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ISBN : 207032298X
Éditeur : Gallimard (1985)


Note moyenne : 2.88/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Ce court essai de l'historien François Furet a bouleversé l'historiographie de la Révolution française. S'élevant contre l'interprétation "jacobine" de l'événement, longtemps dominante, l'historien propose une interprétation ... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par Unvola, le 23 avril 2015

    Ainsi Louis XIV avait pu maîtriser le processus de promotion et de compétition des élites à l’intérieur d’une société à ordres, pour en faire le principe de construction de l’État. Louis XV, déjà, ne le peut plus, et Louis XVI moins encore. Perpétuellement tiraillés entre la fidélité aux vieilles solidarités seigneuriales et les exigences de la nouvelle rationalité sociale et bureaucratique, prisonniers de deux modes contradictoires de hiérarchie et de mobilité sociale, ils passent leur temps à céder à un groupe, puis à l’autre, c’est-à-dire à s’aligner sur les conflits multiples qui déchirent l’élite dirigeante. Soutenant Machault, puis Choiseul ; Maupeou, puis Turgot. Essayant toutes les politiques, sans jamais les mener jusqu’au bout : chaque fois, l’action de l’État suscite la vive hostilité d’une grande partie des élites dirigeantes, sans qu’on les trouve jamais, ensemble, d’un seul côté, ni pour le despotisme éclairé, ni pour le réformisme libéral. Ces élites du XVIIIe siècle sont inséparablement gouvernantes et révoltées. En réalité, elles règlent leurs conflits internes sur le dos de l’absolutisme, que Loménie de Brienne finit par enterrer en 1788. Même la crise de 1789 ne refera pas leur unité, sauf dans l’imagination des idéologues du Tiers État ; et ni le déclenchement de la révolution, par ce qu’on appelle la « révolte aristocratique », ni le comportement de bien des députés nobles à la Constituante, ni l’œuvre même de la Constituante ne sont intelligibles sans référence à cette crise du pouvoir et des élites au XVIIIe siècle. Si la Révolution française - comme toutes les révolutions - rencontre, au moins à ses débuts, des résistances aussi dispersées et mal coordonnées, c’est que l’Ancien Régime est mort avant d’avoir été abattu. Les révolutions se caractérisent avant tout par la faiblesse et l’isolement du pouvoir qui tombe. Mais aussi par la réinvention épique de leur histoire : d’où la reconstruction révolutionnaire de l’hydre aristocratique, qui constitue a contrario une redéfinition des valeurs sociales, un immense message inséparablement libérateur et remystificateur, qu’on aurait tort de prendre pour une analyse historique.
    (Pages 180 et 181).
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  • Par Unvola, le 23 avril 2015

    La monarchie « absolue » n’est rien d’autre que cette victoire du pouvoir central sur les autorités traditionnelles des seigneurs et des communautés locales.
    Or, cette victoire est un compromis. La monarchie française n’est pas « absolue » au sens moderne du terme, qui évoque un pouvoir totalitaire. D’abord parce qu’elle reste fondée sur les « lois fondamentales » du royaume, qu’il n’est au pouvoir d’aucun souverain de changer : les règles de succession au trône, les propriétés de ses « sujets » sont par exemple hors de son atteinte. Mais surtout, les rois de France n’ont pas développé leur pouvoir sur les ruines de la société traditionnelle. Ils l’ont au contraire construit au prix d’une série de conflits et de transactions avec cette société qui s’est, au bout du compte, trouvée imbriquée dans le nouvel État par de multiples liens. Il y a à cela des raisons idéologiques, qui tiennent au fait que la royauté française n’a jamais complètement rompu avec la vieille conception patrimoniale du pouvoir : le roi de France reste le seigneur des seigneurs, quand il est devenu en même temps le patron des bureaux de Versailles. Mais le phénomène a aussi des raisons fiscales (…). Le privilège, c’est le droit imprescriptible du groupe, par rapport au pouvoir central ; c’est la franchise d’une ville, les règles de cooptation d’une corporation, l’exemption fiscale de telle ou telle communauté. Les sources en sont multiples, perdues dans la nuit des temps, consacrées par la tradition ; le roi ne le détruit pas, mais le renégocie avec ses titulaires ou prétendus tels, contre du bon argent.
    (Pages 174 et 175).
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  • Par Unvola, le 22 avril 2015

    Car, à partir de 1917, la Révolution française n’est plus cette matrice de probabilités à partir de laquelle peut et doit s’élaborer une autre révolution définitivement libératrice ; elle n’est plus ce champ des possibles découvert et décrit par Jaurès dans toute la richesse de ses virtualités. Elle est devenue la mère d’un événement réel, et son fils a un nom : Octobre1917, et plus généralement la Révolution russe. Dès 1920, dans une petite brochure, Mathiez souligne la parenté entre le gouvernement des Montagnards, de juin 93 à juillet 94, et la dictature bolchevique des années de guerre civile : « Jacobinisme et bolchevisme sont au même titre deux dictatures, nées de la guerre civile et de la guerre étrangère, deux dictatures de classe, opérant par les mêmes moyens, la terreur, la réquisition et les taxes, et se proposant, en dernier ressort, un but semblable, la transformation de la société, et non pas seulement de la société russe ou de la société française, mais de la société universelle ». Au reste, comme Mathiez le souligne, les bolcheviks russes n’ont pas cessé d’avoir présent à l’esprit l’exemple de la Révolution française, et tout particulièrement de sa période jacobine. Dès la scission du parti social-démocrate russe en bolcheviks et mencheviks, en 1903, Lénine a excipé du modèle jacobin : « Le jacobin lié indissolublement à l’organisation du prolétariat devenu conscient de ses intérêts de classe, c’est justement le social-démocrate révolutionnaire. »
    Cette référence a alimenté toute une polémique avec Trotski, qui, à cette «époque, penche du côté menchevik ; dans un livre trop peu connu, et récemment réédité, Trotski souligne l’anachronisme de l’analyse de Lénine. Car, ou bien « le jacobin… se lie à « l’organisation du prolétariat devenu conscient de ses intérêts de classe », et il cesse d’être jacobin ; ou bien… il est jacobin, c’est-à-dire radicalement différent du social-démocrate révolutionnaire : « Deux mondes, deux doctrines, deux tactiques, deux mentalités, séparés par un abîme… », conclut-il au terme d’une longue analyse historique des impasses et des folies idéologiques du terrorisme jacobin. Mais ce rappel à l’ordre intellectuel, d’une orthodoxie marxiste irréprochable, n’a naturellement pas empêché le télescopage permanent des deux révolutions dans la conscience des révolutionnaires russes. On sait, par exemple, qu’après la mort de Lénine, au moment où rôde les spectre de « Thermidor », Staline noue son alliance tactique avec Zinoviev et Kamenev sur la base de leur crainte commune d’un nouveau Bonaparte, qui n’est autre que Trotski, ex-chef de l’Armée rouge.
    (Pages 139, 140 et 141).
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  • Par Unvola, le 22 avril 2015

    Le vrai est que la Terreur fait partie de l’idéologie révolutionnaire, et que celle-ci, constitutive de l’action et de la politique de cette époque, surinvestit le sens des « circonstances » qu‘elle contribue largement à faire naître. Il n’y a pas de circonstances révolutionnaires, il y a une Révolution qui se nourrit des circonstances. Le mécanisme d’interprétation, d’action et de pouvoir que j’ai tenté de décrire dans les pages qui précèdent est en place dès 1789 : il n’y a aucune différence de nature entre le Marat de 89 et celui de 93. Il n’y en a pas non plus entre le meurtre de Foulon et Berthier et les massacres de Septembre 1792 ; ou encore entre le procès avorté de Mirabeau après les journées d’Octobre 1789, et le jugement des dantonistes du printemps 93. Comme l’a noté Georges Lefebvre dans un article de 1932, le complot aristocratique est dès 89 le fait fondamental de ce qu’il appelle la « mentalité collective révolutionnaire », et qui me paraît le système de représentation et d’action constitutif du phénomène révolutionnaire lui-même.
    (Pages 105 et 106).
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  • Par Unvola, le 22 avril 2015

    Le rapport de Robespierre avec la Terreur n’est pas d’ordre psychologique. C’est à sa prédication sur les bons et les méchants que alimente la guillotine ; c’est le pouvoir formidable que cette prédication lui donne de définir le peuple qui remplit les prisons. Et dans cette mesure, sa propre consécration, la fête de l’Être suprême, qui a longtemps choqué les historiens républicains plus que la guillotine, remplit pourtant les mêmes fonctions que la Terreur. Le discours sur l’égalité et sur la vertu qui donne un sens à l’action du peuple trouve son fondement dans la mort des coupables ; mais il conjure en même temps cette nécessité lugubre par l’affirmation solennelle d’une caution providentielle.
    (Page 101).
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Christophe Prochasson, François Furet [Jeudi La Procure 25/05/13] .
http://www.laprocure.com/francois-furet-chemins-melancolie-christophe-prochasson/9782234063716.html François Furet : les chemins de la mélancolie Christophe Prochasson











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