> René de Ceccatty (Traducteur)
> Ryôji Nakamura (Traducteur)

ISBN : 2070394735
Éditeur : Gallimard (1996)


Note moyenne : 3.14/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
"L'amour pour les faibles cache toujours une volonté de meurtres", prévient l'auteur en exergue de ce roman surréaliste japonais. Ou plus exactement d'un récit hyperréaliste, à la croisée du roman policier, du texte pornographique et d... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 27 décembre 2011

    colimasson

    Difficile de s'attacher à cet étrange livre de Kôbô Abé
    Livré sous la forme atypique d'un exercice de mémoire effectué par le personnage principal soumis aux ordres d'un médecin-cheval, on accède tantôt aux pensées du narrateur, tantôt à la description de ses actes à la troisième personne, ceci étant censé lui permettre de trouver le recul nécessaire qui manque à sa réflexion sur le drame qu'il est en train de vivre. Ce drame, d'ailleurs, c'est la perte de sa femme, emmenée de force par deux ambulanciers à 4h du matin. Depuis, « l'homme » n'a plus aucune nouvelles d'elle et ne sait même pas si elle est encore vivante. Isolé du reste du monde, coupé du commun de ses semblables, il devra se rendre directement à l'hôpital s'il désire éclaircir les raisons de cet enlèvement inexpliqué.
    Cette trame n'est qu'un prétexte permettant à Kôbô Abé de se livrer à la description d'un monde qui hésite entre le fantastique, l'horreur et la comédie. de long en large, on traverse des lieux empreints de maladie et de perversion, mais sans que jamais la souffrance ni la douleur ne soient explicitement évoquées. Il semblerait d'ailleurs que celles-ci n'existent pas ou qu'elles se manifestent à la rigueur par le sentiment de honte que l'homme éprouve vivement à plusieurs égards tout au long de son récit. Un regard désabusé recouvre l'ensemble et encore une fois, il est difficile de dire s'il s'agit là d'un rire sain qui ferait preuve d'une certaine décontraction face à la dureté des expériences subies par certains personnages, ou s'il ne s'agit au contraire que d'un mépris cruel et égoïste pour les tares qui affectent les patients et médecins de l'hôpital (car en effet, il ne me semble pas qu'il existe un personnage de ce livre qui ne soit dénué de vice ou d'handicap, qu'il s'agisse de l'homme cheval, de l'infirmière nymphomane, de la maman-couette ou de la petite fille aux os liquides).

    « Il paraît que mes os coulent petit à petit comme de la gélatine. Quand je change de position, l'effet de la pesanteur change aussi, tu vois, et comme l'écoulement de mes os se modifie, mes nerfs se tendent et ça me fait mal. »

    Cette ambigüité du regard porté par l'homme sur les personnages qui l'entourent se transforme rapidement en malaise dans l'esprit du lecteur. Envie de rire et envie de vomir alternent sans cesse. On a l'impression de tanguer et ce d'autant plus que l'hôpital est un vrai labyrinthe, une institution dominée par des règles absurdes et une mécanique implacable. Si on ne se choppe pas non plus un mal de tête, c'est un miracle. Finalement, cet hôpital rend plus malade qu'il ne soigne.

    « Il est entendu que l'agence doit convaincre le malade de suivre le conseil émis par la salle de médecine générale, mais, si le malade lui-même ou l'un de ses parents peut exprimer sa volonté, il faut en principe la respecter, ce qui fait que le malade, en général, aboutit dans un service tout à fait banal comme ceux des maladies internes, de chirurgie, de psychiatrie. On ne peut pas reprocher à un malade de ne pas connaître exactement sa propre maladie, mais c'est ennuyeux pour ceux qui travaillent dans un service restreint. On en arrive même à des cas extrêmes, où tous les malades hospitalisés ne sont que des médecins et des infirmières qui ont demandé leur admission dans ces petits services par fidélité. »

    L'impression de malaise doit sans doute beaucoup à la solitude immense qui règne dans cet hôpital et qui n'est certainement qu'une prolongation de l'inhumanité des rapports entre les êtres humains, tels que la perçoit Kôbô Abé. Cette solitude ne se traduit pas par une isolation mais au contraire par un érotisme très explicite qui aboutit souvent à des scènes de sexe mécaniques, techniques, dénuées de toute émotion et de toute chaleur humaine.

    « En réalité, le pénis du médecin de garde devint le soir même un jouet entre les mains des infirmières et si certaines tentèrent de copuler, la majorité d'entre elles s'amusa plutôt à l'aspirer avec un aspirateur ou à essayer de voir jusqu'à combien de feuilles de photocopie il pouvait déchirer, et ainsi le lendemain matin il était réduit à un lambeau de viande ensanglantée qui ne pouvait plus servir à rien. »
    « […] il y a des mensonges sociaux comme d'appeler mariage l'annoncement du commencement de la copulation ou de baptiser lune de miel la retraite momentanée pour s'adonner à la copulation, n'est-ce pas ? L'obscénité est soudain occultée, non ? Un acte sexuel ritualisé obtient sans problème un laissez-passer du noyau relationnel. »

    Est-ce que tout cela mène quelque part ? Est-ce utile que tout cela mène quelque part ? Pour finir, l'homme ne sait même plus ce qu'il est venu chercher dans cet hôpital. Tout n'était peut-être qu'une machination destiné à le faire se perdre totalement. Et c'est réussi, pour l'homme comme pour le lecteur.

    « Au-delà de la mer noire, où les feux des bateaux partis pêcher la seiche clignotent, se dessine, à l'horizon, une demi-lune orange et replète et, toute médiocre qu'elle est, cette image, tant de fois vue, produit en moi une peur inimaginable. »

    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-rendez-vous-secret-1979-de-k..
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 27 décembre 2011

    La démangeaison est une sensation qui, lorsqu’un corps physiologique étranger stagne ou s’accumule aux alentours d’un organisme, appelle sa dispersion au moyen d’une friction mécanique (pour parler en termes plus ordinaires : l’acte de se gratter). D’abord, le mécanisme sensoriel dermatologique, qui a été stimulé par ce corps étranger, produit tout autour une matière qui s’appelle ATC (ma mémoire me trompe peut-être) et, en envoyant un signal à l’encéphale, crée la sensation de démangeaison. Médiatisé par cette sensation, naît le désir de se gratter. Egalement dans le cas de pulsions sexuelles, une matière semblable à l’ATC s’accumule sur la muqueuse génitale. Mais ici, la sensation n’est pas aussi nette que la démangeaison, c’est quelque chose de vague comme une « bouffée de chaleur » ou un « élancement ». Par conséquent, le conditionnement du côté de l’encéphale joue beaucoup. Tant que le conditionnement d’inhibition n’est pas levé, cette bouffée de chaleur ou cet élancement ne risquent pas de se transformer concrètement en acte sexuel. Autrement dit, tant que le surveillant qu’est le noyau relationnel n’a pas la gentillesse d’appuyer sur le bouton, en connaissance de cause, on ne peut pas se sentir une quelconque disposition.
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  • Par colimasson, le 27 décembre 2011

    Le veilleur lui avait appris comment passer inaperçu dans un hôpital. Naturellement, le costume de ville ne posait aucun problème, mais comme ceux qui le portaient ne pouvaient être que des visiteurs ou des livreurs, cela limitait nécessairement la marge de manœuvre et l’emploi du temps. Tout de même, le plus sûr serait d’enfiler une blouse blanche. Mais il existait de subtiles nuances entre celles des médecins, des ingénieurs, des employés et, paraît-il, on pouvait les subdiviser jusqu’en douze catégories. Ainsi il était malaisé d’en obtenir une. Pour en acheter à un stand, il fallait exhiber sa carte professionnelle. En deuxième lieu, il y avait l’uniforme des malades ou des techniciens. Pour les malades, il n’existait pas de règle fixe. Qu’il s’agît d’une chemise de nuit ou d’un pyjama, il suffisait qu’on pût coucher avec ce vêtement. […] Enfin, pour les techniciens, il était inutile de préciser qu’il était souhaitable de recourir à un vêtement qui eût toutes les apparences d’un habit de travail.
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  • Par colimasson, le 27 décembre 2011

    Sa mère était morte. Elle s’est développée à partir d’un œuf à maturité qu’on a extrait juste après la mort. Son père était un centilitre de sperme mixte qu’on a emprunté à la banque du sperme. Elle manque totalement de sentiment familial. Ce qu’on pourrait appeler le « sens relationnel » entre êtres humains est complètement absent de chez elle. […] Par exemple, il semble que le goût de la solitude soit une sorte d’instinct de retour au nid. Et que finalement les sensations épidermiques soient la source de toutes ses émotions. Puisqu’elle ne possède même pas de source à laquelle vouloir remonter.
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  • Par colimasson, le 27 décembre 2011

    Quand la mauvaise conscience prend le masque de la curiosité, l’homme, retourné comme un gant, devient un autre renversé. L’intoxication d’espionnite aiguë. La relation avec le monde extérieur, qui se constituait autour de la perception visuelle, se détruisait et cela causait un vertige pareil à l’ivresse que suscite la crainte des hauteurs. Mosaïque de temps qui peuvent coexister simultanément mais dont on ne peut jamais avoir l’expérience unitaire. Cela ressemble à de l’obscurité.
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  • Par colimasson, le 27 décembre 2011

    […] il y a des mensonges sociaux comme d’appeler mariage l’annoncement du commencement de la copulation ou de baptiser lune de miel la retraite momentanée pour s’adonner à la copulation, n’est-ce pas ? L’obscénité est soudain occultée, non ? Un acte sexuel ritualisé obtient sans problème un laissez-passer du noyau relationnel.
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