Si l'on s'arrête à ce qui s'y déroule, dans
je m'en vais rien n'est fait pour (me) séduire : le grand Nord, les marchands d'art… mélange de sujets modernes et de vague exotisme qui sur le papier a tout pour (me) déplaire.
je m'en vais est un de ces romans dont on serait tenté de dire qu'il ne s'y passe rien. Et pourtant sitôt posé ce jugement on se voit obligé de le réviser : à regarder les faits, ce pourrait être une aventure pleine de rebondissements, mais
Echenoz la narre de façon à la rendre tout à fait plate.
De tout cela ne reste qu'un style caractérisé par son omniprésence. D'abord parce qu'il dérange constamment, notamment par une utilisation des temps singulière, comme un conditionnel condensateur d'action, rompant le passé simple, utilisé pour dire des évènements qui se déroulent effectivement (valeur qui existe peut-être ?) et donnant au récit ou à celui qui le fait un ton, un regard désabusé. C'est d'autre part la présence d'un « je », ponctuelle mais persistante, qui est parfois la voix du narrateur, parfois presque celle de l'auteur lui-même. Il est à la fois présent et détaché, comme assistant à l'écriture et rappelant au lecteur que ce n'est que ça, mais il donne en même temps l'impression de s'effacer, de n'être presque que le témoin de la scène qui se déroule malgré lui ou sur laquelle il peut seulement intervenir.
« Il parvint au sixième étage moins essoufflé que j'aurais cru » signe au 1er chapitre la première occurrence de cette présence lectrice, mais pas seulement ; elle peut en effet aller jusqu'à ou bien commenter l'écriture, ou bien être le témoin audible des personnages en train de vivre, selon la manière dont on la comprend : « Personnellement je commence à en avoir un peu assez, de Baumgartner. »
Certes, ces personnages n'ont rien de sympathique ou d'attachant. Et si Marielle disait des romans d'
Echenoz qu'on s'y « sen[t] chez [soi] » je dirais au contraire qu'on s'y trouve mal à l'aise, sans avoir envie de revenir côtoyer les gens qu'on y a croisé, mais plutôt de leur fausser compagnie. Nous sommes d'ailleurs plus proches au fil du récit de cette voix tierce que des personnages eux-mêmes.
je m'en vais se referme donc plus aisément que l'on ne quitte « son bain », mais on en sort assez intrigué par ce sentiment étrange et singulier pour avoir envie d'ouvrir un second
Echenoz.