> François Schuiten (Illustrateur)

ISBN : 2917084197
Éditeur : Attila (2010)


Note moyenne : 4.15/5 (sur 20 notes) Ajouter à mes livres
"Je crus avoir écrit l'œuvre d'un fou."
Jacques Abeille

Que dire d'une œuvre si ample qu'elle échappe aux catégories littéraires ? Les jardins statuaires, c'est à la fois une fable, un roman d'aventures, un récit de voyage, un conte philosophique. ... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (7)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par Malaura, le 15 mai 2011

    Malaura
    « Je vis de grands champs d'hiver couverts d'oiseaux morts. Leurs ailes raidies traçaient à l'infini d'indéchiffrables sillons. Ce fut la nuit. J'étais entré dans la province des Jardins statuaires »
    Ainsi débute le périple inédit du conteur de cette histoire, voyageur en quête d'ailleurs, pénétrant dans la contrée mystérieuse des Jardins statuaires. Dans ce pays divisé en domaines ceints de hauts murs et bordés de larges rues austères, les hommes d'adonnent à une bien étrange activité, la culture des statues. Aussi délicates que des plantes, les statues sortent de terre en jeunes pousses tendres et fragiles, croissent et se développent sous les soins constants des hommes jardiniers, se transformant ainsi en sculptures guerrières, nymphes ou cariatides, idoles de marbre ou figures d'airain selon la qualité de la terre d'où elles ont pris racine.
    Fasciné par la vision d'un monde où règnent tant de paix et d'harmonie, le voyageur-narrateur parcourt le pays, fait halte dans les nombreux domaines, se familiarise avec une population dont il désire entreprendre le récit circonstancié mais dont les us et coutumes ne tardent pas à le laisser perplexe tant ils regorgent de rites, de gestes et d'actions dans lesquels la spontanéité et le libre arbitre n'ont finalement que bien peu de part.
    Tout ici semble régi par des codes et des règles, des cérémonies et des chants qui scandent la vie de la communauté.
    Ainsi, la femme, être invisible en cette contrée, cloîtrée à l'abri des regards masculins - hormis ceux de son époux - dans un jardin labyrinthique. Ainsi l'étrange rôle du gardien du gouffre ou le sort réservé aux orphelins, ou encore la douloureuse condition des femmes non-mariées, reléguées au rang de filles perdues.
    A mesure qu'il pénètre à l'intérieur des terres, le narrateur sent se fissurer le sentiment utopique d'une société idéale dont il s'était préalablement laissé bercer. Progressivement lui parviennent des rumeurs de rébellion, des échos encore informels sur un jeune chef avide de conquêtes, à la tête des peuples nomades des steppes.
    Le voyageur s'aventure alors dans les territoires arides délimitant les frontières du Nord du pays, à la recherche de ce légendaire jeune homme qui menace l'ordre fixe, l'immobilité autarcique des Jardins statuaires.
    Heureux le lecteur qui pénètrera dans le monde paisible et bienveillant des Jardins statuaires ! le bonheur qui sera le sien de découvrir ou redécouvrir un chef-d'œuvre trop longtemps méconnu ! C'est que l'histoire de ce manuscrit comme frappé du sceau d'une malédiction, serait elle-même digne d'un roman. En effet, écrit par le romancier et peintre Jacques Abeille en 1982, Les jardins statuaires n'ont cessé de se dérober à l'édition. Manuscrit perdu, incendie, faillite…une série d'infortunes a longtemps soustrait aux regards l'ampleur de ce chef-d'œuvre de la littérature de l'imaginaire.
    Seuls, quelques rares et fervents amateurs de l'étrange, avaient jusqu'ici hissé Jacques Abeille au rang des auteurs culte.
    Trente ans plus tard, les éditions Attila mettent un terme au sortilège en rééditant ce somptueux récit qui peut enfin ouvrir grands les portes de son ailleurs aux lecteurs-voyageurs que nous sommes. le sort s'est désormais inversé ; c'est nous-mêmes dès à présent qui sommes ensorcelés, pris par la magie d'un phrasé aux forts pouvoirs magnétiques et l'expression d'une pure poésie aux accents magnifiquement évocateurs et enchanteurs.
    Récit de voyage, conte fantastique, quête initiatique, roman onirique, allégorie, Les jardins statuaires, échappent à toute velléités de classification. C'est qu'ils sont tout cela à la fois, aussi méticuleux dans la description quasi-ethnologique d'une civilisation aux frontières du mythe, que dans le travail d'orfèvre et la qualité exceptionnelle de leur forme écrite.
    A la narration minutieuse des principes de vie d'une société, comparable aux écrits d'un Lévi-Strauss, aux explorations d'Utopie d'un Thomas More ou aux pérégrinations d'un Candide, se joignent le surréalisme d'un Buzzati et la poésie extatique des romantiques du XIXème siècle.
    La langue de Jacques Abeille, à ce point ciselée, sertie de rêves, enchâssée d'émotions, vaste pays lui-même à découvrir, est un bijou précieux que tous les amoureux des mots, les épris de littérature et d'imaginaire se feront une intense joie d'appréhender.
    « Les réseaux se nouent, se superposent, s'effacent. Les signes pullulent. Il faut que le regard s'abîme.
    Pourtant d'autres contrées sont à venir. Il y aura des pays… »

    > lire la suite
    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par liliba, le 28 juillet 2010

    liliba
    Tout d'abord, le livre est magnifique. La couverture, qui peut s'ouvrir des deux cotés, est illustrée de dessins de François Schuiten qui, lorsqu'il a découvert ce roman, a contacté l'auteur pour lui montrer à quel point leurs imaginaires étaient parallèles et comment les écrits de l'un correspondaient aux dessins de l'autre. On a donc un beau livre en main, qu'on contemple avec plaisir avant que de se plonger dans l'histoire. Car il faut ici effectivement bien plonger, s'engouffrer dans ce récit abracadabrant, fantastique, magique, se laisser porter par les mots de l'auteur et les évènements qui surviennent, se laisser envahir par cette atmosphère toute particulière...
    Nous sommes dans un pays indéterminé, à une époque indéterminée. Un voyageur arrive dans une auberge quasi abandonnée, habitée par le seul aubergiste, homme taciturne et parfois presque vraiment mal-aimable. Il est dans une contrée qu'il ne connaît pas et lorsqu'un homme du pays se présente à l'auberge et se propose de lui servir de guide et de lui faire découvrir le domaine voisin, il accepte avec plaisir. Il est loin de se douter de ce que la découverte du domaine aura comme répercussions sur sa vie. Car ici, ce qu'on cultive, ce ne sont pas carottes ou navets comme ailleurs, non, on cultive des statues. Vous avez bien lu, oui, des statues. Et là est tout l'art, le grand art de l'auteur qui arrive à nous emmener sur les pas de ce voyageur dans ce monde étrange et à nous faire découvrir cette société très organisée, hiérarchisée, aux coutumes ancestrales, sans que cela nous paraisse totalement saugrenu ou incroyable.

    Les statues sortent de terre comme des champignons, et les jardiniers présents sur les domaines les traitent avec grand soin, taillant, nettoyant, bouturant, élaguant comme s'il s'agissait d'un rosier. Les statues grandissent et arrivées à maturité, sont emportées pour être vendues sur d'autres domaines ou dans d'autres contrées. Certaines parfois meurent ou tombent malades et l'on doit alors en toute hâte suivre les consignes drastiques imposées par les lois de ce pays.
    Suite sur Les lectures de Lili

    Lien : http://liliba.canalblog.com/archives/2010/06/index.html
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Malaura, le 28 avril 2011

    Malaura
    Voyageur en quête d'ailleurs, le conteur de cette histoire, pénètre dans la contrée des Jardins statuaires où les hommes d'adonnent à la culture des statues. Fasciné, le narrateur parcourt le pays.Mais les coutumes de ce peuple le laissent perplexe tant elles regorgent de rites où spontanéité et libre arbitre ont bien peu de part.Peu à peu, il sent se fissurer le sentiment utopique d'une société idéale. Il s'aventure alors dans le Nord du pays,à la recherche d'un légendaire chef à la tête des peuples nomades des steppes qui menaçerait l'ordre des Jardins statuaires.
    Récit de voyage fantastique, quête initiatique, allégorie, Les Jardins statuaires, échappent à toutes classifications.C'est qu'ils sont tout cela à la fois, aussi méticuleux dans la description quasi-ethnologique d'une civilisation aux frontières du mythe, que dans le travail d'orfèvre de leur forme écrite.La langue de J.Abeille, à ce point ciselée, sertie de rêves, enchâssée d'émotions, vaste pays lui-même à découvrir, est un bijou précieux, un chef-d'oeuvre de la littérature de l'imaginaire qu'une série d'infortunes avait bien trop longtemps soustrait aux regards. Superbe
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par DamienR, le 27 février 2012

    DamienR
    Combien il est difficile de rédiger une note sur une lecture qui bouleverse ! Il y avait bien quelques années qu'un roman ne m'avait tant ému. Il y eut bien quelques classiques, certes, mais aucune nouveauté.
    Cette société imaginaire (mais cohérente) organisée autour de la culture de statues est autant fantastique que poétique, imaginative autant que finement détaillée. L'étude des particularités de cette société (ce qui est presque un exercice d'utopiste) est passionnante. On se laisse envoûter par un rythme posé des événements et les personnages tous plus intelligents les uns que les autres.
    Je n'hésite pas à formuler quelques comparaisons : tout d'abord la proximité avec les Cités obscures de François Schuiten. D'ailleurs les deux auteurs se sont rapprochés puisqu'à la suite des Jardins statuaires, ils ont publié ensemble un roman graphique (dans le même univers) "Les Mers perdues" (chez le même éditeur : Attila) Les fans de cette série ne doivent pas passer à côté de Jacques Abeille. J'ose me permette aussi des comparaisons avec les écritures de Julien Gracq, Dino Buzzatti (le désert des tartares) ou encore Jorge Luis Borgès dans Fictions. Son originalité tient peut-être dans une touche plus picturale, extrêmement sensuelle (voire érotique) de la description des personnages, même des statues.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par Azalais, le 20 janvier 2012

    Azalais
    L'objet livre est beau. Les dessins de couverture Schuiten sont en parfaite adéquation avec l'univers de l'auteur. le sujet est très original. Et pourtant le style m'a paru un peu pesant (verbes au passé qui empêchent de rentrer dans l'action) et surtout les nombreuses métaphores au symbolisme appuyé sont franchement lourdes. Surtout vers le milieu du livre on a l'impression que l'auteur s'embourbe... C'est mon impression, subjective donc : à relire peut-être sous un autre jour!
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)

> voir toutes (4)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par editionsdelabatjour, le 14 décembre 2010

    Quand la tête tout entière eut émergé, ils posèrent leurs brosses sur le radeau et, à l'aide de chiffons, entreprirent de la sécher, ajoutant à l'effet des brosses un dernier subtil polissage. L'arête du nez apparut ferme et nette et cependant ourlée, dans la lumière frisante du soleil bas, d'un reflet de cire tendre. Le creux des oreilles gagnait une transparence de nacre. Je voyais même maintenant comment, pour travailler, ces deux hommes nus, collaient leur corps contre la statue et je me demandais si le contact de leur peau contre la pierre où glissaient de vagues flocons de terre n'apportait pas aussi une contribution notable à la dernière touche superficielle. Je les vis ainsi, au rythme de l'eau, descendre le long du corps de la Vénus surprise et pourtant impavide. Elle se dressait nue, émerveillée d'être née et à jamais muette dans la lumière tombée du soir.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par psycheinhell, le 13 juillet 2011

    Je crus avoir perçu le charme sous lequel j'allais. Je songeais par-devers moi que sans doute, ici, dans cet espace clos et soustrait aux variations de la lumière et des astres, le temps était suspendu. Mais cette évocation à peine figurée, je la repoussai. Le temps, plus que jamais, je le sentais à chaque pas, battant inébranlablement, non plus dispersé et scandé selon les tâches et les humeurs du jour, mais concentré et réduit aux plus profondes pulsations organiques. Le temps d'avant la germination et les montées de sève, le temps sans exubérance, le temps des pierres. Il me coupait la parole. Il en résultait en moi, peut-être en chacun, une manière d'angoisse faite de jouissance étouffée. Quelque bonheur écrasé et fort.
    En sorte que, lorsque nous avons revu le soleil, non seulement nos yeux en étaient offusqués mais la parole et aussi les gestes nous manquaient. Nous étions engourdis comme au sortir de trop lointains tréfonds.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par editionsdelabatjour, le 10 décembre 2010

    Je vis de grands champs d'hiver couverts d'oiseaux morts. Leurs ailes raidies traçaient à l'infini d'indéchiffrables sillons. Ce fut la nuit. J'étais entré dans la province des jardins statuaires.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par psycheinhell, le 18 juillet 2011

    C'est parce que je suis un rêveur que mes rêves ne sont pas à vendre.
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)

> voir toutes (2)

Videos de Jacques Abeille

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Jacques Abeille

Jacques Abeille - Les Jardins statuaires
Jacques Abeille vous présente son ouvrage "Les jardins statuaires" aux éditions le Nouvel Attila. http://www.mollat.com/livres/jacques-abeille-les-jardins-statuaires-9782917084199.html








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Jardins statuaires par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (53)

> voir plus

Quiz