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ISBN : 2070322882
Éditeur : Gallimard (1985)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.95/5 (sur 530 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide." Avec cette formule foudroyante, qui semble rayer d'un trait toute la philosophie, un jeune homme de moins de trente ans commence son analyse de sa sensibilité absurde. Il décrit le "mal de l'es... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par andman, le 24 mai 2015

    andman
    Sitôt le personnage de ''L'étranger” abandonné à son triste sort, l'envie de rester un petit moment encore en compagnie d'Albert Camus s'est imposée naturellement.
    D'un point de vue chronologique le choix de l'essai ”Le mythe de Sisyphe”, publié également en 1942 dans le cadre de la tétralogie “Le cycle de l'absurde”, semble aller de soi.
    “Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide”. Malgré cette première phrase dont la fin claque comme un coup de fouet, cet essai ne fait pas l'apologie du suicide, tant s'en faut.
    Selon Camus, la passion et la révolte sont les meilleures armes pour combattre l'absurdité de la vie.
    Pour échapper au tourment de sa propre finitude, à l'inutilité d'une vie, l'homme doit être habité d'un esprit tourné vers les relations humaines, épris de liberté dans la pleine conscience de ses pouvoirs et de ses limites.
    L'homme conquérant doit essayer de constamment tendre vers “l'étonnante grandeur de l'esprit humain”.
    Malgré un ton parfois un peu péremptoire, le style de Camus n'est pas rébarbatif. Pour étayer ses dires l'écrivain se réfère souvent à d'illustres aînés ; les passionnés de philosophie apprécieront.
    Mes carences en la matière m'ont sans doute privé de quelques subtilités mais je n'ai pas éprouvé de lassitude à suivre l'auteur dans ses pérégrinations existentielles.
    Le mythe de Sisyphe” constitue une approche intéressante de la pensée camusienne. le titre est éloquent mais la lecture de cette oeuvre pas le moins du monde éreintante.
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    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 11 octobre 2013

    colimasson
    Connaître le sort de Sisyphe nous éclaircit d'emblée sur les intentions d'Albert Camus :

    « Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir. »

    Pauvre Sisyphe –et pauvre homme absurde. Car tout homme n'est pas Sisyphe, mais l'est seulement celui qui aura été un jour frappé par un instant de lucidité féroce. A partir de ce moment-là se révèle la question philosophique majeure : la vie mérite-t-elle d'être vécue malgré son inutilité absolue et apparente ? Si non, il faut se suicider. Si oui, il faut trouver une bonne raison de continuer à vivre. Celui-là qui continue est l'homme absurde, jonglant d'un jour sur l'autre entre espoir et lassitude.

    Dans son exposé de la question, Albert Camus se montre austère et très peu engageant. Cherchant peut-être à prendre de la distance avec son sujet, il détaille les arguments et les réflexions avec une rigueur scientifique qui sied peu à la question, qui rebute souvent par une impression de manque d'empathie, mais qui finit toutefois de bouleverser par la pertinence des vérités ainsi discrètement révélées.

    Inspiré et nourri de figures littéraires, Albert Camus disparaît le temps de deux chapitres derrière les interprétations absurdes des oeuvres de Dostoïevski et de Kafka. Il nous donne ainsi la possibilité de renouveler notre regard et de compatir avec ces hommes absurdes qui, pour faire fuir la terreur de la mort, ont créé ce qu'on appelle parfois « l'oeuvre d'une vie ».

    Le mythe de Sisyphe est utilisé à escient pour dépasser son aspect tragique. Sisyphe est-il désespéré ? Parfois, sans doute, mais « il faut imaginer Sisyphe heureux » car « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme ». Si la seule et ultime raison qui nous conserve vivant est la vie elle-même, alors cela suffit.

    Vraiment ? Il faut imaginer Albert heureux. Et si l'on y parvient, c'est que nous-mêmes le sommes encore un peu.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-le-mythe-de-sisyphe-1942-d-a..
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    • Livres 5.00/5
    Par Petitebijou, le 26 décembre 2011

    Petitebijou
    Lorsqu'une fin d'année approche, que tout et tous autour de vous vous incitent au bilan, pensée on ne peut plus absurde quand on y pense, car, après tout, pourquoi ne pas faire un bilan chaque jour, ou tous les mois, etc... ?, il se produit un phénomène récurrent chez ma petite personne : j'ai besoin de ma dose de Camus, oui, je le confesse, je suis addict, il me faut me replonger dans sa prose, son style, ses idées, pour savoir où j'en suis. Ce peut être au travers d'un roman, d'une pièce de théâtre, d'un essai, et même de sa correspondance ou journaux de voyage, j'ai déjà tout lu, et la seule façon de me donner l'illusion heureuse qu'il continue d'écrire, est de poser un nouveau regard sur un texte que j'ai déjà exploré. Ces jours-ci, j'ai relu "Le mythe de Sisyphe", et ça m'a fait du bien. J'y trouve matière à affronter la vie, que ce soit dans le plus trivial du quotidien comme dans les plus hautes sphères de la réflexion. Cela me remet également les idées en place, me "dépollue" en quelque sorte de l'avalanche d'informations, commentaires, critiques, exégèses que je suis la première à lire via les divers supports médiatiques, pour ne garder que l'essentiel, la substantifique moelle de ce que devrait être notre regard sur le monde, sur notre propre vie : une distance nécessaire, une absence de complaisance non dépourvue d'humanité, et, plus que tout, ce qui, il me semble, irrigue l'oeuvre entière d'Albert Camus : la solidarité. Cela peut paraître simple, voire simpliste, mais si vous réflechissez, si vous êtes de ceux qui essaient de mettre en cohérence vos pensées et vos actes, reconnaissez que ce n'est pas si facile que ça. C'est un voyage intérieur, dont vous êtes seul le héros, mais avec un compagnon comme Camus, les bagages se font plus légers. Alors, oui, je suis peut être droguée à mort, mais, puisqu'il nous faut bien mourir à nous-mêmes, je persiste et signe.
    Il y a un peu plus d'un mois, au cours d'un voyage familial en Provence, je me suis rendue à Lourmarin. J'avais un bouquet de fleurs avec moi, que j'ai déposé sur la petite tombe de Camus, cette tombe simple qui lui ressemble, avec cette jolie végétation qui lui sert de protection les jours de grand soleil. Je lui ai dit quelques mots, rien qu'entre lui et moi, ai versé quelques larmes. Et c'était bien.
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    • Livres 5.00/5
    Par MissSugarTown, le 17 septembre 2011

    MissSugarTown
    Je dirai encore longtemps que toutes les théories philosophiques, connues et moins connues, sont le fruit de l'expérience de leur auteur, donc subjectives pour une grande majorité. C'est un recueil d'avis et de visions de la vie que des auteurs ont pris le temps de partager avec l'humanité, intéressée bien entendue. Mais ça ne reste qu'un angle de vue, il ne faut donc pas prendre tout ce qu'ils disent pour des citations et des vérités absolues parce que leurs théories sont très souvent liées à leurs histoires personnelles et sont donc très loin d'être des "vérités" encore moins "la vérité". C'est bien d'ailleurs d'appeler ça des "essais" parce que c'est exactement ce que c'est et c'est ce que ça restera, à mon avis, jusqu'à la fin des temps.
    Dans cet essai, Camus traite de l'acte du suicide face à l'absurdité de l'existence, mais ce qui l'intéresse surtout ce sont les conséquences suite à cette prise de conscience, que faire lorsqu'on est conscient que cette existence est absurde? Voici là une question qui m'intéresse au plus haut point !
    Lorsque les illusions disparaissent et ne demeure que le monde tel qu'il est, on est tout à coup submergé par une peur inexplicable mêlée à une horreur extrême, on ne sait plus que faire, ni vers quoi nous retourner, on a l'impression d'étouffer et on commence à tirer le col de son sweet croyant que c'est ce qui nous étouffe. C'est l'angoisse. Alors on essaie de comprendre, on fait de notre mieux... Et à ce moment je pense que nous avons le choix entre 3 solutions :
    On court se remettre dans le bain de la vie, en embrassant très fort toutes ces illusions sans lesquelles décidément il est très difficile de vivre... ou bien parce que tout simplement, on ne nous a pas appris à vivre autrement.
    On saute, on part en courant de toutes nos forces embrasser le néant, parce que même si nous ne savons pas ce qui nous attend de l'autre côté, néanmoins nous savons que nous n'avons aucune envie de retourner là-bas, dans notre quotidien absurde.
    La bonne solution, celle qui nous donnera la réponse au sens de la vie, comment exister librement. Je suis sûre qu'elle existe mais je ne l'ai pas encore trouvée. Pourquoi j'en suis aussi sûre ? Parce qu'elle doit exister, forcément. Si cette existence est une énigme, elle doit bien avoir une solution.
    Et si je surestime cette vie, alors ce serait bien dommage. Mais le fait de ressentir cette angoisse, pour moi ça veut bien dire quelque chose. C'est comme si on se retrouve face à un mur, les lumières s'éteignent, on est dans le noir, on a peur et alors soit on fait demi-tour ou bien on se suicide mais je pense qu'il est clair que ce ne sont pas les seules alternatives. Camus lui-même dit que plein de penseurs arrivent à ces terres désertes, mais combien pressés d'en sortir ! Alors qu'au contraire il faudrait s'accrocher et explorer ces nouvelles végétations.
    Camus dit qu'il n'y a pas que l'esprit qui entre en jeu et que le corps a aussi son mot à dire et qu'il refuse de s'auto-détruire.
    Si j'adore lire les philosophes c'est parce que j'y retrouve toujours des messages qui me sont directement adressés, des messages de la plus haute importance puisqu'ils sont destinés au moi qui compte le plus pour moi. Dans ce livre, Camus a dit que notre esprit trouverait la paix si nous réussissions à trouver une liaison, un principe unique qui relierait et résumerait le Tout. Que nous serions très tranquilles si l'on disait que l'univers souffre comme nous et qu'inconsciemment, pour nous, comprendre veut dire réduire le tout à ce que nous sommes. Mais ça ne peut pas marcher comme ça.
    Cette réflexion me fait penser à Dieu, quand nous essayons de lui attribuer des sentiments ou des réactions propres à l'Homme, parce que misérables que nous sommes, c'est tout ce que nous savons. Notre savoir se limite à ce que nous sommes et à l'exploration du monde qui nous entoure. Mais nous sommes bien incapables de créer au sens le plus vrai du terme. Créer ce qui n'existe pas, ce qui n'a jamais existé avant. ça, nous ne le pouvons pas. Cette vérité devrait être suffisante pour nous réduire à un mutisme, une humilité, un respect profond, un émerveillement envers tout ce qui nous dépasse et ce qui nous dépassera toujours. Parce qu'il y a des choses qui sont hors de notre portée, quoi que nous fassions, quoi que nous croyions. Parce que depuis 4 millions d'années que nous existons, nous n'avons pas avancé d'un millimètre lorsqu'il s'agit de répondre à nos questions existentielles les plus fondamentales. Mais nous refusons d'admettre notre faiblesse et les limites de notre esprit. Nous avons peut-être posé les mauvaises questions, je ne sais pas. Mais je pense que si les réponses nous sont interdites c'est que nous les connaîtrons au bout du chemin. A ce moment là nous nous retournerons, nous verrons l'existence que nous avons traversée, et nous comprendrons. Ce n'est pas un espoir, c'est une intuition. Et si notre énigme avait un énoncé, ce serait celui-la : "Tu ne sais pas qui tu es, ni d'où tu viens, ni où tu es, ni où tu vas, ni pourquoi tu es là, et ce sont dans ces conditions que tu devras "vivre". C'est ça le deal." Pourquoi ce deal ? Je n'en ai aucune idée et nous ne le saurons pas de si tôt, mais ce que je sais c'est que peu de gens vivent.
    Les trois "issues" que j'ai citées plus haut, je les retrouverai un peu plus loin dans l'oeuvre de Camus, il y ajoutera un quatrième point néanmoins et pas des moindres, celui du "saut" vers une religion. J'adore sa métaphore parce que c'est exactement ça, nous abandonnons nos réflexions et tout le travail et le chemin que nous avons fait jusqu'à cet instant et nous sautons. Nous nous remettons à Dieu. "Je n'arrive pas à trouver de solution à cette énigme, sauve-moi !" "Je me donne entièrement à Toi, j'ai confiance en Toi." Et nous sautons. Nous quittons une rive et sautons vers l'autre parce que nous en avons marre. ça a l'air stupide mais ça reste une alternative à envisager. Il y a un peu de folie aussi dans ce geste. Un saut. C'est exactement ça. Tout à coup tu abandonnes tous tes repères, tout ce que tu as bâtis et tu sautes. Presque sur un coup de tête.
    Camus éloigne donc cette issue religieuse et nous rappelle sa problématique : peut-on vivre ou non, avec ce que l'on sait et avec cela seulement, sans aller se réfugier dans la religion, ni dans la mort mais en regardant l'absurde droit dans les yeux sans jamais détourner son regard?
    Et voilà. Nous restons toujours sur notre case de départ, et si la majorité avance sans problème dans ce monde et se laisse gentiment apprivoiser par cette vie quotidienne avec ses habitudes et ses gestes répétitifs, le philosophe refuse de se soumettre à cette "condition humaine" et exige de comprendre. Il ne peut pas "vivre" comme les autres. Alors il reste là. On le prendra pour un fou ou pour un con qui s'emmerde tellement dans sa vie qu'il la passe comme ça, debout sur sa case de départ, encore sous le choc du miracle de la vie, encore émerveillé d'exister à partir du néant... Et si vous réussissez à oublier votre histoire et à prétendre vivre en jouant le jeu de la société, le philosophe lui se souvient. Il est celui qui a gardé sa mémoire depuis sa naissance et n'a jamais pu oublier l'intensité de ce premier cri. le philosophe n'oublie pas ces choses-là. Mais le paradoxe du philosophe est qu'il ne sait pas et est conscient qu'il ne saura jamais. Que faire alors ? Rejoindre la troupe ou rester là ? A quoi m'avance alors d'être consciente ? Des fois je me demande si "les autres" n'ont pas raison. Peut-être ont-ils trouvé la solution et la vie se résume juste à ça. Peut-être sommes-nous les imbéciles dans l'histoire. ça me rappelle ce psychiatre qui, une fois sorti de l'asile où il a passé quelques mois pour mener une étude, il affirme : je ne sais plus qui sont les vrais fous, eux ou nous.
    Je n'ai pas été d'accord avec Camus sur certains points :
    Il a dit que Dieu s'il existe c'est que soit il est mauvais soit il est impuissant. Comme quoi même un esprit éclairé comme celui de Camus peut parfois sombrer dans le noir le plus total ! Nietzsche aussi qui avait une intelligence extraordinaire pouvait être extraordinairement stupide par moments ! Dieu est... Dieu. ça devrait suffire comme phrase. J'adore par contre comment Einstein parle de Dieu et de la notion du mal.
    Camus dit aussi que dans la vie ce qui compte c'est la quantité et non la qualité, que le monde étant absurde, ce qu'il faut c'est vivre le plus longtemps possible en faisant face à cette absurdité plutôt qu'avoir une qualité de vie, puisque cette notion ne veut rien dire quand on sait que la vie est absurde, alors ce qui compte c'est tenir le bras de fer le plus longtemps possible et croiser les doigts pour que la mort ne s'abatte pas sur nous trop vite, parce que Camus a compris que ça nous ne le décidons pas et pour lui c'est juste une question de "chance". No comment.
    Camus voudrait rendre "l'inutilité de la vie" magnifique à nos yeux à n'importe quel prix. Il en arrive même à nous dire que Sisyphe est heureux malgré son châtiment qui consiste à tirer le rocher jusqu'au sommet de la montagne, puis le laisser retomber et redescendre le remonter et ce jusqu'à l'infini... Il nous dit qu'à partir du moment où nous sommes conscients de cet acte inutile et répétitif et bien on peut en tirer de la joie. Moi je dis que l'être humain est vraiment pathétique mais bon qui nous en voudrait ? Comme on n'a le contrôle et le pouvoir sur rien du tout, on se force soi-même à aimer ce qu'on a et on se ment, et on en est conscient. Peut-être devrions-nous nous en réjouir ? En tout cas c'est ce que veut Camus. C'est le moyen qu'il a trouvé à ce stade de sa vie pour "échapper" à l'emprise de Dieu et à son destin.
    Enfin, cette lecture a été très enrichissante certes, et il m'a donné très envie de découvrir l'intégrale oeuvre de Dostoïevski et de Kafka.

    Lien : http://laculturehajarienne.blogspot.com/2010/12/le-mythe-de-sisyphe-..
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    • Livres 5.00/5
    Par aleatoire, le 04 août 2015

    aleatoire

    Pierre qui roule...
    Je ne sais pas vous, mais lorsque je pose un acte, je doute de sa validité, du sens qu'il peut revêtir. Je me dis qu'il pourrait être tout autre et qu'il aurait cependant la même importance, le même sens ou plutôt le même non-sens...

    Chez Camus, c'est autre chose, à la relecture, le Mythe de Sisyphe est toujours aussi vertigineux et son évidence apparaît dans une flamboyance sans appel.
    Tout commence par la question fondamentale du suicide, selon que la vie vaut ou non d'être vécue.
    Sur cette question essentielle, le philosophe (existentialiste athée) met en garde contre les risques d'une pensée, (souvent mise en action par un simple "souci") trop introspective "c'est commencer d'être miné" et d'une lucidité exacerbée (dont Char écrivait qu'elle est "la blessure la plus rapprochée du soleil"). Il se réfère à deux postures possibles : celle de la Palisse ou celle du Quichotte, l'idéal étant un mix des deux, savant équilibre de l'étude rationnelle et du lyrisme.
    Le suicide est donc un aveu d'incompréhension devant l'habitude, l'agitation quotidienne ainsi que devant le scandale de la souffrance et de la finitude qui génère ce sentiment d'absurdité qu'une logique poussée à son extrême entraîne jusqu'à l'irréversible abdication.
    il souligne une anomalie, le monde est "épais", une pensée anthropomorphique ne permet pas "d'unifier" ; un animal, une pierre nous sont étrangers ; la nature, un paysage "plus lointains qu'un paradis perdu" peuvent nous nier. Ainsi, "cette épaisseur et cette étrangeté du monde" participent de l'absurde.
    Tentation de l'inutile, devant les apories toujours repoussées du travail scientifique et d'une physique (quantique?) dont les issues s'apparentent à l'oeuvre d'art.
    Nul réconfort métaphysique ; que serait une liberté donnée par un être supérieur pour qui "n'a pas le sens de la hiérarchie" ? pas plus que celui de l'opportuniste pari pascalien.
    Camus comprend mal également le revirement dostoïevskien d'un Kirilov se tuant pour être déifié, face aux espoirs d'une vie éternelle des Karamazov.

    A cette absence de finalité et d'espoir (qui n'est pas le désespoir), répondent cependant une conscience cherchant sa direction, des intentions au coeur d'un présent, un mouvement, un devoir d'intelligence, des échanges humains et pour ne pas "ruminer", l'imagination, source de créations, fussent-elles éphémères.
    Choisir entre "la croix ou l'épée", la contemplation ou l'action, bien que les sachant inutiles mais, dans dans une certaine mise à distance de l'événement, "faire comme si" et devant un hasard toujours "roi",savoir user de l'esquive...
    Préférer encore la mutilation d'Oedipe, résistant ainsi au désespoir et à la tentation du suicide ; cette résistance devenant l'affirmation que "tout est bien".
    C'est donc précisément l'absence de sens de l'existence qui en fait son intérêt.
    Ainsi, pour Camus comme pour les stoïciens, l'homme peut et doit affronter le destin, enrichissement vers une certaine liberté intérieure :
    "Il faut traiter le destin par le mépris"

    Sauf que...
    Peut-être ne convient-il pas de trop taquiner l'absurde ni provoquer
    le fatum, les concepts ont parfois la susceptibilité exacerbée.
    Le quatre janvier mille neuf cent soixante, la Facel Vega dans laquelle se trouvait Albert Camus s'est heurtée à l'épaisseur du réel ("ce qui résiste" - S. Leclaire) et l'absurde, ainsi dépossédé de son objet s'est dissout naturellement.
    L'écrivain a rejoint le minéral tant chanté dans Noces et l'Eté, dans lequel il aspirait parfois à se confondre.
    La pierre délaissée a cessé son mouvement.
    "Ce monde n'a plus son reflet dans un univers supérieur, mais le ciel des formes se figure dans le peuple des images de cette terre."
    A noter que quelques mois plus tard, Sagan de justesse fut épargnée mais pourtant prévenus, Nimier ( "Il n'y a que les routes pour calmer la vie") et Huguenin abandonnèrent à l'asphalte un peu de leur cynisme.

    Bon voilà, j'ai terminé mon devoir de vacances, m'en vais sagement reprendre ma petite auto, puis maintenant que sont posées partout des limites et même aux vitesses, j'aurai l'absurde modeste, le destin besogneux ; pas de désir de suicide excepté peut-être une pendaison à un cou.
    D'ailleurs, je n'intéresse guère les dieux, impassibles et somnolents dans la torpeur estivale.

    ,

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