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Géohistoire de la mondialisation : Le temps long du Monde1Ajouter à mes livres
La brusque prise de contrôle des Amériques par quelques poignées d'Européens a fait bifurquer l'histoire de l'humanité. Une civilisation de l'Eurasie parmi d'autres a pu faire émerger un niveau de réalité proprement mon... > voir plus
Passons sur l'académisme de la forme, rien d'original pour un essai scientifique et universitaire. Pour les habitués d'envolées lyriques, enterrez vos espérances, la prose de Christian Grataloup ne vise qu'à la clairvoyance et à la compréhension d'un sujet très à la mode : la mondialisation. Mais l'originalité de la recherche réside dans l'approche géohistorique de ce thème. En s'aidant des concepts et des principes propres à la géographie, l'auteur présente la construction sociale du Monde depuis l'origine de l'Humanité jusqu'à nos jours et expose l'ensemble des logiques spatiales et territoriales pouvant donner un sens à ce mouvement d'ensemble. Enfin, Christian Grataloup accentue l'originalité de sa recherche en essayant du mieux possible d'avoir une approche omnisciente du phénomène et en prenant de la distance avec les visions et les habitudes scientifiques trop souvent européocentrées. Des grands marchands antiques du Croissant fertile aux replis identitaires de l'Iran, des Grandes Découvertes à l'impérialisme américain, cet essai est, malgré son académisme, une belle échappée exploratrice.
Il peut paraître paradoxal que l’Europe du début du XXe siècle présente deux caractères profondément contradictoires : le libéralisme économique le plus général qui ait jamais existé, moteur de la "première mondialisation", et une marqueterie de nationalismes si virulents qu’ils peuvent maintenir pendant quatre longues années des millions d’hommes dans l’enfer des tranchées. Ce paradoxe n’est qu’apparent et on a là les deux faces du même processus. Cette double dynamique plonge ses racines dans le polycentrisme européen dont le rôle avait déjà été essentiel dans la concurrence pour les Grandes Découvertes et, surtout, dans la possibilité pour le capitalisme de s’autonomiser.
L’unité de l’écoumène face à une invasion d’extraterrestres, telle que le cinéma hollywoodien en raffole, étant peu probable, ne reste qu’une perspective pour combiner niveau mondial économique et régulation sociale, ce qui suppose une prise de conscience forte de l’identité à l’échelle de l’écoumène, le sauvetage de notre unique maison, la planète Terre.
Les sociétés européennes n’ont pu produire dans leurs propres territoires un certain nombre de biens découlant d’agricultures ou de cueillettes de plantes de milieux chauds. Si les Européens sont partis au XVe siècle et surtout, à la différence des Chinois, ont persévéré, ce fut d’abord pour trouver le chemin de ce qu’ils appelaient des "épices".
Que les Européens aient diffusé dans le Monde entier cette configuration géographique particulière qu’est l’Etat-nation ne doit pas faire oublier combien elle représente une forme spécifique d’organisation de l’identité et d’articulation à l’espace qui a une histoire délimitée chronologiquement, et qu’elle n’est donc pas inévitable.