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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Si un sale singe a trop de proximité avec moi, le chien Fidèle aboie sa grogne et protège le moi. Je me monte les ruines des marches et tel le bon soldat, le chien accompagne, le chien trotte et jamais il ne demande : où va le maître ? Où est le maître est le chemin.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Je suis grand comme la civilisation à présent, monsieur Doogie. Seule elle me manque. Lumières et murs noirs, les stations rondes, les satellites et la capitale de la Lune s’en vont : oh Tokyo ! oh New York ! oh Paris ! Les villes vivent dans des cubes, les habitants sont plus que civilisés, Doogie, ce ne sont que fête-toi, fête-moi, la nourriture vient de planète la Terre, ici, monsieur Doogie, nous n’avons rien à faire. C’est une civilisation hors-sol, nous vivons comme des dieux !
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Il n’y a qu’air mouillé, en bloc, terre qui pue, fumée de la chaleur, bois brûlé qui a pris la douche de la pluie ploc-ploc et les mille parfums de la Nature qui n’a pas mis de pschitt pour sentir bon la civilisation, tout n’est dans mon nez que comme une seule odeur qui ne dit rien, l’odeur du junglement. Qui ne parle pas. À quoi sert le langage dans la Jungle ? Maudit nez qui n’est pas nez, sale nez qui n’est même plus museau.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Je fus la dernière héritière d’un mouvement sinueux par lequel, humains que nous sommes, nous nous opposâmes aux autres animaux, pour parvenir au point paradoxal où nous en vînmes à réaliser pourquoi et comment nous leur appartenions pourtant. C’est bien tardivement qu’il nous a été loisible de nous comprendre parmi les animaux et de comprendre l’animalité en nous.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Les bêtes... Nous les avons détestées et nous les avons aimées, domestiquées, torturées et caressées, nous leur avons donné des noms latins, nous avons décrit et minutieusement expliqué de quelle façon elles se comportaient, sans espoir qu’elles nous montrent jamais d’elles-mêmes ce que nous sommes, sans espoir qu’un jour elles nous pardonnent.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
La Nature n’est pas une salle de bains. Lorsque, à l’instant où Doogie lave sa patte morte, il entend que grognent les sales bêtes d’autour de toi : l’humain était salle de bains, l’animal n’est que sale.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Un administrateur, c’est l’argent, Doogie. Elle claque des doigts et ses yeux aux longs cils comme des ongles se ferment. Et de l’argent, pas vrai, on n’en a plus. Pas d’argent, plus de Paradis...
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Et parfois nous avons ressenti trop fort le désir de les faire évoluer, de les entendre enfin nous parler. Car nous sommes seuls, grands bavards de la Création.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
Néanmoins gargouille le ventre qui a trop faim. Oh, quoi faire ? Ne mange pas les prunes sans savoir, ne te fie à rien si tu sens, si tu vois. Retiens-toi.
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Mémoires de la jungle de
Tristan Garcia
La Jungle n’est qu’un cauchemar. Regarde autour de toi, la civilisation est une réalité.