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Noces. Suivi de l'Été 3Ajouter à mes livres
Je me souviens du moins d'une grande fille magnifique qui avait dansé tout l'après-midi. Elle portait un collier de Jasmin sur sa robe bleue collante, que la sueur mouillait depuis les reins jusqu'aux jambes. Elle riait en dansant et renversait la tête. Quand elle passa... > voir plus
"Noces, suivi de L'été", ressemble à un carnet de voyage. Mis à part qu'Albert Camus n'est pas, dans le cas présent, un voyageur. Il parle de son pays, l'Algérie, plus particulièrement des ruines de Tipasa, de Djemila, d'Alger et d'Oran. L'amour de Camus pour son pays s'exprime ici sans mesure. C'est un émerveillement des sens : lumière, sons, odeurs et couleurs. Il dévoile toute sa riche sensibilité dans ce qui l'émeut le plus, mais aussi dans ce qui le laisse indifférent : la beauté sèche des paysages, l'aridité des esprits, une quotidienne simplicité. Mais nulle trace de politique dans ces essais. Camus ne voit pas venir le vent de la révolte. Il passe étonnamment sous silence la scandaleuse inégalité de condition entre colons et Arabes. Son intérêt est en quelque sorte égoïste. Il traite de l'Algérie pour lui, pour ce qu'elle lui apporte, cette fameuse beauté comme aiguillon de l'action.
"Oui, je suis présent. Et ce qui me frappe à ce moment, c'est que je ne peux aller plus loin. Comme un homme emprisonné à perpétuité - et tout lui est présent. Mais aussi comme un homme qui sait que demain sera semblable et tout les autres jours. Car pour un homme prendre conscience de son présent , c'est ne plus rien attendre. S'il est des paysages qui sont des états d'âme, ce sont les plus vulgaires. Et je suivrais tout le long de ce pays quelque chose qui n'était pas à moi, mais de lui, comme un goût de la mort qui nous était commun. Entre les colonnes aux ombres maintenant obliques, les inquiétudes fondaient dans l'air comme des oiseaux blessés. Et à leur place, cette lucidité aride. L'inquiétude naît du cœur des vivants. Mais le calme recouvrira ce cœur vivant : voici toute ma clairvoyance. A mesure que la journée avançait, que les bruits et les lumières étouffaient sous les cendres qui descendaient du ciel, abandonné de moi-même, je me sentais sans défense contre les forces lentes qui en moi disaient non"
J'ai grandi dans la mer et la pauvreté m'a été fastueuse, puis j'ai perdu la mer, tous les luxes alors m'ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j'attends. J'attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j'admire les paysages, j'applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n'est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m'offense, je m'étonne à peine. Puis j'oublie et souris à qui m'outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j'aime. Que faire si je n'ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. "Rien encore, rien encore..."
Non, ce n’était pas moi qui comptais, ni le monde, mais seulement l’accord et le silence qui de lui à moi faisait naître l’amour. Amour que je n’avais pas la faiblesse de revendiquer pour moi seul, conscient et orgueilleux de le partager avec toute une race, née du soleil et de la mer, vivante et savoureuse, qui puise sa grandeur dans sa simplicité et debout sur les plages, adresse son sourire complice au sourire éclatant de ses ciels.
Tombés de la cîme du ciel, des îlots de soleil rebondissent brutalement sur la campagne autour de nous. Tout se tait devant ce fracas et le Lubéron, là-bas, n’est qu’un énorme bloc de silence que j’écoute sans répit. Je tends l’oreille, on court vers moi dans le lointain, des amis invisibles m’appellent, ma joie grandit, la même qu’il y a des années.
De nouveau une égnime heureuse m’aide à tout comprendre.
A midi, sous un soleil étourdissant, la mer se soulève à peine, exténuée. Quand elle retombe sur elle-même, elle fait siffler le silence. Une heure de cuisson et l'eau pâle, grande plaque de tôle portée au blanc, grésille. Elle grésille, elle fume, brûle enfin. Dans un moment, elle va se retourner pour offrir au soleil sa face humide, maintenant dans les vagues et les ténèbres.