ISBN : 2070400867
Éditeur : Gallimard (1997)


Note moyenne : 3.82/5 (sur 131 notes) Ajouter à mes livres
Lambeaux marque un tournant essentiel dans l'écriture de Charles Juliet. Il le libère et le fera ensuite passer de la poésie et des journaux à la fiction. L'auteur y vide pour la première fois sa mémoire, dénoue le noeud de son malaise... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Beatrice64, le 07 mars 2012

    Beatrice64
    Je crois que jamais un livre ne m'avait touchée de manière aussi intime.
    Mi-autobiographie, mi-biographie, ce court texte est de ceux, rarissimes, dont on ne sort pas indemne, à ranger pas loin des livres d'Henri Calet.
    Récit du dépassement d'une dépression mélancolique grâce à l'écriture, il constitue également un hommage de l'auteur à "ses mères" : sa mère biologique, internée quand Charles Juliet a quelques mois, morte en asile psychiatrique pendant la seconde guerre mondiale (histoire fondatrice de son parcours dont il ignorera tout pendant son enfance, cependant source d'un obscur et insupportable sentiment d'étrangeté au monde), et sa mère adoptive, dont l'amour donnera un sens à sa vie. Ce texte, avec une simplicité, une justesse et une délicatesse proprement lumineuses, déroule les Lambeaux de cette bataille avec le langage, le sens, la folie, qui durera vingt ans, et lui permettra d'extraire du plus profond de lui-même la douleur et l'incommunicabilité qui le ravageaient. Aussi sobre que passionnant.
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    Critique de qualité ? (23 votes positifs)
  • Par sylvie, le 18 janvier 2008

    sylvie
    Quel est selon vous le rôle d'un écrivain ? "
    "Prêter à autrui les mots dont il a besoin pour avoir accès à lui-même et formuler éventuellement ce qu'il vit. Bien des gens sont coupés d'eux-mêmes et n'ont pas du tout la possibilité de dire ce qu'ils sont. Moi, à l'adolescence, j'ai vécu cette situation douloureusement. Je bouillonnais et je n'arrivais pas à parler. Beaucoup de gens sont pratiquement dans cet état toute leur vie. Écrire, c'est donc d'abord écrire pour soi, en fonction d'un besoin personnel, mais c'est aussi, je crois, savoir suffisamment se détacher de soi pour tenir un propos universel qui puisse concerner autrui. J'éprouve toujours le besoin de dépasser les limites de l'individuel pour aller vers quelque chose d'immense que je sens en moi, de l'ordre de l'universel. De même, écrire fait partie d'un travail que je poursuis incessamment en moi, un travail qui me met en paix."
    Interview de Charles Juliet (extrait) trouvé sur EFM.LASIATE.COM
    Dans ce texte très court et extrêmement dense,Charles Juliet livre l'histoire d'un combat, celui de l'écriture pour soi, pour extirper sa propre histoire enfouie dans les tréfonds de l'être et qui, au lieu d'avoir construit, a déconstruit, par trop de peines et de douleurs incommunicables.
    Ce travail d'écriture nous est livré avec beaucoup de sincérité et est raconté comme une lutte contre soi-même, pour arriver à muer les douleurs silencieuses en mots.
    Les phrases courtes, simples et serrées, viennent traquer les bouts de malheurs pour mieux les mettre à jour. Ils ont éclaté tout le long d'une vie pour la laisser en Lambeaux de douleurs.
    J'ai été très sensible à ce récit autobiographique unique qui, sobrement, dit toute sa difficulté à émerger en même temps que sa tenace nécessité à advenir.
    Ce court texte est d'abord extrêmement plein et bien construit. L'écriture s'adresse à un "tu" triple, qui vient se dévoiler intimement au lecteur au fur et à mesure que le livre avance.
    Le narrateur tutoie ainsi trois personnes: sa mère, morte quand il avait 7 ans mais dont il a été séparé dans des conditions dramatiques à l'âge de trois mois, puis l'enfant qui a grandit et l'écrivain qu'il est devenu, enfin, la mère adoptive, "la toute donnée", à qui il rend un hommage poignant.
    L'auteur a réunit ainsi l'enfant et ses deux mères dans un dialogue intérieur et intime qui recompose leur l'histoire en mots de douleur, de deuil et d'amour. Il ne laisse rien de côté, avec minutie, obstination et constance, il met bout à bout, toutes les larmes, même les inconnues. La première partie de ce travail est sans doute celle qui m'a le plus émue.
    Elle tente de faire toucher du doigt le drame de la mère qui va jusqu'à abandonner son enfant en faisant une tentative de suicide. le fils imagine cette lente descente aux enfers, il la rumine, la fait renaitre, et semble l'expliquer.
    Il raconte son histoire à elle : abandonnée de tous, elle mourra de faim dans un hôpital psychiatrique où elle a été enfermée abusivement.
    http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/01/Lambeaux-charles-juliet.html
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par zembla, le 03 mars 2012

    zembla
    Dans ce livre, l'auteur nous parle de ses mères. Celle qui lui a donné la vie mais qui a été interné pour dépression un mois après sa naissance et celle qui la recueilli et qui l'a élevé comme son fils.

    Livre coup de poing et coup de coeur. C'est un de ces livres où l'on ne ressort pas totalement indemne. Un auteur qui écrit sur sa mère, on ne peut pas dire que cela soit rare, mais avec ce talent, si. Une écriture aussi belle et sans chichi où l'auteur, en peu de mots, nous trace les portraits magnifiques de ses deux femmes.
    Portrait tragique de sa mère, une femme d'origine paysanne qui a sombré dans une dépression et qu'il ne connaîtra pas.
    Portrait émouvant d'une mère de substitution qui l'a élevé comme son enfant. Mais en filigrane c'est aussi l'auto-portrait de l'auteur avec sa scolarisation dans une école d'enfant de troupe, sa soif inextinguible de lecture pour acquérir une culture littéraire puis ses premiers essais d'écriture qui se heurte a son perfectionnisme et a sa recherche du mot juste. C'est aussi un mal de vivre et ses pensées suicidaire.
    Petit livre (155 pages) mais d'une grande densité où l'on sent que chaque mot a été pesé et où le silence est omniprésent. Pas de voyeurisme mais un livre où l'émotion est présente. Une ode d'amour, de désespoir et d'espoir. Ma note 10/10 pour ce bijou de littérature.
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    Critique de qualité ? (17 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par canel, le 25 mars 2012

    canel
    Superbe déclaration d'amour filial - à lire !
    Ce récit court et intense a vu le jour après douze années de gestation parsemées de doutes, de souffrances. L'auteur rend ici un magnifique hommage aux deux femmes auxquelles il doit la vie : sa mère biologique et celle qui l'a adopté. La première lui a légué son hyper-sensibilité, sa fragilité, sa propension à la mélancolie, à l'introspection, mais aussi l'amour des mots. La seconde, plus terre à terre, l'a restructuré, ancré dans la réalité, l'aidant de sa force paisible à surmonter ses démons, contre vents et marées.
    Voilà, je n'ai pas envie d'en dire plus car j'ai apprécié de découvrir cette histoire lentement, mais presque d'une traite, de m'imprégner de la vie de ces femmes de condition modeste dans les années 30, aux jeunesses proches de celles de ma grand-mère maternelle et d'une de mes tantes.
    Attention à ceux qui sont pointilleux sur le style : cet ouvrage est rédigé à la deuxième personne du singulier. Cela peut agacer. Pour ma part, je passe outre quand l'ouvrage est excellent, ce fut le cas également avec 'La Maladie De Sachs' de Martin Winckler.
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    • Livres 4.00/5
    Par Dionysos89, le 12 mai 2012

    Dionysos89
    Lecture obligatoire en classe de seconde, je ne garde finalement de ce roman que peu de souvenirs, mais principalement des bons. Un style coulant, malgré de le caractère heurté de la démarche de l'auteur, allié à une histoire touchante : Lambeaux porte bien son nom pour le récit, mais heureusement pas pour le style. Cette histoire autobiographique se penche sur l'apprentissage de la vie partagé entre l'amour de deux mères, celle biologique et celle de substitution Ce témoignage poignant de Charles Juliet nous touche au plus profond de nous-mêmes et il est difficile de ne pas s'attacher à son personnage qui traverse la vie entre amour et solitude. Justesse et émotion sont donc les maîtres mots de ces Lambeaux d'amour.
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Critiques presse (2)


  • Actualitte , le 18 janvier 2012
    Un récit dont on ne sort pas indemne. Les mots ciselés, les phrases courtes, incisives nous étreignent, nous pénètrent et nous malmènent, traduisent sans modération la douleur de cette femme, son immense tristesse, sa solitude, sa sensibilité incomprise et malvenue dans un quotidien si rustre et archaïque.
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • Lecturejeune , le 01 mars 2006
    Lecture jeune, n°117 - Charles Juliet rend un hommage particulièrement émouvant à deux figures maternelles : sa mère naturelle, décédée alors qu’il était encore un tout petit enfant, et sa mère adoptive, si aimante. D’origine pauvre, Hortense Juliet a vécu une existence tourmentée, privée des études qu’elle aurait voulu suivre. Après une histoire d’amour dramatique, elle a tenté de se conformer au mode de vie paysan avant de sombrer dans la solitude et la folie. Elle a fini internée dans un hôpital psychiatrique. C’est à elle que l’auteur adresse la première partie, écrite à la deuxième personne du singulier. Plus déconcertant encore est l’emploi du vocatif lorsque l’auteur s’adresse à lui-même. Dans cette deuxième partie autobiographique, on retrouve des éléments de L’Année de l’éveil, ouvrage dans lequel Charles Juliet décrivait sa vie d’élève de lycée militaire. L’auteur se livre ici avec beaucoup de pudeur et admet que l’écriture lui a permis de surmonter la culpabilité liée à la mort de sa mère : le récit se clôt sur un cri d’espoir. Chaque mot est pesé, chaque phrase est ramenée à l’essentiel comme dans un poème en prose. Le titre, Lambeaux, évoque à la fois l’écriture fragmentée et le destin déchiré de la mère. Cette réédition spécialement destinée aux élèves de première et enrichie d’un dossier sur l’écriture de l’intime permettra de faire découvrir aux adolescents un roman magnifique paru en 1995. Cécile Robin-Lapeyre

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Citations et extraits

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  • Par Loureal, le 23 novembre 2010

    Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ à une vie autre, à l’infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l’horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. Les longues heures spacieuses, toujours trop courtes, où tu vas et viens en toi, attentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour t’écouter, te comprendre, t’accompagner. Partir, partir, laisser tomber les chaînes, mais ce qui ronge, comment s’en défaire ? Au fond de toi, cette plainte, ce cri rauque qui est allé s’amplifiant, mais que tu réprimais, refusais, niais, et qui au fil des jours, au fil des ans, a fini par t’étouffer. La nuit interminable des hivers. Tu sombrais. Te laissais vaincre. Admettais que la vie ne pourrait renaître. A jamais les routes interdites, enfouies, perdues. Mais ces instants que je voudrais revivre avec toi, ces instants où tu lâchais les amarres, te livrais éperdument à la flamme, où tu laissais s’épanouir ce qui te poussait à t’aventurer toujours plus loin, te maintenait les yeux ouverts face à l’inconnu. Tu n’aurais osé le reconnaître, mais à maintes reprises il est certain que l’immense et l’amour ont déferlé sur tes terres. Puis comme un coup qui t’aurais brisé la nuque, ce brutal retour au quotidien, à la solitude, à la nuit qui n’en finissait pas. Effondrée, hagarde. Incapable de reprendre pied.

    Te ressusciter, te recréer. Te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s’est déchirée.
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  • Par sylvie, le 18 janvier 2008

    Ce récit aura pour titre Lambeaux. Mais après en avoir rédigé une vingtaine de pages, tu dois l'abandonner. Il remue en toi trop de choses pour que tu puisses le poursuivre. Si tu parviens un jour à le mener à terme, il sera la preuve que tu as réussi à t'affranchir de ton histoire, à gagner ton autonomie. Ni l'une ni l'autre de tes deux mères n'a eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne savais pas t'exprimer, tu as dû longuement lutter pour conquérir le langage. Et si tu as mené ce combat avec une telle obstination, il te plait de penser que ce fut autant pour elles que pour toi. Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu'en l'écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu. Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots;écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu.
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  • Par StephD, le 22 juillet 2010

    C'est alors que tu ne peux plus te cacher ce que jusque-là tu as obstinément refusé de voir : tu vas quitter l'école pour n'y jamais revenir. [...] Ne plus jamais passionnément t'adonner à l'étude. Et ce monde que tu vénères, ce monde des cahiers et des livres, ce monde auquel tu donnes le plus ardent de toi-même, ce monde va soudain ne plus exister. Tes muscles se raidissent, tes mains se nouent âprement dans ton dos, mais tu ne peux rien contre ce sentiment d'effondrement qui te submerge, et à ta grande honte, deux lentes traînées brillantes apparaissent sur tes joues.
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  • Par solasub, le 21 janvier 2012

    Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu'en l'écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu.
    Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohorte des bâillonnées, des mutiques, des exilés des mots...
    ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance...
    ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir jamais été aimés...
    ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr...
    ceux et celles qui n'ont jamais pu parler parce qu'il n'ont jamais été écoutés...
    ceux et celles qui qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte...
    ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge...
    ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse ...
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  • Par LUKE59, le 08 mars 2012

    Une règle jamais énoncée, mais à laquelle aucune de vous dans le village n' oserait se soustraire , veut que les femmes ne restent jamais inoccupées.../ ...Tandis que le père, tassé sur sa chaise face à la cheminée laisse couler les heures en tirant sur sa pipe, tu aides la mère à couper des betteraves, préparer du petit bois, écosser des fèves ou trier des lentilles.Après quoi, il faut encore tricoter ou repriser.(p13)
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Vidéo de Charles Juliet

La grande librairie 16/02/2012 sur France 5 de François Busnel, Charles Juliet parle de son nouveau livre "Accueils"








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