ISBN : 2707316865
Éditeur : Editions de Minuit (1999)


Note moyenne : 3.59/5 (sur 110 notes) Ajouter à mes livres
Félix Ferrer, séducteur quinquagénaire au système cardiaque peu brillant et propriétaire d'une galerie d'art moderne sur le déclin, s'en va. Il quitte sa femme pour en rejoindre une autre. Il abandonne Paris six mois plus tard et embarque &... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par yokai, le 08 février 2012

    yokai
    "je m'en vais", c'est par ces mots que commence et se termine le livre de Jean Echenoz. Ferrer, le personnage principal, travaille dans le domaine de l'art — il se prénomme Félix mais le narrateur utilise le plus souvent son nom de famille seul. Ancien artiste lui-même il s'est petit à petit transformé en marchant d'art exerçant dans sa propre galerie parisienne. Cette galerie, il s'en sert également de dortoir lorsque les affres de la vie sentimentale le poussent à trouver un refuge. Cette vie et ses calcifications que deviennent avec le temps les habitudes le lassent. C'est pour cette raison, mais aussi pour l'appât du gain, qu'il ne va pas hésiter à embarquer direction le grand nord sur les traces d'un trésor d'art inuit (paléobaleinier plus précisément).
    Ce roman est construit de manière très structurée. Pendant la première moitié du livre, lorsqu'un chapitre est dédié au temps du récit, le suivant explore le passé, nous raconte ce qui a mené à ces évènements. Puis le passé rattrape le présent mais l'alternance du récit est conservée, pour ne porter désormais plus sur le temps mais sur les personnages. Les transitions ne sont pas abruptes ni des prétextes à la création de suspenses artificiels qui sont trop souvent sources de frustration pour le lecteur. L'écriture est épurée, sobre tout en étant élégante et précise, concise. Il s'en dégage une clarté et une fluidité rarement égalée. Jean Echenoz dit juste ce qu'il faut, emploie exactement les bons mots et distille à son lecteur l'essentiel, la quintessence, sans le noyer sous un flot de paroles et de digressions. C'est un exemple à suivre. le narrateur présente les évènements de façon originale et dynamique. Il semble orienter le récit en fonction de ce qu'il se passe comme si, à la manière d'un réalisateur d'émission télé, les yeux rivés sur des écrans de contrôle, il voyait les évènements se dérouler devant ses yeux et orientait le direct vers la bonne caméra. Il va plus loin et n'hésite pas à outrepasser son rôle pour donner son avis ou conseiller Ferrer toujours avec une pointe d'humour.
    Quelques objets du quotidien trahissent l'âge du roman et nous rappellent qu'il a obtenu le Goncourt il y a déjà quelques années. C'est d'abord un radiocassette qui nous met la puce à l'oreille et puis, l'évidence, celle que l'on ne peut nier, l'exception française, l'icône des années 80 en personne fait son apparition: le Minitel. C'était effectivement un autre temps où le jury Goncourt récompensait un roman d'une grande classe: intéressant, court, sobre et accessible. de ce côté là, il y a de quoi à regretter l'époque du Minitel.

    Lien : http://www.aubonroman.com/2011/12/je-men-vais-par-jean-echenoz.html
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par zabeth55, le 19 mai 2012

    zabeth55
    Une déception. Je n'ai pas accroché à ce livre où je me suis ennuyée.
    Les déboires d'un galeriste, ses relations avec les femmes, son employé qui le cambriole.
    C'est confus, surtout au début.
    L'emploi fréquent du « on » pour relater est assez pénible, l'humour ne m'a pas fait sourire.
    Pourtant, ce n'est pas mal écrit, mais l'histoire manque vraiment d'étoffe.
    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Nouar, le 29 février 2012

    Nouar
    Si l'on s'arrête à ce qui s'y déroule, dans je m'en vais rien n'est fait pour (me) séduire : le grand Nord, les marchands d'art… mélange de sujets modernes et de vague exotisme qui sur le papier a tout pour (me) déplaire. je m'en vais est un de ces romans dont on serait tenté de dire qu'il ne s'y passe rien. Et pourtant sitôt posé ce jugement on se voit obligé de le réviser : à regarder les faits, ce pourrait être une aventure pleine de rebondissements, mais Echenoz la narre de façon à la rendre tout à fait plate.
    De tout cela ne reste qu'un style caractérisé par son omniprésence. D'abord parce qu'il dérange constamment, notamment par une utilisation des temps singulière, comme un conditionnel condensateur d'action, rompant le passé simple, utilisé pour dire des évènements qui se déroulent effectivement (valeur qui existe peut-être ?) et donnant au récit ou à celui qui le fait un ton, un regard désabusé. C'est d'autre part la présence d'un « je », ponctuelle mais persistante, qui est parfois la voix du narrateur, parfois presque celle de l'auteur lui-même. Il est à la fois présent et détaché, comme assistant à l'écriture et rappelant au lecteur que ce n'est que ça, mais il donne en même temps l'impression de s'effacer, de n'être presque que le témoin de la scène qui se déroule malgré lui ou sur laquelle il peut seulement intervenir.
    « Il parvint au sixième étage moins essoufflé que j'aurais cru » signe au 1er chapitre la première occurrence de cette présence lectrice, mais pas seulement ; elle peut en effet aller jusqu'à ou bien commenter l'écriture, ou bien être le témoin audible des personnages en train de vivre, selon la manière dont on la comprend : « Personnellement je commence à en avoir un peu assez, de Baumgartner. »
    Certes, ces personnages n'ont rien de sympathique ou d'attachant. Et si Marielle disait des romans d'Echenoz qu'on s'y « sen[t] chez [soi] » je dirais au contraire qu'on s'y trouve mal à l'aise, sans avoir envie de revenir côtoyer les gens qu'on y a croisé, mais plutôt de leur fausser compagnie. Nous sommes d'ailleurs plus proches au fil du récit de cette voix tierce que des personnages eux-mêmes.
    je m'en vais se referme donc plus aisément que l'on ne quitte « son bain », mais on en sort assez intrigué par ce sentiment étrange et singulier pour avoir envie d'ouvrir un second Echenoz.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 26 février 2012

    carre
    Félix Ferrer, propriétaire d'une galerie d'art vit des moments difficlies tant sur le plan professionnel, sentimental que intime. Spécialisé dans l'art moderne les affaires ne vont pas forts, il quitte sa femme qui lui porte sur le système et des problèmes cardiaques lui rapellent sa condition d'humain de cinquante ans. Sur l'avis de son conseiller, il décide de se joindre à une expédition pour le grand Nord à la recherche d'objets d'art inuit. Mais son coeur lui joue à nouveau des tours.
    C'est tout en légèreté et en énigmes que Echenoz nous ballade dans les pas de Ferrer, un homme qui avance dans la vie sans se retourner comme si sa vie était perpétuellement en mouvement. Et c'est de cette légèreté que vient tout le plaisir des livres d'Echenoz. On se croit dans un polar, on bascule dans la comédie, on passe de l'ironie à la sincérité. Jean Echenoz obsculte nos quotidiens et nos solitudes avec un talent rare. Prix Goncourt mérité, ce qui n'est pas toujours le cas.
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    • Livres 5.00/5
    Par valetudinaire, le 15 juin 2011

    valetudinaire
    Premier ouvrage lu de Echenoz et surement pas le dernier ; une véritable découverte de style et de fond. Dès les premières pages, j'ai évoqué comme la possibilité persistante d'un lien entre cet auteur et Flaubert... qui s'est avéré plus que vrai au fur et à mesure de ma lecture. Beaucoup de similitudes stylistiques dans la conjugaison, le discours, les sonorités presque obsessionnelles ; mais aussi beaucoup plus d'expériences surprenantes bien que parfaitement maitrisées comme le changement de point de vue au sein d'une même phrase, des redondances douce comme des fruits rouges (une dizaine de "dit" dans la même page sans que ça ne paraisse choquer à aucun moment) montrant une compréhension particulière et complexe de la langue française.
    Une histoire de vie et de départ, le départ vers ailleurs, parfois loin, parfois juste de l'autre côté du trottoir. On se reconstruit sur des années qu'on prend à s'échapper ; on s'échappe mais tout ne fait encore que commencer.
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 30 juillet 2011

    [ Incipit ]

    1

    Je m’en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s’égarant vers le sol, s’arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l’entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.
    Dehors, sans un regard pour la voiture de Suzanne dont les vitres embuées se taisaient sous les réverbères, Ferrer se mit en marche vers la station Corentin-Celton située à six cents mètres. Vers neuf heures, un premier dimanche soir de janvier, la rame de métro se trouvait à peu près déserte. Ne l’occupaient qu’une dizaine d’hommes solitaires comme Ferrer semblait l’être devenu depuis vingt-cinq minutes. En temps normal il se fût réjoui d’y trouver une cellule vide de banquettes face à face, comme un petit compartiment pour lui seul, ce qui était dans le métro sa figure préférée. Ce soir il n’y pensait même pas, distrait mais moins préoccupé que prévu par la scène qui venait de se jouer avec Suzanne, femme d’un caractère difficile. Ayant envisagé une réaction plus vive, cris entremêlés de menaces et d’insultes graves, il était soulagé mais comme contrarié par ce soulagement même.
    Il avait posé près de lui sa mallette contenant surtout des objets de toilette et du linge de rechange et, d’abord, il avait regardé fixement devant lui, déchiffrant machinalement des panonceaux publicitaires de revêtements de sol, de messageries de couples et de revues d’immobilier. Plus tard, entre Vaugirard et Volontaires, Ferrer ouvrit sa mallette pour en extraire un catalogue de vente aux enchères d’œuvres d’art traditionnel persan qu’il feuilleta jusqu’à la station Madeleine, où il descendit.
    Aux environs de l’église de la Madeleine, des guirlandes électriques supportaient des étoiles éteintes au-dessus des rues plus vides encore que le métro. Les vitrines décorées des boutiques de luxe rappelaient aux passants absents qu’on survivrait aux réjouissances de fin d’année. Seul dans son manteau, Ferrer contourna l’église vers un numéro pair de la rue de l’Arcade.
    Pour retrouver le code d’accès à l’immeuble, ses mains se frayèrent un chemin sous ses vêtements : la gauche vers l’agenda glissé dans une poche intérieure, la droite vers ses lunettes enfouies dans une poche pectorale. Puis, le portail franchi, négligeant l’ascenseur, il attaqua fermement un escalier de service. Il parvint au sixième étage moins essoufflé que j’aurais cru, devant une porte mal repeinte en rouge brique et dont les montants témoignaient d’au moins deux tentatives d’effraction. Pas de nom sur cette porte, juste une photo punaisée, gondolée aux angles et représentant le corps sans vie de Manuel Monteliu, ex-matador recyclé péon, après qu’un animal nommé Cubatisto lui eut ouvert le cœur comme un livre le 1er mai 1922 : Ferrer frappa deux coups légers sur cette photo.
    Le temps qu’il attendait, les ongles de sa main droite s’enfoncèrent légèrement dans la face interne de son avant-bras gauche, juste au-dessus du poignet, là où se croisent nombre de tendons et de veines bleues sous la peau plus blanche. Puis, très brune aux cheveux très longs, pas plus de trente ans ni moins d’un mètre soixante-quinze, la jeune femme prénommée Laurence qui venait d’ouvrir la porte lui sourit sans prononcer un mot avant de la refermer sur eux. Et le lendemain matin vers dix heures, Ferrer repartit vers son atelier.
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  • Par Lybertaire, le 05 avril 2012

    Car le maquillage masque en même temps qu’il décore les organes sensoriels, du moins, notez, ceux qui ont plusieurs usages. La bouche, par exemple, qui respire et qui parle et mange, boit, sourit, chuchote, embrasse, suce, lèche, mord, souffle, soupire, crie, fume, grimace, rit, chante, siffle, hoquette, crache, rote, vomit, expire, on la peint, c’est bien le moins, pour l’honorer de remplir ainsi nombre de fonctions nobles. On peint aussi les alentours de l’œil qui regarde, exprime, pleure et se ferme pour dormir, ce qui est également noble. On peint encore les ongles qui se tiennent aux premières loges de l’immense et noble variété des opérations manuelles.
    Mais on ne farde pas ce qui ne rend qu’un ou deux services. Ni l’oreille – qui ne sert qu’à entendre – à laquelle on fixe juste un pendentif. Ni le nez – qui ne fait que respirer, sentir, et qui parfois se bouche – auquel comme à l’oreille on peut assujettir une boucle, une pierre précieuse, une perle ou même sous certains climats un os véritable, alors que sous les nôtres on se contente de le poudrer.
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  • Par Lybertaire, le 05 avril 2012

    Donc il revécut seul. Mais ce n’est pas bon pour lui. Et encore moins le matin quand il s’éveille en érection, c’est-à-dire la plupart des matins comme la plupart des hommes avant de déambuler entre la chambre, la cuisine et la salle de bains. Allant et venant ainsi, ce n’est heureusement bientôt plus qu’une moitié d’érection : mais lesté, presque déséquilibré par cet appendice perpendiculaire à la verticale voûtée de ses vertèbres, il finit par s’asseoir, il ouvre son courrier. Opération presque toujours décevante et qui se conclut en général et vite par une sédimentation nouvelle de sa corbeille à papiers mais qui, mutatis mutandis à moins que nolens volens, fait au moins revenir son appareil à un gabarit normal.
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  • Par line70, le 19 mars 2011

    [...] chacun sait qu'on ne trouve personne quand on cherche, mieux vaut ne pas avoir l'air de chercher, se comporter comme si de rien n'était.
    Mieux vaut attendre le hasard d'une rencontre, surtout sans avoir l'air d'attendre non plus. Car c'est ainsi, dit-on, que naissent les grandes inventions: par le contact inopiné de deux produits posés par hasard, l'un à côté de l'autre, sur une paillasse de laboratoire. Certes encore faut-il qu'on les ait disposés, ces produits, l'un près de l'autre, même si l'on n'avait pas prévu de les associer. Encore faut-il qu'on les ait convoqués ensemble au même moment: preuve qu'ils avaient, bien avant qu'on le sût, quelque chose à voir entre eux. C'est la chimie, c'est ainsi.
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  • Par BMR, le 12 avril 2012

    [...] Cette moitié féminine peut aussi, a-t-il remarqué, se diviser en deux populations : celles qui, juste après qu’on les quitte, et pas forcément pour toujours, se retournent quand on les regarde descendre l’escalier d’une bouche de métro, et celles qui, pour toujours ou pas, ne se retournent pas. En ce qui concerne Ferrer, il se retourne toujours les premières fois pour estimer à quelle catégorie, retournante ou non retournante, appartient cette nouvelle connaissance. Ensuite il procède comme elle, se plie à ses manières, calque son comportement sur le sien vu qu’il ne sert vraiment à rien de se retourner si l’autre pas.
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Interlignes - lecture Jean Echenoz .
Jean Echenoz lit, pour Interlignes, un extrait de son roman "Des Eclairs"








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