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ISBN : 2917084324
Éditeur : Attila (06/10/2011)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 18 notes)
Résumé :
"... on se trompe sur le sens des événements ; nous ne nous éloignons pas de la barbarie, nous y allons."

Un homme, parce qu'il a traduit dans sa langue natale le livre des Jardins statuaires, s'est vu contre son gré entraîné dans un périple à travers de vastes contrées. Après plusieurs années de pérégrination, le voici de nouveau aux portes de sa ville natale, Terrèbre. Le temps est venu pour lui de reprendre le cours de sa vie normale, au sein d'une... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
svecs
17 novembre 2016
★★★★★
★★★★★
J'avais lu ce court roman juste après avoir lu "Les Barbares", auquel il fait directement suite.
Nous y retrouvons le narrateur des Barbares, fin lettré de la ville de Terrèbre, qui traduisit "Les Jardins Statuaires", livre mythique et témoignage unique sur les us et coutumes d'une région oubliée, avant de se faire enlever par les Cavaliers, peuple nomade qui avait investie Terrèbre.
A la fin des "Barbares", le narrateur reprenait la route de Terrèbre. Ce roman nous raconte son retour dans la ville et ce qu'il advint par la suite. Je n'avais gardé aucun souvenir précis de cette histoire, ce qui me semblait étrange vu les images fortes que m'avaient laissé les autres livres de Jacques Abeille. Je décidai donc de le relire.
Si le roman fait directement évidemment référence aux jardins Statuaires, je réalise qu'il s'intègre également dans le veilleur de Jour et Les Voyages du Fils, deux autres romans du cycle des contrées (que je n'ai pas encore lu). "Le veilleur de jour" semble être le manuscrit que Ludovic Lindien (héros des "Voyages du Fils") soumet au narrateur. Il y est aussi fait mention de Léo Barthe, auteur sulfureux qui se trouve être un pseudonyme de Jacques Abeille, sous le nom duquel il a publié les "Chroniques scandaleuses de Terrèbre".
Comme on le voit, Jacques Abeille constitue une constellation littéraire au sein de laquelle de nombreux livres se recoupent et se complètent en d'étonnantes mises en abîmes. Ambitieuse entreprise qui dégage quelque chose de fascinant et enrichit la lecture de romans déjà très réussis par eux-mêmes.
Pour en revenir à "La Barbarie", j'ai été frappé par un aspect qui m'avait échappé jusque là. le cycle des contrées est une oeuvre marquée par le sceau de l'imaginaire. Il relève directement de ce que les anglo-saxons appellent la Fantasy. Ce genre littéraire est souvent mal vu dans la francophonie, où il est assimilé à une sous-culture peuplée de clones de Tolkien. Il est souvent plus subtil qu'il en a l'air et permet à certains auteurs d'aborder des sujets politiques et sociétaux. Déjà les Jardins Statuaires, dans sa description presque ethnographique d'une communauté, comprenait des éléments de critique sociale, essentiellement sur le rôle de la femme.
Dans la Barbarie, s'il l'on peut voir la marque d'un Kafka dans la description de l'implacable machine administrative à laquelle le narrateur se retrouve confronté, j'y voit aussi une fable politique subtile. le narrateur avait quitté une Terrèbre envahie et en plein marasme. Il retrouve une ville qui se relève progressivement. Mais cela s'est fait au pris d'une forme d'anarchie législative et administrative, multipliant les règlements, jurisprudences et usages qui rendent la loi opaque et prompte à l'injustice par défaut. Quant à la culture, elle s'est repliée sur une vision ultra-orthodoxe de la connaissance, rejetant ou censurant tout ce qui sort d'une cadre pré-établi. J'oserai même parler d'une certaine définition de l'identité qu'il faut affirmer tout en niant celle de l'autre. Ainsi, les Jardins Statuaires sont renvoyés au rang de mythe, la proximité que le narrateur a progressivement établi avec les Cavaliers est jugées suspecte...
Jacques Abeille reste évasif, à tel point qu'il est possible que cette interprétation ne soit qu'un fantasme de ma part. Pourtant, j'ai l'impression que la dérive autoritaire et régressive de Terrèbre fait bien écho à notre monde.
C'est en tout cas un indice de plus de la richesse du cycle des contrées.
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Charybde7
26 avril 2013
★★★★★
★★★★★
« On avait sûrement calomnié Joseph K..., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin. » (Kafka, le procès)

Dans "La Barbarie", le narrateur, héros des "Barbares" (Cycle des Contrées, tome 6), revient dans la ville de Terrèbre après son voyage de plusieurs années en compagnie des cavaliers. Il tente de se réacclimater dans une Terrèbre changée, ville aux apparences de civilisation qui recouvrent un abîme.
Blanche, sa logeuse, va l'accompagner et le soutenir. La relation du narrateur avec cette femme visionnaire, s'exprime en des pages sensuelles enchanteresses. « Elle était enfin sortie du coeur de la nuit, qui jusqu'alors n'avait laissé échapper de son être qu'un souffle ténu, pour couler entre mes draps jusqu'au contact de mon corps auquel le sien s'ajustait avec une bouleversante gratitude. »
Hélas, « je crois qu'on se trompe sur le sens des événements ; nous ne nous éloignons pas de la barbarie, nous y allons. »
Désaffection pour la culture générale, éradication de l'esprit critique, chemins tortueux et incompréhensibles d'une bureaucratie terne et inhumaine, et finalement abdication devant le savoir et négation de l'histoire – celle des jardins statuaires, sont les signaux annonciateurs et grandissants de la barbarie, jusqu'au basculement total dans l'arbitraire et la violence d'état avec le procès du héros, qui nous rappelle évidemment celui de Joseph K.
« Il m'arriva souvent de rentrer chez moi non seulement fourbu d'avoir hanté les antichambres de divers services qui se renvoyaient mon cas, non sans parfois me faire tourner dans un cercle vicieux ; mais encore profondément blessé par la froide rigueur d'interlocuteurs qui, faisant litière de ma bonne foi, de mon intégrité et de mes états de service, m'opposaient abruptement les obstacles techniques propres au fonctionnement de leur office et me considéraient ostensiblement comme le déchet d'une monstrueuse machine. »
La barbarie (et la possibilité de son avènement) est parfaitement incarnée par Charançon, bibliothécaire médiocre promu au rang de professeur et devenant supérieur hiérarchique du héros, quand celui-ci réussit enfin à réintégrer l'université. « C'était une sorte d'érudit vétilleux, solennel et bien-pensant à qui je n'avais jamais entendu énoncer, mais sur un ton parfaitement magistral, que les lieux communs les plus éculés et les plus contestables. »
A la fin, pour clore son destin tragique sans compromettre ses proches, le narrateur a prévu de brûler son livre achevé ... juste avant il nous livre un entre aperçu d'un futur possible sous la forme d'une anecdote énigmatique.
Ce livre est un bonheur dense grâce à l'écriture magnifique et ciselée de Jacques Abeille.
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Charybde2
19 mars 2013
★★★★★
★★★★★
Après le fantastique voyage des "Barbares", un bien sombre retour à Terrèbre...
Paraissant ces jours-ci, ce troisième opus de la redécouverte de Jacques Abeille menée de main de maître par les éditions Attila ramène le narrateur à Terrèbre, après la disparition des barbares. Il ne s'agit plus cette fois des fiévreuses et souvent enivrantes découvertes des deux tomes précédents : replongeant dans l'atmosphère citadine plus étouffante du "Veilleur de jour" (toujours disponible chez Ginkgo), le héros mesurera avec nous, tragiquement, où se situe vraiment la barbarie...
"Comme l'inachèvement eût été pour ainsi dire parfait s'il s'était produit en toute modestie, après que j'eus décrit le divorce de Félix, sur la coulée laiteuse de la route sinuant entre les masses noires des buissons et des haies. L'ombre était si proche et si ouverte cette blancheur nocturne. Cela n'eut pas lieu et me voilà déjà aux portes de Terrèbre, ayant perdu tous mes amis et contraint, si je veux échapper au vide du temps, de poursuivre une narration où ne se donneront plus cours que la prose du monde et la bêtise humaine. La bêtise citoyenne, la barbarie, la vraie."
Si les intrications raffinées et le style précis et enchanteur évoquent toujours autant Gracq et Jünger, c'est nettement l'ombre atroce du Kafka le plus noir qui remplace ici celle, exaltée par les espaces à parcourir, de Saint-John Perse, pour ce nécessaire retour au réel...
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DamienR
16 janvier 2012
★★★★★
★★★★★
Cette suite et fin de l'aventure commencée par le narrateur dans "Les barbares" nous projette dans un monde complètement opposé à ceux que nous avions pris le temps de découvrir dans les deux précédents volumes du cycle des Contrées. Tout d'abord le texte est beaucoup plus court, et surtout la scène est centrée sur une cité troublante, qui nous met mal à l'aise. Il n'y a plus de mouvement.
Quelle surprise que l'arrivée dans une société dite moderne, en plein renouveau... La barbarie est en fait ici, pas dans la société des guerriers des steppes. le narrateur se retrouve rapidement englué dans une affaire inextricable à la manière du Procès de Kafka. La conclusion en est terrible.
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Les critiques presse (1)
Elbakin.net02 avril 2012
Le roman de Jacques Abeille, de par sa plume tout comme par le biais de son histoire à la fois limpide et funeste, démontre combien la soif d’imaginaire est quelque chose à ne pas négliger…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik3501 février 2017
Le temps n'avait sur lui aucune prise ; il était de ces hommes qui restent jeunes parce qu'ils ont toujours été vieux et je retrouvai inchangé sa longue silhouette un peu flasque, son visage rose aux joues pleines, sa chevelure plaquée au crâne et ses lèvres pincées, ses yeux déserts, enfin, qui dévisageaient ses interlocuteurs d'un regard lointain tombant des plus hautes sphères.
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GensGens02 novembre 2014
Il est assez plaisant rétrospectivement de constater que parfois les efforts que l'on déploie sans relâche pour restaurer les normes d'une vraisemblance prosaïque nous égarent bien plus sûrement que le crédit accordé en toute modestie à l'émerveillement spontané. Le fait était singulier de la part d'un homme qui, sous d'autres cieux, avait scrupuleusement prêté son attention aux pratiques magiques. Elles m'apparaissaient incompatibles avec la vie urbaine.
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GensGens02 novembre 2014
... Cela n'eut pas lieu et me voilà déjà aux portes de Terrèbre, ayant perdu tous mes amis et contraint, si je veux échapper au vide du temps, de poursuivre une narration où ne se donneront plus cours que la prose du monde et la bêtise humaine. La bêtise citoyenne, la barbarie, la vraie.
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Erik35Erik3502 février 2017
Quelque chose se prépare. Des hommes, différents des autres, surviennent enfin, suscités peut-être par l'excès d'indifférence. Le murmure du futur...
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Erik35Erik3502 février 2017
Étonnante était la façon dont on avait tissé les témoignages qui devaient justifier ma condamnation. La force à l'oeuvre dans cet étrange processus était celle de la vraisemblance qui avait toujours été l'arme, trop peu soupçonnée, des pires régimes qu'ait connus l'humanité. La vraisemblance à quoi se raccrochaient désespérément la plupart des gens pour mieux ignorer leur singularité intime et, plus encore, celle de leur voisin, était l'autre nom d'apparence innocente, de la propagande.
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