« Les réunions de famille sont les pires – assauts de rivalité dissimulés sous de bons sentiments – et aussi les plus difficiles à éviter. »
La génétique est mystérieuse.
Il est étonnant de constater dans une même fratrie combien deux êtres conçus à partir d'un capital génétique identique peuvent être parfois si différents d'apparence, de caractère…
Dans la famille Jardine, il y a deux sœurs : Louisa, l'ainée, et Clement, sa cadette de quatre ans, que tout oppose depuis leur prime jeunesse. La première est aussi blonde que la seconde est brune, aussi posée et raisonnable que l'autre est casse-cou et rebelle.
« Dans notre famille, on m'appelle la Raisonnable, mon père le Rêveur, maman la Fantaisiste. Clem est la sauvage – quand elle n'est pas la Briseuse des cœurs, l'Emmerdeuse, le Némésis, la Garce de service. »
Entre elles, pas de complicité mais une rivalité née d'une profonde incompréhension mutuelle et d'un orgueil qui empêche le pardon et la réconciliation. Jalousies, tensions, rancœurs… en présence l'une de l'autre, les deux sœurs ne s'épargnent pas et restent en permanence sur la défensive.
« Je crois que nous sommes amies, mais nous ne sommes pas exactement, mettons, des âmes sœurs. Historiquement, nous sommes plutôt comme l'Angleterre et la France. »
« Je veux quand même rester le tyran bienveillant. Je veux briller davantage qu'elle, je veux être la plus sage, la plus intelligente, la plus aimée, mais je veux pouvoir garde un œil sur elle. Elle est, après tout, irremplaçable. »
Rien d'étonnant à ce qu'à l'âge adulte, ces deux caractères forts et entiers choisissent de prendre leurs distances, tant du point de vue géographique que personnel.
Louisa, la pragmatique, vit à Manhattan où elle s'est bâti une carrière dans le monde de l'art contemporain, et rêve de fonder un foyer avec homme stable et enfants à la clé.
« Je reconnais qu'elle a réussi une vie riche en couleurs, pleine d'ambitions, volontairement gâchée par son désir de trouver le grand amour et d'avoir des enfants, plongée dans le kaléidoscope d'une existence citadine. Elle a pris des décisions insensées, et elle me rend parfois cinglée quand elle arbore ses névroses et ses plaintes comme des étendards, mais elle vit avec un homme que presque tout le monde s'accorde à trouver honnête, elle place ses économies, et son instinct ne la trompe pas, comme pour fonder un foyer, alors que j'en suis dépourvue. Elle surveille sa vie de près, ne la laisse jamais hors de sa vue. »
Clem, l'idéaliste, est une nomade sans attache, matérielle ou affective. Elle passe allègrement des étendues sauvages de l'Alaska aux montages du Wyoming pourvu qu'il y ait des animaux sauvages, en voie de disparition si possible, à protéger et à sauver.
Les épreuves de la vie seront autant d'occasions pour elles de se rapprocher, de se montrer leur attachement, et de se découvrir plus proches qu'elles ne l'imaginaient.
Louisa et Clem ou la relation complexe de deux sœurs, sur une période de vingt ans (des années 80 à 2000), retracée entre rires et larmes, à travers quelques moments-phares de leur vie.
C'est par la construction narrative que
Julia Glass contourne la banalité de son sujet, mille fois rebattu. Pour stimuler l'attention de son lecteur, et lui éviter la monotonie d'une succession chronologique de péripéties, elle alterne les points de vue des deux sœurs. Là encore, rien de bien original si ce n'est que, souvent, on entame un chapitre sans deviner l'identité de la narratrice, révélée quelques phrases plus tard. Ce qui ménage un certain suspense. Suspense entretenu également de chapitre en chapitre, puisque certains éléments de l'intrigue sont laissés en suspens. Ce n'est qu'au chapitre suivant qu'on en connaîtra (ou qu'on en déduira) l'issue exacte.
Toutefois, il n'y a là rien de compliqué ou de déstabilisant, pas de quoi perdre le fil du récit. Au contraire, l'écriture de
Julia Glass est fluide, son style simple.
Ce qui n'a pas empêché que ma lecture soit fastidieuse. Pénible même parfois à l'occasion de certains épisodes à la limite de la caricature qui m'ont horripilé (le kidnapping des chiens, l'attachement démesuré et limite inconcevable de Clem pour Danny l'ourson).
J'ai suivi la vie des deux sœurs (différentes et pourtant, en de nombreux points, si semblables qu'elles pourraient être les deux versants d'une seule et même personne) entre détachement et agacement. Malgré la justesse et la profondeur dont fait preuve
Julia Glass, les états d'âme de
Louisa et Clem n'ont pas suffi à me passionner et m'ont souvent fait trouver le temps long (pourquoi évoquer en début de roman un secret de famille dont il ne sera plus jamais question ensuite ?). J'aurais aimé que les personnages secondaires, particulièrement incarnés pourtant, ne fassent pas que défiler et ne soient pas seulement des faire-valoir. C'est d'autant plus regrettable quand on voit comment
Julia Glass sublime le personnage de Ralph, vite entrevu mais qu'elle rappelle plus longuement à la fin du roman.
En outre, j'ai trouvé le mot de la fin d'une évidence bébête (les gens qui meurent sont irremplaçables), loin de la révélation existentielle pour laquelle elle voudrait passer.
Première rencontre manquée avec
Julia Glass chez qui néanmoins j'ai apprécié l'épaisseur et la justesse des personnages. Si je n'ai pas été convaincu par cette histoire, j'ai toujours fort envie de découvrir son "
Jours de juin".
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