Que faire d’une jeune femme qui s’installe chez vous, sous prétexte qu’elle n’a pas de domicile et qu’elle s’entend bien avec vos enfants ? Son portrait peut-être.
Enfant de la DDASS, fille des rues, « fourmi » pour un dealer et prostituée occasionnelle, Olivia p... > voir plus
L'histoire n'est pas exceptionnelle, j'avais peur de tomber sur un des romans français écrits par des femmes qui n'ont rien à dire comme Katherine Pancol pour ne citer personne. Mais à la réflexion, la différence entre un bon bouquin et un autre n'est pas l'histoire mais le talent avec laquelle elle est racontée et je dois dire que Marie Desplechin a le mot juste, la belle métaphore, le style dynamique.
Mon seul regret est la fin inexplicablement précipitée, un peu bâclée à mon goût. N.B. : il y a quelques années, j'ai lu "Un homme à distance" de Katherine Pancol que j'avais trouvé très correct à l'époque. Mes goûts changent et quand je relirai cette critique dans quelques années, j'suis sûre de la trouver prétentieuse associé à un manque d'esprit critique évident. Ainsi va la vie !
"Sans moi" raconte la vie quotidienne d'une famille atypique (ou de plus en plus commune ?) : la mère élève ses deux enfants et vit à Paris de piges alimentaires ; elle est chargée de mettre en forme ou parfois réécrire rapports d'entreprise, plaquettes publicitaires et autres biographies qu'elle juge toutes plus hypocrites les unes que les autres. A cette organisation vient s'ajouter Olivia, recommandée par des amis pour venir s'occuper des enfants lorsque leur mère ne peut pas aller les chercher à l'école par exemple. Olivia va venir loger dans la chambre de bonne au-dessus de chez eux et devient finalement un membre à part entière de cette famille. Et progressivement l'on comprend que cette histoire est avant tout celle d'Olivia qui se raconte par petits bouts : son enfance à la DDASS puis dans une famille louche, la débrouille dans la rue, les traffics en tout genre... toute une misère sociale qui va profondément déstabiliser son hôtesse.
Je fus ainsi rappelée à deux vérités. La première, quel qu’ait été mon désir de renvoyer dos à dos victimes et bourreaux sous prétexte d’histoire, ce monde indigne se pensait au présent, et il était proprement scié en deux. Il fallait que je me résigne à savoir de quel côté ranger mon cœur. La seconde, ce n’est pas parce qu’un travail est idiot que ce n’est pas du travail. L’injuste collaborateur du monde indigne ne bosse pas moins que son intègre contempteur. Et même, souvent, il en fait plus. Je pouvais me moquer autant que je voulais, je n’allais pas m’en tirer comme ça.
Merci, j'en reprendrais bien, a dit Olivia en attrapant le manche de la casserole. Il faut que je t'avoue un truc. Je devrais manger moins, je grossis comme une outre. Tu te souviens quand je suis arrivée, là, en septembre, chez toi?
Oui, ai-je répondu. On n'est qu'en octobre après tout.
Bon, eh bien, à ce moment-là, il faut que je te le dise, je n'avais pas arrêté la dope, je le reconnais.
Ah, ah, ai-je fait, et j'ai tendu le bras pour prendre mes cigarettes.
Mais maintenant, j'ai arrêté.
J'ai allumé ma cigarette sans me presser. J'ai soufflé un rond de filmée et j'ai dit :
Je le savais.
Tu le savais quoi ?
Je savais que tu te dopais.
Olivia a saucé son assiette en silence. Elle n'a pas levé les yeux. Elle était incrédule, peut-être, ou vexée.
Tu aurais pu me foutre à la porte. Les gens sont contre les baby-sitters qui se droguent.
Une autre, je l'aurais mise dehors, ai-je remarqué.
Puis je me suis tue.
D'où vient-elle, cette odeur de jacinthe ? De la mémoire sans doute, que nous gardons des saisons, et de l'envie que nous en avons. L'automne a bien un parfum de pomme, de brume, et de bois mouillé. L'hiver sent la fumée, et l'été la vanille." (p.210)
Vois-tu, je n'ai pas besoin de meubles, ni de vêtements, ni de vacances, ni de voiture. Mais je veux aimer les pièces où je vis, la chambre où je me réveile, les rues dans lesquelles je marche. (p.83)