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Le Dépaysement : Voyages en France de
Jean-Christophe Bailly
quelqu'un, presque un enfant encore, là-bas derrière une lampe, et peut-être qu'il lit ou écrit, il n'y a en lui et autour de lui aucun bruit, il fait tomber des pierres dans son silence, il est à lui-même son propre puits, il se déchire tout entier, il n'est plus là, il ne reste, impénétrablement, que sa mémoire.
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Par brigetoun, le 13/12/2011
Le Dépaysement : Voyages en France de
Jean-Christophe Bailly
Comme à chaque fois que l'on entre sur ce terrain, la menace du voeu pieux se fait sentir et serre de près les phrases comme une mendiante, mais ce que je veux dire, à la fin de ce livre, est simple : c'est qu'il faut sortir l'identité du carcan du national (et de tous les autres carcans, à commencer par ceux des religions) et en faire le principe actif d'un passage disséminé, qui serait celui d'une république à venir. C'est à ce prix seulement, dans l'espace d'une redistribution simple et audacieuse, que la valence nationale (que l'on pourrait définir comme un accord entre les êtres et leur monde) pourra se retrouver, non comme une citadelle ouvrant ses portes à quelques élus, mais comme une aire d'expérimentations
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Par brigetoun, le 15/01/2012
Toi aussi, tu as des armes : Poésie & politique de
Jean-Christophe Bailly
Cette condition s'envisage comme un retrait, et même comme un retrait absolu : au moment t du commencement du poème, il n'y a rien, mais ce goulot d'étranglement n'est pas un filtre par où s'écoule un sujet qui se rêve, c'est un bief par lequel le monde entre ; la "solitude" du poème est ce qui se tient dans la conduite et le suivi de ce point et donc dans la ligne - la phrase - qui s'écrit selon ce suivi. Aucune politique du poème ne peut faire fi de ce passage par la condition de son éclosion.
(Jean-Christophe Bailly)
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Par brigetoun, le 15/01/2012
Toi aussi, tu as des armes : Poésie & politique de
Jean-Christophe Bailly
Dire "oui" ou "non" à un nom propre, un programme, un avenir, c'est exaltant. Entre les deux, il arrive que l'on cherche autre chose, une couleur, un logo, le plat préféré du candidat. Avant de voter, on peut regarder les Guignols. Les Guignols de l'info sont l'oxygène des Français désorientés.
(Véronique Pittolo)
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Par brigetoun, le 15/01/2012
Toi aussi, tu as des armes : Poésie & politique de
Jean-Christophe Bailly
Et, d'un froid glacé à l'autre, n'était-il pas en passe, avec son adjectivation malencontreuse (pour lui), de faire clignoter - dans son roman - l'idée que Marx et Engels n'avaient peut-être pas eu tort de décrire la classe bourgeoise comme celle qui, d'une manière, au vrai, fort brutale ("détruit", "impitoyablement déchiré"...), "n'a laissé subsister aucun lien entre les hommes que l'intérêt nu" et "noyé" dans l'"eau glacée - je souligne - du calcul égoïste"... quoi ? nombre de traits qui caractériseraient l'époque antérieure à celle de son accession au pouvoir - l"ignoble" à la bourgeoisie prenant pas exemple, par expropriation, la place des "valeurs" de la noblesse déchue...
(Jacques-Henri Michot)
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Le Dépaysement : Voyages en France de
Jean-Christophe Bailly
(Les souvenirs sont en nous ce qui empêche le monde de finir et lorsque l'on voit qu'il continue aussi hors d'eux, indifférent et mobile, coulant sans avidité sur ce qui fut et sera, un vertige se produit, qui a l'éclat de notre propre disparition.)
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Par brigetoun, le 13/12/2011
Le Dépaysement : Voyages en France de
Jean-Christophe Bailly
C'est pourquoi, sans doute, j'ai amené la République. À priori on serait en droit de se demander ce qu'elle vient faire là, et pourtant je pense qu'il est requis de la nommer, dans la mesure même où son idée (contiguë à celle de nationalité telle que l'avance Hugo) est celle d'une immense tolérance, d'une immense capacité de liaison, celle d'une fédération des disparités – tout ce qu'elle modère ou régule dans les pulsions centrifuges se retrouvant exalté dans une ardeur centrale conçue comme un foyer. Or, on le voit bien, de cette République-là, qui est celle d'une fondation, rien ne reste qui soit vraiment vivant.
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Par BVIALLET, le 19/04/2012
Le Dépaysement : Voyages en France de
Jean-Christophe Bailly
La petite Istambul côtoyée par des Serbes, les boutiques de confection sépharades succédant dans la rue du Château d'eau à la double haie bruyante et joyeuse des salons de coiffure blacks (où toujours, autour des clients et de ceux qui en effet les coiffent toute une foule de village s'amoncelle palabrante) encadrant elle-même jusqu'à hier un pâtissier au millefeuille renommé qui vient d'être remplacé par un spécialiste des macarons, des Chinois bien sûr en nombre et des Pakistanais, l'entier couloir de restaurants indiens du passage Brady avec Ganesh dans tous ses états, le fond maghrébin présent comme partout avec une forte marque kabyle voire chleuh, j'en oublie forcément, les Portugais par exemple, monde ou mondes auxquels il convient d'ajouter bien sûr les Français, présents tout autrement que comme un reste et représentés d'abord, du côté des boutiques, par une importante délégation auvergnate mais, du côté des passants que l'on croise, venant pour une part du peuple et pour l'autre de la petite bourgeoisie jeune et branchée (dans une proportion toutefois insuffisante pour affecter profondément la vie du quartier), plus des indépendants, peu assignables à telle catégorie, telle est la composition, extraordinairement mouvante, des environs des portes Saint-Martin et Saint-Denis où tout le monde ignore superbement la grande inscription LUDOVICO MAGNO pourtant repassée à l'or, et où personne ne se soucie du fait que juste sous la porte Saint-Denis, à l'entrée du faubourg, le Petit Pot Saint-Denis eut autrefois pour client régulier Gérard de Nerval qui venait y boire de l'alcool de poire.
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Par Villoteau, le 28/08/2012
La colonie des enfants d'Izieu 1943-1944 de
Jean-Christophe Bailly
À quoi tient que l’émotion soit si violente, à quoi tient que ce lieu soit plus bouleversant peut-être qu’un lieu d’horreur, c’est-à-dire ce qu’il faudrait pouvoir dire, c’est ce que j’essaye de dire ; dans cette maison le travail de deuil a été fait, mais de telles manière que se rouvre la déchirure. Ce deuil inachevable, c’est une façon d’habiter le temps : la maison d’Izieu habite la pente de la montagne et la pente du temps. Sur l’une, elle s’est arrêtée un matin d’avril et l’arrêt, l’arrêt sans image de ce matin coule pourtant comme d’un trou qui aurait été fait dans le temps.
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Par brigetoun, le 13/12/2011
Le Dépaysement : Voyages en France de
Jean-Christophe Bailly
Les jardins ouvriers, quel que soit leur mode associatif, ne relèvent pas du régime de la propriété privée – et c'est cela que d'emblée ils rendent visible, c'est cela que l'on ressent, confusément, quand on les longe, et qui se précise quand on s'y promène. Et s'ils ont quelque chose d'un fragment discret d'une utopie, ce n'est pas seulement pour cette raison, c'est aussi parce qu'ils ajointent souplement à cette élision de la propriété privée la sensation – et les gestes concrets – d'une appropriation. Chacun est chez soi dans ce qui pourtant n'est pas à lui, et cela n'a rien à voir, même s'il y a une ressemblance dans le statut, avec la simple location.
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