ISBN : 2020578921
Éditeur : Editions du Seuil
(2003)
Note moyenne : 3/5 (sur 2 notes)
Du labeur à l'oeuvre : Portrait de l'artiste en travailleur1Ajouter à mes livres
Derrière la scène, lécran ou la toile, il y a des hommes et des femmes au travail : des chanteurs, des acteurs, des peintres, des musiciens, des metteurs en scène, des réalisateurs qui gagnent leur vie. À quel prix ? Avec q... > voir plus
La thèse du livre - le travail artistique est l'avant-garde du management d'entreprise - est une thèse intéressante et pertinente. Elle touche une réalité. Je regrette que, comme souvent dans les travaux de sociologie de l'art, la dimension d'engagement, de croyance ou de conviction de l'artiste soit tout simplement nié ou omis au profit d'une fictive "réalisation de soi" dont aucun artiste n'a jamais parlé (sauf ceux qui sont inintéressant).
"l'individu lui-même est appelé à se comporter en "entrepreneur de sa propre carrière", en portfolio worker, au prix d'une forte individualisation de son système personnel d'activité et d'une gestion rationalisée de ses capitaux personnels (temps, effort, compétences, employabilité, réputation). Le paradoxe serait à son comble si cette injonction s'appliquait indistinctement à des travailleurs dont les niveaux de qualification seraient pourtant profondément dissemblables, le "professionnel à forte réputation" qui négocie ses talents et son expertise, voisinant avec le travailleur peu qualifié dont le seul capital valorisable est le temps et l'effort partitionnables. D'où l'inversion spectaculaire des signes entre précarité élective du professionnel sans attaches organisationnelles et précarité du travailleur en réserve d'emploi. Or, dans le fonctionnement des marchés artistiques et des professions "creatives", cette injonction structure, quel que soit le niveau de réussite, l'ensemble des paris professionnels et des carrières, pour ceux dont l'emploi est fortement autonome, parce qu'il est hors de la dépendance subordonnante à l'égard d'un employeur unique. Il faut comprendre comment un monde profondément segmenté peut apparaître homogène et se développer dans une culture de la concurrence individualisatrice."