> Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)

ISBN : 2714443524
Éditeur : Belfond (2007)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 190 notes) Ajouter à mes livres
Œuvre d'une ampleur exceptionnelle, placée sous le parrainage de Salinger et Fitzgerald, La Ballade de l'impossible est le livre qui a révélé Haruki Murakami. Un superbe roman d'apprentissage aux résonances autobiographiques, dans lequel l'auteur fait preuve d'une tendr... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par jcnb68, le 31 août 2011

    jcnb68
    Ah, que c'est beau, que c'est beau, que c'est beau.
    Tellement beau que le besoin de suicide vous presse aux tempes.
    Je ne décris jamais le déroulement ou la trame d'un livre. En grande partie du fait que, dans la plupart des cas, je ne m'en souviens plus.
    Je ne vais donc pas le faire ici.
    Peut-être lié au fait que ce livre est le premier que j'ai lu de l'auteur, c'en est mon préfère. Et ce n'est pas peu dire lorsque l'on parle de Murakami.
    Quelle merveilleuse description à travers le personnage principal de la solitude et l'incompréhension de l'être humain face à lui-même et au reste des ses congénères.
    Mais il y a également le Japon décrit entre les mots avec nostalgie, me semble-t-il, et une nonchalance et un désenchantement respectueux.
    C'est loufoque, mais avec beaucoup plus de retenue que dans d'autres récits tels que La Fin des temps, par exemple. Donc, beaucoup plus abordable pour une introduction dans le monde Murakamien.
    Puis, il y a l'amour, avec ses silences qui vous emplissent le cœur jusqu'à le faire éclater en milliards de fragments de compassion.
    Oui, il y a de la compassion dans ce récit. À tel point qu'à côte, St-Jean de La Croix, passerait presque pour un enfant de cœur. Avec tous mes respects.
    Plongez dans cette balade aussi vertigineuse qu'impossible.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
  • Par asphodele85, le 02 juillet 2011

    asphodele85
    Une mélancolie poignante et vibrante semble s'être déposée sur ce livre, poussière d'ombres et de lumières mêlées. Sombre par la présence de la mort qui envahit le héros (et l'auteur) dès les premières pages, nous signifiant qu'elle sera aussi un personnage à part entière du récit ; sombre par les amours impossibles, remémorées vingt ans après et qui confirment que le temps de cet amour a fui ailleurs et ne repassera pas par l'histoire, ne la refera pas non plus. Elle restera à jamais suspendue, telle la dernière feuille rouge et silencieuse sur un arbre d'automne qui se refuse à tomber, alors que plus aucune sève ne la nourrit. L'obscurité reste toutefois, par éclipses, lumineuse comme ces clichés qui ont saisi l'âme, le geste, l'instant fugace plutôt que la pose à jamais figée. Et c'est dans cet instant de grâce que nous disparaissons sous ces pages légères et lourdes dans une musicalité incomparable, celle de l'imaginaire de l'auteur qui donne à cette mini autobiographie les accents d'un conte infiniment triste malgré des pointes d'humour nous assurant que la vie continue autour de l'absurde.
    L'HISTOIRE
    Lors d'un voyage en avion qui l'amène à Hambourg, Watanabe entend Norvegian Wood, la célèbre chanson des Beatles (chanson qui est le titre original du livre) et qui le propulse violemment vingt ans en arrière à Tôkyô sur les traces détaillées d'un passé qu'il croyait oublié. 1969. Avec Naoko et Kizuki, ils forment un trio d'amis inséparables. Naoko et Kizuki s'aiment depuis l'enfance. Ce dernier va se suicider et bien sûr leur vie va s'en trouver bouleversée. Ils quittent Kobé pour Tôkyô et mettront un an avant de se revoir. Il a commencé sans conviction des études d'histoire du théâtre et elle a quitté le lycée chrétien, privé et très cher pour s'installer seule tout en suivant ses cours à l'université. Lui, échoue dans un foyer pour garçons d'une austérité quasi militaire malgré le laisser aller de la majorité des occupants… Sur fond de manifestations contre l'impérialisme nos deux héros vont se rapprocher pendant cette période estudiantine, elle ne l'aime pas, sa névrose confine à l'autisme mais ils passent leurs dimanches à faire d'interminables balades dans Tôkyô, l'ombre de la mort toujours présente entre eux et en eux, ils ressemblent à deux solitudes incapables de communiquer vraiment, surtout elle qui ne sait pas mettre de mots sur les choses, qui le laisse se perdre « dans ses grands yeux limpides » qui parlent pour elle. Elle lui demandera une requête, une seule avant de disparaître encore : « Mais maintenant je comprends. Finalement, je crois que seuls les pensées et les souvenirs incomplets peuvent venir se loger dans des phrases, qui par définition, sont incomplètes. Et je crois qu'au fur et à mesure que mes souvenirs concernant Naoko se sont estompés, je l'ai de mieux en mieux comprise. maintenant, je comprends pourquoi elle m'a demandé de l'oublier. Sans doute le savait-elle aussi. Que le souvenir que j'avais d'elle finirait par disparaître. C'est justement pour cela qu'elle a insisté. « Ne m'oublie jamais. Souviens-toi que j'ai existé ».

    Il ira de liaisons faciles en rencontres amicales un peu déjantées, il lira beaucoup, du John Updike, du Scott Fitzgerald (dont Murakami a traduit les oeuvres en japonais) et qui revient souvent dans le livre, du Raymond Chandler (dont il dira à sa mort en 1987 qu'il a été un de ses maîtres à penser mais aussi un ami). Autant de lectures « pas à la mode de l'époque » mais qui lui permettent de rester seul le plus souvent possible et de se démarquer du troupeau. La névrose de Naoko s'aggrave et elle part en maison de repos (on ne dit pas asile ou encore hôpital psychiatrique). Sa rencontre et sa liaison avec la pétillante, fantasque et délurée Midori ne lui font pas oublier Naoko avec qui il a eu une aventure d'une nuit avant qu'elle ne disparaisse à nouveau. Naoko qui veut garder le souvenir intact, ne pas continuer, car elle semble vouée à l'impossible, refermée à jamais sur des blessures indélébiles et surtout faite pour la mort et son irrémédiabilité. Elle est fragile comme un brin de paille, elle cherche le contact pour mieux le fuir : « A la fin de l'automne, quand le vent froid se mit à souffler sur la ville, elle vint se blottir de temps en temps contre moi. Je sentais son souffle, à travers l'épais tissu de mon duffle-coat (…) Ce n'était pas mon bras qu'elle cherchait, mais un bras. Ce n'était pas ma chaleur qu'elle cherchait, mais une chaleur. J'étais gêné de n'être que moi. »

    Mais c'est aussi une rencontre avec Tôkyô qu'il arpente souvent la nuit avec son ami Nagasawa, son Gatsby le Magnifique où ils traînent dans les boîtes de jazz (autre passion de Murakami qui a lui même tenu un club de jazz pendant huit ans). de rencontres avec des filles qui finissent au love hotel, la description par le menu des plats qu'il mange (qu'il soit seul ou accompagné) : des concombres en bâton et des éperlans trempés dans la sauce miso, les anguilles, le sukiyaki qu'il prépare à Naoko dans sa maison de repos (il m'est arrivé de regretter de n'avoir pas de bar à sushis à proximité pendant ma lecture !) et le whisky qu'il descend plutôt bien, entre deux cocas. Ce portrait du japon occidentalisé (d'autant que le livre date de 1987) est accolé aux lectures et musiques anglo-saxonnes (Mile Davis, les Beatles, Les Doors ou Bill Evans entre autres), nous démontrant que le pays des geishas et de la réussite individuelle était en pleine mutation dans ces années là. le détail des quartiers évoqués régalera certainement ceux qui connaissent Tôkyô. La sensualité et la sexualité parfois crues mais jamais vulgaires nous rappellent tout de même que nous sommes au pays des célèbres estampes. Mais toujours avec beaucoup de grâce, de « normalité » face à ce sujet que notre culture judéo-chrétienne censurerait dare-dare ! Alors ? répondra-t-il à l'amour de Midori ? L'ambiguité des sentiments entretenus avec Naoko va-t-elle se démêler ? En sachant que sur les six personnages présents au début du roman, trois vont mourir…
    MON AVIS
    Ce livre d'apprentissage de la vie, de l'amour et de la mort est d'une puissance narrative époustouflante. En quelques mots simples, calligraphiés d'une plume légère, comme pour un idéogramme où il faut exécuter le caractère sans lever la main, ce roman sensible où la glace côtoie les flammes dans un style simple, fluide comme l'eau des fontaines d'un jardin zen nous envoûte toujours un peu plus jusqu'à la fin où un dernier rebondissement ne nous conforte pas dans l'image d'un happy end. L'exploration subtile que Murakami nous offre de l'âme humaine, des sentiments contradictoires qui la déchire, nous laisse le coeur au bord des larmes, des larmes qui ne coulent pas, nouées qu'elles sont par la force infinie des sentiments. La mélancolie s'accroche longtemps après au petit nuage sur lequel nous flottons et dont nous ne voulons pas redescendre…happés que nous sommes par des dissonances travaillées et qui en deviennent harmonieuses et intemporelles.


    Lien : http://leslecturesdasphodele.wordpress.com
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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 24 décembre 2007

    Woland
    Noruwei no mori
    Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
    Terminé hier un roman étrange et un peu flottant : "La Ballade de l'impossible."
    Pourquoi "flottant" ? Non en raison d'imprécisions dans l'intrigue ou dans le style, bien au contraire. Mais parce que j'ai eu l'impression, en le lisant, de flotter quelque part, au Japon bien sûr, mais surtout dans la sensibilité quasi féminine d'un homme. C'est aussi une sorte de roman initiatique amoureux.
    A l'issue d'un voyage en avion où il a entendu diffuser "Norvegian Woods", des Beatles, son héros, Watanabe, âgé de trente-sept ans à l'ouverture du roman, entreprend de revenir sur ses années universitaires, de 1968 à 1970. Ce faisant, il va évoquer le suicide (inexpliqué) de son meilleur ami, Kizuki ; la liaison très particulière qui va l'unir avec Naoko, l'ex-petite amie de Kizuki ; sa rencontre enfin avec Midori, la seule femme je crois de cette histoire qui ne soit pas hantée par l'idée de la Mort et du suicide - ou plutôt qui les aborde comme ils devraient l'être : comme une simple continuation de la vie.
    On parle souvent du nombre de suicides au Japon et le livre est littéralement habité par ce phénomène - avec la folie, inexplicable et génétique, en toile de fond.
    C'est le premier Murakami que je lis et je trouve cet auteur très particulier. Tout d'abord en raison de sa finesse d'analyse. Puis en raison de son rythme, un rythme lent, rêveur, poétique, qui prend son temps, à dix mille lieues du roman habituel. Je sors de cette "Ballade" comme si je sortais d'un paysage japonais moyen-âgeux revu et corrigé par le réalisateur de "Ring." Je précise cependant qu'il n'y a pas de fantastique à proprement parler dans ce roman même si l'adolescente de 13 ans qui séduit le personnage de Reiko m'a évoqué l'héroïne maléfique de ce film d'horreur.
    On aime ou on n'aime pas. Personnellement, j'ai aimé et je suis assez curieuse de connaître de relire cet auteur qui n'est cependant pas à recommander aux amateurs de romans d'action et chez qui l'on retrouve ce goût pour l'introspection que manifestèrent avant lui Yukio Mishima et Ishiguro. ;o)
    _________________
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    • Livres 3.00/5
    Par tigrou4145, le 29 janvier 2012

    tigrou4145
    Une quatrième de couverture bien mystérieuse !!! Il n'en fallait pas plus pour me décider à aller me "ballader" pour poursuivre ma découverte des oeuvres de Haruki Murakami. Ne cherchez pas le coté irréel propre à l'auteur car ce roman est bien ancré dans la réalité. On y découvre Watanabe, jeune étudiant, amoureux de Naoko, une jeune fille assez perturbée qui a choisi de partir vivre dans un endroit un peu spécial dans la montagne où tout n'est que calme et sérénité, un monde à part. Watanabe attend désespérément le retour de Naoko pour pouvoir vivre avec elle leur amour. Il rencontre entre temps Midori une jeune étudiante comme lui, dynamique, enjouée bref l'opposée de Naoko, angoissée, timide. Laquelle va-t-il choisir? Vous le saurez en lisant ce roman. Ce roman est très agréable à lire si l'on ne tient pas compte des scènes à caractère sexuel trop nombreuses à mon goût et qui sont décrites en des termes plutôt crus. Je prèfère quand les choses sont suggérées ou au moins décrites de manière un peu plus "poétique". Mais à part cet aspect "négatif", ce roman a su me tenir en haleine et m'entraîner jusqu'à la fin pour connaître le dénouement de l'histoire. Bref, un bon moment de lecture mais je dois dire quand même que pour l'instant, ce roman est celui que j'ai le moins aimé des romans de cet auteur.
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  • Par un-livre-une-histoire, le 30 janvier 2012

    un-livre-une-histoire
    Un chef d'œuvre! ce roman se lit rapidement tant on a envie de connaitre la suite, mais c'est le genre de roman pour lesquels en arrivant au bout on ralentit notre lecture rien que pour en prolonger le plaisir!je vous le conseil à tous; c'est un gros coup de cœur pour moi! Nous ressentons chaque sentiments: on se sent très seul comme le narrateur au cours de ce récit. Murakami nous dépeint une société japonaise où les jeunes vont mal: pour ma part, j'ai eu l'impression que le suicide faisait partie intégrante de la vie des jeunes au japon: " la mort fait partie de la vie". C'est un roman assez triste au final, mais qui n'en n'est pas déprimant pour autant car au final, il y a de l'espoir, la vie continue... L'amour est également en plein cœur de ce roman, bien qu'il s'agit d'histoires impossibles, c'est de l'amour!

    Lien : http://un-livre-une-histoire.centerblog.net/218-la-ballade-de-imposs..
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Citations et extraits

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  • Par clarinette, le 30 juin 2008

    LA MORT N'EST PAS LE BOUT DE LA VIE,
    ELLE EN FAIT PARTIE.

    Une fois mis en mots, cela paraît banal, mais à ce moment-là, ce nétait pas sous forme de mots, mais d'une masse d'air que je le ressentais à l'intérieur de mon corps. La mort existait aussi à l'intérieur du presse-papiers, comme dans les quatre boules rouges et blanches alignées sur le billard. Et nous vivions en en inhalant les fines particules à l'intérieur de nos poumons.
    Jusqu'alors, j'avais toujours considéré la mort comme une existence indépendante, complètement séparée de la vie. En d'autres termes : "Il arrive un jour où la mort nous prend forcément dans ses bras. Mais en revanche, elle ne nous prend jamais avant le jour où elle le fait." Je trouvais que mon raisonnement était d'une logique à toute épreuve. La vie était de ce côté, la mort de l'autre côté.
    Mais à partir de la nuit de la mort de Kikuzi, il ne me fut plus possible désormais de penser à la mort (et à la vie) de façon aussi simple. La mort n'est pas une existence située tout au bout de la vie. La mort faisait déjà partie de ma vie dès le départ,c'est un fait qu'il m'était impossible d'ignorer, que je le veuille ou non. Et la mort venait de s'emparer de moi, au moment même où elle emportait Kikuzi, en cette nuit de mai de ses dix-sept ans
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  • Par Yuko, le 02 septembre 2011

    Quand j'ouvris les yeux, j'eus l'impression de vivre la suite de mon rêve. La pièce baignait dans la lumière blafarde de la lune. Je me mis instinctivement à la recherche des oiseaux métalliques sur le sol, mais il n'y en avait pas, bien sûr. Seule Naoko, assise toute droite au pied de mon lit, regardait dehors. Elle avait posé son menton sur ses genoux repliés, comme un enfant affamé. Je cherchai des yeux la montre que j'avais posée à mon chevet, pour vérifier l'heure, mais je ne la trouvais pas à l'endroit où elle était supposée être. D'après le clair de lune, je présumai qu'il devait être deux ou trois heures du matin. J'avais la gorge très sèche, mais je décidai d'observer Naoko sans bouger. Comme tout à l'heure, elle portait une sorte de robe de chambre bleue, et ses cheveux étaient retenus sur le côté par sa barrette en forme de papillon. Je pus ainsi voir très nettement son joli front éclairé par la lune. Je trouvais cela curieux. Avant de dormir, elle avait enlevé sa barrette.
    Elle restait immobile dans la même position. Elle ressemblait à un petit animal nocturne attiré par le clair de lune. L'ombre de ses lèvres était amplifiée par l'angle du rayon de lune. Cette ombre qui semblait si fragile tremblotait au rythme de son coeur. Comme si ses lèvres chuchotaient des mots inaudibles à l'adresse des ténèbres.
    J'avalai ma salive pour essayer de rafraîchir ma gorge desséchée et le bruit que je fis résonna fortement dans le calme de la nuit. Alors, comme répondant à un signal, Naoko se releva et vint s'agenouiller sur le sol à mon chevet, dans un léger froissement de tissu, pour me regarder dans les yeux. Je lui rendis son regard, mais ses yeux ne me parlaient pas. Ses prunelles étaient d'une limpidité presque artificielle, et j'eus l'impression que je pourrais peut-être apercevoir l'autre monde à travers elles, mais j'eus beau regarder, je ne vis rien. Nos deux visages étaient éloignés d'à peine trente centimètres, mais il me semblait qu'elle se trouvait à des années-lumières de moi.
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  • Par cesca, le 13 avril 2011

    Pourtant, les souvenirs s'éloignent infailliblement, et j'ai déjà oublié pas mal de choses. Alors que j'écris ces lignes en essayant de me remémorer les faits, il m'arrive parfois d'être pris de panique. C'est parce que je réalise que c'est peut être le plus important que j'ai oublié. Je me demande s'il n'y a pas à l'intérieur de mon corps un endroit sombre, une contrée lointaine où mes souvenirs les plus importants s'entassent pour donner de la vase.
    Mais quoi qu'il en soit, c'est tout ce dont je dispose actuellement. Ces souvenirs incomplets et flous, qui s'estompent de jour en jour, je les serre très fort contre moi et je les exploite à fond pour continuer d'écrire ces lignes, car je n'ai aucun autre moyen de tenir la promesse que j'ai faite à Naoko.
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  • Par joedi, le 13 décembre 2011

    Mais j'eus beau tout mettre en oeuvre pour oublier, une masse d'air aux contours indéfinis stagnait au fond de moi. Puis, avec le temps, cette masse se mit à prendre une forme de plus en plus nette et pure. Je peux mettre des mots sur cette forme. C'était à peu près cela :
    LA MORT N'EST PAS LE BOUT DE LA VIE, ELLE EN FAIT PARTIE.
    Une fois mis en mots, cela paraît banal, mais à ce moment-là, ce n'était pas sous forme de mots, mais d'une masse d'air, que je le ressentais à l'intérieur de mon corps.
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  • Par joedi, le 18 décembre 2011

    Vivre fait que nous créons en même temps la mort. Mais ce n'était qu'une partie de la vérité. La mort de ... m'apprenait autre chose. Quelle que soit notre vérité, la tristesse d'avoir perdu quelqu'un qu'on aime est inconsolable. La vérité, la sincérité, la force, la douceur, rien ne peut calmer la douleur, et, en allant au bout de cette souffrance, on apprend quelque chose qui ne nous est d'aucune utilité pour la prochaine vague de tristesse qui nous surprendra.
    (PS de Joedi : j'ai volontairement omis de nommer le(la) mort(e) afin de préserver un fait que le futur lecteur de ce roman découvrira lui-même.)
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