-
Par yv1, le 13/05/2012
Coffret érotique de
Jacques Abeille
"Parfaite." Claque et mot sont assénés en même temps. Satisfait, l'homme laisse sa paume sur la croupe blanche. Caméra sur l'épaule, le reporter zoome sur les doigts, avant de remonter le long du bras jusqu'au visage glabre en plan serré. (p.9)
-
Par yv1, le 13/05/2012
Coffret érotique de
Jacques Abeille
Le plus bouleversant, c'est l'odeur : ce mélange de glèbe et d'humidité, une odeur profonde et ancienne. Géologique. L'odeur brune et intime de la terre, une odeur d'entrailles froides qui saute au visage, se dépose en sédiments lourds dans les narines, sur la langue, saisit le corps entier. (p.7)
-
Jardins statuaires de
Jacques Abeille
Quand la tête tout entière eut émergé, ils posèrent leurs brosses sur le radeau et, à l'aide de chiffons, entreprirent de la sécher, ajoutant à l'effet des brosses un dernier subtil polissage. L'arête du nez apparut ferme et nette et cependant ourlée, dans la lumière frisante du soleil bas, d'un reflet de cire tendre. Le creux des oreilles gagnait une transparence de nacre. Je voyais même maintenant comment, pour travailler, ces deux hommes nus, collaient leur corps contre la statue et je me demandais si le contact de leur peau contre la pierre où glissaient de vagues flocons de terre n'apportait pas aussi une contribution notable à la dernière touche superficielle. Je les vis ainsi, au rythme de l'eau, descendre le long du corps de la Vénus surprise et pourtant impavide. Elle se dressait nue, émerveillée d'être née et à jamais muette dans la lumière tombée du soir.
> lire la suite
-
Par yv1, le 13/05/2012
Coffret érotique de
Jacques Abeille
L'oeil d'un vert marin éteint, le visage chevalin encadré de mèches pâles qui déjà se givraient, une longue silhouette oscillante, Henri de Hère deux fois la semaine traversait avec une mélancolie hautaine la salle de rédaction pour déposer dans la corbeille de notre chef sa chronique culturelle. (p.7)
-
Par yv1, le 13/05/2012
Coffret érotique de
Jacques Abeille
Victor avait quitté l'Afrique trop jeune pour s'y attacher. Son ingénieur de père avait travaillé à l'aménagement du port de Lomé à la fin des années 60. (p.7)
-
Jardins statuaires de
Jacques Abeille
Je crus avoir perçu le charme sous lequel j'allais. Je songeais par-devers moi que sans doute, ici, dans cet espace clos et soustrait aux variations de la lumière et des astres, le temps était suspendu. Mais cette évocation à peine figurée, je la repoussai. Le temps, plus que jamais, je le sentais à chaque pas, battant inébranlablement, non plus dispersé et scandé selon les tâches et les humeurs du jour, mais concentré et réduit aux plus profondes pulsations organiques. Le temps d'avant la germination et les montées de sève, le temps sans exubérance, le temps des pierres. Il me coupait la parole. Il en résultait en moi, peut-être en chacun, une manière d'angoisse faite de jouissance étouffée. Quelque bonheur écrasé et fort.
En sorte que, lorsque nous avons revu le soleil, non seulement nos yeux en étaient offusqués mais la parole et aussi les gestes nous manquaient. Nous étions engourdis comme au sortir de trop lointains tréfonds.
> lire la suite
-
Jardins statuaires de
Jacques Abeille
Je vis de grands champs d'hiver couverts d'oiseaux morts. Leurs ailes raidies traçaient à l'infini d'indéchiffrables sillons. Ce fut la nuit. J'étais entré dans la province des jardins statuaires.
-
Les barbares de
Jacques Abeille
"Si la pierre consent peu à peu à se laisser cultiver, l'homme en s'appliquant à cette tâche sans exemple y développe la nouveauté de son humanité. Pour le dire brièvement, les statues font l'homme d'un animal nu et dispersé sur la terre, dont la seule qualité est de pouvoir rêver en contemplant les sursauts de la matière."
-
Les barbares de
Jacques Abeille
"Pour tout dire, dans le secret de ma pensée il ne me paraissait pas exagéré de considérer que le sort de l'humanité fût à tout moment signifié par celui qui était fait aux petites filles."
-
Le bel aujourd'hui de
Jacques Abeille
D’autres fois il disait : "Prenez garde de n’offenser les ombres, car une nuit remplie de chiens sans cesse braconne dans les faubourgs !" Ensuite il s’en allait, sans se retourner, loin sous l’œil éteint de la lune édifier pour lui seul des déserts de solitude. Alors les verres vidés, la nappe secouée sur le seuil, dans l’odeur du pain moisi et du brûlé des bûches, devant l’âtre nous attendions son retour comme désemparés et soudain muets. Ignorant tout de la nuit, hors que s’y tramaient crimes et trahisons, qu’aurions-nous fait sans lui et de quel ciel vide nous serait venue raison d’espérer ?
Pierre Autin-Grenier (Présence des ombres)
> lire la suite