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ISBN : 2917084324
Éditeur : Attila (2011)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 15 notes)
Résumé :
"... on se trompe sur le sens des événements ; nous ne nous éloignons pas de la barbarie, nous y allons."

Un homme, parce qu'il a traduit dans sa langue natale le livre des Jardins statuaires, s'est vu contre son gré entraîné dans un périple à travers de vastes contrées. Après plusieurs années de pérégrination, le voici de nouveau aux portes de sa ville natale, Terrèbre. Le temps est venu pour lui de reprendre le cours de sa vie normale, au sein d'une... >Voir plus
Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
Charybde7
Charybde726 avril 2013
  • Livres 5.00/5
« On avait sûrement calomnié Joseph K..., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. » (Kafka, le procès)

Dans "La Barbarie", le narrateur, héros des "Barbares" (Cycle des Contrées, tome 6), revient dans la ville de Terrèbre après son voyage de plusieurs années en compagnie des cavaliers. Il tente de se réacclimater dans une Terrèbre changée, ville aux apparences de civilisation qui recouvrent un abîme.
Blanche, sa logeuse, va l'accompagner et le soutenir. La relation du narrateur avec cette femme visionnaire, s'exprime en des pages sensuelles enchanteresses. « Elle était enfin sortie du coeur de la nuit, qui jusqu'alors n'avait laissé échapper de son être qu'un souffle ténu, pour couler entre mes draps jusqu'au contact de mon corps auquel le sien s'ajustait avec une bouleversante gratitude. »
Hélas, « je crois qu'on se trompe sur le sens des événements ; nous ne nous éloignons pas de la barbarie, nous y allons. »
Désaffection pour la culture générale, éradication de l'esprit critique, chemins tortueux et incompréhensibles d'une bureaucratie terne et inhumaine, et finalement abdication devant le savoir et négation de l'histoire – celle des jardins statuaires, sont les signaux annonciateurs et grandissants de la barbarie, jusqu'au basculement total dans l'arbitraire et la violence d'état avec le procès du héros, qui nous rappelle évidemment celui de Joseph K.
« Il m'arriva souvent de rentrer chez moi non seulement fourbu d'avoir hanté les antichambres de divers services qui se renvoyaient mon cas, non sans parfois me faire tourner dans un cercle vicieux ; mais encore profondément blessé par la froide rigueur d'interlocuteurs qui, faisant litière de ma bonne foi, de mon intégrité et de mes états de service, m'opposaient abruptement les obstacles techniques propres au fonctionnement de leur office et me considéraient ostensiblement comme le déchet d'une monstrueuse machine. »
La barbarie (et la possibilité de son avènement) est parfaitement incarnée par Charançon, bibliothécaire médiocre promu au rang de professeur et devenant supérieur hiérarchique du héros, quand celui-ci réussit enfin à réintégrer l'université. « C'était une sorte d'érudit vétilleux, solennel et bien-pensant à qui je n'avais jamais entendu énoncer, mais sur un ton parfaitement magistral, que les lieux communs les plus éculés et les plus contestables. »
A la fin, pour clore son destin tragique sans compromettre ses proches, le narrateur a prévu de brûler son livre achevé ... juste avant il nous livre un entre aperçu d'un futur possible sous la forme d'une anecdote énigmatique.
Ce livre est un bonheur dense grâce à l'écriture magnifique et ciselée de Jacques Abeille.
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Charybde2
Charybde219 mars 2013
  • Livres 5.00/5
Après le fantastique voyage des "Barbares", un bien sombre retour à Terrèbre...
Paraissant ces jours-ci, ce troisième opus de la redécouverte de Jacques Abeille menée de main de maître par les éditions Attila ramène le narrateur à Terrèbre, après la disparition des barbares. Il ne s'agit plus cette fois des fiévreuses et souvent enivrantes découvertes des deux tomes précédents : replongeant dans l'atmosphère citadine plus étouffante du "Veilleur de jour" (toujours disponible chez Ginkgo), le héros mesurera avec nous, tragiquement, où se situe vraiment la barbarie...
"Comme l'inachèvement eût été pour ainsi dire parfait s'il s'était produit en toute modestie, après que j'eus décrit le divorce de Félix, sur la coulée laiteuse de la route sinuant entre les masses noires des buissons et des haies. L'ombre était si proche et si ouverte cette blancheur nocturne. Cela n'eut pas lieu et me voilà déjà aux portes de Terrèbre, ayant perdu tous mes amis et contraint, si je veux échapper au vide du temps, de poursuivre une narration où ne se donneront plus cours que la prose du monde et la bêtise humaine. La bêtise citoyenne, la barbarie, la vraie."
Si les intrications raffinées et le style précis et enchanteur évoquent toujours autant Gracq et Jünger, c'est nettement l'ombre atroce du Kafka le plus noir qui remplace ici celle, exaltée par les espaces à parcourir, de Saint-John Perse, pour ce nécessaire retour au réel...
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DamienR
DamienR16 janvier 2012
  • Livres 4.00/5
Cette suite et fin de l'aventure commencée par le narrateur dans "Les barbares" nous projette dans un monde complètement opposé à ceux que nous avions pris le temps de découvrir dans les deux précédents volumes du cycle des Contrées. Tout d'abord le texte est beaucoup plus court, et surtout la scène est centrée sur une cité troublante, qui nous met mal à l'aise. Il n'y a plus de mouvement.
Quelle surprise que l'arrivée dans une société dite moderne, en plein renouveau... La barbarie est en fait ici, pas dans la société des guerriers des steppes. le narrateur se retrouve rapidement englué dans une affaire inextricable à la manière du Procès de Kafka. La conclusion en est terrible.
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Les critiques presse (1)
Elbakin.net02 avril 2012
Le roman de Jacques Abeille, de par sa plume tout comme par le biais de son histoire à la fois limpide et funeste, démontre combien la soif d’imaginaire est quelque chose à ne pas négliger…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations & extraits (2) Ajouter une citation
GensGens02 novembre 2014
Il est assez plaisant rétrospectivement de constater que parfois les efforts que l'on déploie sans relâche pour restaurer les normes d'une vraisemblance prosaïque nous égarent bien plus sûrement que le crédit accordé en toute modestie à l'émerveillement spontané. Le fait était singulier de la part d'un homme qui, sous d'autres cieux, avait scrupuleusement prêté son attention aux pratiques magiques. Elles m'apparaissaient incompatibles avec la vie urbaine.
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GensGens02 novembre 2014
... Cela n'eut pas lieu et me voilà déjà aux portes de Terrèbre, ayant perdu tous mes amis et contraint, si je veux échapper au vide du temps, de poursuivre une narration où ne se donneront plus cours que la prose du monde et la bêtise humaine. La bêtise citoyenne, la barbarie, la vraie.
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Videos de Jacques Abeille (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Abeille
Jacques Abeille - Les Jardins statuairesJacques Abeille vous présente son ouvrage "Les jardins statuaires" aux éditions le Nouvel Attila. http://www.mollat.com/livres/jacques-abeille-les-jardins-statuaires-9782917084199.html
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