ISBN : 2864325527
Éditeur : Editions Verdier (2009)


Note moyenne : 3.53/5 (sur 38 notes) Ajouter à mes livres
Les voilà, encore une fois : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André.
Nous connaissons tous le célèbre tableau des Onze où est représenté le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouverneme... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 10 mai 2011

    ay_guadalquivir
    Lettre à Pierre Michon
    J'ai longtemps imaginé cette lettre, sans qu'elle sache comment soudain jaillir. L'espoir de vous croiser dans cette librairie nantaise que nous fréquentons l'un et l'autre. L'idée d'une proximité géographique, le miracle de la Loire sans doute. Enfin, l'éblouissement pourtant bien réel que m'a procuré la lecture des Onze. Je trouve qu'il y a quelque chose de miraculeux à s'adresser ainsi à un grand écrivain. Comme une façon de s'adresser à tous les écrivains, depuis Homère à Victor Hugo, jusqu'à vous. Comme célébrer l'idée même de la littérature dans un rapport intime tout à fait singulier. Quelque chose dont j'ose dire qu'elle ressemble à votre littérature, qui embrasse l'Histoire et les hommes par la science de leur simple vie. Tracer les grands traits, les trajectoires immenses, les destinées, tout cela par la description de vies parfois minuscules.
    Mais je voudrais un instant revenir à la Loire, que j'ai découverte en arrivant ici. Découverte autant qu'on le peut en en parcourant seulement une centaine de kilomètres. Et pourtant déjà, elle semble tracer une idée à laquelle je vous associe volontiers. L'image des pêcheurs au lever du jour, dans les brumes si particulières des rives de l'Anjou. L'idée que quelque chose de nécessaire, à la fois petit et immense, se déroule ici, avec le temps, malgré le temps. le fleuve impose une vision du temps, un mouvement, une fatalité, une force à laquelle nulle ne résiste. Vous aurez sans doute lu « Dans les veines ce fleuve d'argent » de Dario Franceschini, dont le personnage principal est vraisemblablement le Pô. Son récit ourlé de mystères m'a évoqué la Loire, le fantôme de Julien Gracq, les anciennes demeures royales, et la pêche. Je vous imagine pêcheur, à la rencontre du temps de l'écriture, à l'écoute des bruissements de l'eau.
    Les Onze m'ont traversé de toutes ces impressions. Car la Loire fut aussi le théâtre de cette Révolution. Les légendes la décrivent chargée de sang et de cadavres. La révolte vendéenne, réprimée, gonfle ses eaux.
    L'histoire de Corentin est celle d'un homme inscrite dans son temps, à sa façon. le temps des démesures, le temps où l'homme simple, limousin, peut être transporté dans l'Histoire. le temps où ceux qui font l'Histoire pensent déjà à la postérité. Façon de conjurer la mort souvent brutale. Votre langue est superbe, précise et aiguisée, pour décrire cet épisode imaginaire. Elle effraie parfois, parce qu'elle dit la terreur. Mais elle conduit la vie de tous ces hommes, fidèlement, quoi que dans un mensonge. Quel prouesse en effet d'être si réaliste à inventer l'Histoire. Mais malgré la supercherie, chacun sait que ce portrait des Onze est pus que vérité.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigetoun, le 23 décembre 2009

    brigetoun
    plongée dans "Les onze" de Pierre Michon, ce que j'avais lu sur ce livre, et qui me faisait craindre une déception, effacé par les mots, leur saveur, le rythme des phrases, leur précision et leur mouvement, leur emportement allègre, la façon dont elles s'imposaient à moi - et tout serait à citer (me restent trente pages ou à peu près pour cette nuit), alors cela, au début avec Corentin en aide de Tiepolo, portraituré en page sur un plafond
    "Vous imaginez cela, Monsieur ? le prince-évèque en bas sur sa canne folâtrant, argumentant, rimant, colérant, doutant, jetant un coup d'oeil à son image peinte se rassurant, le petit Français qui sera lui-même un jour de la carrure de Frédéric Barberousse, qui ne l'est pas encore, qui pour l'instant fait des niches au prince, tous les petits assistants avec leurs pots de rose, de bleu, leurs grimpettes aux échelles, parmi eux Domenico Tiepolo qui a vingt ans, qui apprend la magie..."
    parce que j'aime en recopiant retrouver mon goût pour les Tiepolo, et au delà des grands plafonds glorieux et blonds, des toiles, cet oiseau qui s'échappe d'un plafond d'une petite salle de je ne sais plus quel palais vénitien, et que le fils a posé juste contre le haut du mur, au delà des moulures.
    Alors il y a la blondeur de la mère, les limousins dans la boue, Les onze, ces limousins poètes manqués et hommes redoutables (le Comité de Salut Public) etc..
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par johaylex, le 13 novembre 2011

    johaylex
    Certains livres une fois refermés vous hantent tant leur lecture vous a bouleversés ou happés dans son univers si complet que l'on voit arriver la dernière page à regret, les larmes aux yeux; d'autres seront vite oubliés tant ils étaient mauvais aussi bien dans le fond que la forme; d'autres encore vous laisseront le sourire au coin des lèvres quelques temps par les moments de bonheur qu'il ont su susciter en vous; etc...
    "Les onze" de Michon n'appartient à aucune de ces catégories que j'ai grossièrement énumérées sans nuance.
    Ce préambule d'une grande banalité m'est nécessaire car Michon trace une voie qui me semble inédite dans la littérature française.
    Tout d'abord, de par sa façon de narrer les évènements sans jamais les aborder de front.
    Son approche circulaire, "je tourne autour du sujet en cercles concentriques, je l'effleure sans le forcer" m'a frustré en premier abord. Puis, à mesure que les chapitres défilaient, je me rendais compte du cadeau que Michon faisait à ses lecteurs et à la Littérature: il expliquait son sujet sans en fermer l'interprétation.
    Il n'y a plus l'obturation que peut provoquer un livre-monde avec toute la re-création du monde par l'auteur mettant entre les lignes "j'aimerais que le monde fut ainsi", il y a juste une sorte de carte permettant de dénouer la réalité par des indices et non la nier en la réinventant.
    Même si en définitive, ce roman est mensonge, il n'impose jamais rien au lecteur.
    Il ne veut pas donner son interprétation de la Terreur ou de l'Art.
    Michon montre sans démontrer, sa grandeur est là.
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 13 mai 2009

    chartel
    Le dernier livre de Pierre Michon, "Les onze", est encore une fois l'occasion d'un voyage dans le temps, celui du XVIIIe siècle, auprès d'un certain François-Elie Corentin, jeune blondinet aux airs de page tiepolesque, couvé et dorloté par deux femmes, la mère et la grand-mère, qui ne vivent que pour préserver ce cher trésor des dangers de la vie des bords de Loire, qui deviendra l'un des plus grands peintres de son temps, au point qu'on fera appel à lui, en pleine Terreur, pour la réalisation du fameux chef-d'œuvre représentant Les onze membres du Comité de salut public, ce fameux tableau qui figure aujourd'hui parmi les plus beaux joyaux du Louvre… Mais oui ! je vous sens dubitatif, ce fameux tableau qui inspire ce dernier roman de Pierre Michon, tableau du célèbre François-Elie Corentin enfin ! ce peintre dont, Pierre Michon nous le dit bien, Géricault à reproduit, dans une courte ébauche, sa rencontre avec les commanditaires du chef-d'œuvre, une nuit de nivôse ? et pour qui le grand Jules Michelet a consacré pas moins de douze pages dans le chapitre trois du seizième livre de son "Histoire de la Révolution française" !… Cette fiction est donc bien réelle, je l'ai vu ce fameux tableau ! je l'ai vu François-Elie Corentin !
    Notre littérature est aussi notre Histoire.
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    • Livres 2.00/5
    Par medsine, le 30 janvier 2012

    medsine
    Pierre Michon est un grand romancier français, reconnu par ses pairs et parfois adulé. Il fait partie de ses grands artistes qu'on a parfois du mal à comprendre. C'est bien mon cas. Après la lecture, qui m'est passée au dessus de la tête, des vies minuscules, je me suis poussé au train pour lire Les Onze, le dernier roman de l'auteur couronné par l'Académie Française.L'histoire est celle d'un tableau imaginaire et de son peintre tout aussi imaginé, commandé par l'Histoire pour représenter le terrible Comité du Salut Public qui en un peu plus d'un an a tranché jusqu'à 40 têtes par jour lors de la Terreur. L'auteur s'adresse au lecteur comme s'il était devant le tableau dans une galerie du Louvre.C'est de la grande écriture, mais où cela nous emmène? Je n'ai pas ressenti grand chose, sinon un léger sentiment de honte. Je suis décidément pas assez intelligent pour apprécier Pierre Michon (mais j'y reviendrai sûrement un jour ou l'autre).
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Jean-Baptiste Harang pour le Magazine Littéraire

    Les Onze est un livre de Pierre Michon, sur une toile exposée au Louvre d'un certain François-Élie Corentin, représentant le Comité de salut public. Dans une langue droite, l'auteur de Vies minuscules parle ... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par jcfvc, le 29 octobre 2009

    "Je vous prie Monsieur, d'arrêter votre attention sur ceci : que savoir le latin quand on est MOnseigneur le Dauphin de France et le fils de Corentin de la Marche, ce n'est pas une seule et même chose ;ce sont même deux choses diamétralement opposées : car quand l'un, le Dauphin, lit à chaque page, à chaque désinence, à chaque hémistiche, une glorieuse ratification de ce qui est et doit être, dont il fait lui-même partie, et que levant les yeux par ailleurs entre deux hémistiches, il voit par la fenêtre des Tuileries le grand jet d'eau du grand bassin et derrière le grand bassin sur les cheveaux de Marly la renommée avec sa trompette, l'autre, François Corentin, qui relève la tête vers des futailles et de la terre de cave gorgée de vin, l'autre voit dans ses mêmes désinences, ces mêmes phrases qui coulent toutes seules et trompettent, à la fois le triomphe magistral de ce qui est, et la négation de lui-même, qui n'est pas ; il y voit ce qui est, même et surtout si ce qui est paraît beau, l'écrase comme du talon on écrase les taupes.."
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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les commissaires. Le grand comité de la grande Terreur. Quatre mètres virgule trente sur trois, un peu moins de trois. Le tableau de ventôse. Le tableau si improbable, qui avait tout pour ne pas être, qui aurait si bien pu, dû ne pas être, que planté devant on se prend à frémir qu’il n’eût pas été, on mesure la chance extraordinaire de l’Histoire et celle de Corentin. On frémit comme si on était soi-même dans la poche de la chance. Le tableau – peint de la main de la Providence, ainsi qu’on aurait dit cent ans plus tôt, ainsi que Robespierre le disait encore chez la mère Duplay comme s’il eût été dans Port-Royal. Le tableau fait d’hommes, dans cette époque où les tableaux étaient faits de Vertus. Le très simple tableau sans l’ombre d’une complication abstraite. Le tableau que commandèrent sur un coup de tête et peut-être dans l’ivresse les enragés de l’Hôtel de Ville, les féroces enfants à grandes piques, les tribuns limousins, le tableau – dont Robespierre ne voulait à aucun prix, dont les autres ne voulaient guère, dont peut-être dix sur onze ne voulaient (Sommes-nous des tyrans, pour que nos Images soient idolâtrées dans le palais exécré des tyrans ?), mais qui fut commandé, payé, et fait. Parce que Robespierre même craignait l’Hôtel de ville ;
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  • Par GribouilleChat, le 02 avril 2011

    Il était, François Corentin, du nombre de ces écrivains qui commençaient à dire, et sûrement à penser, que l’écrivain servait à quelque chose, qu’il n’était pas ce que jusque-là on avait cru ; qu’il n’était pas cette exquise superfluité à l’usage des Grands, cette frivolité sonnante, galante, épique, à sortir de la manche d’un roi et à produire devant des jeunes filles plus ou moins vêtues dans aint-Cyr ou dans le Parc-aux-Cerfs ; pas un castrat ni un jongleur ; pas un bel objet plein d’éclat enchâssé dans la couronne des princes ; pas une maquerelle, pas un chambellan du verbe, pas un commis aux jouissances ; rien de tout cela mais un esprit – un fort conglomérat de sensibilité et de raison à jeter dans la pâte humaine universelle pour la faire lever, un multiplicateur de l’homme, une puissance d’accroissement de l’homme comme les cornues le sont de l’or et les alambics du vin, une puissante machine à augmenter le bonheur des hommes. On appelle ce coup de pouce les écrivains des Lumières, vous l’avez dit, Monsieur. » (p. 47-48)
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  • Par chartel, le 13 mai 2009

    C’est que nous sommes des hommes, Monsieur ; et que les hommes de haut en bas, les lettrés et les gueux, aiment passionnément l’Histoire, c’est-à-dire les terreurs, les massacres ; ils accourent de très loin pour les contempler, terreurs et massacres, ils accourent sous le couvert de déplorer les massacres, de les réparer même, disent-ils, les bonnes créatures.
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  • Par brigetoun, le 05 novembre 2011

    Son grand-père maternel, un huguenot de peu de foi revenu dans le giron de Rome à la Révocation, nouveau converti comme on disait, était de ces entrepreneurs en terrassements et gros oeuvre de maçonnerie qui, sans autre atout dans leur manche que des bataillons de Limousins dont le statut et le salaire à peu de choses près étaient ceux des nègres d’Amérique, firent fortune dans les grands travaux de fleuves et canaux, sous Colbert et Louvois. De ces grands travaux, de ces bataillons de Limousins, de ces quelques hommes aux grands appétits qui sortaient de leur manche des bataillons de Limousins et les jetaient sur la terre boueuse de Loire avec une poigne de fer, grandirent dans les roseaux et les jets de hérons ces bourgs qui tiennent les écluses, les ponts, les trépas de Loire, tout le long du canal d’Orléans à Montargis, et qui portent les vieux noms de Faye-aux-Loges, Chécy, Saint-Jean-le-Blanc, Combleux…..
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Le roi vient quand il veut, Pierre Michon: le Livre de Poche
L'avis de Colette Kerber de la librairie Les Cahiers de Colette (Paris).








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