Parti pris très étonnant que celui de Durrell : raconter quatre fois la même histoire avec des points de vue différents qui obligent le lecteur à réviser complètement son opinion et sa vision des événements et des personnages.
L'écriture est déroutante, non-chronologique, menée par les souvenirs. Elle se fait lyrique dans la description de la ville d'Alexandrie et des paysages égyptiens (m'a fait penser aux Voix de Marrakech de Canetti).
Qu'on apprécie ou pas l'histoire contée, les personnages psychologiquement et affectivement torturés, ces romans constituent tout de même une expérience de lecture à mille lieues du tout-venant actuel.
Un chef d'oeuvre absolu, mon livre favori. Partant d'une idée étonnante (illustrer très indirectement la théorie de l'espace-temps d'Einstein en racontant quatre fois la même histoire, pour illustrer les trois dimensions de l'espace et celle du temps), Lawrence Durell déroule un univers d'une infinie complexité psychologique. Il ne faut pas se laisser décourager par le premier tome, le plus difficile d'accès (Justine, écrit sans ordre chronologique), mais une fois que l'on est saisi par la musique particulière du style de l'auteur, on ne peut plus s'en détacher. Chaque tome enrichit l'histoire et en fait découvrir de nouvelles facettes. A lire absolument.
On ne ressort pas indemne de la lecture de cet énorme pavé appelé "Quatuor d'Alexandrie" . Il y a du Proust et de la Comédie Humaine là-dedans . On est embarqué dans un univers plein d'aventures entrecroisées , de personnages pittoresques et souvent très attachants .
La présentation est tout à fait déconcertante . D'où le titre avec cette référence musicale . Il y a des thèmes , des chorus , des arias . Aucune chronologie . On procède par coups de projecteurs successifs . On part en avant , on retourne en arrière sans prévenir , bien sûr . On s'attache à un personnage , on le quitte . On le retrouvera beaucoup plus tard dans un autre tome . Rien de classique . Nous ne sommes pas dans une saga , mais dans une narration kaléidoscopique , un peu difficile pour le lecteur qui doit prendre des notes au début , mais qui finit par se laisser gagner par la petite musique symphonique de Durrell .
Avec cela , une grande maitrise du style , de la description . Un ton unique . Pour ceux qui aiment la grande littérature , celle qui se mérite , mais fatigue quelquefois un peu les neurones ....
Les légendes voyagent : Dans Mountolive,on trouve l'histoire d'ALEXANDRE le Grand qui avait des oreilles d'âne,"une seule personne connaissait son secret,son barbier grec.Lorsque ce secret fut trop lourd à porter,le barbier alla dans un champ,confier la chose à une sakkia.
Une légende similaire est transmise en Bretagne,celle du roi Marc,puni par Dahut,la fille du roi Gradlon,et qui se retrouva avec la crinière et les oreilles de son cheval très aimé.
Seul son coiffeur........etc. Un jour,n'en pouvant plus,il alla creuser un trou dans la terre,y murmura son secret et referma solidement le trou mais.........
Il est vain, écrit-elle, d'imaginer que l'on puisse imaginer de tomber amoureux sous l'effet d'une correspondance d'esprit, de pensée; c'est l'embrasement simultané de deux âmes qui s'épanouissent individuellement. Et la sensation qu'elles éprouvent est celle d'une explosion silencieuse à l'intérieur de chacune d'elles. Autour de cet évènement, ébloui et préoccupé, l'amoureux ou l'amoureuse continue à vivre en examinant sa propre expérience; sa gratitude seule crée chez elle l'illusion qu'elle communique avec son ami, mais cela est faux car il ne lui a rien donné. L'objet aimé est simplement celui qui a vécu une expérience semblable au même moment, narcissiquement; et le désir d'être auprès de l'objet aimé est dû en premier lieu non pas à l'idée de le posséder, mais simplement de laisser deux expériences se comparer, comme des images dans des miroirs différents. Tout cela peut précéder le premier regard, le premier baiser ou le premier attouchement; précéder l'ambition, l'orgueil ou l'envie; précéder les premières déclarations qui marquent le tournant, car à partir de là, l'amour dégénère en habitude, en possession, et plus tard, de nouveau, en solitude.
Eh bien mon vieux, si vous voulez connaître le niveau moyen de l'humanité,allez donc sur un champ de bataille.(....) Deux mille ans de civilisation partent en fumée en un clin d'oeil! Grattez avec l'ongle de votre petit doigt ,et vous retrouverez le sauvage sous le vernis.
J'étais comme l'Adam des légendes du Moyen-Age:un homme dont le corps est composé de tous les éléments du monde, dont la chair est la terre, dont les pierres sont les os, les fleuves et les vagues:le sang, dont les herbes forment les cheveux, dont la lumière est la vue, dont le vent est le souffle et les pensées sont les nuages.