Lire «
Le supplice du santal » était pour moi comme plonger sans bouteilles et sans tuba dans une eau complètement inconnue: la littérature chinoise.
A force de lire les différentes critiques de ce site sur des sujets divers et variés, je me suis rendue compte que je n'avais jamais lu d'auteur chinois et c'est complètement par hasard que mon choix s'est porté sur livre.
Je m'imaginais une écriture très pudique, très culturelle et un peu bridée (oh, celle là était facile!).
Clichés, vous avez dit clichés ?
Certains d'entre vous m'ont demandé de leur donner mes impressions sur ce livre et je dois vous dire qu'il est difficile pour moi d'être objective étant donné que je n'ai jamais lu d'autre livre de cet auteur avant, mais ça reste pour moi une véritable découverte. Malgré une lecture fastidieuse due à de nombreuses références historiques et politiques du pays et certaines expressions liées à la culture chinoise, l'histoire vous emporte malgré tout. Mais on ne peut pas lire ce livre en deux jours à moins de ne faire que ça et de bien connaître l'histoire de la Chine de la fin du XIXè et du début du XXème siècle.
C'est donc après quelques révisions et certaines découvertes de cours d'histoire de la Chine sur cette période que j'ai pu, enfin, apprécier la lecture. Et oui, n'est pas sinophile qui veut...rien à voir avec les chiens, hein...quoique...une bonne cuisse de chien bouillie avec quelques épices (comme quoi les clichés...)...bref, revenons à nos moutons...enfin à nos chiens...
C'est donc dans une Chine au bord de l'effondrement impérial de la dynastie Qing, que vit Meiniang, une femme d'une grande beauté, plutôt en avance sur sa façon de vivre et de voir les choses (pieds non bandés), mariée à Zhao Petit-Jia, un boucher sot, rêveur voire un peu fou, au comportement très enfantin. Elle va devoir se battre pour tenter de sauver son père Sun Bing, chanteur d'opéra à voix de chats (genre apparu à cette époque), qui a été arrêté par le préfet Qian Ding, le père adoptif (amant) de Meiniang, alors qu'il tentait de lever un groupe d'hommes contre l'occupation d'une des grandes puissances de l'époque, l'Allemagne qui, en l'absence d'Empire colonial , trouvait le moyen de s'approvisionner en matières premières et denrées rares. Les révoltes se multipliant et par crainte d'un peuple brûlant de passer à l'action, un exemple saurait servir à calmer les esprits. le gouverneur Yuan Shikai par l'intermédiaire du préfet Qian, demandera à Zhao-Jia, père de Petit-Jia, et ancien bourreau en chef de la dynastie des Qing, d'imaginer un supplice lent et parfait pour mettre à mort Sun bin. Il ne faut pas sortir des grandes écoles pour vite comprendre qu'il choisira «
Le supplice du santal », dont je tairai le principe pour les futurs lecteurs auxquels je ne voudrais pas gâcher le plaisir de découvrir cette « œuvre d'art » macabre et totalement inhumaine.
Moi qui pensais baigner dans une atmosphère zen, parfumé d'encens de bois de santal aux multiples épices, assise en pleine méditation sous un prunier, m'imprégnant de respect, de dignité après avoir effectuer quelques mouvements de taï-chi... je me retrouve dans un monde envahi par la violence, le sang, la crasse, la soumission, la vengeance, l'orgueil et la rancune, la folie, l'injustice, la viande de chien bouillie (cliché ?). La dignité et le respect représentés par l'importance de la longueur et l'épaisseur de la natte et de la barbe chez les hommes (comme quoi les hommes et la longueur...). Un monde où le moindre grain de sable, la moindre plume qui aurait l'audace de se poser sur le palanquin de l'Empereur, sans autorisation ,se transformerait en outrage aux neufs générations précédentes de la dynastie Qing. Un monde où le supplice est un art mit en scène comme dans une pièce de théâtre où tout est calculé, millimétré pour une mise à mort parfaite. le texte est écrit comme une farce satirique où le lyrisme et la poésie cohabitent avec l'horreur (et le mot est très faible...) des supplices. On se laisse parfois un peu dépasser par les nombreux personnages et leurs noms à rallonges.
C'est sombre, mélancolique, bourré d'humour très très noir, cynique, glauque à souhait, dérangeant et vulgaire. Certaines scènes de torture sont à lire en dehors des repas si vous voulez mon avis ( à moins de s'appeler Hannibal Lecter, enfin moi j'dis ça....). Les Chinois n'ont d'ailleurs rien à envier aux Allemands en matière de supplices. Vous assisterez, par exemple et entre autres, au dépeçage total (500 morceaux sinon rien) et en public, d'un pauvre bougre qui sera maintenu en vie jusqu'au dernier morceau (bah oui sinon c'est, honte et déshonneur pour le bourreau, et ses ancêtres, qui risque le même sort). Je suis pourtant très adepte des thrillers un peu gore et j'en ai lu des gratinés, mais je dois dire que là...c'est à vous retourner l'estomac en moins de deux, à venir la nuit transformer vos rêves en cauchemars et à vous provoquer des sueurs froides voire des nausées. Âmes sensibles...
J'ai beaucoup apprit en lisant ce livre, malgré les descriptions des scènes de supplice, souvent, à la limite du supportable (je sais je me répète, mais au moins je vous aurais prévenu...), autant sur la culture que sur l'histoire de la Chine à cette époque ,étant donné que j'ai du faire de nombreuses recherches sur le net pour comprendre la politique du moment et après avoir lu les différentes notes ajoutées par l'auteur en bas des pages, et j'en aurais encore beaucoup à dire, mais j'aimerais apprendre le chinois et le relire dans l'édition originale pour apprécier certaines figures de style de la langue, sûrement, dénaturées au moment de la traduction. Lire 719 pages en idéogrammes chinois s'apparenterait alors, pour moi, au « Supplice de Tantale »...