C'est une Chine hallucinante que Lucien Bodard fait revivre dans ce roman. Une Chine de misère et de famine, de fastes, de mendicité, qui sent le cadavre et l'excrément, la Chine des mouches, des espions, des lépreux et des têtes coupées, un pays grouillant, un chaos li... > voir plus
« monsieur le consul ».
Jusqu'en 1973, on affublait Lucien Bodard du surnom de « Prince des grands reporters ». On disait également que sa monumentale histoire de La Guerre d'Indochine avait certainement plus de qualités romanesques que le plus romanesque des romans. C'était sans compter le génie de l'auteur qui en 1973, avec la sortie de « monsieur le consul » se fait romancier. Et quel romancier !
Le petit Lulu voit tout d'une Chine encore médiévale, mise à sac par les seigneurs de la guerre… Il raconte tout, de l'élégance parfois arrogante d'Anne Marie, sa mère bien-aimée, à la misère, aux têtes coupées, aux fastes de Shanghai.
Les souvenirs de Lucien Bodard constituent un témoignage unique sur la Chine au début du XXe siècle. Fils du consul de France à Shanghai, né à Chongqinq, l'auteur brosse ici le tableau d'un pays au bord du gouffre. Une lecture unique !
L’Indochine, c'est une machine qui leur appartient, une mécanique de précision dont il ne faut pas desserrer une seul vis. Un chef d’œuvre, croient-ils grâce à leur belle administration sans faille : un indic sur dix habitants, un flic sur cent, par-ci par-là, un mandarin à leur botte...
La jeune femme, ses grands cheveux noirs sur son front ovale, un sourire énigmatique sur le visage, regarde l'entrée des gorges : une sorte de trou. Son mari se tient à côté d'elle, circonspect, digne, net, briqué, la moustache bien brossée et la raie bien faite, disant les mots qu'il faut : "N'ayez pas peur, Mimi." La jonque craque. Le timonier chinois est accroché à sa barre comme un supplicié. Tout autour les eaux tourbillonnent.