ISBN : 2361830612
Éditeur : Les Moutons Electriques (2011)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Wastburg, une cité acculée entre deux royaumes, comme un bout de bidoche solidement coincé entre deux chicots douteux. Une gloire fanée qui attend un retour de printemps qui ne viendra jamais. Dans ses rues crapoteuses, les membres de la Garde battent le pavé. Simple ga... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Munin, le 23 septembre 2011

    Munin
    La Fantasy - ou du moins le médiéval-fantastique épique - a connu son âge d'or. Même si des cycles continuent d'être publiés, le bouseux-qui-part-en-quête-d'un-objet-pour-protéger-le-monde-du-retour-du-Mal a finalement trébuché sur son épée, et personne ne le pleurera. Dans son sillage, on a vu naître entre autres la dark ou grim fantasy, dans laquelle le bouseux et sa famille étaient brûlés vifs par des soudards ivres avant d'avoir pu mettre un pied hors de leur cahute, et d'autres sous-genres. Mais, pastiches, caricatures ou hommages, ces livres ne sont jamais très loin du Héros, qu'ils le prennent comme modèle ou anti-modèle. La Première Loi de Joe Abercrombie, par exemple, ou Les magiciens de Lev Grossman, ne peuvent s'apprécier si l'on a déjà lu leurs prédécesseurs. (On me susurre dans l'oreillette que le mot savant pour désigner tout ceci est l'intertextualité.)
    En choisissant plus simplement d'ignorer ces envahissants archétypes, sans les embrasser ou tenter de leur faire un croche-patte, Cédric Ferrand a fait de Wastburg un des rares romans de la Fantasy contemporaine qui ne nécessite ni plusieurs tomes d'exposition ou de développement, ni connaissance préalable du genre, pour être apprécié à sa juste valeur. Wastburg, c'est une cité-état corrompue et décadente, dans une ambiance qu'on pourrait appeler Renaissance si celle-ci avait consisté à dézinguer les vieux barons féodaux à coups de canon pour les remplacer directement par des politicards de la IIIe République. Dans cette ville, en proie au communautarisme et aux revendications minoritaires, on suit les tribulations de miliciens locaux, guidé par un fil rouge narratif qui serpente entre les chapitres à la manière d'un boa repu : s'attardant ici, accélérant là, développant sur le riche folklore local dès que l'occasion se présente (souvent).
    Récit choral, donc, mais pas façon "choral-fantasy" avec un groupe de personnages entre lesquels on saute de chapitre en chapitre ("ah zut ! encore un chapitre sur Sansa !..."); mais plutôt à la façon de saynètes indépendantes, composant en kaléïdoscope l'image de la ville. C'est autant dans les portraits des gardes que dans les us et coutumes locaux que se déploie l'inventivité de l'auteur, qui communique au lecteur une affection pour les couches populaires de sa ville totalement dépourvue de condescendance. On suit sans mépris, et avec une certaine tendresse, les trajectoires, ou plutôt les chutes, des personnages. Difficile, pour les habitués du blog de l'auteur, http://www.hu-mu.com , de ne pas penser à ses billets sur les films des frères Coen quand on lit Wastburg : dans son billet sur Burn After Reading, Cédric Ferrand écrit : "C'est un véritable complot des imbéciles. La même imbécilité qui était mise en avant Fargo ou dans The Big Lebowski. Celle des plans foireux, des hasards malheureux et des petites bassesses humaines." Ce complot des imbéciles, la succession de malchances, on les retrouve avec délectation dans Wastburg, jusqu'à l'inévitable conclusion en feux d'artifice.
    Le lecteur est entraîné, guidé dans cet entrelacs de combines crapoteuses par l'imagination baroque et féconde de l'auteur et la langue qui la véhicule. Car il est difficile, pour Wastburg, de séparer le fond de la forme. La narration comme les personnages usent du même argot gouailleur, un parler gouleyant dont on fait rouler les mots en bouche comme un vin de terroir de caractère. le vocabulaire fleuri, les métaphores hardies, font de chaque moment de lecture un plaisir intense et jubilatoire.
    Cette critique dithyrambique ne doit pas faire croire que j'ai oublié tout sens critique en lisant Wastburg. J'ai été frustré de l'absence de personnages féminins : où sont les matrones Wastburgiennes, les fleurs du pavé, les mères, les femmes, les soeurs et les filles ? Les gardes en parlent beaucoup, mais on les voit peu. Dommage, je suis sûr qu'elles sont aussi intéressantes que leurs mâles. Par ailleurs, le fil narratif, peu intrusif dans les premiers chapitres, le devient trop dans les derniers : on ne lit pas Wastburg pour son intrigue, mais pour sa galerie de portraits. le retour de l'intrigue dans les dernières pages, les raccourcis un peu trop elliptiques, et le changement de ton avec le dernier personnage présenté, surviennent trop rapidement. On aurait aimé continué sa promenade dans les bas-fonds fangeux de Wastburg, sans être importuné par l'artifice du suspense. Mais finalement, mon seul vrai reproche à ce livre est qu'il semble trop court, on en redemande.
    Cette vision rafraîchissante et innovante de la Fantasy, l'éditeur l'a étiquetée avec beaucoup de flair crapule-fantasy. Wastburg donne à ce nouveau sous-genre ses lettres de noblesse. Comme livre, c'est une superbe réussite. Comme premier livre, c'est un ouvrage impressionnant d'audace.
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    • Livres 4.00/5
    Par Oliv, le 09 septembre 2011

    Oliv
    "Wastburg", c'est l'envers du décor de la fantasy traditionnelle: pas de grandes actions héroïques, ici on s'intéresse au populo, dans tout ce qu'il a de petit, de mesquin, mais aussi de vrai. À Wastburg, au lieu de perdre son temps à vouloir sauver le monde, on songe avant tout à s'en mettre plein la panse et à gruger la municipalité sur les taxes.
    Dans ce moyen-âge à l'agonie, la magie jusque-là bien commode s'est soudain fait la malle, laissant les hommes livrés à eux-mêmes. C'est donc dans une société en pleine déliquescence que nous entraîne le roman... Mais s'agit-il réellement d'un roman? On peut presque parler d'un recueil de textes courts, chaque chapitre donnant un coup de projecteur sur de nouveaux habitants et de nouveaux quartiers de la cité franche, bien souvent sans lien direct avec ce qui précède. Il y a certes un fil rouge, mais ce n'est pas dans cette "grande" histoire que réside l'attrait de "Wastburg"; celle-ci n'est qu'un prétexte, dont l'auteur aurait certainement pu se passer sans que son oeuvre en pâtisse.
    En réalité, c'est la cité elle-même qui nous fait tourner les pages jusqu'à la dernière, cette multitude de "petites" histoires se déroulant en son sein, comme celles du jeune Sandec, propulsé à la tête d'une bande de gamins des rues, des jumeaux Berken et Fortig, contraints de devenir gardiens de cimetière pour ne pas avoir à traire les chèvres dans leur patelin natal, ou encore de Kleen, ancien ramoneur payé par la Garde pour veiller sur les toits. Autant de tranches de vies qui font que, une fois le livre refermé, on peut sentir tous ces personnages poursuivre leur existence dans les ruelles de Wastburg, à l'inverse d'autres romans où l'on imagine aisément le décor être démonté sitôt la scène finie.
    Au bout du compte, la comparaison avec Jean-Philippe Jaworski est inévitable, la parenté est même revendiquée. Et si Cédric Ferrand n'atteint pas encore l'excellence de son aîné - un oeil exercé repérera dans "Wastburg" quelques petites maladresses - nul doute que nous tenons-là un jeune auteur à suivre de près.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Cylhis, le 28 octobre 2011

    Cylhis
    C'est l'histoire d'une ville, nommée Wastburg, prise entre 2 bras de fleuves, longtemps convoitée par l'une et l'autre rive, divisée par deux peuples venant des 2 côtés du fleuve trop différents pour réellement s'apprécier. C'est l'histoire de personnages, de quartiers, de brins de vies qui s'entremêlent et se croisent. C'est l'histoire de Wastburg.
    Et c'est pour cela que ce livre est particulier. Chaque chapitre ou presque nous dévoile une vie, un personnage, une facette de la ville. On a l'impression de survoler ce bout de terre perdue au milieu de l'eau et de faire un zoom sur une rue, une maison, un habitant qui se promène là. Puis, une fois le chapitre clôt, le second enchaîne sur un autre zoom, un autre visage. C'est ainsi que celui de la ville se dévoile peu à peu à nous, et que le voile se lève.
    Cette façon particulière de raconter l'histoire, qui finalement ne porte pas vraiment sur un personnage mais sur la ville (gagnant plus que jamais son titre de "fantasy urbaine"), peut être risquée car un lecteur peu enthousiaste pourrait bien ne pas s'y accrocher et se détacher tout à fait du livre. Mais pour peu qu'il reste à errer dans les rues de Wastburg, se produit le phénomène inverse : il gardera ce goût pour ce territoire et pour toutes ses histoires et ressentira de la nostalgie à la dernière ligne, car elle le condamnera ainsi à ne plus pouvoir s'y attarder. Ce sentiment est assez diffus et ne se ressent pas immédiatement. Ce n'est que le jour suivant, lorsqu'on se remet à la lecture et que le livre a changé que l'on se rend compte du vide.
    Et bien que chaque chapitre change de "focus", tous sont liés les uns aux autres pour conduire à une fin qui se laissait quelque peu deviner au fur et à mesure du livre, juste assez pour ne pas perdre le lecteur dans une narration sans but, mais pas de trop pour éviter de lui gâcher son plaisir de la fin.
    J'aime bien la fin. Car il y en a une (pas biaisée, pas nébuleuse, une qui est bien).
    Finalement, ce livre ne provoque pas de lecture passionnelle et boulimique sur le moment, à ne plus pouvoir s'en extraire, rater sa station de train. Mais elle laisse un petit souvenir fort agréable, l'impression d'avoir voyagé et visitée un endroit devenu familier et qui, pour finir, nous manque.
    Je le conseille.
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    • Livres 3.00/5
    Par Ys, le 29 novembre 2011

    Ys
    Par les intentions ouvertes de l'auteur autant que par l'histoire, voilà un roman que l'on pourrait qualifier de contre-fantasy. Soit de la fantasy sans nains, ni elfes, ni héritier d'un trône perdu, ni arme légendaire, ni objet magique extraordinaire, ni quête, ni prophétie, ni dragons, ou tout autre ingrédient traditionnel. Bon, il y a bien quelques ersatz de mages, mais contraints à picoler parce que la magie a foutu le camp.

    Très belle idée, d'ailleurs, mi-cocasse mi-touchante, que cette magie perdue dont le souvenir baigne toute une ville enlisée dans le matérialisme le plus terre à terre.

    Car Wastburg, c'est l'histoire d'une ville. Une cité apatride bâtie sur le delta d'un fleuve entre deux nations ennemies, gouvernée par un burgmaester mystérieux sous la loi du pot-de-vin et de la magouille.
    Le portrait en est dressé à travers celui des hommes qui la font vivre : notables, truands, membres de la Garde, gamins des rues, bourreau… A travers mille détails et anecdotes, anodins, insolites ou plus suspects, derrière lesquels se trame petit à petit une intrigue à bien plus grande échelle.

    Peut-être l'ensemble aurait-il gagné un peu plus de nerfs en accordant un peu plus d'importance à cette trame, qui souvent disparait derrière le reste – la simple mise en scène de la vie de la cité. Mais au résultat, ce roman offre une fort plaisante visite, relevée par une langue truculente et imagée qui en fait, à mes yeux, la plus grande qualité. A déconseiller aux amateurs d'action, à conseiller vivement à ceux qui aiment prendre leur temps pour découvrir de nouveaux univers et ont le goût du détail.
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    • Livres 5.00/5
    Par BlackWolf, le 27 septembre 2011

    BlackWolf
    En Résumé : Voilà un livre qui sort des sentiers battus de la fantasy en offrant une histoire captivante et originale et j'ai passé un très bon moment avec ce roman. On a l'impression d'être un passant dans cette ville qui va, au fil de ses rencontres, partager une tranche de vie d'un personnage à chaque chapitre. le style de l'auteur familier et possédant son argot propre et vraiment passionnant. Je regretterai juste un fin en-dessous de mes attentes et aussi le fait de ne pas avoir de personnage féminin important, mais rien de bien dérangeant.
    Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.

    Lien : http://blog-o-livre.over-blog.com/article-wastburg-cedric-ferrand-85..
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Citations et extraits

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  • Par Munin, le 06 septembre 2011

    C'est dans les contreforts du massif des Malbroges que tout commence. L'eau qui ruisselle en rigole forme un ru puis enfle jusqu'à prétendre au titre de ruisseau. Quand il se jette sans peur du haut d'une cascade pour aller s'écraser sur les rochers en contrebas, le ruisseau se change en torrent. Mais un jour, il se lasse de jouer à rouler sur les pierres et à faire de l'écume. Il entre de plain-pied dans la vie adulte en acceptant le fait qu'il est devenu une rivière. Paresseuse, celle-ci ne serpente pas tant qu'elle se laisse aller à couler le plus lentement possible, comme si elle retardait au maximum le moment de se jeter dans la mer. Elle gonfle et étale sa nonchalance en s'insinuant entre les pleins et les déliés du paysage. Quand elle s'est suffisamment gorgée de vanité, elle accepte avec un brin de dédain la fonction de fleuve. Sans se lasser, celui-ci continue son pèlerinage en direction du sud, d'une foulée régulière, comme si l'appel de la mer se faisait de plus en plus irrésistible.
    Ce fleuve, les loritains le nomment la Fuile.
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  • Par kedrik, le 10 septembre 2011

    La bouscotte était une tradition wastburgienne, une cité où rien ne se perd : tous les tenanciers de troquet avaient une bouteille à part, dans laquelle ils versaient tous les fonds de verre non bus par les clients. Une mixture dégueulasse mais qui en arrachait, et pour pas cher. Certains collaient une étiquette dessus, d’autres mettaient au défi les voyageurs d’en boire un coup : à chacun sa manière de vendre le produit. Si le patron n’était pas con, il avait plusieurs boutanches à bouscotte, une par type d’alcool, pour ne pas trop mélanger les genres. Une pour le pinard, une pour les gnôles, une pour les liqueurs, une pour les bières... Séparer les liquides ne rendait pas la bouscotte meilleure au goût, ça non, mais ça retardait le moment où le client devenait malade. Un adage local disait même « Vin sur bière, je digère. Bière sur vin, je vomis bien. » Certaines buvettes devaient leur renommée à la qualité (toute relative) de leur bouscotte. Leurs bistrotiers avaient le tour de main pour faire des mélanges honorables. Ça tenait parfois à un ingrédient secret, qui faisait qu’une bouscotte était savourée ou évitée.
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