-
Gog de
Giovanni Papini
« Il est incroyable qu’un homme comme moi, pourvu de milliards et dépourvu de scrupules, puisse s’ennuyer. » (p. 103)
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Le sang des quatre plaies de Jésus s’était figé autour des têtes de clou mais chaque secousse en faisait sourdre de nouveaux filets qui coulaient le long de la croix et tombaient goutte à goutte. La tête entraînait d’un côté le cou endolori ; les yeux, les yeux mortels par où Dieu avait regardé la terre, étaient noyés dans l’eau vitreuse de l’agonie, les lèvres humides, crevassées par les larmes, desséchés par la soif, contractées par le souffle pénible, faisaient voir les effets du dernier baiser qu’elles avaient reçu : le baiser de Judas.
> lire la suite
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Pauvres en esprit sont ceux qui ont pleine et douloureuse conscience de leur pauvreté spirituelle, de l’imperfection de leur âme, du peu de bien qu’il y a en nous, de l’indigence morale où gît la plupart des hommes. Seuls les pauvres qui se savent pauvres souffrent de leur pauvreté et s’efforcent de s’en sortir. Et combien ils diffèrent des faux riches qui se croient accomplis, imperfectibles, en règle avec tous, agréables à Dieu et aux hommes ; à qui manquent le désir et l’ardeur de gravir un sommet qu’ils croient atteint et qui jamais ne seront riches faute d’avoir connu leur insondable misère.
> lire la suite
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Pour ce soir, mangez de ces pains sans levain, de ces pains faits d’eau et de blé, pétris par la main de l’homme, qui ont senti la chaleur du four, que mes mains, vivantes encore, ont partagés et qui par mon amour furent transmués en ma chair pour devenir votre éternelle nourriture. Il est doux au cœur de l’ami de manger avec ses amis le pain né de la terre, le pain qui fut une herbe verte parsemée de lys, un épi mûr retombant sur sa tige, pesant et blond. Vous savez combien de fatigues et d’angoisses enferme une bouchée de ce pain. Les grands bœufs qui traînent la herse, le paysan qui jette le grain à poignées dans le sillon hivernal, l’herbe nouvelle qui triomphe tendrement de l’obscure humidité du terroir, les moissonneurs courbés, le col bruni, des journées entières –et la faux le soir est plus lourde qu’une pioche ; et il reste à lier les gerbes, à les porter sur l’aire, à les battre.
> lire la suite
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Le lieu le plus souillé fut le premier séjour du seul Être pur né d’une femme. Le Fils de l’Homme, qui devait être dévoré par des bêtes portant le nom d’hommes, eut pour premier berceau la crèche où les bêtes broient sous leurs dents les merveilleuses fleurs printanières.
Et ce ne fut pas un hasard : la terre n’est-elle pas une immense étable où l’homme engloutit et digère ? Les choses les plus belles, les plus pures, les plus divines, une infernale alchimie ne les transmue-t-elle pas en fumier ? Monceau d’ordure où l’on se couche ensuite : et c’est là, en langage humain, « jouir de la vie ».
> lire la suite
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Tu sais, toi qui as vécu parmi nous, le fond de notre nature malheureuse. Nous sommes des feuilles dans le vent ; nous sommes les bourreaux de nous-mêmes ; une race bâtarde d’avortons se roulant dans le mal comme l’ivrogne dans son vomi ou le lépreux dans sa pourriture. Nous t’avons repoussé parce que tu étais trop pur pour nous. Nous t’avons condamné parce que tu étais la condamnation de notre vie.
> lire la suite
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Pierre, Pierre, je te l’avais bien dit que tu m’abandonnerais, comme les autres. Mais maintenant, c’est toi le plus cruel de tous. Déjà, pourtant, je t’ai pardonné dans mon cœur, et je t’aime comme je t’ai toujours aimé, car je suis ici pour mourir et pour pardonner. Mais toi, Pierre, pourras-tu jamais te pardonner toi-même ?
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Triste est le sort des précurseurs : ils savent mais ne verront pas ; ils arrivent aux bords du Jourdain mais n’entreront pas dans la Terre Promise ; ils aplanissent la route à celui qui marche derrière eux et les dépassera ; serviteurs d’un maître que souvent ils ne connaissent point.
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
La monnaie porte en soi, avec la sueur grasse des mains qui l’ont palpée, l’inexorable contagion du crime. De toutes les choses immondes et manufacturées par l’homme pour se salir et salir la terre, la plus immonde peut-être est la monnaie.
-
Histoire du Christ de
Giovanni Papini
Regardez-les une dernière fois, ceux qui rient autour de la Croix où le Christ est mordu des plus dévorantes douleurs. / Les voici en grappes sur les pentes du Calvaire comme une bande de boucs haineux. Regardez-les bien, regardez-les un par un au visage ; vous les reconnaîtrez tous car ils sont immortels. Voyez comme se tendent ces museaux qui flairent, ces cous noueux, ces nez bossus et crochus, ces yeux cupides sous leurs sourcils hérissés. Observez combien ils sont horribles dans ces poses spontanées de caïnité implacable. Comptez-les bien, ils y sont tous, pareils à ceux que nous connaissons, frères de ceux que nous rencontrons chaque jour dans nos rues.
> lire la suite