Assurément,
James Lee Burke est un auteur que je vais continuer de découvrir.
C'est le film de
Bertrand Tavernier qui m'a amenée à cette lecture et quelle belle surprise!!!
Quel portrait attachant que celui de ce flic un peu brut de brut, désabusé et fataliste mais si empreint de ses expériences passées et de sa connaissance des autres. Si humain en mari aimant (et aimé...), en père de famille, en homme parfois trop prompt à réagir et victime de ses élans vers la justice et la vérité...
Caricatural ? Jamais!! car unique dans sa façon de voir son monde, de rêver sans vraiment le montrer ni surtout le vouloir, de s'acharner malgré tout et tous, malgré la lassitude et la dictature de la sagesse, la fatigue, les doutes...
Ses certitudes soudain ébranlées par des visions du passé troublantes, des mirages ou une réalité imposés par le besoin de trouver des réponses.
Lui et l'alcool, ses faiblesses mises à rude épreuve....
Son empathie pour l'autre qui transparaît dans chacun de ses actes, chacune de ses paroles. Mais aussi son intransigeance face au mal, aux mauvais, aux méchants, aux nuisibles, aux pervers...
Des dialogues dont on ne se lasse pas, le verbe précis, tranchant et soudain, alors que l'on ne s'y attend pas, un bout de poésie, posé là comme un cadeau, une clé pour ne pas céder à l'envie de fuir le rude, l'austère d'un pays si pluvieux...
Et puis, en toile de fond, la Louisiane, le Bayou et ses habitants, fantomatiques à force de s'étioler aux prises avec une nature capricieuse,
grise, pluvieuse, pas vraiment violente mais toujours menaçante... Toujours grondant et venteux, l'horizon ici s'abat tel un être gourmand de frissons, une cape brumeuse avide de peur et de l'inquiétude qu'elle génère... "Quand le ciel bas et lourd" m'est souvent revenu en mémoire à la lecture de ces pages pleines de tourments et de tempête, de rage et de colère contenues, de danger imminent mais si familier pour les habitants de cette région au ciel gris autant qu'envoutant...
Le fatalisme non comme une paresse mais comme une condition nécessaire à la survie de la raison et de l'âme....
C'est avec violence mais aussi une infinie tendresse que
James Lee Burke dépeint un univers âpre autant que fascinant.
La guerre de Sécession, rêve ou mirage, surgit là où l'on ne l'attend pas et donne au récit un côté magique, mystique, irréel mais toujours cohérent avec le reste du roman.
Vous l'avez compris, j'ai été complètement envoutée par le personnage d'une part, par le pays et même son climat, par la profondeur
du texte et bien sûr par l'intrigue qui tient en haleine de bout en bout.
Dave Robicheaux est à l'image du climat sombre des Bayoux : solide, inquiétant parfois, mais toujours généreux et surprenant...