu'à la fresque, jusqu'à l'épopée, jusqu'à l'hymne.

De cette lecture- la plus aimée de tous mes Zola, c'est une vraie angoisse pour moi, et un défi, d'en faire la critique!!- il me reste comme un film fait d' images fortes, effrayantes ou magnifiques.

La masse vindicative des femmes de la mine, affamées par l'épicier, l'affreux Maigrat qu'elles ont trouvé mort, et qu'elles castrent, brandissant devant leur cortège l' atroce trophée de leur victoire…

Les mineurs ensevelis sous la mine après l'attentat de Souvarine, et l'amour d’Étienne et de Catherine dans les galeries pleines d'eau où flotte le cadavre du rival…

Et surtout le travail, le travail quotidien, la descente dans les puits, les lampes qui deviennent bleues quand s'échappe le grisou, les wagonnets si lourds, les chevaux aveugles, les femmes épuisées, les enfants condamnés, la silicose qui ronge et qui tue en prenant son temps…

Un livre magistral, superbement construit : à la fin, le printemps revient, et c'est encore Étienne, endurci, aguerri, mûri dans les luttes , qu'on retrouve sur la route qui sort des charbonnages, au milieu de l'explosion printanière d'une nature indifférente à la misère des hommes…




+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5110
Allantvers
  02 février 2018
Au palmarès des opus les plus incontournables des Rougon Macquart, celui-là vient assez haut dans le classement ! Il faut dire que je suis particulièrement touchée par les grands romans sociaux de la saga, que ce soit La Terre, l'Assommoir, ou donc Germinal.
Un Germinal dont j'ai adoré l'évocation charnelle des « damnés de la terre », le réalisme dans la description des corons, le nouvel essor d'un capitalisme financier avide, l'introduction dans le récit de tous les grands courants politiques de l'époque : socialisme, internationalisme et anarchie se percutant alors comme des plaques telluriques sous-jacents prêtes à exploser, et par-dessus tout les scènes épiques et terrifiantes dans la mine, monstre noir avaleur de vie.
Un moment de lecture inoubliable, bien qu'un peu pollué d'une part par la comparaison que j'en faisais involontairement avec Les Misérables, monument indépassable et dans lequel le grand Hugo fait montre de plus d'empathie pour ses personnages que Zola pour les siens, qu'il traite avec une férocité moins tendre que dans l'Assommoir ; et d'autre part par la superposition irrépressible et franchement gênante que j'ai faite sur le roman, des acteurs du film de Berry sur les personnages, et en particulier du principal.
Une grande page d'histoire à ne pas refermer : les mines existent encore, l'esclavage par le salariat aussi.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          430
harvard
  07 juin 2016
Difficile d'apporter un regard nouveau sur Germinal de Zola, récit grandiose et visionnaire, panthéonisé dans les Lettres françaises et dans la mémoire ouvrière, spectacle démesuré d'une grève sanglante dans les corons du Nord, sur les entrailles d'une mine charbonnière, et longue méditation, autant sur l'infortune de naître dans une famille de mineurs fin XIX °, que sur les utopies fraternelles et socialistes. L'énergie de Zola trouve sa pleine dépense dans le grand souffle hugolien d'une épopée qui marquera l'histoire des luttes sociales, avec pour support la formidable documentation d'un journaliste de Cash Investigation qui part à l'assaut des féodalités d'argent et de culte, avec pour tête de turc cette bonne vieille bourgeoisie confite en dévotion et dans son bon droit.

Noir c'est noir il n'y a plus d'espoir. Notre Johnny national a dû oublier de lire Germinal, qui de l'enfer des hommes en a fait in extremis un message d'espoir, mais à quel prix ! Sur fond de noirceur que n'aurait pas désavoué un Soulages qui a construit une esthétique bien-pensante, alors que Zola lui, est réellement allé au charbon, a mouillé sa chemise avec ces "compagnons noirs" dont il décrit minutieusement l'infortune des jours dans ces corons de tristesse grise. Expérience qu'il a mené avec ces "voyous" que la gentry du capital d'aujourd'hui montre sans vergogne du doigt.
Pourtant aucun fatalisme chez Zola. Bien sûr il épingle les utopies généreuses de la solidarité et leurs effets pervers, sinon dévoyés, bien sûr il cartonne sans concession sur les savonaroles de paroisse, la grande peur des bien-pensants, les cimetières sous la lune que le grand capital entretient dans sa dévoration, pour mieux retrouver ses billes et ses paradis fiscaux, bien sûr l'homme est un fauve dont l'énergie phallique est inépuisable, bien sûr les coqs de village fanfaronnent dans leur folie meurtrière. le bestiaire de Zola est riche, diversifié et le spectacle d'ensemble n'est pas beau à voir.

Reste la douce pitié d'un visage féminin, celui de Catherine fille de mineur, jouet adolescent, douloureux et cassé, livrée à la sauvagerie des hommes, et qui rejoint tout au long du récit la détresse d'une jeune Mouchette. Reste aussi l'énergie, le courage de ces femmes indomptables, telle la Maheu ou l'impudique Mouquette que la folie guette avec du sang sur les lèvres et qui ne désarment pas.

Deux mois de grève dans ces mines, antichambre de l'enfer, s'achèveront sur une comptabilité macabre et les mineurs, ces compagnons noirs, retrouveront en fin de partie leur calvaire quotidien. de même qu'aujourd'hui les travailleurs des ateliers du Rana Plaza effondré et dont certaines grandes multinationales du textile refuseront un premier temps d'en endosser la responsabilité, de même que les sans-terre des haut plateaux brésiliens que Monsanto nourrit au grain, de même que les enfant qui travaillent dans les mines de cobalt du Katanga pour notre bien être informatique... Germinal n'est pas devenu une curiosité du XIX siècle passé, la tragédie des mineurs qu'il met en scène n'a pris aucune ride et reste d'une triste actualité.

Et pourtant le lyrisme final de Zola préfigure, dans les dernières pages de Germinal, le renouveau d'un monde fraternel, le renouveau d'une résistance ouvrière organisée, "quand le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait", la vie est renaissance pour que l'espoir de Verlaine ne fuit pas vaincu vers un ciel trop noir. Et pourtant ces toutes dernières pages nous semblent trop courtes, voire insuffisantes aujourd'hui ...
Si Zola est grand dans notre mémoire collective pour avoir rendu avec éclat leur dignité aux mineurs, compagnons noirs, "hallucinés de la misère", la descente aux enfers du peuple des corons, une "vision éternelle de la misère" (je cite) nous laisse vraiment avec Germinal un réel goût de cendre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4312
isajulia
  10 février 2015
Ah! Germinal... J'ai bien cru que je n'arriverai jamais au bout de ce foutu bouquin, et pourtant j'adore Zola!

Je n'avais déjà pas trop aimé Etienne Lantier enfant quand j'ai lu l'Assommoir mais là, je crois qu'avec Germinal j'ai décroché la timbale de l'antipathie vis à vis d'un personnage. Il ne m'a peut-être pas autant insupportée que la Bovary mais ça s'est joué à peu choses.
Ouvrier licencié pour avoir giflé son ancien employeur, c'est sans le sou et crevant la faim qu'Etienne Lantier débarque dans le nord de la France, à Montsou, où se trouvent des mines dans lesquelles il espère se faire embauché. Pris sous l'aile de Maheu, un des mineurs, il va réussir à obtenir un emploi au sein de la mine. Travaillant dans des conditions effroyables et rêvant d'un monde plus juste, Etienne va pousser les mineurs à la grève lorsque la compagnie des mines va mettre en place une baisse des salaires pour anticiper la crise économique, c'est alors qu'une lutte sans merci entre patrons et travailleurs va s'ouvrir...

L'essence même de l'intrigue est excellente, le roman est si réaliste qu'à chaque page c'est noir, poisseux et je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir de la peine pour cette communauté de travailleurs qui subit des horreurs pour n'avoir pas grand chose et qui vont se retrouver quasiment six pieds sous terre pour avoir suivi un idéaliste dans son délire. Alors je suis d'accord sur le fait que la grève n'aura peut-être pas servi à rien, qu'elle aura certainement ouvert les yeux des mineurs à la fin du roman mais dans un sens il sont bien obligés de retourner au charbon si ils veulent se relever des dégâts que cette rébellion a infligé à leurs familles. C'est cette facette d'Etienne Lantier qui m'a déplu au plus haut point, le bougre veut bien faire mais par fierté il continue de s'enfoncer dans sa connerie en entraînant tout le monde dans sa chute. C'est plus que louable de vouloir s'élever au-dessus de sa condition initiale mais ici dans le roman Etienne est le personnage lourd par excellence, buté sur ses positions sans accepter le compromis, il m'a souvent bien agacée. C'est dommage car j'ai aimé tout le reste du roman, comme d'habitude je suis certaine de trouver mon bonheur dans un Zola, tout est tellement réaliste et bien décrit que j'ai l'impression d'y être. Comme je le disait, seul gros bémol pour moi : ce Etienne Lantier, bête à bouffer du foin et qui en plus s'en sort, je crois qu'à mes yeux ça a vraiment été le coup de grâce!
Souvent imposée comme lecture à l'école, je comprends pourquoi notre cher Emile jouit d'une réputation d'auteur de classiques bien chiant car Germinal n'est vraiment pas le meilleur des Rougon-Macquart, heureusement il y a le reste de la saga pour rattraper le tir.
A lire par curiosité pour se faire sa propre opinion!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          423
Phoenicia
  15 février 2019
Décidément j'aime Zola. Dans sa grande étude sur les Rougon-Macquart, reflet de sa société, c'est indéniablement aux descendants d'Antoine Macquart que va ma préférence (bien que mon tome favori soit Au bonheur des dames...).
Germinal, c'est le récit des mineurs, leurs conditions de vie dans ce Nord de France industriel dans lequel la richesse voisine la misère. Avec Etienne Lantier, petit-fils d'Antoine Macquart, nous découvrons la vie des mineurs, retranscrit grâce aux enquêtes sérieuses de Zola qui s'y est intéressé, notamment avec la grève d'Anzin. Sur ce point d'appui, nous compatissons pour la famille des Maheu, famille emblématique des mineurs, destinée à aller membre après membre dans le Voreux, s'y gâcher la santé sans parvenir réellement à se nourrir convenablement. On apprend leur quotidien : les risques au fond, les bouches à nourrir, le paternalisme du patronat avec la mise à disposition de corons tout juste assez salubre, cette résignation, la promiscuité. Et dans tout cela, Etienne qui arrive et enflamme le tout avec ses idées. Véritable fresque sociale de son époque, Germinal nous montre également les idées nouvelles : les droits sociaux, la montée du socialisme et de ses différentes branches, le darwinisme.
De sa théorie sur l'hérédité, il y en ait peu question, si ce n'est l'alcoolisme homicide, mentionné de-ci, de-là.
Une lecture enrichissante, magnifique et pourtant tellement sombre. Un happy end amer. Et pourtant, et pourtant, on ne se lasse pas de Zola...

Challenge Multi-défis 2019
Challenge le tour du scrabble en 80 jours
Challenge Séries
Challenge ABC
Challenge Pavés
Challenge Solidaire
Challenge XIX e s.
Challenge BBC
Challenge Monopoly
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          401
HORUSFONCK
  26 décembre 2016
Zola raconte les Gueules noires et leur exploitation par le capitalisme bourgeois, avec ces mots incisifs d'un journaliste indigné et sans concessions.
L'armée, dans ce livre, se met au service des patrons de charbonnages qui saignent l'ouvrier-mineur... Comme si ceux dont le travail est vital à l'économie du pays (que serait la France, sans charbon, en 1885?) n'avaient pas droit à un sort plus digne... Eux qui exercent un métier si dangereux?
Au-delà de la chronique des damnés du charbon, c'est l'éveil et l' élan de la conscience prolétarienne qui monte, dans Germinal.
Commenter  J’apprécie          390


Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Les personnages des Rougon Macquart

Dans l'assommoir, quelle est l'infirmité qui touche Gervaise dès la naissance

Elle est alcoolique
Elle boîte
Elle est myope
Elle est dépensière

7 questions
473 lecteurs ont répondu
Thème : Émile ZolaCréer un quiz sur ce livre

.. ..