ISBN : 2253089826
Éditeur : Le Livre de Poche
(2010)
Note moyenne : 4.33/5 (sur 3 notes)
La Ronce d'or, Tome 2 : La peinture de sang0Ajouter à mes livres
Après un combat sans merci contre les sbires d'Izgard, Tessa a été séparée de Ravis et est parvenue à l'abbaye de l'île Ointe. Attaquée la nuit de son arrivée par une créature mi-homme mi-démon, elle r... > voir plus
Je suis une grand mère. J'ai quatre petits enfants plus un cinquième en route. J'aime ma terre et je m'en occupe bien, mais cela fait vingt ans que je ne le fais plus pour moi. Lorsque j'attelle le boeuf à la charrue, c'est à mes fils et à mes filles que je pense, à leur laisser quelque chose après mon départ. Je ne suis pas stupide et je ne suis plus de première jeunesse, mais je préfère partir tout de suite et laisser Izgard courir après mes poules et mes cochons que courir le risque qu'il ne reste plus personne à qui léguer mes champs.
Edérius voyait, flairait et goûtait la fumée désormais. Il observait la confusion qu'elle engendrait, et tout en notant ses effets sur l'avant garde du Rhaize, il y fit avancer les harras comme des pièces sur un échiquier. Du noir à travers la noirceur: ils savaient ce que tous savaient, voyaient ce que tous voyaient, obéissaient aux ordres comme un seul homme. Leurs terribles braiments inhumains résonnaient aux oreilles d'Edérius. En toute autre circonstance, ce son lui aurait glacé le sang; là, pourtant, il sentit ses lèvres s'ouvrir et se fermer malgré lui, imitant leur appel. Il était des leurs. Il était chacun d'entre eux. Leur chef, leur créateur, le lien qui les unissait à la Ronce.
Ces saints hommes gardent leurs secrets depuis si longtemps que cela fait parti de leur nature aujourd'hui. Ils forment un groupe très fermé voyez vous? Parce qu'ils vivent isolés sur cette île tout au long de l'année. Il leur arrive de rester coupés de la terre pendant plusieurs semaines, en hiver, et même quand la chaussées est découverte, les visiteurs doivent l'emprunter en toute hâte s'ils ne veulent pas se faire surprendre par la marée. Là haut, perchés au sommet de leurs tours en spirale, sans rien d'autre en dessous d'eux que la mer et les rochers, il leur est facile d'oublier le monde réel. Ils ne veulent rien avoir à faire avec la Sainte Ligue du continent. Oh non, par mes pousses de printemps, rien du tout! Ils ont leur propre petit monde secret, ça oui avec leurs propres desseins cachés et leurs petites alliances furtives.
Le bourdonnement devenait de plus en plus fort. Elle courait à travers un dédale de motifs dont elle ne trouvait pas l'issue. Des serpents aux yeux d'or sifflaient sur ses talons, et des barbillons affûtés comme des rasoirs se prenaient dans sa robe et ses cheveux. Quelque chose la poursuivait; elle percevait le martèlement de ses pas contre la terre, sentait son haleine lui caresser la joue. Prenant de la vitesse, la chose marcha sur son ombre puis lui abattit ses griffes dans le dos.
Encore te encore Izgard écrasa le crâne de Gerta contre le bois. La tasse en étain et la brosse accrochées à la ceinture de la servante résonnaient à chaque coup, comme une clarine. Le poteau lui même commença à trembler. Izgard continua à y cogner la pauvre femme jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il voulait.
Enfin le sang gicla, ruisselant derrière la grosse tête de la Garizonne, le long de sa mâchoire et sur les mains de son roi. Gerta devint flasque, les bras ballants, les paupières frémissantes comme dans un sommeil profond. Un mince filet de mucus s'écoulait de son nez. Izgard sentit le sang tiède lui poisser les doigts. Il n'y en avait guère, du reste, à peine de quoi remplir quatre dés à coudre, mais cela suffit à calmer ses visions.