> Georges Sédir (Traducteur)

ISBN : 2070405710
Éditeur : Gallimard (1998)


Note moyenne : 3.8/5 (sur 50 notes) Ajouter à mes livres
"Je suis l'auteur de la "gueule" et du "cucul" - c'est sous le signe de ces deux puissants mythes que j'ai fait mon entrée dans la littérature polonaise. Mais que signifie "faire une gueule" à quelqu'un ou "encuculer" quelqu'un ? "Faire une gueule" à un homme, c'est l'a... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par lolo71, le 04 mars 2009

    lolo71
    Voilà bien une œuvre unique, un livre déroutant et inclassable, considéré par certains comme un chef-d'œuvre de la littérature du 20ème siècle.
    Jojo Kowalski, le narrateur, a trente ans mais se voit reprocher par son entourage son immaturité. Et ce n'est pas le livre qu'il a écrit sur le sujet qui l'a fait admettre dans le monde des adultes, bien au contraire. Alors qu'il ressasse ses réflexions débarque Pimko, professeur cultivé et pédant, qui le traite en enfant et l'enjoint de le suivre à l'école. Incapable de s'opposer, Jojo se retrouve au milieu d'écoliers dont aucun ne semble remarquer son âge véritable.
    Commence alors pour lui une expérience absurde pour un homme de trente ans, celle de l'infantilisation, que Gombrowicz appelle également « rapetissement », ou « rétrécissement ». L'adulte, c'est l'être qui a un contour social et psychologique net, qui possède une forme précise. Or Jojo, qui reconnaît son immaturité et l'accepte, refuse de se laisser imposer de l'extérieur une forme quelconque. Alors que les adultes n'ont de cesse de le renvoyer à sa jeunesse et de chercher à lui imprimer leur style, lui lutte constamment pour se défaire de leur emprise. Se dessine d'ailleurs au passage une critique acerbe de l'enseignement, de la culture, des mœurs et des rapports sociaux, tous moyens par lesquels les adultes conforment la jeunesse.
    Le corps tient une grande place dans « Ferdydurke ». En témoignent ces deux concepts inventés par Gombrowicz, et répétés tout au long du récit : la « gueule » (« faire une gueule » à quelqu'un, c'est l'influencer, lui imposer sa forme), et le « cucul » (notre côté puéril). Ainsi que le concours de grimaces des écoliers, ou les mollets de la jeune Zuta (signes de sa modernité). le corps est à la fois cette matière malléable par laquelle se manifeste notre intellect, et le moyen par lequel se forme notre intellect.
    Avec « Ferdydurke », Gombrowicz a voulu rompre avec la forme traditionnelle du roman : pas de progression logique, juste trois épisodes entrecoupés de deux digressions n'ayant apparemment pas de lien avec le reste, mais qui permettent d'éclairer son propos. Autre signe de cette rupture : le titre, qui ne renvoie à rien dans le texte et ne signifie rien. Je vois dans cette construction le signe de l'immaturité revendiquée de Gombrowicz.
    Il m'a fallu du temps pour rentrer dans ce livre, tant il bouleverse les codes. Mais l'humour omniprésent, le grotesque des situations et la réflexion sous-jacente ont fini par m'accrocher. Je ne peux m'empêcher de le rapprocher, sans trop me l'expliquer, de « Voyage au bout de la nuit » ou de « Don Quichotte ».
    Avec cet anti-« roman d'initiation », Gombrowicz cherche à nous montrer que les hommes ne sont en fait que de grands enfants, et que la maturité n'est qu'une posture, donc une imposture. Les adultes eux-mêmes, dans « Ferdydurke », ne finissent-ils pas par tomber le masque (lors de ces bouffonnes scènes de bagarre qui ponctuent chaque épisode)? Finalement, peut-être la vraie maturité consisterait-elle à admettre la part d'immaturité qui existe en chacun de nous : « Il faudra de grandes inventions, des coups puissants assénés sur la cuirasse de la Forme par des mains nues, il faudra une ruse inouïe et une réelle honnêteté de pensée, et un extrême affinement de l'intelligence, pour que l'homme, débarrassé de sa raideur, puisse concilier en lui la forme et l'absence de forme, la loi et l'anarchie, la maturité et la sainte immaturité ». Un grand livre.


    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2009/03/04/119/
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Yantchik, le 19 mars 2011

    Yantchik
    Il n'est pas facile de parler du style de Gombrowicz car justement il ne veut pas qu'on le range dans un style, et il fait tout pour que ce ne soit pas possible ! Il considère qu'il en est de même avec les individus, son héros, celui de Ferdydurke, fait donc tout pour échapper à la « gueule » et au « cucul », c'est-à-dire en gros qu'on le range dans une classe, une catégorie ou qu'on l'infantilise.
    Il ne faut pas vous fier à ces mots et penser que ça doit voler très bas, au contraire ce roman de Gombrowicz est plutôt d'ordre philosophique (ça ne plairait pas à Gombrowicz que je le classe comme ça :)), il considère qu'il est quasi impossible pour un individu d'en aborder un autre sans lui donner une « forme ». C'est pourtant ce à quoi le personnage principal essaie constamment d'échapper. D'abord à l'école où on tente de l'infantiliser alors qu'il a 30 ans, ensuite dans une famille d'accueil dont il tente de casser l'image de modernité par tous les moyens, et enfin à la campagne où lui et son ami sèment la pagaille dans la relation entre la noblesse rurale et leurs domestiques. Cette histoire (si on peut appeler ça une histoire) est entrecoupée de chapitres n'ayant rien à voir (ou sinon indirectement) avec le reste, manière de rendre ce roman un peu plus inclassable.
    Personnellement j'apprécie les idées et théories de Gombrowicz mais ai justement un peu plus de mal avec la forme. Cette volonté d' « immaturité » (Gombrowicz préconise l' « immaturité » pour lutter contre la « forme », en effet dans l' « immaturité » il n'y a pas encore de « forme » établie) donne quelques passages assez drôles et clairement originaux mais à la longue on se lasse un peu, ce n'était peut-être pas fait pour être tout un roman, plusieurs nouvelles auraient, il me semble, fait l'affaire. C'est pourquoi si vous n'accrochez pas je vous conseille de le lire un peu dans le désordre (et je suis sûr que ça plairait à Gombrowicz ;)).
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par ignatus-reilly, le 13 juin 2010

    ignatus-reilly
    Ce livre est un réel ovni. Il est difficile d'y entrer mais ensuite quelle jubilation. A travers les mésaventures de Jojo que tous cherchent à infantiliser, c'est une véritable critique de l'éducation, l'école, les relations sociales. G. dénonce l'hypocrisie de tous ces groupes qui se croient matures, modernes ou seigneurs.
    C'est Jojo (l'immaturité) contre le reste des gens (la maturité).
    Ce livre est plein d'humour.
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par dandoune, le 10 octobre 2011

    dandoune
    Un livre surprenant à bien des égards!
    L'histoire est bizarre.
    La forme du roman est inhabituelle.
    Le titre (a priori) n'a rien à voir avec le roman.
    La lecture de ce livre a été très difficile. L'histoire (ou les histoires) n'ont pas réussi à m'accrocher. J'ai continué à lire parce que le sarcasme de Gombrowicz et son écriture m'ont conquise. Ce n'est qu'au fur et à mesure que j'avançais dans la lecture que j'ai su apprécier le choix des intrigues, des personnages et de la forme du roman.
    Pour une critique détaillée, visitez le lien ci-dessous.

    Lien : http://www.litteratureworld.net/?p=921
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Citations et extraits

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  • Par ignatus-reilly, le 09 juin 2010

    Mais ce qui se passe dans le milieu artistique bat tous les records de sottise et d'indignité, au point qu'un homme à peu près convenable et équilibré ne peut pas ne pas rougir de honte écrasé par ce festival puéril et prétentieux. Oh ces chants inspirés que personne n'écoute ! Oh ces beaux discours des connaisseurs, cet enthousiasme aux concerts et aux soirées poétiques, ces initiations, révélations et discussions, et le visage de ces gens qui déclament ou écoutent en célébrant de concert "le mystère de la beauté" !
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  • Par ignatus-reilly, le 13 juin 2010

    Douce, passive, timide, elle était une grande spécialiste de l'attente et c'est pourquoi elle avait souvent mal aux dents car les salons d'attente des dentistes lui convenaient à merveille et ses dents le savaient.
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  • Par Zora-la-Rousse, le 22 août 2011

    L’être humain ne s’exprime pas de façon directe et conforme à sa nature, il passe toujours à travers une forme définie. Cette forme, ce style, cette manière d’être ne viennent pas seulement de lui-même, mais lui sont aussi imposés de l’extérieur — et voilà pourquoi le même individu peut s’extérioriser sagement ou au contraire sottement, sanguinairement ou angéliquement, avec ou sans maturité, en fonction du style qui lui échoit et de sa dépendance à l’égard d’autrui. Si les vers et les insectes sont toute la journée à la recherche de nourriture, nous passons notre temps, nous, à la poursuite de la forme, nous nous battons avec d’autres hommes pour un style et un genre de vie.
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  • Par ignatus-reilly, le 13 juin 2010

    Enfantin, enfant, enfant-roi, enfant-seigneur, oh si maintenant j'avais assené un coup de hache à ma tante, elle ne s'en serait pas relevée --- et je m'effrayai de ma propre force, de mes ongles, de mes poings, dans l'enfant je craignis l'homme. Que faisais-je là, dans cet escalier, où allais-je, pourquoi ?
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  • Par Zora-la-Rousse, le 31 août 2011

    Je ne connais rien de plus affreux qu’un être humain à qui un autre être humain a fabriqué une gueule. Tout est bon au second pour renforcer le premier dans le ridicule, la mascarade, le grotesque, car la laideur accrue de l’un nourrit la beauté de l’autre. Croyez-moi : le cucul qu’on peut fabriquer à un autrui n’est rien en comparaison de la gueule !
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