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> Odile Demange (Traducteur)

ISBN : 2266148710
Éditeur : Pocket (2005)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 671 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Qui a tué Wellington, le grand caniche noir de Mme Shears, la voisine ? Christopher Boone, " quinze ans, trois mois et deux jours ", décide de mener l'enquête. Christopher aime les listes, les plans, la vérité. Il comprend les mathématiques et la théorie de la relativit... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Zebra, le 15 juin 2013

    Zebra
    Christopher John Francis Boone a quinze ans. Il connait tous les pays du monde avec leurs capitales, et tous les nombres premiers jusqu'à 7507. Il adore les mathématiques et comprend la théorie de la relativité. Ce qu'il ne comprend pas bien, ce sont les autres êtres humains. Il aime les listes, les plans et la vérité. Il n'aime pas qu'on crie contre lui. Il déteste le jaune et le marron. Il a peur qu'on le frappe ou qu'on le touche. Quand quelque chose le dépasse, quand son cerveau n'arrive plus à enregistrer ou à analyser ce qui se passe, Christopher se bouche les oreilles, ferme les yeux et se roule en boule en grognant. Christopher a un animal de compagnie : il s'appelle Toby, et c'est un rat apprivoisé. Christopher n'est jamais allé tout seul plus loin que le bout de sa rue. Pourtant, lorsqu'il découvre Wellington, le chien de sa voisine, transpercé d'une fourche, il décide de rechercher le meurtrier et d'écrire le récit de sa traque sous forme de roman policier, car il aime bien les romans policiers et parce qu'il s'intéresse aux chiens, qui sont fidèles, francs, souvent intelligents et plus attachants que certaines personnes. En cela, Christopher suit les conseils avisés de son professeur, Mme Siobhan : elle a de longs cheveux blonds et porte des lunettes en plastique vert. C'est elle qui l'aide à comprendre le monde extérieur dans lequel il évolue : Christopher est autiste.
    Avec « the curious incident of the dog in the night-time », Mark Haddon a remporté le prestigieux prix Whitbread du meilleur livre de l'année 2003. Que dire de plus sur cet ouvrage qui a déjà suscité 84 critiques sur Babelio ?
    Ce livre est superbe. D'abord, par son histoire vivante, amusante, attachante (pour ne pas dire émouvante), bien construite et drôle d'un adolescent un peu particulier : une plongée humaine, authentique, profonde, pleine d'émotions, tendre, séduisante et non médicalisée dans un univers particulier et assez mal connu, celui de l'autisme. Ensuite, par son écriture à la première personne, simple et directe : quand Christopher décrit ce qu'il ressent (et ce que ressent son entourage) pendant ses crises, il le fait avec une précision diabolique. Puis, par son suspense (bon, ça n'est pas du Sherlock Holmes) car il vous faudra trouver avant Christopher l'identité de l'assassin : ce suspense se manifeste assez nettement vers la fin du livre. L'originalité du livre est pour le moins évidente : en fait d'incident pendant la nuit, c'est comme si vous aviez mis des lunettes un peu spéciales et que vous aviez de fait une lecture insolite, dérangeante, sur-organisée et analytique de cette jungle hostile qu'est le monde des adultes mais une lecture agréable, le roman étant agrémenté de dessins, de croquis, de formules et de problèmes de maths. L'ouvrage sonne juste et se lit d'une traite, en quelques heures : en moins de 233 chapitres (oui, les chapitres sont numérotés avec des nombres premiers) et moins de 300 pages, on en apprend plus sur l'autisme que si on avait compulsé plusieurs ouvrages spécialisés sur cette anomalie du comportement. Mark Haddon connait bien l'autisme pour avoir travaillé de nombreuses années au contact des autistes, légers ou sévères. Enfin, les personnages sont peu nombreux mais fortement typés, et l'on pose un regard frais sur eux : outre Siobhan et Toby, il y a Mme Shears, la propriétaire de Wellington, puis il y a son mari, et il y a évidemment le père de Christopher et sa femme, puis quelques passants et des policiers partis à la recherche de l'enfant. A la recherche ? Oui, car c'est une fugue que fait Christopher quand il part tout seul pour Londres à la recherche du meurtrier de Wellington, sans avoir prévenu son père. le livre garde de bout en bout une certaine cohérence, une logique toute mathématique (vous progressez d'hypothèses en raisonnements puis en déductions), mêlant habilement humour, poésie, sensibilité (Christopher se prendra d'affection pour Sandy, son nouveau chien) et amour familial (Christopher adore son père et sa mère, et la réciproque est vraie).
    Ce livre pourra toutefois gêner quelques lecteurs. D'abord, par son côté tristounet (Christopher est bien seul dans sa traque policière) et cérébral (il ne faut pas détester les maths pour lire ce roman policier, et Christopher est obsédé par la recherche du meurtrier comme par l'obtention de son A-Level en maths comme en physique), par son rythme (c'est un peu répétitif dans le début de l'ouvrage, Christopher nous livrant régulièrement ses réflexions sur le monde qui l'entoure, passant ainsi du coq à l'âne) et par sa froideur relative (Christopher n'est pas un grand communicant). Mais aussi par son sujet : qu'est-ce que l'autisme, une maladie, une singularité dans un monde de gens normaux ou une banalité si on considère que nous sommes peu ou prou tous très différents les uns des autres ? Ensuite, par la dimension sociétale de son sujet : quelle responsabilité et quels services devons-nous apporter aux autistes afin qu'ils puissent vivre correctement dans un monde qui les dérange ? Enfin, par la dénonciation du mensonge organisé que peut constituer le monde des adultes aux yeux d'un adolescent : jusqu'où faut-il cacher la vérité aux enfants dans un monde où la sphère familiale ne ressemble pas toujours à un conte de fées (mono-parentalité, chômage, alcoolisme, exclusion, solitude …) ? comment éduquer au mieux nos chères têtes blondes dans un monde sur-informé mais en perte de repères ? quelle part de liberté et d'autonomie convient-il de leur laisser ?
    Un livre plein de sagesse et de compassion : à lire ou à relire !
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    • Livres 5.00/5
    Par petitsoleil, le 07 juin 2013

    petitsoleil
    j'ai beaucoup aimé ce roman, où nous avons la vision du monde très très particulière ... d'un gamin autiste de 15 ans, qui vit en Angleterre avec son papa
    j'ai apprécié l'humour, la cohérence de l'univers de l'ado, qui aime beaucoup les sciences, les maths, l'astronomie, le rouge, et déteste le jaune et le brun, les étrangers, qu'on bouge des meubles ou des objets ... qui déteste aussi qu'on le touche (même ses parents n'ont pas le droit de le toucher)
    c'est vivant plus qu'explicatif ou démonstratif, on s'attache au héros, Christopher, qui essaie de dépasser ses peurs et de grandir
    il essaie aussi d'apprendre à se repérer dans un monde où beaucoup de gens utilisent des métaphores, racontent des blagues, ressentent moins que lui le besoin impérieux de repères stables, de calme, de vide, là où lui ne voit que trop-plein, signaux et écritures, voix, odeurs, un monde saturé d'informations où il a bien du mal à faire le tri sans se calmer en se posant des problèmes de maths ... les maths le rassurent et lui redonnent un calme respiratoire et cérébral nécessaire pour éviter les comportements qui inquiètent son entourage (grogner, se rouler par terre, frapper un policier parce qu'il l'a touché, etc.)
    si vous n'avez pas encore lu "Le chien des Baskerville" et les autres livres avec Sherlock Holmes, attention à tout ce que raconte Christopher dans ce livre ... il adore Sherlock Holmes, presque autant que les maths, et va d'ailleurs tout faire pour découvrir "qui a tué Wellington" (rien à voir avec l'homme, il s'agit d'un grand caniche, celui de la voisine, retrouvé mort par Christopher)
    si vous vous intéressez au sujet de l'autisme et aimez les romans, les témoignages, je vous recommande aussi :
    L'enfant cheval (avec Rowan, un enfant américain)
    et Mon ami Ben (avec George, un autre enfant anglais comme Christopher)
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    • Livres 5.00/5
    Par 100choses, le 17 juin 2012

    100choses
    Si j'avais prévu de lire ce livre un jour ou l'autre, c'est clairement les nombreux billets que j'ai pu lire sur le sujet qui m'ont poussée à franchir le pas si tôt. Agacée, dérangée et blessée par la plupart de ces billets qui bloquent sur la différence de Christopher, j'avais besoin de lire ce livre pour avoir ma propre opinion et ne plus être polluée par cet amas de bêtise.
    Systématiquement tous les lecteurs ont bloqué sur l'autisme (non existant au passage si l'on prend le temps d'analyser son comportement ou de lire les explications apportées par l'auteur, mais là n'est pas la question) du personnage principal. Comme si cela le définissait, comme si cela était son début et sa fin. Or Christopher dit justement au ch.71 que ce comportement est ridicule, parce qu'en réalité, tout le monde a des special needs selon son cas, sa personnalité, et pourtant ce terme ne s'applique qu'à un petit groupe de personne. C'est justement observé. Pourquoi vouloir à tout prix lui coller une étiquette et le réduire à cette étiquette ? Pourquoi ne tout simplement pas accepter qu'il ne raisonne ni ne fonctionne comme les personnages que l'on croise habituellement en littérature ou dans la vie de tous les jours ? Même s'il présente certains traits que l'on retrouve chez les austistes/aspies, on s'en fout. Il est lui, sa propre combinaison et c'est tout ce qui compte.
    Christopher est un personnage extraordinaire, et s'il m'a profondément touchée pas un moment je n'ai ressenti de pitié à son égard. Je me suis retrouvée en lui, beaucoup, et c'est la beauté de ce personnage. Malgré son mode de fonctionnement qui peut sembler totalement original, je crois que tout le monde peut se reconnaitre au moins un peu, dans l'un ou l'autre de ses traits. Il est différent mais pas plus que chacun de nous. Au risque de me répéter, chacun de nous à des besoins spéciaux, comme il le dit lui-même, chacun de nous a des réactions, un comportement qui peut sembler bizarre, inhabituel pour un observateur extérieur.
    Le plus drôle dans l'histoire, c'est que j'ai ouvert ce livre, pour faire une pause dans ma lecture d'un recueil de nouvelles holmésiennes, histoire de ne pas risquer l'overdose. Il faut croire que malgré mon besoin de changer d'air, je n'ai pas pu m'empêcher de rester dans le thème. Il faut dire pour ma défense que je ne savais pas du tout qu'il serait autant question de SH dans ce roman. Les divers billets que j'ai pu lire sur le sujet semblent ne pas prendre conscience de l'omniprésence de Sherlock Holmes au sein de ce récit et s'arrêtent à l'évidente évocation du Chien des Baskerville (au passage, je préfère prévenir que Christopher spoile intégralement quant à l'intrigue de ce roman).
    Ce roman est tout entier empreint de la présence de Sherlock Holmes et de son auteur, non seulement on apprend plein de petits choses sur l'un comme sur l'autre, mais en plus on découvre pourquoi ce personnage est si cher aux yeux de Christopher, pourquoi il lui sert de modèle et je me suis sentie très proche de Christopher, sur ce point-là. Cette phrase m'a particulièrement marquée pour des raisons personnelles: And then I thought that I had to be like Sherlock Holmes and had to detach my mind at will to a remarkable degree so that I did not notice how much it was hurting inside my head. Parfois il n'évoque même pas le detective et pourtant on sent sa présence derrière les mots de Christopher, comme ici (j'ai enregistré un TAS de citations au cours de ma lecture, c'est-à-dire plus que d'habitude) : All the other children at my school are stupid. Except I'm not meant to call them stupid, even though this is what they are. Alors certes, le roman a été écrit bien avant BBC Sherlock mais je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement avec cette réplique de la série : Because you're an idiot… No no no, don't be like that. Practically everyone is. Enfin, on a de nombreuses références aux divers textes du Canon. A commencer par le titre, qui reprend ce fameux dialogue de Silver Blaze :
    Gregory (Scotland Yard detective): “Is there any other point to which you would wish to draw my attention?”
    Holmes: “To The Curious Incident of the Dog in the Night-Time.
    Gregory: “The dog did nothing in the night-time.”
    Holmes: “That was the curious incident.”
    J'ai été tout particulièrement touchée par ce choix, parce que Silver Blaze est l'un des tous premiers textes du Canon que j'ai découvert, et je me souviens encore parfaitement de son intrigue, près de 14 ans plus tard, alors que je ne l'ai jamais relu. Il fait partie du recueil que l'on devait lire pour le cours de français, avec Les six Napoléons, L'Homme à la lèvre tordue et le traité naval. Ce recueil a marqué le début de ma fascination pour Sherlock Holmes. J'imagine que je dois remercier ma prof (Mlle Mantin), au cas où (improbable) elle passerait par ici !
    Juste en passant, il évoque aussi Dr. Who et ses daleks (plein d'autres choses aussi comme Star Wars et tout un tas d'éléments de culture populaire, mais je ne me concentre que sur ceux qui me parlent personnellement).
    Pour en revenir à Christopher, j'aime sa logique, la façon dont il décrit et déduit, infodumpant au passage les connaissances accumulées parce qu'il ne peut s'en empêcher. J'aime la syntaxe simple, efficace et précise de ses phrases, la façon dont il ordonne tout en listes, avec des points en gras ou soulignés, des croquis. Non seulement cela permet de réellement suivre son mode de raisonnement, de comprendre comment son cerveau est organisé et fonctionne, appréhende les divers événements et éléments qu'il croise, mais en plus certains points avaient un côté familier, une fois de plus.
    Le cheminement de sa pensée est intéressant. Il passe d'une idée à l'autre, avec un fil conducteur net même si l'ensemble pourrait sembler décousu pour un esprit fonctionnant différemment. le changement de direction pris par l'histoire en cours de route en est d'ailleurs le symbole mais il ne m'a pas déstabilisée comme cela a pu être le cas chez d'autres lecteurs. Je me suis laissée guider par les pensées, la logique de Christopher. Et c'est tout ce qu'il attend en rédigeant ce livre.
    Bref, immense coup de cœur pour ce roman. Je ne peux que vous le conseiller chaleureusement, que vous soyez fan de Sherlock Holmes ou pas, mais par pitié laissez tous vos préjugés et clichés de côté avant d'ouvrir ce livre. Acceptez de faire la connaissance de Christopher tel qu'il est, sans chercher à lui coller une étiquette qui expliquerait son comportement différent du votre.

    Lien : http://wp.me/p3yW3Y-1fi
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 15 janvier 2009

    Woland
    the curious incident of the dog in the night-time
    Traduction : Odile Demange.
    Ce livre est un premier roman qui, à l'époque de sa sortie, a rencontré un succès largement mérité. Non que ce soit un "grand" livre mais l'idée de base est originale et on voit bien que l'auteur s'est très sérieusement documenté sur la question des troubles comportementaux, qu'il s'agisse de troubles autistiques ou pas.
    Le jeune héros de cette histoire, Christopher, ne sera pas sans évoquer à certains le personnage (magistralement) campé par Dustin Hoffman dans "Rain Man." Même impossibilité de le toucher, même intérêt pour la déduction logique et les classements, même rejet de certains assortiments de couleurs ou de sons et, surtout, mêmes capacités mathématiques.
    Car Christopher, parfaitement incapable de comprendre des expressions comme "bête comme ses pieds" ou "il fait un temps de chien", vous en remontrerait question maths et calculs en tous genres. Son ambition est d'ailleurs de passer cette année-là son A-Level dans cette matière. Il deviendrait ainsi le premier enfant différent de son institution à le passer. Il sait d'ailleurs qu'il aura une mention "Très bien." Non par fatuité mais tout simplement parce que, d'un point de vue logique, tous les atouts sont avec lui.
    Mais avant d'en arriver à cette apothéose, Mark devra parcourir un chemin bien périlleux. Il lui faudra d'abord résoudre le mystère qui plane sur la mort de Wellington, le chien de sa voisine. Puis, quand il l'aura résolu - de façon bien involontaire - il se retrouvera confronté à une situation qui, pour lui, sera assez difficile à maîtriser.
    Ce qu'il y a d'émouvant et d'authentique dans ce livre, c'est que, justement, en dépit de son handicap - Christopher n'est jamais allé tout seul plus loin que le bout de sa rue - l'adolescent parviendra à se rendre à Londres pour y chercher la seule personne capable de résoudre son dilemme : sa mère.
    Depuis que la chape de lieux communs et d'inexactitudes foncières que faisait peser sur l'autisme et ses dérivés la psychiatrie officielle - surtout dans notre pays, d'ailleurs - a été levée, tous ceux qui connaissent, de près ou de loin, l'autisme et les troubles du comportement qui les caractérisent savent bien que la réussite de Christopher n'a rien d'un rêve irréalisable. Mais quel trésor de patience, digne de tous les joyaux de Golconde, ne doit-on pas payer pour que les autistes puissent accéder à un mode de vie correct qui leur donne confiance en eux-mêmes ! Combien de moments de découragement traversés par ceux qui s'occupent d'eux et qui, parfois, croient les voir régresser ou stagner alors que, en vérité, ils se préparent tout simplement à passer à un niveau supérieur ! ...
    Le roman de Mark Haddon est un livre à lire parce que on seulement il nous permet de voir une situation "normale" à travers les yeux et la sensibilité d'un autiste mais parce que, surtout, il nous fait peu à peu comprendre que la froideur apparente de l'autiste - il ne supporte pas qu'on le touche ou qu'on le serre trop, il ramène souvent le monde à sa seule personne, il ne comprend pas qu'on puisse dire certaines choses uniquement par politesse, etc ...* - n'est qu'une forme différente de sensibilité.
    Christopher, par exemple, semblait privilégier ses rapports avec son père. Jusqu'au jour où, en raison de certaines révélations qu'il accepte (courageusement) de regarder en face, il admet lui-même qu'il aime sa mère et que celle-ci lui est tout aussi précieuse que son père. Certes, il ne le dit pas avec les mots que je mets ici, il le dit de façon plus raide et il reste toujours une foule de choses qu'il ne dit pas (mais que le lecteur "entend") tout simplement parce qu'il lui est impossible de les dire. Les dire reviendrait pour lui à succomber à ses émotions, donc à perdre son contrôle et certainement à régresser, peut-être définitivement.
    Mais ce n'est pas parce qu'on est incapable de dire ce que l'on ressent qu'on ne ressent rien. Ce livre sans prétention, écrit dans un langage simple, nous le rappelle et nous laisse aussi l'espoir que, peut-être, un jour, nous saurons comment détruire ce blocage (en activant une zone du cerveau, par exemple) tout en préservant la sensibilité de ceux qui en souffrent.
    * : ces caractéristiques changent et certaines même n'apparaissent pas selon le degré d'autisme. Dans son livre, Mark Haddon fait dresser à son héros une liste des principaux troubles dont il souffre ou a souffert et qui regroupe une bonne part des symptômes de la maladie, parmi lesquels les troubles nutritionnels, le refus de se laisser toucher et, bien entendu, les cris et gémissements devant une situation qui n'est pas familière.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 18 août 2011

    LiliGalipette
    Wellington, le grand caniche de Mme Shears, est retrouvé mort. Pour Christopher Boone, quinze ans, surdoué et autiste, il s'agit d'un meurtre. Décidé à l'élucider, il entreprend une enquête contre l'avis de son père qui n'apprécie pas de le voir mettre son nez dans les affaires des autres. Mais Christopher est têtu et il commence à écrire un texte aux allures de roman policier. « Ce ne sera pas un livre drôle. » (p. 22) Christopher promet de ne dire que la vérité, lui qui hait le mensonge et tolère à peine les approximations. « C'est pour ça que tout ce que j'ai écrit est vrai. » (p. 42) À mesure que son enquête progresse, Christopher découvre un autre mystère qui explique un peu la triste fin de Wellington. Et il embarque seul pour une découverte du monde, ce dernier étant l'espace au-delà du bout de la rue et de l'école.
    Mark Haddon propose un roman touchant sur l'autisme et la différence en général. Christopher s'adresse au lecteur, en toute innocence et franchise, et il ne cache rien de ses peurs et de ses paniques. « Il faut que je ferme les yeux, que je mette les mains sur mes oreilles et que je grogne, et c'est comme si j'appuyais sur les touches CTRL + ALT + SUPPR, que je fermais les logiciels, que j'éteignais l'ordinateur et que je le réinitialisais, et après je peux me rappeler ce que je fais et où je dois aller. » (p. 231) Quand le cerveau du jeune garçon s'emballe, c'est toute une machine qui s'affole et l'apaisement ne vient que grâce au refuge qu'offrent les mathématiques.
    Le roman s'agrémente de dessins techniques, de croquis scientifiques, de formules et de problèmes mathématiques. Les chapitres sont numérotés exclusivement avec des nombres premiers. Christopher mène des raisonnements clairs et décrit tout en mots. Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit est un roman très ludique et c'est un plaisir de s'essayer aux exercices mathématiques que le héros résout si facilement, tel un Sherlock Holmes moderne. Christophe décortique à merveille le chien des Baskerville, que je n'ai donc plus besoin de lire !
    Le roman de Mark Haddon est-il un roman policier ? Oui mais pas seulement. C'est également une douloureuse fable familiale et un conte initiatique. le héros, face au bouleversement de repères déjà fragiles, trouve en lui des ressources inconnues et se reconstruit un univers moins enchanté.
    J'ai dévoré ce texte et je le recommande à tous type de lecteur. Touchant et drôle, ce roman a tout du divertissement grand public, mais il est fin et avisé. Ne vous laissez pas tromper par le titre et la couverture, ce n'est pas qu'un roman pour la jeunesse. J'aurais pu déflorer le sujet principal, mais je refuse de gâcher le plaisir de la découverte. Mark Haddon ne déroule pas une écriture magistrale, ni ne propose une plume extraordinaire, mais il présente avec simplicité et tendresse un sujet difficile.
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Citations et extraits

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  • Par Zebra, le 12 juin 2013

    page 190
    [...] Mais la plupart des gens sont paresseux. Ils ne regardent jamais tout. Ils font ce qu'on appelle jeter un coup d’œil, leur regard rebondit d'un objet au suivant, comme au billard, quand une boule ricoche contre une autre.

    Par exemple, s'ils sont à la campagne, ça pourrait être :
    1. Je suis dans un champ plein d'herbe.
    2. Il y a des vaches dans les champs.
    3. Il y a du soleil et quelques nuages.
    4. Il y a des fleurs dans l'herbe.
    5. Il y a un village au loin.
    6. Il y a une clôture le long du champ qui s'ouvre par une barrière.
    Et puis ils ne remarqueraient plus rien, parce qu'ils se mettraient à penser à autre chose. "Oh, que c'est beau ici". [...]

    Mais moi, j'ai regardé le champ et j'ai remarqué ceci :
    1. Il y avait 19 vaches dans le champ, dont 15 étaient noir et blanc et 4 brun et blanc.
    2. Il y avait un village au loin avec 31 maisons visibles et 1 église à clocher carré sans flèche.
    3. Il y avait de longues rigoles dans les champs, ce qui veut dire qu'à l'époque médiévale c'était ce qu'on appelait des champs à planches et dérayures et que chaque habitant du village cultivait une planche, c'est à dire un long lopin entre deux rigoles.
    4. Il y avait un vieux sac en plastique Asda dans la haie et une canette de Coca-Cola écrasée avec un escargot dessus, et un long bout de ficelle orange.
    5. Le coin nord-est du champ était le plus élevé et le coin sud-ouest le plus bas (j'avais une boussole parce que nous partions en vacances et que je voulais savoir où se trouvait Swindon quand nous serions en France) et le champ était légèrement incurvé le long de la ligne qui rejoignait ces deux angles, si bien que les coins nord-ouest et sud-est étaient un peu plus bas qu'ils ne l'auraient été si le champ avait été un plan incliné.
    6. Je pouvais distinguer dans l'herbe trois espèces de graminées différentes et des fleurs de deux couleurs.
    7. La plupart des vaches étaient tournées vers le haut de la pente.

    Ma liste comprenait encore 31 choses, mais Siobhan m'a dit que ce n'était pas la peine de les écrire toutes. [...]
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  • Par araucaria, le 20 janvier 2013

    Et puis j'ai vu Toby. Il se trouvait, lui aussi, sur la partie en contrebas, là où il y avait les rails. Je savais que c'était lui parce qu'il était blanc avec une tache brune en forme d'oeuf sur le dos. Alors je suis descendu de la partie en béton. Il mangeait un détritus, c'était un vieux papier de bonbon. Quelqu'un a crié : "Mais qu'est-ce qui te prend, tu es cinglé?"
    Je me suis baissé pour attraper Toby, mais il s'est sauvé. Alors je l'ai suivi, je me suis baissé de nouveau et j'ai dit : "Toby... Toby... Toby..." et j'ai tendu la main pour qu'il puisse me sentir et me reconnaître.
    Quelqu'un a dit : "Putain, tu vas sortir de là." J'ai levé les yeux, c'était un homme qui portait un imperméable vert, il avait des chaussures noires et on voyait ses chaussettes. Elles étaient grises avec des petits motifs en losanges dessus.
    J'ai dit : "Toby...Toby...", mais il s'est encore sauvé.
    L'homme avec les losanges sur ses chaussettes a essayé de m'attraper par l'épaule et j'ai hurlé.
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  • Par araucaria, le 24 janvier 2013

    Le policier a dit : "Il va bien falloir que tu me racontes..."
    Je me suis roulé en boule sur la pelouse, j'ai mis mon front par terre et j'ai fait le bruit que Père appelle grogner. Je fais ça quand ma tête reçoit trop d'informations du monde extérieur. C'est comme quand on est inquiet, qu'on tient la radio contre son oreille et qu'on la règle à mi-chemin entre deux stations de manière à ne capter que du bruit blanc; alors on met le volume à fond pour couvrir tout le reste et on sait qu'on est en sécurité parce qu'on n'entend rien d'autre. Le policier m'a pris par le bras et m'a relevé.
    Ca ne m'a pas plu, qu'il me touche comme ça. Alors je l'ai frappé.
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  • Par InColdBlog, le 04 septembre 2010

    Je pense que les gens croient au paradis parce qu’ils n’ont pas envie de mourir, parce qu’ils veulent continuer à, vivre et qu’ils n’ont pas envie que d’autres gens s’installent dans leur maison et jettent leurs affaires à la poubelle. (…) Ce qui se passe en vrai quand on meurt, c’est que le cerveau arrête de fonctionner et que le corps pourrit, comme s’est arrivé à Lapin quand il est mort et que nous l’avons enterré au fond du jardin. Toutes ses molécules se sont décomposées en d’autres molécules et elles se sont mélangées à la terre, elles ont été mangées par des vers et assimilées par des plantes, et si, dans dix ans, nous allons creuser au même endroit, il ne restera que son squelette. Et dans mille ans, son squelette lui-même aura disparu. Mais ça ne fait rien, parce que maintenant, il fait partie des fleurs, et du pommier, et du buisson d’aubépine. Quand les gens meurent, des fois on les met dans des cercueils, ce qui veut dire qu’ils ne se mélangent pas à la terre pendant très longtemps, jusqu’à ce que le bois pourrisse.
    "Mais Mère a été incinérée. Ça veut dire qu’on l’a mise dans un cercueil et qu’on l’a brûlée, pulvérisée et transformée en cendre et en fumée. Je ne sais pas ce qu’on fait de la cendre et je n’ai pas pu demander aux gens du crématorium, parce que j’ai pas assisté à la cérémonie. Mais la fumée sort par la cheminée et elle se mélange à l’air et des fois, je lève les yeux vers le ciel et je pense qu’il y a des molécules de Mère là-haut, ou dans les nuages au-dessus de l’Afrique ou de l’Antarctique ou qu’elles retombent sous forme de pluie dans les forêts pluviales du Brésil ou en neige, ailleurs."
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  • Par araucaria, le 24 janvier 2013

    Puis j'ai eu envie de faire pipi, mais j'étais dans un train. Je ne savais pas combien de temps il fallait pour aller à Londres et j'ai senti un début de panique, alors j'ai commencé à pianoter un rythme sur la vitre avec mes doigts pour m'aider à attendre et à ne pas penser que j'avais envie de faire pipi. J'ai regardé ma montre et j'ai attendu 17 minutes. Mais quand j'ai envie de faire pipi, il faut que j'y aille tout de suite. C'est pour ça que j'aime être à la maison ou à l'école et que je vais toujours faire pipi avant de prendre le bus, et c'est pour ça que j'ai fait un petit peu et que j'ai mouillé mon pantalon.
    Le policier a levé les yeux, il m'a regardé et a dit : "Non, mais c'est pas vrai..." Puis il a reposé son journal et il m'a dit : "Mais enfin, tu ne peux pas aller aux toilettes, non?"
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