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Gérard Gengembre (Préfacier, etc.)
EAN : 9782266033541
Éditeur : Pocket (04/01/2008)
4.12/5   4598 notes
Résumé :
Une des grandes grèves du siècle dernier racontée par un journaliste de génie qui en a fait un réquisitoire, un formidable « J’accuse » contre le capital, le roman de la lutte des classes et de la misère ouvrière. Un livre de nuit, de violence et de sang, mais qui débouche sur l’espoir d’un monde nouveau lorsque le héros, Étienne Lantier, quittant la mine « en soldat raisonneur de la révolution, » sent naître autour de lui une « armée noire, vengeresse… dont la germ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (237) Voir plus Ajouter une critique
4,12

sur 4598 notes

LydiaB
  16 mars 2013
Treizième volume des Rougon-Macquart, Germinal met en scène Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart et d'Auguste Lantier. Jeune machiniste, il est licencié pour ses prises de position politiques. Il se rend alors à Montsou, bien décidé à se faire embaucher par la Compagnie des Mines. Très vite, il se démarque de ses collègues. La misère sociale le bouleverse, de même que l'exploitation des patrons envers les pauvres gens. Chassez le naturel, il revient au galop, et Etienne ne peut s'empêcher de devenir un fervent militant. Au-delà de toutes ces querelles intestines, il fait la connaissance de Catherine Maheu, fille de la famille qui le loge. Cependant, celle-ci est convoitée par un autre mineur, Antoine Chaval. Etienne va alors devoir faire face à un double combat, et le mot n'est pas trop fort, vous le verrez en lisant cette oeuvre magistrale. D'un côté, il se bat pour ses idées, notamment lorsque la Compagnie des Mines baisse les salaires. de l'autre, il lutte pour conquérir le coeur de sa belle. Une lutte acharnée, sans merci...

Etienne, Catherine ou Chaval représente une catégorie sociale mise en avant par Zola. Ces pauvres gens subissent de plein fouet une magistrale crise économique. Ils tentent d'améliorer leurs conditions... Roman résolument moderne n'est-ce-pas ?

Comme à son habitude, l'auteur s'est documenté pour écrire ce roman. Il est allé au plus près des grévistes d'Anzin, dans le Nord de la France, grève considérable regroupant plus de 10 000 employés du 21 février au 17 avril 1884. Il est descendu dans la mine. SI le roman reste résolument noir, le titre laisse apercevoir un espoir, un avenir meilleur, un renouveau. D'ailleurs, la fin est sans équivoque : "Maintenant, en plein ciel, le soleil d'avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. de toutes parts, des graines se gonflaient, s'allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d'un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s'épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s'ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l'astre, par cette matinée de jeunesse, c'était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre."

Si le monde de la mine vous intéresse, je vous conseille également l'excellent livre, plus récent puisque paru en 1939, de Richard Llewellyn, Qu'elle était verte ma vallée ! Souvent comparé au roman de Zola, il met en avant non seulement les affres des mineurs irlandais du Pays de Galles mais également toute une dimension psychologique prenant en compte les sentiments de chacun, ce que l'on ne trouve pas assez à mon goût, dans ce roman de Zola. Ceci dit, j'aime tellement cet auteur que je lui passe aisément ce dernier point.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Kittiwake
  15 janvier 2020
Germinal, c'est un monument. Un chef-d'oeuvre qui n'a pas pris une ride. Une plongée en apnée au coeur de la mine, et on souffre avec ces hommes et ces femmes qui descendent jour après jour dans la fosse, pour un salaire qui ne leur permet pas de manger à leur faim.
On retrouve Etienne Lantier, à la recherche d'un travail, prêt à accepter n'importe quoi pour ne pas mourir de faim. C'est ainsi que son sort se lie aux herscheuses, aux haveurs et à tous ces forçats que la mine détruit un peu plus chaque jour qui passe.
Les patrons sont prompts à trouver le moindre prétexte pour réduire encore les maigres émoluments dispensés aux ouvriers. Dame, les affaires ne vont pas si bien pour ces bourgeois repus : la mine ce n'est plus ce que c'était!
Alors la révolte gronde et le charisme d'Etienne fait le reste : la grève est déclarée. Avec nombre de victimes innocentes.
Zola décrit avec un réalisme époustouflant la misère et la lutte pour survivre du peuple des mines. En contraste, la vie des bourgeois qui tirent les ficelles, et qui dégustent des mets de luxe à s'en rendre malades, est sidérante.
La révolte dans sa détermination n'est pas sans rappeler celle qui agite notre pays depuis plus d'un an. On y ressent le pouvoir et force d'un mouvement de foule qui dépasse la simple volonté des individus.
C'est un roman violent, et je m'étonne de l'avoir lu pour la première fois à 15 ans.

Aucun regret, au contraire, de l'avoir redécouvert, bien au contraire, c'est un incontournable dans la série des Rougon-Macquart.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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le_Bison
  20 janvier 2020
Il fait froid, il fait sale. Des poussières du Nord. Bienvenue chez les ch'tis où les hommes battent leurs femmes avant ou après d'aller boire une bière entre potes, où les filles se font prendre dès l'âge de floraison, où il n'y a même plus assez de patates pour faire des frites, seuls quelques quignons de pains rassis trônent encore sur la table ou dans la soupe. Une lecture du grand Nord, celui des Hauts-de-France maintenant, celui des bas-fonds d'antan, le temps de Zola. Cette poussière noire se retrouve sur tout le paysage, et même là où on ne l'attend pas, dans les bronches et les poumons. Les gars qui descendent à la mine, en ressortent le teint noir. Leurs crachats sont mêmes devenus noirs. Même la misère leurs fait broyer du noir. Ne pense pas à ton petit noir du matin, même dilué avec un ersatz de chicorée, le goût reste infect et l'amertume prenante. L'eau noir probablement. L'amertume de la vie les emporte au tréfonds de la terre, à creuser des galeries souterraines pour un extraire une substance qui n'a rien à voir avec l'or noir, et pourtant. Back in Black.
Il y a Maheu, puis la Maheu, et pis le Etienne le ch'ti nouveau qui débarque dans l'espoir de trouver un boulot, même dans le noir, même mal payé, parce que c'est la misère d'être là. Lui aussi veut descendre six pieds sous terre, pour extraire l'essence de la vie, quelques francs en fin de semaine pour boire comme les autres hommes des bières sans être obligé de se faire inviter. C'est l'essence même des gars du Nord que de se retrouver dans une taverne poussiéreuse où la bière claire avale quelques poussières au fond de la gorge. Mais pour ça, il faut que les brasseurs et autres taverniers n'insufflent pas une grève les fûts en cale sèche. A propos de grève, le cariole communale n'a pas ramené son flot de gens entassés. le peuple est obligé d'aller au taf à pied, les sabots crottés dans la gadoue. Bah, de toute façon, la mine affiche porte close, comme les grilles du métro des années plus tard, même les maisons sont closes. Grève générale comme on annonce tournée générale…
Tu n'entends pas ? ces cris de révolte et de colère qui sortent du sol et du sous-sol même, c'est-à-dire du peuple et du bas peuple. Ces pauvres gens qui n'ont rien et ne rêvent que d'une tranche de lard sur une tranche de pain pour accompagner un demi-bol de soupe brûlante, encore faudrait-il qu'il y ait du charbon pour entretenir le foyer de cette flamme incandescente d'une vie indécente de misère et de pauvreté. Oui le peuple grogne comme un bulldog qui n'aurait plus d'os à ronger ou comme un poivrot à qui la serveuse ne voudrait plus le servir. C'est un relent d'actualité qui s'évapore de ces pages d'un siècle passé mais à la poussière toujours aussi présente. C'est la naissance du syndicalisme, la tentative d'une organisation pour contrer le capitalisme naissant des riches et des bourgeois. C'est mon premier livre de Zola, il était temps me diras-tu, c'est qu'enfoui sous la poussière miséreuse de ma vie, j'avais échappé à ça ; et en ça, parle-je des descriptions contemplatives de la région, ce noir ce soir, ce noir qui blanchit même la neige et la vie, ou de cet étrange sentiment que, quel que soit le siècle, le paysage social n'évolue guère. le pays espérait une révolution, il a eu du sang et des larmes. Et en même temps, la neige s'est remise à couvrir les terrils froids laissés un temps à l'abandon…
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michfred
  03 juin 2016
Germinal est le mois du calendrier révolutionnaire qui correspond à l'éveil du printemps.
A première vue, rien de printanier dans le sombre roman de Zola : sur le sol noir de Montsou ne poussent que terrils, chevalements et carreaux de fosse.
Le roman commence sur un printemps bien noir, sans horizon : Etienne Lantier, à pied, sans travail, à demi mort de faim, cherche qui voudra bien l'embaucher dans cette région du Nord frappée de plein fouet par la crise économique et où toutes les fabriques ferment. Déjà.
Etienne, fils de Gervaise, forte tête, a puisé sa révolte et son refus dans la chute humiliante de sa mère - pas encore achevée, à l'heure où commence Germinal –. En lui grandit l'âpre quête de la justice, l'exigence d'une reconnaissance du travail et celle des droits du travailleur.
Car Germinal voit aussi poindre la germination d'une conscience ouvrière qui pousse avec le levain de la révolte.
Étienne s'est fait renvoyer pour une gifle donnée à son employeur : il est « monté » vers le Nord et trouve un travail de herscheur, par chance –il remplace une femme : on se met à éloigner celles-ci du travail « au fond ».
Il rejoint, dans les entrailles de la terre, le troupeau des forçats du charbon.
Une famille de mineurs, les Maheu, déjà surchargée d'enfants et de misère, ouvre ses portes à ce jeune homme décidé, réservé et travailleur.
Dès lors l'histoire devient moins celle du rejeton d'une famille, étudiée dans ses ramifications génétiques, que l'histoire collective d'une classe sociale.
Zola rattache vaguement, et sans y revenir, son récit à une problématique héréditaire et familiale, -l'héritage dangereux de l'alcool qui rend Etienne méfiant…et sobre- pour se centrer sur les forces souterraines en marche, dans ce siècle d'industrialisation et de profit capitaliste : ce qu'il raconte, en fait, c'est la naissance d'une classe ouvrière, de ses humiliations, de ses revendications, de ses luttes et de son pouvoir.
Zola avait eu le projet , juste après le séisme de la Commune de Paris, de sonder, avec Étienne, le monde politique. Mais c'est la germination sociale d'une classe exploitée, humiliée, pressurée, traitée en esclave qui va prendre le pas sur tous ses desseins : le dessein général des Rougon-Macquart et celui qu'il assignait à Germinal en particulier.
C'est qu'il est allé glaner ce grain-là par un patient travail de lecture, de visites, de prise de notes, de rencontres, qui lui a pris dix mois et dont il consigne l'essentiel dans 500 pages de documentation. Elles vont considérablement modifier son objectif de départ. Germinal est une sorte d' OGM.
Le roman politique et familial va devenir un roman social et même socialiste. La vision des ouvriers,telle qu'elle avait été donnée par l'Assommoir, était fâcheuse aux yeux des milieux progressistes : celle d'une classe ouvrière incapable de s'élever, faute de cohésion et de résistance face à la misère, et affaiblie par l'alcool-. On y voyait une image victimaire des ouvriers : comme le dit P.H. Simon, « il était urgent de peindre des héros ».
Germinal, c'est la naissance des héros : les damnés de la terre, ceux du sous-sol plutôt, remontent au jour à l'occasion d'une grève, d'une intervention brutale de la troupe, puis enfin d'un attentat politique qui les prend tous en otage et achève de les décimer.
C'est la germination d'une conscience de classe après d'innombrables manquements à tout respect moral et humain. Les « gueules noires » de Germinal sont pleines de rayonnement.
Presque pas de personnages-repoussoirs, comme il en pullule dans La Terre, par exemple. Chaval est un violent mais c'est un jaloux et Jeanlin un enfant pervers et malsain, mais c'est un être disgracié par la nature ; dans l'ensemble, les mineurs offrent tous le visage d'hommes et de femmes rudes, travailleurs et généreux.
Et fondamentalement courageux.
Et le souffle de Zola , dans Germinal, s'élargit comme jamais : jusqu'à la fresque, jusqu'à l'épopée, jusqu'à l'hymne.
De cette lecture- la plus aimée de tous mes Zola, c'est une vraie angoisse pour moi, et un défi, d'en faire la critique!!- il me reste comme un film fait d' images fortes, effrayantes ou magnifiques.
La masse vindicative des femmes de la mine, affamées par l'épicier, l'affreux Maigrat qu'elles ont trouvé mort, et qu'elles castrent, brandissant devant leur cortège l' atroce trophée de leur victoire…
Les mineurs ensevelis sous la mine après l'attentat de Souvarine, et l'amour d’Étienne et de Catherine dans les galeries pleines d'eau où flotte le cadavre du rival…
Et surtout le travail, le travail quotidien, la descente dans les puits, les lampes qui deviennent bleues quand s'échappe le grisou, les wagonnets si lourds, les chevaux aveugles, les femmes épuisées, les enfants condamnés, la silicose qui ronge et qui tue en prenant son temps…
Un livre magistral, superbement construit : à la fin, le printemps revient, et c'est encore Étienne, endurci, aguerri, mûri dans les luttes , qu'on retrouve sur la route qui sort des charbonnages, au milieu de l'explosion printanière d'une nature indifférente à la misère des hommes…


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PhilippeCastellain
  20 avril 2021
Il y a certains films qu'on n'a jamais vu, mais on en a eu tellement les oreilles rebattues qu'on a aucune envie de les voir. C'est ce que je ressentais pour Zola ; mais j'ai voulu finalement combler mes manques, et j'ai bien fait. La facilité de lecture et la fluidité de l'oeuvre sont étonnantes ; difficile de lâcher le livre quand on le tient. Mais au-delà, c'est à la fois sa grande complexité et sa simplicité qui impressionnent. Zola peint l'âme humaine, parfois à grands traits, parfois par minuscules touches. Il me parait vain de voir en lui un idéologue, de lui prêter des intentions politiques, une attaque contre le capitalisme ou un appel révolutionnaire. Si son héros peut se griser de tels mots, pour lui il n'y a là que des êtres humains avec leurs faiblesses, leur lâcheté, leur bêtise surtout, mais parfois aussi leur grandeur.

Du reste, à la fin les rôles secondaires symboliques s'inversent. L'anarchiste Souvarine, le pur, l'intransigeant, celui à qui Zola semblait manifester le plus de sympathie, se transforme soudain en bourreau, causant la mort de ses camarades pour une chimère et s'en allant sans un regard en arrière. A l'inverse l'ingénieur Négrel, l'opportuniste en voie d'ascension sociale, le débauché couchant avec sa tante, met toutes ses forces à sauver les mineurs prisonniers. Et Zacharie, le bon à rien égoïste qui ne voyait la grève et le combat de ses camarades que comme une bonne occasion de s'amuser, travaille jour et nuit pour sauver sa soeur et prend une dimension presque christique. Catherine conserve son statut d'éternelle victime, et Etienne ses aspirations de petit chef.

Mais ‘Germinal' n'est pas le seul ouvrage sur la condition ouvrière, et un autre point frappe : comparés aux ouvriers des usines textiles de Manchester de ‘Nord et sud' ou ‘Mary Barton'… Ceux de Zola font figure de privilégiés. Ils bénéficient de logements et de charbon à moindre frais ; les légumes frais, le café ou la charcuterie, qui chez leurs homologues anglais font partie des produits de luxe, sont chez eux d'usage courant. On mesure le chemin parcouru dans la trentaine d'années qui séparent les deux oeuvres – d'ailleurs la chute de la mortalité infantile est impressionnante. Une famille ouvrière comme celle des Maheu, avec tous ses sept enfants en vie, n'est pas imaginable dans la cité anglaise.

En revanche, par rapport à ‘Qu'elle était verte ma vallée', autre livre de référence sur les mineurs de charbon, c'est dans les moeurs que la différence est frappante. Quand Zola insiste sur la sexualité très libre (voir débridée) des ouvriers, chez les Gallois une escapade nocturne peut déclencher une guerre entre deux villages – autant dire que leurs homologues français leurs paraitraient sûrement comme des dégénérés. Sur ce sujet, deux choses surprennent : l'approche très crue de Zola, et son malthusianisme évident. On peut d'ailleurs se demander si là n'est pas la véritable solution qu'il voit pour améliorer le sort des mineurs.

En effet la conclusion de l'oeuvre, célèbre, a généralement été interprétée comme l'annonce de la victoire finale des ouvriers. Mais je vois une autre possibilité : ce ne sont que les rêves d'Etienne Lantier, et tout ce qu'ils annoncent, c'est un éternel recommencement. La grève a échoué. L'International a échoué. L'anarchisme a échoué. La fureur aveugle a échoué. Tout le monde s'est résigné, le travail a repris. La colère des ouvriers se remettra à grossir lentement, de nouveaux prophètes se lèveront, des petits chefs essayeront de s'imposer ; la colère finira par exploser, aveugle, sans plan ni but ; elle fera des dégâts, sera réprimée… Et le cycle recommencera. Une seule chose peut permettre d'en sortir : l'éducation.

Le vieux rêve des intellectuels français, en quelque sorte :
‘'Un beau jour
Les hommes qui fabriquent mangeront à leur faim [..]
Un beau jour
Les hommes qui fabriquent dormiront leur content
et ils auront de beaux rêves
de belles amours
et des draps blancs [..]
Parce qu'un jour
les hommes qui fabriquent
connaîtront enfin la musique.''

Jacques Prévert
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Citations et extraits (228) Voir plus Ajouter une citation
FremenFremen   26 mars 2010
Fichez-moi donc la paix, avec votre évolution ! Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur.
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LydiaBLydiaB   09 mai 2010
Devant le buffet ouvert, Catherine réfléchissait. Il ne restait qu’un bout de pain, du fromage blanc en suffisance, mais à peine une lichette de beurre ; et il s’agissait de faire les tartines pour eux quatre. Enfin, elle se décida, coupa les tranches, en prit une qu’elle couvrit de fromage, en frotta une autre de beurre, puis les colla ensemble : c’était « le briquet », la double tartine emportée chaque matin à la fosse. Bientôt, les quatre briquets furent en rang sur la table, répartis avec une sévère justice, depuis le gros du père jusqu’au petit de Jeanlin.

Catherine, qui paraissait toute à son ménage, devait pourtant rêvasser aux histoires que Zacharie racontait sur le maître-porion et la Pierronne, car elle entrebâilla la porte d’entrée et jeta un coup d’œil dehors. Le vent soufflait toujours, des clartés plus nombreuses couraient sur les façades basses du coron, d’où montait une vague trépidation de réveil. Déjà des portes se refermaient, des files noires d’ouvriers s’éloignaient dans la nuit. Était-elle bête, de se refroidir, puisque le chargeur à l’accrochage dormait bien sûr, en attendant d’aller prendre son service, à six heures ! Et elle restait, elle regardait la maison, de l’autre côté des jardins. La porte s’ouvrit, sa curiosité s’alluma. Mais ce ne pouvait être que la petite des Pierron, Lydie, qui partait pour la fosse.

Un bruit sifflant de vapeur la fit se tourner. Elle ferma, se hâta de courir : l’eau bouillait et se répandait, éteignant le feu. Il ne restait plus de café, elle dut se contenter de passer l’eau sur le marc de la veille ; puis, elle sucra dans la cafetière, avec de la cassonade.
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PseudoPseudo   21 janvier 2013
L'ouvrier ne pouvait pas tenir le coup, la révolution n'avait fait qu'aggraver ses misères, c'étaient les bourgeois qui s'engraissaient depuis 89, si goulûment, qu'ils ne lui laissaient même pas le fond des plats à torcher. Qu'on dise un peu si les travailleurs avaient eu leur part raisonnable, dans l'extraordinaire accroissement de la richesse et du bien -être, depuis cent ans ? On s'était fichu d'eux en les déclarant libres : oui, libres de crever de faim, ce dont ils ne se privaient guère. ça ne mettait pas du pain dans le huche, de voter pour des gaillards qui se gobergeaient ensuite, sans plus songer aux misérables qu'à leurs vieilles bottes. Non, d'une façon ou d'une autre, il fallait en finir, que ce fût gentiment, par des lois, par une entente de bonne amitié, ou que ce fût en sauvages, en brûlant tout et en se mangeant les uns les autres. Les enfants verraient sûrement cela, si les vieux ne le voyaient pas, car le siècle ne pouvait s'achever sans qu'il y eût une autre révolution, celle des ouvriers cette fois, un chambardement qui nettoierait la société du haut en bas, et qui la rebâtirait avec plus de propreté et de justice.


Pages 179-180
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Gwen21Gwen21   14 mars 2017
Mais les femmes avaient à tirer de lui d’autres vengeances. Elles tournaient en le flairant, pareilles à des louves. Toutes cherchaient un outrage, une sauvagerie qui les soulageât.
On entendit la voix aigre de la Brûlé.
- Faut le couper comme un matou !
- Oui, oui ! au chat ! au chat !… Il en a trop fait, le salaud !
Déjà, la Mouquette le déculottait, tirait le pantalon, tandis que la Levaque soulevait les jambes. Et la Brûlé, de ses mains sèches de vieille, écarta les cuisses nues, empoigna cette virilité morte. Elle tenait tout, arrachant, dans un effort qui tendait sa maigre échine et faisait craquer ses grands bras. Les peaux molles résistaient, elle dut s’y reprendre, elle finit par emporter le lambeau, un paquet de chair velue et sanglante, qu’elle agita, avec un rire de triomphe :
- Je l’ai ! je l’ai !
Des voix aiguës saluèrent d’imprécations l’abominable trophée.
- Ah ! bougre, tu n’empliras plus nos filles !
- Oui, c’est fini de te payer sur la bête, nous n’y passerons plus toutes, à tendre le derrière pour avoir un pain.
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LydiaBLydiaB   16 mars 2013
— Ah ! ils sont en grève, dit-elle tranquillement, lorsqu’il l’eut consultée. Eh bien, qu’est-ce que cela nous fait ?… Nous n’allons point cesser de manger, n’est-ce pas ?

Et elle s’entêta, il eut beau lui dire que le déjeuner serait troublé, que la visite à Saint-Thomas ne pourrait avoir lieu : elle trouvait une réponse à tout, pourquoi perdre un déjeuner déjà sur le feu ? et quant à visiter la fosse, on pouvait y renoncer ensuite, si cette promenade était vraiment imprudente.

— Du reste, reprit-elle, lorsque la femme de chambre fut sortie, vous savez pourquoi je tiens à recevoir ces braves gens. Ce mariage devrait vous toucher plus que les bêtises de vos ouvriers… Enfin, je le veux, ne me contrariez pas.
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Trop souvent confondue avec son homonyme révolutionnaire Olympe de Gouges ou tout simplement oubliée, Olympe Audouard est pourtant une figure de proue du féminisme sous Napoléon III, qui n'a cessé de transgresser les normes en vigueur en franchissant la frontière de la sphère privée, seul espace autorisé aux femmes. Au coeur de la vie intellectuelle du Second Empire, elle a fondé pas moins de trois quotidiens, écrit une trentaine de livres et ferraillé avec la plupart des intellectuels et hommes de pouvoir contemporains, de Barbey d'Aurevilly à Zola en passant par le préfet Haussmann. Maîtresse d'Alexandre Dumas et de Victor Hugo, protégée de Théophile Gautier, ses combats contre « le sexe barbu », notamment pour le droit au divorce, résonnent encore aujourd'hui. Celle que l'on surnomme la « Papillonne », du nom de son premier journal, est également une aventurière chevronnée : juchée sur les premiers chemins de fer, elle a observé de près la conquête de l'Ouest américain, les mouvements nihilistes russes, failli périr noyée dans un naufrage entre Alger et Marseille, affronté une tempête dans le désert avec Abd el-Kader… Un destin hors du commun, une figure qui a marqué son époque et que la nôtre gagnera à redécouvrir.
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